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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 08:53

 

Nous vous invitons à découvrir l’article inédit d’Albert Camus, inconnu puisque censuré par les autorités coloniales, retrouvé grâce à une journaliste Macha Séry aux Archives nationales d’outre-mer à Aix-en-Provence, et publié dans Le Monde le 18 mars 2012. Camus l’a écrit pour le quotidien algérois "Le Soir républicain" en novembre 1939, mais comme toute œuvre de l’auteur de L’homme révolté, ce texte demeure universel et toujours d'actualité.

 Comment préserver la liberté d’expression journalistique sous le régime totalitaire ?

__________________

albert-camus-1959 presseIl est difficile aujourd'hui d'évoquer la liberté de la presse sans être taxé d'extravagance, accusé d'être Mata-Hari, de se voir convaincre d'être le neveu de Staline.

Pourtant cette liberté parmi d'autres n'est qu'un des visages de la liberté tout court et l'on comprendra notre obstination à la défendre si l'on veut bien admettre qu'il n'y a point d'autre façon de gagner réellement la guerre.

Certes, toute liberté a ses limites. Encore faut-il qu'elles soient librement reconnues. Sur les obstacles qui sont apportés aujourd'hui à la liberté de pensée, nous avons d'ailleurs dit tout ce que nous avons pu dire et nous dirons encore, et à satiété, tout ce qu'il nous sera possible de dire. En particulier, nous ne nous étonnerons jamais assez, le principe de la censure une fois imposé, que la reproduction des textes publiés en France et visés par les censeurs métropolitains soit interdite au "Soir républicain" (le journal, publié à Alger, dont Albert Camus était rédacteur en chef à l'époque), par exemple. Le fait qu'à cet égard un journal dépend de l'humeur ou de la compétence d'un homme démontre mieux qu'autre chose le degré d'inconscience où nous sommes parvenus.

Un des bons préceptes d'une philosophie digne de ce nom est de ne jamais se répandre en lamentations inutiles en face d'un état de fait qui ne peut plus être évité. La question en France n'est plus aujourd'hui de savoir comment préserver les libertés de la presse. Elle est de chercher comment, en face de la suppression de ces libertés, un journaliste peut rester libre. Le problème n'intéresse plus la collectivité. Il concerne l'individu.

Et justement ce qu'il nous plairait de définir ici, ce sont les conditions et les moyens par lesquels, au sein même de la guerre et de ses servitudes, la liberté peut être, non seulement préservée, mais encore manifestée. Ces moyens sont au nombre de quatre : la lucidité, le refus, l'ironie et l'obstination. La lucidité suppose la résistance aux entraînements de la haine et au culte de la fatalité. Dans le monde de notre expérience, il est certain que tout peut être évité. La guerre elle-même, qui est un phénomène humain, peut être à tous les moments évitée ou arrêtée par des moyens humains. Il suffit de connaître l'histoire des dernières années de la politique européenne pour être certains que la guerre, quelle qu'elle soit, a des causes évidentes. Cette vue claire des choses exclut la haine aveugle et le désespoir qui laisse faire. Un journaliste libre, en 1939, ne désespère pas et lutte pour ce qu'il croit vrai comme si son action pouvait influer sur le cours des événements. Il ne publie rien qui puisse exciter à la haine ou provoquer le désespoir. Tout cela est en son pouvoir.

En face de la marée montante de la bêtise, il est nécessaire également d'opposer quelques refus. Toutes les contraintes du monde ne feront pas qu'un esprit un peu propre accepte d'être malhonnête. Or, et pour peu qu'on connaisse le mécanisme des informations, il est facile de s'assurer de l'authenticité d'une nouvelle. C'est à cela qu'un journaliste libre doit donner toute son attention. Car, s'il ne peut dire tout ce qu'il pense, il lui est possible de ne pas dire ce qu'il ne pense pas ou qu'il croit faux. Et c'est ainsi qu'un journal libre se mesure autant à ce qu'il dit qu'à ce qu'il ne dit pas. Cette liberté toute négative est, de loin, la plus importante de toutes, si l'on sait la maintenir. Car elle prépare l'avènement de la vraie liberté. En conséquence, un journal indépendant donne l'origine de ses informations, aide le public à les évaluer, répudie le bourrage de crâne, supprime les invectives, pallie par des commentaires l'uniformisation des informations et, en bref, sert la vérité dans la mesure humaine de ses forces. Cette mesure, si relative qu'elle soit, lui permet du moins de refuser ce qu'aucune force au monde ne pourrait lui faire accepter : servir le mensonge.

