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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 23:28

 

 

Enthoven 20100329 Salon du livre de Paris 1Je voudrais attirer votre attention, si ce n’est pas déjà fait, sur une belle émission de Raphaël Enthoven consacrée à Sénèque, « L’art de vivre ». Sans me méfier, j’ai commencé à l’écouter en podcast tard le soir, et elle m’a volé une partie de la nuit, car il m’a fallu la réécouter, transcrire quelques mots de R. Enthoven, me pencher impérativement sur quelques pages de « La brièveté de la vie » de Sénèque que j’avoue ne pas avoir lu auparavant et enfin, partager tout ça avec vous. 

« De façon générale, ont est ému par les philosophes non pas quand ils nous apprennent quelque chose que nous ignorons, mais quand ils nous mettent sous les yeux quelque chose que nous savons et que d’ailleurs en règle générale pour cette raison même nous ne voulons pas savoir ». 

seneque---buste-noir.jpgSénèque & Enthoven  m’ont simplement mis sous les yeux ce que je savais : je n’accepte pas la mort, je la hais, donc je n’aime pas la vie, en tout cas beaucoup moins qu’il n’y paraît, et la lecture de Nietzsche et Camus n’y a rien changé. (1)

Sénèque & Enthoven ont dépeint avec maestria et une étonnante justesse le spectacle que je m’amusais parfois à observer, spectacle des simagrées et des gestes théâtraux surjoués des pessimistes - poseurs narcissiques (2), ainsi que des «oisifs» - amateurs de sieste et de toutes sortes de rien-faire's assez plaisants et intéressants qui n’arrêtaient pas de faire des efforts surhumains pour rassurer leurs semblables et surtout eux-mêmes sur leur capacité à tenir le cap : au repos! (3); spectacle des faux lucides et des «faux marginaux» planant mollement mais fièrement au-dessus de la populace agitée….

 

Ni la sieste, ni la super méga fête, ni le travail acharné et abrutissant pour « gagner « ma vie ne m’attirent particulièrement. Alors, il serait peut-être temps, avant de mourir, de commencer à essayer d’aimer la vie? Il paraît que c’est possible... 


_________________________________________

 

 

 

  • 1)    Les problèmes apparaissent au moment où on n’aime pas assez la vie pour accepter qu’elle s’achève, quand on n’est pas capable d’AIMER LA VIE au point de tolérer son coeur plagecaractère provisoire. Ceux qui ne veulent pas que la vie s’achève, contrairement à ce qu’ils pensent, n’aiment pas la vie, mais au contraire, détestent sa valeur provisoire et lui demandent d’être autre qu’elle n’est, c’est-à-dire de ne pas s’achever, en tout cas, pas tout de suite.  Aimer la vie c’est accepter qu’elle se termine, c’est ce qu’on appelle une philosophie tragique. Nietzsche est le maître à penser de cette façon, Camus l’est peut-être plus encore. Je ne veux pas mentir, je ne veux pas qu’on me mente, je veux regarder la mort avec la vérité de mon amertume, je veux l’avoir sous les yeux, je ne suis pas là pour tricher. Il n’est pas là à mendier un instant de plus, c’est pas son problème, parce que la qualité des instants qu’il met en œuvre quand il est précisément dans la conscience de sa mortalité, dans cet amour des vérités qui doivent pourrir, c’est ce qu’il met en œuvre à cet instant-là relève de la vie vraiment vécue. Cet homme au moment de mourir a pu se dire : j’ai vécu. Il n’est pas mort avant d’avoir vécu. Et il suffit pour ne pas mourir avant d’avoir vécu d’en venir un jour à aimer la vie au point d’accepter qu’elle s’achève. De celui qui refuse que la vie s’achève ou de celui qui l’accepte, celui des deux qui aime le plus la vie n’est pas forcement celui qu’on croit. C’est l’une des leçons des stoïciens. Ne pas vouloir que la vie s’achève, c’est se divertir.   -  (44:00)

 

