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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 09:04

 

 

Au début : les monologues du vagin théâtraux avec des éclats de rire; à la fin : le monologue du vagin cinématographique baignant dans l’univers fantastique, inquiétant et loufoque d’Almodovar.

Au milieu : l’atelier du vagin littéraire où une jeune femme part à la découverte du pouvoir jouissif, orgasmique, libérateur de son propre corps, « honteux «, meurtri et opprimé pendant des siècles, s’entremêle avec l’atelier du vagin de la sculpture où on découvre une galerie des bas-reliefs (des moulages en plâtre de centaines de vagins des femmes de tous les âges) dont l’hyperréalisme se transforme étonnamment en formes abstraites, et les panneaux deviennent des tablettes votives remplies de beaux hiéroglyphes mystérieux racontant l’histoire du peuple et de la civilisation inconnus...

 

 




L’atelier du vagin 

« Mon vagin est un coquillage, un coquillage rond rose et délicat qui s’ouvre et qui se ferme. Mon vagin est une fleur, une tulipe excentrique, son cœur est vif et profond, son parfum est délicat, ses pétales doux et fermes à la fois.

Ça, je ne l’ai pas toujours su. Je l’ai appris à l’atelier du vagin; [...]


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        Jamie McCartney  - « Le grand mur des vagins » 

Panneau 2

Je dois avouer que jusqu’à ce jour, tout ce que je savais sur mon vagin était fondé sur les on-dit ou sur l’invention. Je ne l’avais jamais vu. Il ne m’était jamais venu à l’idée de le regarder. Mon vagin n’avait d’existence pour moi que sur un plan abstrait. Je trouvais ça réducteur et choquant de le regarder... [...]


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   Panneau 3

Au début, mon vagin, je l’ai trouvé plutôt inquiétant. Un peu comme quand vous voyez pour la première fois un poisson ouvert et que vous découvrez à l’intérieur tout cet univers sanguin et complexe, juste là, sous la peau. C’était tellement rouge, tellement frais, tellement cru. Ce qui m’a le plus surprise c’était toutes ces couches successives. Une couche sur une autre couche, ouvrant sur une autre couche.

Mon vagin m’a stupéfiée.  [...]


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       Panneau 4

C’était mieux que le Grand Canyon, vieux comme le monde et plein de grâce. Ça avait la fraîcheur et l’innocence d’un magnifique jardin anglais. C’était drôle, très drôle. Ça m’a fait rire. Je pouvais jouer à cache-cache avec, l’ouvrir et le fermer. C’était comme une bouche. C’était comme un matin. Et là, l’idée m’est venue tout d’un coup que c’était moi, que c’était mon vagin. Qu’il était ce que j’étais. Que ce n’était pas une entité à part. [...]


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       Panneau 5

... si je m’étais empêchée de trouver mon clitoris, c’était parce que, en fait, j’avais toujours été terrifiée à l’idée que je n’en avais pas, terrifiée à l’idée d’être une de ces bonnes femmes viscéralement impuissantes, une de ces femmes frigides, mortes, closes, sèches, avec un goût de vieil abricot - oh mon Dieu ! J’étais là, allongée, le miroir à la main, à la recherche de ce point névralgique, tâtonnant avec mes doigts, mais je ne pensais qu’à une chose. A dix ans, j’avais perdu une bague en or avec des petites émeraudes en me baignant dans un lac. [...]


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       Panneau 6

« J’ai perdu mon clitoris. Il a glissé. J’aurais pas dû nager avec. » Elle a éclaté de rire. Doucement, elle m’a caressé le front. Elle m’a dit qu’un clitoris, ça ne se perdait pas comme ça. Qu’il était moi, qu’il était mon essence même. Qu’il était tout à la fois la sonnette de ma maison et ma maison elle-même. Que je n’avais pas à le retrouver, dit-elle, que j’avais à l’être. Être lui. Être mon clitoris. Être mon clitoris.


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Panneau 7

Étendue, j’ai fermé les yeux. J’ai posé mon miroir. Et je me suis regardée flotter au-dessus de moi. J’ai regardé comment, lentement, je m’approchais de moi et comment je réentrais en moi. Je me sentais comme un astronaute revenant dans l’atmosphère terrestre. C’était très apaisant, très apaisant et très doux. Je rebondissais et je touchais terre, je touchais terre et je rebondissais. Je suis revenue dans mes propres muscles, dans mon propre sang, dans mes propres cellules et puis je me suis glissée dans mon propre vagin. Tout à coup, c’était devenu très facile, ça allait tout seul. C’était tout chaud, ça palpitait, c’était jeune, c’était vivant, ça n’attendait que moi. Et là, les yeux toujours clos, sans regarder, j’ai posé le doigt sur ce qui, soudain, était devenu moi. Au début, c’était un peu frémissant, c’est ce qui m’a poussé à continuer. Puis le frémissement s’est transformé en tremblement, puis le tremblement en éruption, et les différentes couches se sont divisées et divisées encore. Le tremblement a explosé sur un horizon du temps passé, fait de lumière, de silence et de couleurs, qui s’est à son tour ouvert sur une image d’innocence et sur un désir fou, et j’ai senti la connexion, l’irrésistible connexion s’opérer, tandis que je restais là étendue, agitée de spasmes sur mon petit matelas bleu.


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       Panneau 8

Mon vagin. Mon vagin est un coquillage, une fleur, un destin. C’est quand j’y arrive que je commence à partir. Mon vagin… mon vagin… moi. « 

 

Ève Ensler, Les Monologues du vagin, Denoël & D’Ailleurs 2011, p. 45-52   

[Cet extrait provient de mon livre papier, mais dernièrement, j’ai trouvé par hasard la version numérique des « Monologues du vagin » grâce au blog Doucettement]

 


 


« L’amant qui rétrécissait » - le film dans le film de Pedro Almodovar « Parle avec elle » (2002) 

 

 


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commentaires

Misah 14/08/2015 13:23

c'est des moulages les images? qui sait qui a eu la patience de mouler des centaines de vulves?!

Ewa 08/06/2014 14:53


Chère Anne,


Ce n’est pas une information, mais un billet d’humeur, un billet d’humeur de la semaine qui tombe chaque vendredi : le 30 mai, le 6 juin, le 13 juin… etc. Une pure coïncidence, aucune intention
particulière. Mais vous m’avez donné des idées, si je n’oublie pas j’y penserai la prochaine fois. Le 15 août me plairait bien… 





Assomption 



Tout compte fait, le hasard fait parfois bien les choses, car peut-on mieux et avec le meilleur goût commémorer le Débarquement qu’en célébrant la vie, le rire, la jouissance et la découverte du
peuple sans Histoire, donc sans zigoulliages, crimes et massacres à répétition? Non. Et il est fort probable que Almodovar, Ensler, Barrault et McCartney soient d’accord avec moi.  :~) 


 

anne 07/06/2014 17:10


je n'en pense rien ou plutôt si,  je pense q'un 6 juin 2014


c'est une information de très mauvais goût

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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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