Nous en venons ainsi à l'ironie. On peut poser en principe qu'un esprit qui a le goût et les moyens d'imposer la contrainte est imperméable à l'ironie. On ne voit pas Hitler, pour ne prendre qu'un exemple parmi d'autres, utiliser l'ironie socratique. Il reste donc que l'ironie demeure une arme sans précédent contre les trop puissants. Elle complète le refus en ce sens qu'elle permet, non plus de rejeter ce qui est faux, mais de dire souvent ce qui est vrai. Un journaliste libre, en 1939, ne se fait pas trop d'illusions sur l'intelligence de ceux qui l'oppriment. Il est pessimiste en ce qui regarde l'homme. Une vérité énoncée sur un ton dogmatique est censurée neuf fois sur dix. La même vérité dite plaisamment ne l'est que cinq fois sur dix. Cette disposition figure assez exactement les possibilités de l'intelligence humaine. Elle explique également que des journaux français comme Le Merle ou Le Canard enchaîné puissent publier régulièrement les courageux articles que l'on sait. Un journaliste libre, en 1939, est donc nécessairement ironique, encore que ce soit souvent à son corps défendant. Mais la vérité et la liberté sont des maîtresses exigeantes puisqu'elles ont peu d'amants.

Cette attitude d'esprit brièvement définie, il est évident qu'elle ne saurait se soutenir efficacement sans un minimum d'obstination. Bien des obstacles sont mis à la liberté d'expression. Ce ne sont pas les plus sévères qui peuvent décourager un esprit. Car les menaces, les suspensions, les poursuites obtiennent généralement en France l'effet contraire à celui qu'on se propose. Mais il faut convenir qu'il est des obstacles décourageants : la constance dans la sottise, la veulerie organisée, l'inintelligence agressive, et nous en passons. Là est le grand obstacle dont il faut triompher. L'obstination est ici vertu cardinale. Par un paradoxe curieux mais évident, elle se met alors au service de l'objectivité et de la tolérance.

Voici donc un ensemble de règles pour préserver la liberté jusqu'au sein de la servitude. Et après ?, dira-t-on. Après ? Ne soyons pas trop pressés. Si seulement chaque Français voulait bien maintenir dans sa sphère tout ce qu'il croit vrai et juste, s'il voulait aider pour sa faible part au maintien de la liberté, résister à l'abandon et faire connaître sa volonté, alors et alors seulement cette guerre serait gagnée, au sens profond du mot.

Oui, c'est souvent à son corps défendant qu'un esprit libre de ce siècle fait sentir son ironie. Que trouver de plaisant dans ce monde enflammé ? Mais la vertu de l'homme est de se maintenir en face de tout ce qui le nie. Personne ne veut recommencer dans vingt-cinq ans la double expérience de 1914 et de 1939. Il faut donc essayer une méthode encore toute nouvelle qui serait la justice et la générosité. Mais celles-ci ne s'expriment que dans des coeurs déjà libres et dans les esprits encore clairvoyants. Former ces coeurs et ces esprits, les réveiller plutôt, c'est la tâche à la fois modeste et ambitieuse qui revient à l'homme indépendant. Il faut s'y tenir sans voir plus avant. L'histoire tiendra ou ne tiendra pas compte de ces efforts. Mais ils auront été faits.

Albert Camus  




  • Et pour entendre la voix émouvante d’Albert Camus, vous pouvez consulter ces deux documents d’archives d’Ina (Institut national de l’audiovisuel).  
camus-paysage-algerie-sieffert-geoffrey-oran1.jpg

ALBERT CAMUS : LA LIBERTÉ, L'INDIVIDUALISME, SON IDÉE DE L'ART

 Plein feu sur les spectacles du monde  - 04min15s

 "Interview d'Albert CAMUS par une journaliste non identifiée : - Au début - Il définit la liberté comme "le droit de ne pas mentir". - A 0'40 - Il parle du nouvel individualisme. - A 0'59 - Ce qu'il pense de ses deux moyens d'expression : le théâtre ou le roman. Il explique celui qui lui ressemble le plus entre "La Peste" (roman) et "L'Etat de siège" (pièce de théâtre) . - A1'35 - Il exprime son idée de l'art et parle de la littérature engagée, reflet d'une époque. - A 2'47 - Il explique pourquoi, à son avis, la jeunesse aime le lire (elle recherche la liberté d'opinion et la trouve dans son oeuvre). - A 3'35 - Il parle de son essai "L'Homme révolté" sur la transformation de l'idée de révolte à travers l'histoire."