  • 2)   Il n’y a rien de plus égoïste qu’un PESSIMISTE. Le pessimiste prédit le pire, et ce n’est pas une façon de devancer le pire, c’est une façon de l’éloigner de soi. C’est un peu comme Mme Poussin dans « A la recherche du temps perdu » : « Quand tu auras un bon panaris, tu m’en diras des nouvelles. » C’est aussi une façon pour Mme Poussin de conjurer l’avènement du pire que de le prédire. Elle le prédit, elle le repousse, c’est pour demain, elle parle du pire au futur. Le pessimiste c’est celui qui parle du pire au futur. En prévoyant le pire il se donne l’air de la lucidité, et en pratique, il éloigne un peu le pire en en parlant au futur. Certes, le pire est certain, mais c’est demain. Il y a quelque chose de confortable là-dedans, et puis surtout,  il y a un problème avec le pessimisme, c’est que si le pire est toujours sûr, le pessimiste n’a aucune raison de se soucier de lui. Apparemment, la grande leçon du pessimisme est : quoi qu’on fasse, on n’est fait et on va mourir. Pourquoi est-ce qu’on ferait attention à soi? Or les pessimistes font attention à eux. Les pessimistes ne s’oublient jamais. Parce que c’est précisément quand on se dit qu’on n’a plus rien à perdre qu’on se préserve.  Sous ses airs de prudence, le pessimisme c’est une peur panique, c’est une réponse panique à la prescience du pire. Le pessimiste a la sagesse de penser que prédire le pire, penser le pire, est une meilleure manière d’appréhender le pire et que c’est plus sage d’arriver vers le pire avec la conscience que le pire va arriver. Mais dans le même temps, la façon qu’ il a de prédire le pire, c’est une façon de lui rendre le pire indolore, un peu à la manière des gens qui disent que tous les hommes sont mortels, donc je suis mortel, oui, mais ça ne veut pas dire que je vais mourir. Le fait de dire ça, est une manière de s’exclure du lot. Il y a dans le pessimisme une sorte de confort, le pessimisme est à l’abri derrière la lucidité qu’il brandit, le pessimisme est bien au chaud.  Rien de cela avec Sénèque, on est dans une pensée presque tragique, au-delà du pessimisme ou de l’optimisme, on est dans un rapport au temps, plus qu’une bonne gestion du temps, une incorporation du temps.    -   (32:54) 

 

  • 3)    Le travail est infâme, c’est une torture. Sénèque ne serait pas pour les 35 heures, il serait pour les 35 minutes. Le travail a quelque chose d’aliénant. C’est une idée très claire chez Sénèque, ce qui montre d’ailleurs que son texte ne se destine pas à tous. […] Au fond, il ne s’agit pas pour Sénèque de vanter l’OISIVETE  contre  l’HYPERACTIVITE, mais de repérer dans l’un et l’autre le même déni de l’existence. […] Sénèque s’en prend autant à ceux qui répondent aux solliciteurs, qui ont une vie active, qui sont dans le train, qu’à ceux qui se flattent de ne pas être dans ce train vulgaire qui ne promet que la mort et qui se destinent eux-mêmes à une vie d’oisiveté. Il s’en prend autant à ces deux figures. La figure hyper grégaire du type qui veut réussir dans la vie et qui croit que réussir dans la vie c’est réussir sa vie, et qui meurt comme bon reveilun con, l’arriviste qui arrive, voilà où il arrive - première figure. Deuxième figure -  le faux marginal, le contempteur de cette société où tout le monde s’agite, celui qui met en scène sa propre sagesse, son aptitude à s’abstraire du mouvement général, celui qui maquille en désir le fait de ne pas être soumis au rythme quotidien. Et cette deuxième figure est au moins aussi grégaire, moutonnière et inintéressante que la première. L’enjeu ce n’est pas être oisif quand les autres, les esclaves, se tuent à la tâche, l’enjeu c’est revenir à soi. C’est là qu’est la juste mesure. Revenir à soi, ce n’est pas revenir au Moi. Revenir à soi c’est très exactement ne pas dépendre de ce qui ne dépend pas de soi, c’est s’en tenir à ce sur quoi nous avons prise, et c’est par conséquent faire de notre vie l’écrin d’une vie plus vaste que nous. Revenir à soi, ce ne pas se séparer du monde, c’est au contraire accepter et admettre tout ce qui nous compose et nous constitue dans le monde. Ce n’est pas tourner le dos à ses occupations, c’est une façon comme une autre de se divertir : refuser le divertissement. Q’on prie ou qu’on s’envoie en l’air, dans les deux cas, on vise le ciel, on quitte le sol. Il ne s’agit pas de ça, le stoïcisme est beaucoup plus sage que ça. Revenir à soi, c’est faire face à la mort, c’est-à-dire ne pas perdre sa vie à vouloir oublier qu’elle s’achève.       (51:50)


