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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 10:15
 

"Ce n'est pas parce que la vie est bonne et sucrée comme peuvent l'être les fraises qu'il faut l'aimer, c'est dans la mesure où nous l'aimons malgré son amertume, voire dans la mesure où nous l'aimons grâce à son amertume, que nous pouvons trouver que la vie est bonne."

 

 


Trois chapitres sortis du Goût de vivre, 101 propos à parcourir pour son seul plaisir et celui de les partager, dernier livre d'André Comte-Sponville, dont je vous ai déjà parlé dans Trois raisons de ne pas croire.

Trois chapitres plus un : le délinquant relationnel de Michel Onfray. Pour tous ceux qui auront des petites lumières qui s'allumeront en lisant ces lignes...


Chiennes de garde

L'humour est-il une excuse suffisante à l'utilisation commerciale de l'image des femmes ? "Faire rire dans la publicité, c'est toujours rire avec n'importe qui". Peut-on rire des femmes avec un macho, un pervers, un violeur ? Assurément non sans encourager au sexisme, qui est le racisme d'une moitié de l'humanité sur l'autre.
Quelle influence peut avoir cette dérive sur les premiers consommateurs de publicité, nos enfants ? Qu'est-ce qu'une femme pour un publicitaire ? Une idiote, une paire de fesses, une esclave de préférence soumise devant le mâle surpuissant. Est-ce l'image que, vous, messieurs publicitaires, voulez donner de vos filles ?
Quelle société se joue de la féminité, du désir sexuel en instrumentalisant l'essentiel (le désir, la sexualité, l'amour) au service de l'inessentiel ?
Voilà pour quelle raison il faut être chienne de garde.

Alzheimer :

"Mon père ne me reconnaît plus. Il ne reconnaît plus personne". Tout d'abord, l'oubli d'une question, puis celui d'une intention. Descente aux enfers, assez de conscience pour se rendre compte qu'il en avait de moins en moins, assister vivant à son naufrage. Puis un jour, ne pas se rappeler qui l'on est.
"Penser, c'est se souvenir de ses idées. Aimer, c'est se souvenir de ceux que l'on aime. Faire des projets, attendre, espérer, c'est se souvenir de l'avenir qu'on a, ou qu'on croit avoir. Sentir, même, c'est se souvenir de ce qu'on sent. La mémoire n'est pas une dimension de la conscience ; c'est la conscience même."
Cette maladie du corps et non de l'âme prive le fils qu'est André Comte-Sponville de l'opposition à son père. Ce long combat auquel enfant puis adulte nous nous sommes préparés à gagner mais qui restera inachevé. "Celui qu'on voulait vaincre n'est plus en état de combattre, de résister, ni même d'être vaincu".
Le corps peut survivre à l'esprit, la mort est déjà là, il ne reste plus que ce que l'on porte en soi d'amour, de gratitude ou de pardon pour celui déjà parti.


                                                                               

Qu'est-ce qu'un salaud ? par André Comte-Sponville
 
La méchanceté n'existe pas : être méchant c'est vouloir le mal comme fin et non comme moyen (Kant). Or, tout être humain recherche son plaisir. Voilà pour quelle raison les salauds sont innombrables. Tous les hommes peuvent être mauvais mais tous ne sont pas des salauds. Qu'est-ce qu'un salaud ? Un être qui s'autorise le pire, le sacrifice d'autrui à soi, au nom du meilleur des égoïsmes. Le salaud déborde de haine, c'est un égoïste démultiplié qui fait subir une grande souffrance pour un petit bien pour soi. Mais le salaud est rempli de principes, il a bonne conscience et trouve toujours des raisons à sa conduite. Il n'y a pas de différence de nature entre un égoïste et un salaud mais de degré : l'égoïste est celui qui ne fait pas ce qu'il devrait pour le bien d'autrui, le salaud fait plus de mal qu'il ne pourrait. Le salaud, dit Sartre, c'est "le gros plein d'être".
"On est égoïste par défaut, et salaud par excès. Excès de quoi ? Excès d’égoïsme, de violence, d’agressivité, de cruauté parfois… L’égoïste manque d’amour (il ne sait aimer que soi). Le salaud déborde de haine. C’est égoïsme encore, mais démultiplié. Qui ne ferait un peu de mal à autrui, si cela doit aboutir à un grand bien pour soi ? Qui ne s’autoriserait un petit mensonge, si c’est pour faire fortune ? Qui ne volerait, pour sauvait sa peau ? Egoïsme, mais tolérable. Le salaud va plus loin : il fait subir un grand mal à autrui, pour obtenir un petit bien pour soi. Egoïsme toujours, mais intolérable. Par exemple celui qui tuerait pour une satisfaction d’amour propre, qui violerait pour un orgasme, qui torturerait pour une idée ou un billet."
Son contraire ? Non pas le héros, le sage, le saint mais l'homme lucide et authentique, l'homme de conscience. Celui qui ne se résigne pas à être l'égoïste insatisfait.