 

camus-Tipasa

ALBERT CAMUS PAR LUI-MÊME  - 24min45s

"Eléments non montés d'une interview d'Albert CAMUS réalisée par Jean MOGIN. - Sa condition d'artiste. - Les notions d'absurde et de révolte dans son oeuvre. - A 4'30 : relation entre l'absurde et la conscience de l'homme. - A 5'04 : la révolte : analyse ce mouvement. - A 7'40 : l'homme européen actuel. Le chemin entre la servitude et la folie, responsabilité des intellectuels de le trouver. - A 10'10 : L'importance qu'il accorde au style dans son écriture. - A 11'26 : Analyse des différents styles utilisés dans le roman "La peste" et la pièce "l'Etat de siège" (17'15" au total). - A 17'18 : lecture par Albert CAMUS de deux extraits du chapitre V, au-delà du Nihilisme, de "L'homme révolté"."


LECTURE DE « L’HOMME REVOLTE » PAR ALBERT CAMUS

(les sept dernières minutes de l’interview précédente réalisée par Jean Mogin)

« Dans son plus grand effort, l’homme ne peut que se proposer de diminuer arithmétiquement la douleur du monde. Mais l’injustice et la souffrance demeureront et, si limitées soient-elles, elles ne cesseront pas d’être le scandale. Le « pourquoi ? » de Dimitri Karamazov continuera de retentir; l’art et la révolte ne mourront qu’avec le dernier homme.» 


 Ewa   

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Published by quatuor - dans Goût des autres
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commentaires

Frédéric 25/04/2012 16:51


J'aime bien cette idée de micro-sociétés momentanées. Elles fonctionnent dans le réel.


 


J'aime bien aussi l'idée d'appareils critiques,
défendue par Stiegler.


 


Au final, c'est ce que nous vivons ici, et c'est ce qui nous fait du bien.  

monica 25/04/2012 15:32


Mais, c'est magnifique, Crocodile Dandy, notre Président lit Michel Onfray !


Quand je vous le dis que MO s'adresse à tous :


:)

Crocodile Dandy 25/04/2012 13:51


18h50. Sarkozy
veut parler «aux petits et aux sans-grade». «Je veux parler aux
petits, je veux parler aux sans-grade, je veux parler aux ruraux, aux petits retraités, énumère-t-il. Je veux parler à tous ceux dont l'opinion ne compte pas parce qu'ils ne manifestent pas,
parce qu'ils ne cassent pas.»


http://www.leparisien.fr/election-presidentielle-2012/en-direct-hollande-4-heures-du-matin-honore-et-en-meme-temps-oblige-23-04-2012-1967935.php


http://www.lepoint.fr/politique/election-presidentielle-2012/sarkozy-sort-le-grand-jeu-aux-electeurs-du-fn-23-04-2012-1454500_324.php


 


Cette belle phrase citée par Stéphane a été prononcée par …. Nicolas Sarkozy, grand philosophe et ami du peuple, le lendemain du premier tour de la présidentielle pour amadouer les électeurs du
Front National et apparemment …. les onfrayens admirateurs sans cervelle ni esprit critique (l’esprit critique ne signifie pas critiquer mais penser). CQFD.


 


Mes hommages à Stéphane et Ewa


Crocodile Dandy  

monica 25/04/2012 12:56


Devenir un peu philosophe, c'est mon objectif, cher Stéphane, jusqu'à la fin, c'est tout ce que j'espère.


Dans un pays où près de 20 % des français votent extrême-droite, nous avons la chance d'avoir un philosophe comme Michel Onfray, toujours à côté de ceux qui souffrent, toujours éclairant les
consciences, toujours travaillant en ayant à l'esprit : le bonheur pour le plus grand nombre.


Jamais je ne pourrai formuler des critiques sur sa façon d'exposer ses idées devant les caméras. Il pourrait se contenter de bien gagner sa vie avec ses livres. Il va plus loin. Ils partagent ses
convictions avec tous.


Bien à vous,

Stephane 25/04/2012 12:05


Bonjour Monica,


Oui, cette phrase "je veux parler à tous ceux dont l’opinion ne compte pas" est tellement vraie, ça sent l’engagement, la sincérité et l’amour du peuple. C’est pas facile à prononcer les temps
qui courent. C’est beau, profondément philosophique. Vous avez tout compris Monica, vous êtes une sage philosophe et je suis heureux de vous lire. Merci pour la citation. 


Bonne journée à vous


 

monica 25/04/2012 07:40


Bonjour,


Je suis heureuse, Stéphane, de vous lire.