 

Sénèque, De la brièveté de la vie

Lire   ou/et  écouter 


Nous n'avons pas trop peu de temps, mais nous en perdons beaucoup. La vie est assez longue ; elle suffirait, et au delà, à l'accomplissement des plus grandes entreprises, si tous les moments en étaient bien employés. Mais quand elle s'est écoulée dans les plaisirs et dans l'indolence, sans que rien d'utile en ait marqué l'emploi, le dernier, l'inévitable moment vient enfin nous presser : et cette vie que nous n'avions pas vue marcher, nous sentons qu'elle, est passée.

sénèque - de la briévèté de la vieVoilà la vérité : nous n'avons point reçu une vie courte, c'est nous qui l'avons rendue telle : nous ne sommes pas indigents, mais prodigues.  [I, 3, 4]

Aucun homme ne souffre qu'on s'empare de ses propriétés ; et, pour le plus léger différend sur les limites, on a recours aux pierres et aux armes. Et pourtant la plupart permettent qu'on empiète sur leur vie ; on les voit même en livrer d'avance à d'autres la possession pleine et entière. Ou ne trouve personne qui vous fasse part de son argent, et chacun dissipe sa vie à tous venants.  [III, 1]

Personne ne vous restituera vos années, personne ne vous rendra à vous−même. La vie marchera comme elle a commencé, sans retourner sur ses pas ni suspendre son cours ; et cela sans tumulte, sans que rien vous avertisse de sa rapidité ; elle s'écoulera d'une manière insensible. Ni l'ordre d'un monarque ni la faveur du peuple ne pourront la prolonger ; elle suivra l'impulsion qu'elle a d'abord reçue ; elle ne se détournera, elle ne s'arrètera nulle part. Qu'arrivera−t−il ? tandis que vous êtes occupé, la vie se hâte, la mort cependant arrivera, et bon gré mal gré il faudra la recevoir. [VIII, 5]

La vie du sage est donc très étendue ; elle n'est pas renfermée dans les bornes assignées au reste des mortels. Seul il est affranchi des lois du genre humain : tous les siècles lui sont soumis comme à Dieu : le temps passé, il en reste maître par le souvenir ; le présent, il en use ; l'avenir, il en jouit d'avance. Il se compose une longue vie par la réunion de tous les temps en un seul.  [XV, 5]

Mais combien est courte et agitée la vie de ceux qui oublient le passé, négligent le présent, craignent pour l'avenir ! Arrivés au dernier moment, les malheureux comprennent trop tard qu'ils ont été si longtemps occupés à ne rien faire.  [XVI, 1]


 

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commentaires

Ewa 19/10/2013 14:08


Merci cher Jean-Claude pour vos « chansons pacifistes «. 


Je ne connaissais que « Le Déserter «, comme Marc, uniquement grâce à Boris Vian. 


Elle est très belle « La Prière » de Brassens. Voici une version de Saez que moi, j’apprécie mais qui risque de vous déplaire : http://www.dailymotion.com/video/xde06z_damien-saez-la-priere_music


 


L’éclectisme de mes goûts musicaux peut être déroutant, il paraît que j’aime les musiques « incompatibles ». N’hésitez pas à partager avec nous vos coups de cœur d’un mélomane. Nous ne sommes pas
à l’abri de les aimer. ;~)


P.S. Votre « chanson » entre guillemets, m’a fait changer le titre de la colonne droite. Son de la semaine, c’est mieux. « Son » comporte les cris, les bruits et les chuchotements...


Carpe diem.

marc 18/10/2013 12:16


jean-claude , "déserter" oui mais non censuré de marc robine  :)


http://www.youtube.com/watch?v=DTfh2sMUWfg

Jean_Claude SERLET 17/10/2013 00:34


s'accepter mortel ne signifie pas que l'on aime la mort car conséquemment on vit débarrassé de cette peur nourrie par l'angoisse existentielle


alors CARPE DIEM et jouis de tout ce qui peut être source de joie à condition que cela ne fsse du tort à autrui


s'accepter mortel règle le problème de notre mort mais nullement notre problème avec la mort d'autrui car l'on sait qu'il faudra continuer de vivre sans le(la) disparu(e) _ c'est du vécu
douloureux _


lucide car rationnel mais optimiste car aimant la vie je ne supporte pas le pessimisme car c-est irrationnel - on laisse la passion (cf Spinoza et les affects) aveugler la raison_


alors je veux vivre en étant joyeux le plus longtemps possible i.e. tant que je suis un être conscient


mettre en cohérence sa vie quotidienne avec les principes auxquels on adhère : belle leçon retenue de M Onfray ===> CARPE DIEM