   
Le délinquant relationnel :
par Michel Onfray

"Je nomme délinquant relationnel celui qui, ni responsable, ni coupable, relève d’une série d’agencements existentiels faisant de lui un être incapable de contracter, donc d’entretenir une quelconque relation éthique."

Le délinquant relationnel est quelqu'un chez qui la pulsion de mort triomphe et où la pulsion de vie est très secondaire. Il est incapable de contracter (c'est-à-dire de passer un accord éthique avec un tiers), il dit une chose et fait son contraire dans les actes
, est incapable de s'engager, d'être de bonne fois, d'honorer une parole, incapable de mémoire sur lui-même, ne sait plus ce qu'il a dit, peut-être qu'il l'a dit, mais pas comme ça, ben non, bien sûr.

Si vous voulez connaître la morale du sadomasochisme, c'est dans le lien du délinquant relationnel...

"Déceler un délinquant relationnel, c'est savoir qu'il le sera toujours : l'éviction, la sortie de son dispositif éthique, voilà la solution pour créer du plaisir par prophylaxie d'évitement de déplaisirs..."


  Constance 

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Published by quatuor - dans Goût des autres
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commentaires

Ewa 19/09/2011 11:43



Monica, je pense que je vais faire la même chose que toi.


J’aurais aimé que tu me donnes l’interprétation de la Bible différente de la mienne, que tu puisses me convaincre que violeuses et tueuses sont aussi nombreuses que violeurs et tueurs, mais bon…
Tu aurais été toujours aussi bien perçue et je ne l’aurais pas pris pour l’attaque personnelle.


A quoi bon écrire pour plaire, pour être bien perçue? Ça fausse tout. Dans la "vraie" vie il n’y en a pas déjà assez de l’hypocrisie, des faux-semblants et des faux "gentils"? Il vaut mieux
écrire ce que l’on pense vraiment, tant qu’à se frotter aux opinions des autres; écrire en fonction de nos états d’âme du moment - tristement, joyeusement, sérieusement ou en blaguant - et pas en
fonction des prétendues attentes des autres. Ça plaît ou ça plaît pas, c’est pareil et tant pis!


Bise à toi!



monica 18/09/2011 22:35



Ewa, je n'ai pas dit qu'elles étaient plus perverses que les hommes"... J'ai écrit : "Elle peut être encore plus tordue..."


Je n'ai donc pas affirmé qu'elle était ... mais qu'elle pouvait... et je n'ai donc pas parlé de perversion.


Je ne pense pas avoir des idées qui sont dangereuses, Ewa.


Parfois j'essaie d'avoir un peu d'humour ; d'autre fois, quand j'essaie de m'exprimer un peu plus sérieusement, je suis mal perçue.


Je suis un peu lasse de tout cela.


Je reviens du cinéma. J'ai vu un excellent film libanais de Nadine Labaki : "Et maintenant, on va où". Allez le voir, c'est bon, c'est plein d'humour et profondément émouvant. Les
femmes sont magnifiques et leur combat est époustouflant ; il te plaira, Ewa, j'en suis certaine.


Je vous quitte pendant un certain temps, le temps de réfléchir un peu sur le bien-fondé pour moi d'écrire sur un blog.


Bises à tous.



Ewa 18/09/2011 20:33



ACS et Chiennes de garde… Encore un féministe, un homme, un vrai, comme je les aime. Je suis même prête à lui pardonner sa fidélité. ;~)


 


Éviter le délinquant-relationnel-patron(-e) c’est facile à dire, mais très difficile à faire en réalité, et les inquiétudes de Frédéric (on quitte l’un et on retombe sur l’autre, ailleurs) sont
compréhensives et justifiées. Onfray propose « une solution » élaborée à partir du concept de porc-épic de Schopenhauer et de « pathos de la distance » de Nietzsche (ça vaut ce que ça vaut, j‘ai
un léger doute sur son efficacité, mais c’est mieux que rien )