Je serai toujours du côté de MO aussi pour de multiples raisons, notamment :


"...La révolution s'effectue autour de soi, à partir de soi, en intégrant des individus choisis pour participer à ces expériences fraternelles. Ces micro-sociétés électives activent des
micro-résistances efficaces pour faire pièce momentanément aux micro-fascismes dominants...."


(Michel Onfray, la puissance d'exister, une politique libertaire)

Stephane 24/04/2012 20:39


Moi aussi, je serai toujours du côté de Michel Onfray. J'aime quand il dit cela :


«Je veux parler aux petits, je veux parler aux sans-grade, je veux parler aux ruraux, aux petits retraités. Je veux parler à tous ceux dont l'opinion ne compte pas.»


Bonne soirée à tous

Thomas 23/04/2012 23:12


Je viens de lire l’article de Macha Séry dont le lien a été donné dans ce billet et qui décrit cette heureuse trouvaille camusienne, j’y ai vu une intéressante citation qui pourrait donner
matière à réflexion, surtout avant le second tour de la présidentielle


"Des gens croient qu'à certains moments les événements politiques revêtent un caractère fatal, et
suivent un cours irrésistible. Cette conception du déterminisme social est
excessive. Elle méconnaît ce point essentiel : les événements politiques et sociaux sont humains, et par conséquent, n'échappent pas au contrôle humain"

marc 23/04/2012 12:12


je souscris radicalement à ta "tendance " maewa


on "rééquilibre" à 11% c’est déjà ça :)


 


"En une seule fois, nous sommes parvenus dans le
peloton de tête : la prochaine sera celle de la conquête définitive du pouvoir, par les urnes et la démocratie."

monica 23/04/2012 11:38


De plus, j'aime qu'un philosophe parle ainsi :


"Je serai toujours du côté de celui qu’on interdit, qu’on brime et qu’on persécute. Parfois c’est l’un, parfois c’est l’autre ! Ainsi soit-il."


Et pour cela aussi, je serai toujours du côté de Michel Onfray.


re-re-re-bonne journée :))

monica 23/04/2012 09:50


Quoique, après tout... si MO décidait de virer à droite, ça le regarderait...Je connais des gens bien qui votent à droite, et j'aime et j'admire (encore me direz-vous !) Simone Veil ...


re-re-bonne journée à vous :)

monica 23/04/2012 07:54


... Encore quelques mots :


Si MO devenait croyant, votait à droite, prônait l'amour platonique, devenait ignoble (dans le sens de pas noble), etc., ce qui me paraîtrait plutôt dément, je ne viendrait même pas sur le blog
pour vous faire part de ma déception.


A bon entendeur...(la couleur de mes cheveux, c'est le blond !)


Re-bonne journée à vous

monica 23/04/2012 07:34


Vous avez raison Thomas.


Cependant, j'ai dit que je n'avais pas de démarche intellectuelle ici parce que je n'ai pas assez d'instruction quand il s'agit
de culture philosophique, et c'est mon droit.


 


J'insiste sur le fait que je me réserve la liberté d'aimer un philosophe comme Michel Onfray et de ne pas le critiquer. Je n'en éprouve pas le besoin. Je ne vois pas pourquoi je suivrai
systématiquement les gens qui le font. Libres à eux, libre à moi.


 


Par ailleurs, en dehors de ce blog donc, je ne me prive pas de critiquer quand je ne suis pas d'accord, comme tout un chacun.


 


Bonne journée à vous :)

Thomas 23/04/2012 00:48


Un parfait non-intellectuel que je suis pense qu’il serait dommage que la démarche intellectuelle et l’esprit critique soient réservés uniquement aux intellectuels. Ils devraient être pratiqués
par chaque lecteur, téléspectateur, élève, consommateur, citoyen, onfrayen 

monica 22/04/2012 21:39


Je parlais de l'interprétation des propos d'un philosophe devant une caméra, non pas de son oeuvre littéraire.


Si mes mots, sans doute maladroits, doivent être considérés comme dangereux (tiens cela me rappelle quelque chose quand je m'exprimer sur le féminisme), j'en suis vraiment confuse.


J'avoue que j'ai du mal à avoir l'esprit critique vis à vis d'un philosophe que j'apprécie. Je n'ai aucune démarche intellectuelle ici parce que je ne suis pas une intellectuelle. Mon
manque d'esprit critique vis à vis de MO ne doit pas être mélangé avec celui qui produit le "terreau de toutes les manipulations,etc..."


Je suis venue sur ce blog non pas pour chercher ce genre de discussion, mais pour me faire plaisir avec une philosophie qui me parle.