Jean_Claude SERLET 16/10/2013 23:31


bon je n'aiime vraiment pas cette "chanson"(sic)


mais j'aprécie ceci http://www.youtube.com/watch?v=jdyXzFqm-NI


et ceci http://www.youtube.com/watch?v=F9gONA_Cu6I


et encore http://www.youtube.com/watch?v=ARcecZswpXI


puis http://www.youtube.com/watch?v=1xTHNXIcOCw


et enfin http://www.youtube.com/watch?v=1FqH9mtxJnQ... iil est bien des musiques en dehors du classique qui m'emballent chère Ewa


carpe diem

Ewa 15/10/2013 21:21


Le passage sur le PESSIMISME (2) à partir de la 32 ème minute de l’émission de Raphaël Enthoven est passé un peu inaperçu dans le fil de commentaires - ici. Mais le seul fait d’avoir choisi et
transcrit ses paroles m’a valu des insultes d’une violence surprenante et complètement disproportionnée - ailleurs. On s’est attaqué à mon intellect, mon psychisme et mon physique. Rien que ça!
Mis à part le fait que ces personnes ne m’ont jamais vue, qu’est-ce que le physique vient faire là-dedans?  o-)


 


En revanche, le chantre du pessimisme et ses perroquets n’ont même pas osé prononcer le nom Enthoven. Ils n’ont pas essayé non plus d’apporter le moindre argument contre la lecture et
l‘interprétation de Sénèque proposées par R. Enthoven. Rien! Au contraire, le manipulateur pervers narcissique a joué la victime pour faire diversion et noyer le sujet gênant, et les
autres - dotés d’une grande indépendance d‘esprit et d’un sens critique aiguisé (sic) - ont gobé ses mensonges sans sourciller. 


 


Alors, vu les réactions de colère et de violence, Raphaël Enthoven a peut-être visé juste et a touché là où ça fait mal. 


« Il n’y a rien de plus égoïste qu’un pessimiste.


En prévoyant le pire il se donne l’air de la lucidité, et en pratique, il éloigne un peu le pire en en parlant au futur.


La grande leçon du pessimisme est : quoi qu’on fasse, on n’est fait et on va mourir. Pourquoi est-ce qu’on ferait attention à soi? Or les pessimistes font attention à eux. Les pessimistes ne
s’oublient jamais.


Sous ses airs de prudence, le pessimisme c’est une peur panique.


C'est une manière de s’exclure du lot.


Il y a dans le pessimisme une sorte de confort, le pessimisme est à l’abri derrière la lucidité qu’il brandit.


Rien de cela avec Sénèque, on est dans une pensée presque tragique.«  


 


P.S.  Concernant l’OISIVETE : bel argumentaire de deux trois blogueurs, pistes de réflexion, lectures et liens intéressants (sans toucher non plus à Enthoven, bien évidement; courageux mais
pas téméraires :~)). En règle générale, je partage leurs positions, mais je ne suis pas militante engagée de l‘oisiveté comme eux. Je ne m’efforce pas de maintenir le cap au repos. Sachant que «
la vie d‘entreprise » n’est pas faite pour moi, je me suis débrouillée depuis quelques années autrement, j’ai même changé le pays pour ça. Et au musée, j’ai besoin de déambuler toute seule, pas
en famille. ;~). Donc, je les comprends, mais je ne ressens pas le besoin de crier sieste! sur les toits, en tout cas, beaucoup moins souvent qu’eux. 

Ewa 13/10/2013 18:21


Marc, un beau clip pour toi, regarde à droite. Jean-Claude, fermez les yeux et bouchez-vous les oreilles, s’il vous plaït. 