« Dans certains cas, la mise à distance n’est pas possible. Car il s’agit de personnes avec lesquelles, pour de multiples raisons, nous sommes obligés de rester en contact. Reste alors,
solution éthique, la bonne distance, ce que j‘ai appelé dans « La sculpture de soi » l’Eumétrie. Ni trop près, ni trop loin. Ni mise à distance radicale et définitive ; ni proximité qui expose au
dangers. Ne pas s’exposer, ne pas se donner, ne pas se livrer, garder pour soi ses secrets, cultiver la distance, chérir la discrétion, rester opaque, pratiquer la courtoisie et la politesse,
l’art des relations fluides mais détachées. L’objectif? Éviter de mettre en péril le noyau dur de son identité. » 


[La puissance d’exister, Livre de Poche, 2009, p. 136-137]


 


Il faudrait peut-être aussi faire attention à ne pas appeler délinquant relationnel toute personne avec laquelle on ne s’entend pas bien. :~)


Moi non plus, comme Constance, je n’ai jamais rencontré une délinquante relationnelle. Elles existent évidemment, peut-être même leur nombre augmente, mais de là à dire qu’elles sont  plus
perverses que les hommes, c’est répéter une vieille fausse bonne idée encrée, grâce au bourrage de crâne, dans les mentalités aussi bien des hommes que des femmes et perpétuée depuis des
millénaires par la société patriarcale et la religion. C’est une idée bien confortable, innocente en apparence, pas moins dangereuse pour autant. Elle peut justifier à merveille les violences
envers les femmes et expliquer leur condition de sous-êtres.  Les femmes le méritent tout simplement, elles sont encore pires que les hommes! Oui, bien sûr… Et pendant ce temps-là, les vrais
délinquants relationnels - les sociopathes qui battent, violent, torturent, tuent  - sont les hommes dans environ 90%, les différentes époques et cultures confondues. Toutes les statistiques
et les études criminologiques le prouvent. Inné ? Acquis? Gènes? Hormones? Société? Mélange explosif? Je n’en sais rien, mais les faits sont là. 



Ewa 18/09/2011 20:24



Nom de Dieu, comment je vais écrire tous ces trucs sur les chiens et les porcs après ce lapin rose? Tant pis pour le lapin! :~)


 


« Ne donnez pas les choses saintes aux chiens et ne jetez pas vos perles devant les porcs, de peur qu’ils ne les piétinent et qu’ils ne se retournent pour vous déchirer. »


[Évangile selon Mathieu, chapitre 7, verset 6; Société Biblique de Genève, 2010]


 


Les chiens sont impurs, impropres - très bonne idée toujours en vogue dans le judaïsme et l’islam. 


Mon petit chien beau, doux, drôle et joyeux, ne pensant qu’à jouer et à se faire câliner, accordant la confiance totale aux êtres humains, a malencontreusement effleuré un jour la sainte djellaba
du saint qui passait à côté. Il a donc reçu, comme il se doit, un grand coup de pied de la part de saint touché par la grâce. J’avançais vers lui, enragée par la douleur, pensant avec mon pied.
Et là, un miracle! Il a reculé apeuré et s’est éloigné en murmurant ses injures et formules magiques. Vu ma fragilité physique, il a dû apercevoir les flammes de l’enfer brûlant dans mes yeux.


 


Combien de porcs se sont retournés pour nous déchirer? 


Et combien de porcs on déchire, massacre, tue chaque jour? On se gave de cette chair torturée, parce que nous sommes le sommet de la création, créés à l’image de Dieu, on peut tout se permettre.
Amen.


 


J’aime bien les citations de la Bible.



Constant 17/09/2011 13:31



"L'amitié, c'est un seul esprit dans deux corps.", Mencius





 



monica 17/09/2011 11:15



Chère Constance,


Les délinquantes relationnelles ne peuvent être tes amies ni les miennes.


Je pense que tu mets en pratique, comme je tâche de le faire, ce langage : "Ne jetez pas vos perles devant les cochons" (désolée Ewa, mais c'est une phrase de l'évangile selon saint Mathieu ;
comme quoi !).