Bonne soirée à vous.


 

Ewa 22/04/2012 11:41


J’ai décidé de retrouver ma voix pour une bonne cause. ;~)


J’attendais avec espoir de voir au moins une réaction d’une personne qui trouverait étonnante la phrase suivante figurant sur le blog un peu « philo », et de plus, sous l’article traitant de la
liberté de la presse :


« en philosophie, le mieux que l’on a à faire c’est de ne pas interpréter (sic) les propos d’un philosophe que l’on apprécie, […]
mais plutôt de lire son œuvre avec un regard toujours curieux, et non pas forcement critique (sic) ».


Personne n’a exprimé un autre point de vue. Apparemment, ça doit être normal et évident pour tout le monde, mais ça ne l’est pas pour moi.


Premièrement, ne pas interpréter le texte littéraire, philosophique quel qui soit, signifie tout simplement ne pas le comprendre. Une brève
explication argumentée clairement et simplement - ici. 


Deuxièmement, selon moi, l’esprit critique constitue la base de toute démarche intellectuelle, le manque d’esprit critique est le terreau de
toutes les manipulations, idéologies, religions, sectes et de tous les fanatismes possibles et imaginables. Un regard critique est le plus souvent curieux, un regard curieux sans être critique
peut être dangereux. Cela n’engage que moi et je peux me tromper, bien évidement. mais je pense, en « interprétant les propos du philosophe «, que c’est également la position de Michel Onfray qui
aurait plutôt tendance à déconstruire les mythes des prétendues « belles personnes » qu’à les idéaliser et admirer, en se servant justement de l’esprit critique. Le crépuscule d’une
idole aurait pu exister sans la lecture critique de Freud? Traité d’athéologie sans un regard critique sur des Livres Saints? Et toute la contre-histoire de la philosophie… ?


 


Je m’arrête là. Mon propos n’est pas une invitation à la polémique. Je voudrais simplement rééquilibrer un peu les opinions qui se sont dessinées ici, car une seule tendance est représentée très
largement, et elle n’est en aucun cas la mienne. 


 


Et pour finir en beauté :~), un extrait tiré de L’ordre libertaire (Flammarion 2012, p. 273-274) sur Camus et le journalisme car tel était le sujet initial de ce billet :


« Camus souhaite une information accompagnée d’un commentaire critique. Le journaliste doit fournir des analyses utiles pour comprendre l’événement. Il donnera ses sources,
confrontera les provenances, mettra en page de façon à ne pas conclure mais à permettre au lecteur de le faire dans les meilleurs conditions. Il l’éclairera au lieu de vouloir lui
plaire. Il indiquera les degrés de crédibilité des provenances d’information. Il visera la vérité, même si, en histoire, elle paraît fragile. Il expliquera comment fonctionnent les
agences de presse internationales afin de solliciter le sens critique du lecteur. […] Il saura que le droit à la critique dont il dispose se double d’un devoir
d’autocritique. Ainsi se définit un journalisme critique soucieux « de créer un esprit public et de l’élever à la hauteur du pays lui-même (II. 523) » 

Ewa 16/04/2012 14:56


Certains commentaires postés sous ce billet me laissent sans voix. :-o 


Si par hasard, parmi nos visiteurs, il y en a quelques-uns qui sont dans mon cas, je leur propose… la voix d’Albert Camus qui lit « L’Homme révolté » (en bas de l’article).

monica 16/04/2012 08:40


Constance, je n'ai pas prévu d'y aller cette année. :)


Comme beaucoup, je pense, je dois faire des prévisions budgétaires pour mes vacances... Avignon est loin de chez moi, maintenant.


Qu'à cela ne tienne, j'aime penser qu'un jour je te rencontrerai !


Bise

constance 15/04/2012 21:48


Monica, je dirais même que si tu vas au Festival, dis-le moi, on pourrait s'y rencontrer :).

monica 14/04/2012 16:25


Au fait Mélenchon c'est bien un synonyme de Révolution, non ?

monica 14/04/2012 16:19


N'oublie pas que mettre une étiquette sur un électeur n'est pas bon en soi.


Je connais malheureusement un voisin qui va peut-être voter extrême droite mais qui ne n'est pas si mauvais que ça. J'essaie de l'en dissuader, mais à quoi bon...


Tu ne te considères pas comme un homme bon tout le temps, mais comme beaucoup de gens, tu peux l'être de temps en temps, non ? :)


Deux amis qui se pacsent ? pourquoi pas ? L'amitié unit deux êtres, comme l'amour, et pourquoi leurs droits seraient différents de deux amants ? Penses-tu que les gens qui se marient sont
tous amoureux ?  