Ha ha! S’éclater en boîte… En tout cas, ce n’est pas plus ridicule que de répéter scrupuleusement et méthodiquement que on écrit les messages entre deux siestes, trois gouttes contre les
rhumatismes et quatre gorgées d’infusion de camomille. Et j’ai pu observer avec amusement ces deux attitudes sur le Net. Que chacun fasse à son rythme ce qu’il a envie de faire et ce qui lui
plaît. Pourquoi en informer tout le monde à chaque fois? Ça va! personne n’ose en douter; d’accord! les uns s’éclatent et les autres font la sieste; parfait! tout le monde a compris. Pourquoi
vouloir y insister autant? Pour servir d’exemple? Pour se vanter? mais de quoi? Pour souligner l’appartenance à un groupe? Mais pourtant, entre le groupe des éclatés-lol-mdr et celui des
dodo-mollo-bobo on peut observer un étrange air de famille… 


Mais bon, l’heure c’est l’heure, une prière et au lit!  ;~)


 

Ewa 13/10/2013 18:08


Cher Jean-François,


Je ne suis pas convaincue du bien-fondé de ma réponse. C’est trop personnel, trop banal et répétitif, ce que je pourrais raconter. Ne parlons même pas du risque de l‘enlisement.
Mais parce que c’est vous… :~)


 


Je ne crois pas que mon cas puisse confirmer votre théorie, car j‘ai eu une enfance indécemment heureuse, je n’ai manqué de rien, ni d’amour inconditionnel, ni des liens très forts avec ma mère
qui n‘ont jamais été entravés par mon père, ni des livres à la maison, ni des choses matérielles, ni de liberté. Le processus de civilisation de ma petite personne s’était déroulé
progressivement, en extrême douceur, je crains même qu’il ne soit pas terminé, d‘où ma demi-sauvagerie ;~).  Je n’ai que des souvenirs heureux de mon enfance et le sentiment
euphorisant d’éternité, donc, il m’est impossible de jouer la victime et faire pleurer dans les chaumières en racontant mes traumatismes ou l’éducation autoritaire, car je n’ai rien connu de tout
ça dans mon enfance. Mais, il se peut que je sois l’une des nombreuses exceptions qui confirme la règle, ou alors j’ai tout refoulé dans mon subconscient, ça expliquerait comme par magie mes
états d’âme et sauverait la théorie. Pourquoi pas… ;~)


 


Ce que je n’aime pas, c’est seulement une partie de la vie, celle - sacrement mortelle. Je n’arrive pas à m’y faire. Je ne peux pas aimer la mort d’un être cher, ni la mienne, ni
d’autres êtres sensibles (à un millier d’exceptions près, peut-être plus, exceptions uniquement humaines, pas animales :~)).  Je suis parfaitement consciente du fait que c’est puéril, mais
je ne veux pas que la vie s’arrête, je veux que ça dure, vivre me plaît énormément, je suis insatiable, je ne crois pas que je puisse en avoir assez un jour. Mais je suis ravie que pour vous
trois, Anne, Jean-Claude et vous Jean-François, le problème de la mort ne se pose pas.


 


J’ai déjà cité cet extrait de Camus plusieurs fois, mais je l’adore et j‘y reviens souvent, c’est exactement ce genre d’angoisse ou, si vous voulez, de « peur de la vie » que je ressens :


« Dans les battements secs de ses vols de pigeons, le silence soudain blotti au milieu du jardin, dans le grincement isolé de sa chaîne de puits, je retrouvais une saveur nouvelle et pourtant
familière. J’étais lucide et souriant devant ce jeu unique des apparences. Ce cristal où souriait le visage du monde, il me semblait qu’un geste l’eût fêlé. Quelque chose allait se défaire, le
vol des pigeons mourir et chacun d’eux tomber lentement sur ses ailes déployées. Seuls, mon silence et mon immobilité rendaient plausible ce qui ressemblaient si fort à une illusion. J’entrais
dans le jeu. Sans être dupe, je me prêtais aux apparences. Un beau soleil doré chauffait doucement les pierres jaunes du cloître. Une femme puisait de l’eau au puits. Dans une heure, une minute,
une seconde, maintenant peut-être, tout pouvait crouler. Et pourtant le miracle se poursuivait. Le monde durait, pudique, ironique et discret (comme certaines formes douces et retenues de
l’amitié des femmes). Un équilibre se poursuivait, coloré pourtant par toute l’appréhension de sa propre fin.


Là était tout mon amour de vivre : une passion silencieuse pour ce qui allait peut-être m’échapper, une amertume sous une flamme. »


Albert Camus, L’Envers et l’Endroit, Gallimard 1983, p. 151


À la prochaine consultation, j’espère. ; ~)

Ewa 13/10/2013 17:54


Si si, Anne, J.F. Cordroc’h est un psy. Il serait donc préférable de l’applaudir d’une seule main, sinon le prix de ses consultations deviendra vite exorbitant. ;~)

Ewa 13/10/2013 17:50


Merci pour Beethoven, cher Jean-Claude. Je commets certainement une hérésie, mais je l’écoute actuellement en écrivant les commentaires. 