Bon week end à toi



constance 16/09/2011 22:05



Bonjour J-C, merci d'avoir twitté ce comte-sponville, je ne sais même pas me servir de tous ces trucs dessous nos articles :-))


 


monica, je ne faisais effectivement pas de différence de sexe pour le salaud ou délinquant relationnel. je ne connais cependant pas de délinquante relationnelle, trop peu d'amies pour cela. je
savais qu'ACS finirait par te toucher, on peut pas faire autrement. ts les ego ne se valent pas, n'est-ce pas ?, et le sien me paraît assez sain :-)


 


frédéric, je te remercie pour ce que tu dis ici et aussi pour avoir donner le lien de cette conférence sur les origines du plaisir, vraiment très intéressante. Que fait cette rousse dans un écran
? :)


Nous pourrions également discuter de cela http://www.psychologies.com/Culture/Philosophie-et-spiritualite/Savoirs/Interviews/Andre-Comte-Sponville-Les-athees-n-ont-pas-moins-d-esprit-que-les-autres
- et il faut absolument que je lise un bouquin de ce luminet.



monica 16/09/2011 17:06



La délinquante relationnelle existe aussi.


Ce n'est pas l'apanage du sexe masculin. Elle peut être encore plus tordue que le délinquant relationnel. Elle est intelligente, sainte nitouche et très complexée donc jalouse ; elle se lève tous
les matins en se disant que les hommes sont des salauds. Si vous lui donner un peu de pouvoir, elle saura démontrer à qui mieux mieux qu'elle n'en use pas tant que cela en vous caressant dans le
sens du poil quand elle y trouve son compte ; ou bien elle fera preuve de sarcasmes apparemment anodins mais qui vous cingleront comme des poignards.


Sa mémoire est infaillible, ses angoisses de mort insondables. Elle gémira comme une petite fille au moindre de ses bobos, et prendra du plaisir à vous raconter la mort des autres en
larmoyant.


Conclusion : type d'individus mâles ou femelles à éviter absolument s'ils sont patrons, chefs d'entreprise ou de bureau...car sans eux, la vie a beaucoup plus de charme !


 



Frédéric 16/09/2011 13:44



En ce qui me concerne, j'ai gagné pas mal de combats ces derniers temps. Déjà face à ma fille de 3 ans : il était impossible de passer un contrat éthique avec elle :)))))


Et puis face à mon patron, qui ne reconnait que la loi du plus fort. Pertes de mémoire, mauvaise foi, filouteries, aucune reconnaissance, recherche d'un responsable quand ça va pas, éternel
insatisfait, sont mes nourritures quotidiennes. J'ai appris à faire avec, depuis le temps que je travaille sous ses ordres. Mais je sais depuis longtemps qu'il est un vrai délinquant relationnel,
c'est-à-dire qu'il ne changera pas. 


Je me dis aujourd'hui que cela suffit, qu'il est temps de me séparer de celui qui me pourrit la vie. J'ai peur d'un truc : c'est de retomber à nouveau sur un délinquant relationnel, mais avec
d'autres spécificités, qu'il me faudra apprendre au cours du temps. Peut-être avez-vous déjà vécu des situations similaires ? Avez-vous rencontré des patrons qui honoraient leurs contrats ? J'ai
l'impression que ça n'existe pas : qu'être un patron, c'est savoir qu'il y a dans ce monde des gagnants et des perdants, et qu'il vaut mieux être du bon côté. 


(C'est pas mal comme débat, non ? j'honore 3 points sur les 4 qui composent cet article. Et ça me ferait avancer d'un grand pas :)  ) 


Bonus : la bande originale de ce débat : Gagnants-Perdants de Noir
Désir. Fabuleuses paroles. 



monica 16/09/2011 03:02



Frédéric,


Oui, je lui donne tellement raison quand A.C.-S. dit cela que, moi qui n'étais pas attirée par son style, cela me donne envie de mieux le découvrir.


Philosopher est utile pour celui ou celle qui n'est pas dans le malheur.


Le malheur, vous entraîne soit vers la mort, soit vers le combat, soit vers la dépression.


J'aime beaucoup : "... l'urgence est de tenir et de combattre". Quand le combat est gagné ou à peu près, alors, il est temps de philosopher.


C'est troublant, non ?



Frédéric 15/09/2011 23:04



J'aime bien aussi cela de lui : 


Face à un tel malheur, vous êtes-vous tourné vers la philosophie ?


A.C.-S. : Non. Face au malheur, il n’y a que les cris et les larmes. L’urgence n’est plus de philosopher, mais de tenir et de combattre.
La philosophie sert davantage dans les moments où tout va à peu près bien. Lorsque l’on se dit : « J’ai tout pour être heureux », et qu’il nous faut bien constater que cela ne suffit pas pour
l’être.


Source : psychologies.com



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  • quatuor
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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