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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 11:11

 

Et si on se détournait du centre… Ça sonne comme l’une des bonnes résolutions pour l’année 2013, mais c’est ce que nous propose Otto Karl, philosophe postmoderne, dans ses trois créations audiovisuelles.

En visionnant la première vidéo (2min.26), remarquez le chanteur peu connu des médias : Mathieu Boogaerts.

Dans la deuxième (14min.19), Otto Karl ottoprésente son mode d’expression particulier (à partir de la cinquième minute) et Philippe Nassif, journaliste, raconte comment il a « quitté l’empire du nihilisme «. J’ai transcrit une partie de sa conversation avec Philippe Petit, celle qui me paraissait la plus intéressante.

Si la totalité de cet entretien vous tente, vous pouvez écouter l’émission La fabrique de l’humain diffusée sur France Culture en avril 2011. Vous y trouverez également Mehdi Belhaj Kacem, acteur, écrivain, philosophe, qui parle de « l’après nihilisme » et de « l’après Badiou«.

La troisième vidéo (1min.22) prouve de manière irréfutable que Oto Karl est un dangereux «punk par le haut«. Grâce à une machination diabolique postmoderne, il a remplacé le nom de Mehdi Belhaj Kacem par le sien, et pour couronner le tout, a ajouté un extrait d’une chanson  d’une rare liberté et sauvagerie. « Liberté et sauvagerie par le haut « ? Je ne sais pas, mais si trash et inattendue qu’elle a provoqué mon éclat de rire. Que toute la philosophie postmoderne me pardonne! :~)


 

*

 


 

- Philippe Petit : Ça veut dire quoi : quitter l’empire du nihilisme?

- Philippe Nassif : Moi, j’ai eu 20 ans au début des années 90, où le nihilisme a commencé apparaître très clairement. Le discours était qu’il ne se passait plus rien, que tout avait déjà été fait, que tout aujourd’hui était minable, qu’il y avait du malheur partout. Je l’ai porté, j’ai été bouffé par ce discours moi-même. Houellebecq s’est imposé comme une espèce de prophète flasque de la middle class européenne pour dire que tout était déjà fini et qu’on avait baissé les bras. Donc, le nihilisme c’est le moment où il n’y a plus aucune valeur pour laquelle on va sacrifier ses intérêts. Et aujourd’hui, on a vraiment le sentiment que tout va pour les intérêts et qu’on n’est plus capable de donner sa vie à autre chose qu’à son propre intérêt, son propre calcul, sa propre petite jouissance. Le nihilisme, c’est ce que Nietzsche a appelé la mort de Dieu, c’est-à-dire le moment où l’incalculable, la pure verticalité disparaît de notre champ de vision.

- Philippe PetitL’incalculable au sens de Bernard Stiegler?

- Philippe Nassif : Oui. Bernard Stiegler dit : dieu c’est l’incalculable. Si on enlève l’incalculable, il n’y a plus que du calculable, donc il n’y a plus d’ouverture à quelque chose d’autre. Je ne vois pas comment on peut aimer quelqu’un sans un incalculable, faire des grandes choses sans parier sur un impossible. […]

- Philippe PetitComment croire en ce monde-ci? - disait Deleuze.

- Philippe Nassif : Comment faire pour croire en ce monde-là? Comment continuer à croire? Comme n’importe quel connard parisien un peu intello qui dit : il ne se passe rien, c’est fini, c‘est nul, c‘est à chier, au bout d’un moment j’ai commencé à aller un peu vers les marges, à quitter ce que j’appelle le centre, le discours des intellos promus par des gazettes du centre. Et là, je me suis rendu compte à mon grand étonnement qu’il y avait tout un peuple à la marge d’une très grande valeur, pour qui la dignité, pour qui l’idée de donner une belle forme à sa vie, pour qui l’attention et le respect aux autres n’étaient pas des vains mots. Et je me suis rendu compte que ce que je disais ne tenait pas, c’est-à-dire que ces gens existaient, mais on ne les voyait plus, ils n’étaient plus médiatisés par la télévision, par les grands journaux, ce n’était plus un discours qui marchait. Ce discours sur le nihilisme, sur le fait que aujourd’hui il n’y a plus rien qui vaille, c’est parce que vous regardez trop la télévision, vous regardez le centre, et évidemment vous voyez Michel Houellebecq triompher, et vous avez l’impression qu’en effet, c’est fini. Mais si vous tournez le dos au centre, alors là, vous allez faire de grandes rencontres, et vous allez rencontrer des gens qui parviennent à renouer avec la vie, et à renouer avec la croyance dans leurs désirs et dans la vie. […]


- Philippe Nassif  : On était à la fin des années 90, où tout était pour l’horizontalité, la déconstruction, avec une espèce de deleuzisme et de derridisme - je ne parle pas de Deleuze et de Derrida mais de ce qu’on en faisait - ce qui faisait qu’on étouffait.

- Philippe Petit : "La pop culture est née de la culture populaire et enfante maintenant un populisme culturel".

- Philippe Nassif  : La pop culture c’est le moment où les médias s’emparent de la culture populaire. La pop culture ce n’est pas juste une culture, c’est un jeu entre la culture et les médias. Ma génération a énormément cru à la pop culture. L’idée était que l’intelligence et les grands artistes allaient triompher au centre. Il y avait énormément d’intelligence qui avait été drainée au centre de la société, au centre des médias, on pensait que ça allait continuer, et à un moment donné on s’est rendu compte que les multinationales et le marketing s’en étaient emparés, l’avaient désossée, et qu’il y avait un vernis pop culturel, mais derrière ce n’était plus que l’incitation à la pulsion et la jouissance et plus aucune intelligence.[…] La pop culture, c’est mort parce que au centre, c’est vitrifié, le centre ce n’est plus que la médiasphère, « le plus chaud des monstres chauds« , et si vous voulez commencer à comprendre ce que ça peut être une vie juste, je vous en prie, détournez-vous du centre

- Philippe Petit ou Otto : Détournez-vous du centre... Tout ça pour dire que quand on lit Otto, Lautréamont, Rimbaud, les situationnistes, on a envie de vivre l’art, vivre la poésie. Philippe Nassif utilise souvent l’expression punk par le haut...