 


Je vous avoue que j’ai des difficultés à lire Spinoza, je m’y perds…  


 


Je vous ai vu plusieurs fois sur Amazone. Dernièrement, il s’agissait de « La raison des sortilèges » de Michel Onfray que vous avez appréciée. Moi, je me suis arrêtée à « L’Ordre
libertaire «, et depuis plus rien made in Onfray, pas envie pour l‘instant… J’ai l’impression qu’il publie actuellement une sorte de brochures de propagande pour les nuls,
où il répète, en plus court, ce qu’il avait déjà écrit. Mais je me trompe peut-être…


A bientôt, j’espère. 


Carpe diem. 

marc 12/10/2013 02:07


t’éclater en boîte ? toi ? c’est nouveau maewa


quelqu’un t’a mis le pistolet sur la tempe ? 

anne 11/10/2013 18:20


j'applaudis à 2mains le discours de JFCordroch' , en espérant


qu'il  n'est pas psy , mais  que c'est la voix du coeur et du bon


sens qui s'exprime ainsi

Jean-Claude Serlet 10/10/2013 17:17


bonjour Eva


en réponse à vos 3mn19sec de pur bonheur musical je propose ceci :


http://www.youtube.com/watch?v=Ndv73B-pVas


et en écho à Mntaigne je vous rapporte la proposition 38 du volume 5 de "L'Efhique" de Spinoza


"Plus nombreux sont les objets que l"Esprit comprend par le deuxième et troisième genre de connaissances moins il est rendu passif par les affects qui sont mauvais et moins il craint la mort
"  traduction de Misrahi en livre de poche


http://www.amazon.fr/%C3%89thique-Baruch-Spinoza/dp/2253089206/ref=sr_1_3?ie=UTF8&qid=1381418061&sr=8-3&keywords=misrahi+spinoza


pour 7,70€ de quoi méditer !!!!!


bien è vous

Ewa 09/10/2013 14:04


Aouh! Je me suis fait psychanalyser en ligne, nom de Freud! Je ne sais plus quoi dire… 


En tout cas, cher Jean-François, je serai plus bavarde plus tard parce que là,  je viens de publier le nouveau billet et je retourne vite m’éclater en boîte bien bruyante, festive et
joyeuse. ;~)


Amitiés. 

J F Cordroc'h 08/10/2013 13:05


Bonjour Ewa .


Si vos n'aimez pas la vie ,cela signifie qu'ell n'a pas été suffisamment généreuse avec vous en émotions ,sensations et sentiments agréables durant votre enfance .Ce n'est pas à moi de faire
votre analyse , mais je pense que dès l'instant où l'individu n'a pas bénéficié d'une imprégnation ,disons positive ' de la vie durant son enfance ,il ne peut pas récupérer cela par la suite .Il
croit pouvoir le faire et tente par différents moyens d'y parvenir , mais cela n'est efficace qu'à très court terme , ce qui explique le pourquoi de la nécessité du renouvellement permanent de
ces moyens ,de la répétition compulsive de certains actes et comportements , de la ritualisation de l'existence et de désir de fixité au sein du mouvement de la vie .


L'individu éprouvant pleinement la vie en soi , ne pense tout simplement pas à la mort , tant il est occupé à jouir de la vie en vivant l'instant présent tel qu'il se présente .C'est la peur de
la vie qui produit la peur de la mort , et non l'inverse .Cest cette peur qui est à l'origine de ce que j'apelle la pensée rationnelle artificielle à laquelle l'homme doit faire appel afin de se
protéger de la vie en la réduisant en concepts .Sans cette peur , l'homme penserait de manière tout aussi rationnelle ,voir encore plus clairvoyante ,de façon spontanée , naturelle .