 

Frédéric 14/04/2012 12:24


Si tu savais pour qui je vais voter, tu ne considérerais plus que je suis un homme bon ! :)))


 


Il est des blessures qui se soignent. Mais il est vrai que les soins doivent être réciproques, dans une relation d'amitié.


 


Au sujet du PACS, j'ai trouvé la vision de Mélenchon absolument révolutionnaire : il trouve normal que des amis
puissent se pacser. Deux de mes amis, colocataires en leur état, se sont pacsés, uniquement pour payer moins d'impôts. Cette façon de présenter leur "union" m'avait choqué. Avec le recul, je
me dis pourquoi pas. C'est cohérent : associés pour monter leur boîte web, ils ont fait un bout de vie ensemble. Pourquoi ne pas avoir des droits, pendant cette tranche de vie ? Ils se sont
dé-pacsés quand ils ont trouvé leur moitié. 

monica 14/04/2012 11:16


Cher Frédéric,


J'aimerais tant te donner raison.


Seulement j'ai eu le malheur de perdre une amie. Elle s'est échappée sans me prévenir, et j'en garderai toujours la bessure. C'est sans doute parce que je n'ai pas pris assez soin d'elle, tu me
le rappelles ainsi, et c'est une bonne chose. L'autre amie (nous étions trois super copines), qui est un peu loin de moi, cette année, je vais tâcher de le faire.


Tu es un homme bon, Frédéric, et cela me fait du bien.

Frédéric 14/04/2012 10:15


Les amis aussi, ne s'échappent jamais, Monica ... si on en prend soin :-)

monica 13/04/2012 22:46


Vois-tu, Constance, j'aime bien ce qui est impossible parce que cela m'arrange : il y a des fois où la vie me paralyse, surtout quand j'aime car je n'ai aucune confiance en moi.


Et justement, la solitude m'est toujours possible, elle. C'est la seule chose au fond qui ne vous échappe jamais pour toujours. Elle ne vous enlève rien de vous-même. Quand elle vous regarde
dans le fond des yeux, on ne perd jamais contenance car elle ne connaît pas le mépris et reste toujours amicale.


Alors, je préfère admirer de loin, c'est plus simple. :)


Le Festival d'Avignon, c'est un des meilleurs souvenirs de ma jeunesse. J'y retournerais bien aussi...

constance 13/04/2012 22:22


C'est vrai, Monica, que MO ne risque pas grand chose, quoique La rencontre est rare mais pas impossible :). Mais comment faire pour te parler de lui ?


 


En tout cas, j'ai désormais très envie d'aller voir la pièce mise en scène par Judith Bernard, D'un retournement l'autre, au Festival d'Avignon :).

monica 13/04/2012 20:40


La solitude pour l'aimer, Frédéric, j'écoute souvent ceci : http://youtu.be/gimXe_ZeUJI


 

Frédéric 13/04/2012 14:27


J'aime bien quand tu es dans cet état d'être, Monica :-)


Faut pas y être tout le temps, mais de temps en temps, c'est bien agréable

monica 13/04/2012 12:48


Oui, Frédéric, marre que l'on nous colle une étiquette à chaque fois que l'on joue un rôle : celle de maman, de papa, de travailleur, de gauchiste, de droite, d'anar, de libertin, de sage, on s'y
perd à la fin...qui sommes-nous ?


Exister, être en fait, ne serait-ce pas être solitaire ?


Je ne veux pas le croire, ce serait tellement triste !

Frédéric 13/04/2012 12:33


J'aime beaucoup ta singularité, Monica, comme tu le sais déjà :-)


 


Plus je rumine cette distinction particulier/singulier, plus je la trouve pertinente : rien de plus pénible à vivre, que d'être considéré comme uniquement une partie d'un tout : le père d'une
famille, le salarié d'une entreprise, le citoyen d'une nation...


 


Bas les masques ! On a envie d'autre chose, même si on ne peut se soustraire tout le temps à ces étiquettes : les autres ont besoin qu'on tienne notre rôle pour exister

monica 13/04/2012 12:32


Oui, Ewa, Proust aussi, quel écrivain admirable !