- Philippe Nassif  : Punk par le haut signifie que « la lutte initiale », ce serait non plus de se contenter d‘une sauvagerie par le bas, d‘une sauvagerie innocente, d’une liberté finalement assez étroite, mais, à force de sublimation et d’apprentissage, de retrouver une liberté et une sauvagerie par le haut. Tous les grands hommes ce sont des gens extrêmement libres parce qu’ils ont beaucoup appris et beaucoup oublié. C’est ce que j’appelle le punk par le haut, c’est cette attitude que je retrouve aussi chez Mehdi Belhaj Kacem. C’est quelqu’un qui travaille beaucoup et qui en même temps, à la différence d’un certain nombre d’universitaires, n’a pas perdu cette spontanéité, cette liberté, cette sauvagerie qui fait partie de la croyance à la vie. Donc, punk par le haut, c’est un peu le programme éthique des années à venir. […] Nous, notre grande lutte c’est d’abord de construire avant de pouvoir détruire. La spontanéité n’est pas donnée. C'est ce qu’on est en train de comprendre aujourd'hui avec les effets du nihilisme, parce qu'il y a le bon effet du nihilisme, c’est rendre tout explicite, de tout déplier. Maintenant, on voit comment ça fonctionne, l'être humain. Punk par le haut, c’est d’abord construire pour pouvoir détruire ensuite, sachant que la génération 68 avait été verticalisée, contre son gré mais c'est la vérité, et c’est grâce à ce que les maîtres leur avaient appris, qu’ils ont pu les rejeter.

 

          

 

 

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commentaires

Ewa 15/01/2013 16:38


Je viens d’ajouter la troisième vidéo toute fraîche d’Otto Karl. 


 


La troisième vidéo (1min.22) prouve de manière irréfutable que Oto Karl est un dangereux «punk par le haut«. Grâce à une machination diabolique postmoderne, il a remplacé le nom de Mehdi
Belhaj Kacem par le sien, et pour couronner le tout, a ajouté un extrait d’une chanson d’une rare liberté et sauvagerie. « Liberté et sauvagerie par le haut « ? Je ne sais pas, mais si trash et
inattendue qu’elle a provoqué mon éclat de rire. Que toute la philosophie postmoderne me pardonne! :~)

j f cordroc'h 05/01/2013 10:21


Le problème de l'homme serait son besoin de croire en des modèles existentiels préfabriqués (idéologies ,religion , etc ...), qu'il lui faudrait alors inventer , et ce besoin proviendrait, selon
ma théorie de la séparation homme-nature ,du vide dans le sens du manque de liens fondamentaux entre l'homme et la nature laissé par cette séparation . Et lorsque ces modèles ne tiennent pas
leurs promesses , lorsque donc les croyances en eux disparaissent ou deviennent insuffisantes , l'homme se retrouverait face à son manque et sombrerait dans la déprime et l'angoisse existetielle
.


La solution serait donc dans la capacité de l'homme à renouveller des liens fondamentaux avec la nature et pour cela il suffirait de ne pas introduire dans l'enfant dès sa naissance , par une
éducation inadaptée , cette séparation originelle prématurée . Ce qui signifie que ce n'est pas de l'inculcation de valeurs morales et autres qu'aurait besoin l'enfant , mais de relations
profondes avec la réalité telle qu'elle est réellement ,grace à une sensibilité que l'on ne briderait pas,  et des émotions que l'on laisserait assurer leur fonction capitale dans le
développement de l'enfant .Tout cela va à l'opposé de la voie centrale .


Encore mon idée de la séparation homme-nature allez vous me dire . Alors une petite précision sur celle-ci . Elle consiste selon moi à ne pas laisser à la nature le temps de développer dans le
cerveau de l'enfant une certaine manière de penser , permettant une interprétation claire de la réalité . L'homme veut prendre le plus tôt possible le contrôle de la pensée , du fonctionnement du
cerveau , en le soumettant à des règles éducatives préconçues à cette fin , et inadaptées au processus naturel de vie . C'est en enfermant prématurément l'enfant dans la pensée rationnelle, en
lui apprenant à se protéger de l'imprévisible par l'évitement de confrontations directes ,qu' on sépare l'homme de la réalité qui n'a que faire de sa rationalité .

Ewa 02/01/2013 22:57


Merci Edgar, j’ai rectifié, le manifeste est devenu le mode d’expression.


 


Désolée, cher PhDams. Et pourtant, la vitesse n’est pas mon point fort… :~)


 

edgar 02/01/2013 18:15


Wah, otto karl de retour sur le banquet !... Je note que l'année commence (fort !) bien !... Et puisque vous parlez de « manifeste » (que pour ma part je situe plutôt dans la première vidéo,
dernière en date), ça m'y a fait penser : et donc peut-être en... com(plé)mentaire (usant d'une terme ottokarlien) :


http://nordexpress.blogspot.fr/2009/07/ottomanifeste-premiere-partie.html


 

PhDams 02/01/2013 18:12


Damned, vous m'avez pris de vitesse... je voulais publier la vidéo dans le courant de la semaine... :-)
En tout cas, merci pour les compléments que je vais m'empresser de lire et d'écouter...

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