:)

Frédéric 13/04/2012 12:27


Ce que tu viens d'exposer Ewa, est une croyance, non pas un fait 


 


^_^

Ewa 13/04/2012 10:45


« Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances, ils n’ont pas fait naître celles-ci, ils ne les détruisent pas ; ils peuvent leur infliger les plus constants démentis sans
les affaiblir, et une avalanche de malheurs ou de maladies se succédant sans interruption dans une famille, ne le fera pas douter de la bonté de son Dieu ou du talent de son médecin. »


Marcel Proust, Du côté de chez Swann, La Bibliothèque des chefs-d’œuvre, Au Sans Pareil, 1996, p. 168

monica 13/04/2012 07:56


Pour parler simplement sans faire référence à d'autres grandes personnalités (ce que j'apprécie par ailleurs), je choisis d'aimer plutôt que de haïr, d'admirer plutôt que de mépriser, d'exister
plutôt que de m'éteindre, de faire jouir plutôt que de ne pas le faire, de me faire plaisir plutôt que de m'encombrer de déplaisirs, d'avoir un idéal plutôtque l'enfer ...


Michel Onfray est de ces philosophes qui vous révèle à vous-même quand on est de ces gens que le système politique, social et culturel opresse.

Frédéric 12/04/2012 21:32


J'aime bien la façon dont Bernard Stiegler définit le désir :
c'est une attente au delà des pulsions. C'est son propre infini, sa propre singularité, qui se projete dans l'objet du désir. 


 


Stiegler distingue clairement le singulier du particulier, dans le sens où le singulier est incomparable, alors que le particulier est la partie d'un tout. Le particulier est UN parmi d'autres,
alors que le singulier est UN, infini. 


 


En idéalisant l'autre, ne cherchons-nous pas tout simplement à exister ? Idéaliser l'autre, c'est peut-être l'empêcher d'être. Mais c'est exister soi. 


 


Le top, selon Stiegler, c'est quand deux
singularités se rencontrent : deux projections fantasmagoriques s'intensifient l'une l'autre. Qui se respectent. Qui se désirent. Et qui se nourrissent mutuellement.  Stiegler
semble l'avoir vécu. Pas vous ? 


 


J'ai l'impression que Michel et Judith l'ont vécu sur le plateau de Taddeï. Pouf ! Un nouveau chemin (de la connaissance) s'est ouvert sous nos yeux.

Frédéric 12/04/2012 21:20


Comment se risquer à exister (dans la vraie vie) ? Comment
s'exprimer dans la vraie vie. Il parait qu'il faut un instructeur pour cela, des passeurs autour de soi. Etre bien entouré, tout simplement :-)

monica 12/04/2012 20:15


Que vous pensiez que je me trompe ou que vous ne soyiez pas d'accord avec moi, cela n'est vraiment pas grave en effet.


Je suis contente de pouvoir m'exprimer ici, puisque j'ai rarement l'occasion de le faire dans la vraie vie.


N'empêche que moi, j'apprécie chacun d'entre vous. :)

monica 12/04/2012 20:06


Vous allez certainement me rétorquer qu'avec des gens comme moi, on ne fait pas avancer les choses. Mais ai-je besoin de faire avancer les choses quand je ne fais qu'apprécier une philosophie.


C'est de la politique qu'il faut faire, si l'on veut que les choses avancent.


Le philosophe, celui qui donne son avis, est un homme courageux car il sait qu'il est à la merci du moindre propos maladroit, de la moindre attitude de faiblesse...


Il n'est pourtant pas obligé de le faire. Mais il le fait pour nous faire réfléchir...C'est cela qui importe après tout.

monica 12/04/2012 19:59


Je trouve triste de n'avoir personne à admirer dans la vie.


Je pense que j'admire plus Michel Onfray que je ne l'idéalise.


Je l'admire comme j'admire une oeuvre musicale et donc son compositeur.


Je ne suis pas capable de trouver des défauts dans une oeuvre musicale qui me plaît.


Si vous avez écouté la tribune des critiques de disques, ce n'est pas le compositeur qui était critiqué mais l'interprète.


Or, en philosophie, le mieux que l'on a à faire c'est de ne pas interpréter les propos d'un philosophe que l'on apprécie, ni de se complaire à surveiller la moindre de ses défaillances - il
en a comme tout le monde, sinon, ce ne serait pas un être humain - mais plutôt de lire son oeuvre avec un regard toujours curieux, et non pas forcément critique.

monica 12/04/2012 13:36


Constance,


Tu as peut-être raison, j'idéalise "les philosophes" que j'aime en général, comme les musiciens, les danseurs...Ces belles personnes, c'est du pareil au même pour moi. Quand j'aime, j'aime, c'est
ainsi.


Mais quelle importance ? ils ne me connaissent pas, comment pourrais-je les empêcher d'être ?


Je ne parle qu'ici avec vous de MO ; en dehors du blog, je n'ai pas le temps...


 


Je me fais plaisir ; tant pis pour lui, de toute façon, il ne risque vraiment pas grand chose :)

constance 12/04/2012 13:07


Nous ne sommes pas d'accord, mais il me semble que ce n'est pas la première fois et que ce n'est pas grave :).


 


Je maintiens que c'est l'intervention de Judith Bernard qui a permis à Michel Onfray de dire qu'il souscrivait à toute la politique française de Mélenchon tout en réaffirmant ne
pouvoir le faire sur le Tibet ou Cuba. Elle fut à ce moment-là le vecteur d'une dynamique qui manquait à MO (espèce de repli et de fatalisme).


 


C'est au contraire pour moi une grande preuve de sa qualité de débateur et non un reproche. C'est aussi ce qui fait de l'émission de Frédéric Taddëi une référence dans la possibilité et le
respect des débats.


 


Je dirais pour finir qu'idéaliser une personne c'est l'empêcher d'être.

monica 12/04/2012 12:20


Constance,


Je t'ai entendu.


Cependant, sans doute trop imprégnée d'onfrayisme, je considère que mener une vie philosophique c'est aussi écouter sereinement l'autre, et non pas se donner en spectacle.


Un penseur comme MO réfléchit en permanence, et il peut donner l'impression "d'évoluer" quand il parle après certaines interventions énergiques des gens qui l'entourent. C'est toute la
noblesse du philosophe.


Je n'ai pas ressenti qu'il a été poussé dans ses retranchements, ni cette nouvelle dynamique dont tu parles.


Restons objectifs à son égard malgré certaines "déceptions"...

monica 12/04/2012 12:12


Fred (je peux ?),


Nous cheminons, MO et moi, déjà ensemble via la lecture. Il n'y a pas mieux.


De toute façon, vu sa pointure, sur d'autres chemins, je risque de traîner la patte...:)

constance 12/04/2012 09:43


Chère Monica, je crois sincèrement que tu te trompes.


 


Judith Bernard l'a poussé dans ses retranchements, elle n'avait pas peur de lui, pas d'a priori, elle lui a signifié "regarde-toi, tu es comme eux, tu ne te révoltes plus, où est passé cet homme,
tu es rentré en résignation", elle a créé une nouvelle dynamique chez lui : c'est flagrant.


Vive les femmes qui savent ce qu'elles veulent. A part ça, j'ai bien aimé son "on est pas des crétins", non en effet :).

Frédéric 12/04/2012 01:17


Monica, cela ferait tellement de bien à Michel, s'il te cotoyait :-) Tu devrais lui proposer une rando, qu'il s'oxygène un peu. Je vous aurais bien accompagné, si nous choisissons un
parcours confortable. Idée paisible : revoir les Pyrénées. 


 


Avez-vous remarqué comme tout le monde est tendu en ce moment ? Comme quoi ? 

Ewa 11/04/2012 13:46


Marc, je promets, je promets! Juré, craché !


 


Merci Monica :~)


 


Frédéric, heureusement qu’il y avait Judith Bernard! 

monica 11/04/2012 13:45


Le réductionisme de Michel Onfray ! Frédéric, tu rigoles ?


MO n'est pas obtu au point de voir Mélenchon tout noir.


Le philosophe reconnaît qu'en dehors de sa "politique étrangère", il peut être intelligent tout de même...


Judith Bernard n'a rien à voir dans cette reconnaissance.


 

Frédéric 11/04/2012 13:29


J'ai bien aimé l'émission. J'ai trouvé que Michel Onfray avait été bon. Mention spéciale et remerciements éternels à Judith Bernard, qui, grâce à son énergie, a réussi à le sortir de son
réductionnisme au sujet de Mélenchon, ce dont nous avons déjà parlé.


 


J'ai l'impression que Michel Onfray est mal entouré en ce moment. Quelqu'un peut l'aider à s'extraire de ses mauvaises influences ? Merci d'avance aux courageux altruistes :-)

monica 11/04/2012 12:29


Euh ! maewa, moi ça m'arrange un peu que cela ait été supprimé car une fois encore, j'ai dit beaucoup de mièvreries... :)


Marc, s'il te plaît, laisse faire Ewa ; elle sait ce qu'elle fait !


Bise à toi aussi

marc 11/04/2012 12:07


maewa tu peux m’embrasser quand tu veux mais pas censurer


tu me promets immédiatement que c’était la première et la dernière fois 


sinon  je restaure les coms supprimés et plus si affinités  

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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc

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