Alors peut-on apprendre à aimer la vie ? Certaines écoles philosophiques et autres le proposent , mais comme je le dissais , il faut pratiquer régulièrement et pendant ce temps ,on passe à côté
de la réalité .Alors que faire ? N'écouter que ce qui se passe au plus profond de soi , ne pas chercher ailleurs , ne pas attendre ,ni espérer de solutions d'autres que de  soi-même .Surtout
se laisser aller à ses émotions et sensations , ne pas les fuire , ni les censurer en se soumettant à des normes et des conventions dont la finalité est de vous maintenir en état de dépendance
.Devenir l'enfant que vous n'avez pu être parcequ'on vous a empêcher de vivre selon vos besoins et envies .Vouloir devenir un adulte en pensant que c'est la seule chose à faire afin de vivre son
existence telle qu'elle doit être vécue est ce qui empêche l'individu de devenir pleinement lui-même ,et ce dès sa naissance à travers la manière dont la mère élève son petit ,conformément aux
règles établies ,en refoulant ses propres besoins , envies et désirs. Bref, il faut tout revoir ;J'espère ne pas vous avoir trop démoralisée Ewa avec mes idées pas très joyeuses, qui ne
m'empêchent aucunement d'aimer la vie et de la croquer à pleine dents .


Amicalement .

Ewa 06/10/2013 18:33


Bonjour Jean-Claude,


Je suis très très loin de votre sagesse. Je crains que mon problème avec la mort ne soit jamais réglé. Pour l’instant, je vis et j’aaadooore ça! Tant pis si je ne peux pas être heureuse. :~)


 


«  La philosophie nous ordonne d’avoir la mort toujours devant les yeux, de la prévoir et considérer avant le temps et nous donne après les règles et les précautions pour
pourvoir à ce que cette prévoyance et cette pensée ne nous blessent. […]


Si nous n’avons su vivre, c’est injustice de nous apprendre à mourir et de difformer la fin de son tout. Si nous avons su vivre, constamment et tranquillement, nous saurons mourir de même.
»


Montaigne, Essais, III, 12


 


P.S. J’espère que vous aimerez la musique que je viens d’insérer dans la colonne droite du banquet.  Carpe diem.

Ewa 06/10/2013 17:54


Il est excellent ton lien, je l’insérerai dans le billet et même dans la colonne droite des liens, tiens.  


Merci Thomas de la vraie vie.  

Ewa 06/10/2013 17:50


J’ai une nette préférence pour de belles rivières de montagne à l‘eau cristalline, cher Crocodile.


 



Crocodile Dandy 04/10/2013 12:05


 Traverse la rivière avant de te
moquer du crocodile. 



Thomas de la vraie vie 03/10/2013 22:40


"De la brièveté de la vie" de Sénèque en audio


http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/seneque-de-la-brievete-de-la-vie.html


Éviter de l’écouter tard le soir  

Jean-Claude Serlet 03/10/2013 16:25


J'ai hésité; puis je n'ai pas acheté (http://www.théatres.com/articles/larche-editeur-la-chose-qui-donne-a-penser-de-guillaume-von-der-weid/) me souvenant de Montaigne et Spinoza (beaucoup) et
Onfray (moins) donnant tant à lire , relire et méditer sur le sujet .Le temps qui nous est imparti est inconnu :il faut donc fixer des priorités , i.e.choisir et donc éliminer ...


"Tant que vous n'aurez pas réglé votre pobllème avec la mort vous ne saurez être heureux" répétais-je à mes enfants jeunes qui vivent leur vie d'adultes avec cela en tête.


M"étant accepté fini , je vis en conséquence et réponds en souriant à ceux qui s'apitoient sur mon sort marqué par un veuvage toujours trop précoce  et de gros ennuis de santé  ; "Je
peux toujours écouter Mozart !"


CAEPE DIEM

Ewa 03/10/2013 15:02


Bonjour Françoise,


Votre conseil de lecture semble vraiment très intéressant, je l’ai noté précieusement, merci. 


Mais comment ça? - « bien que je ne vous connaisse pas «. On se connaît depuis au moins deux ans et demi. Ce n’est pas depuis ce temps-là que vous suivez un peu les péripéties du banquet
avec Onfray? :~). C’est virtuel, bien évidement, mais vous savez, parmi les lecteurs de ce blog qui ont laissé des commentaires pendant ces trois ans, il n’y a que cinq personnes que je connais
personnellement dans la « vraie vie «.  En tout cas, merci d’avoir témoigné de l’intérêt pour ce blog, et surtout merci pour votre bienveillance et indulgence. 


A bientôt, j’espère.


Bien cordialement,


Ewa

mundi 02/10/2013 17:06


Mon commentaire n'a rien à voir avec Sénèque que je n'ai pas eu le temps de lire mais je
ferai. Bien que je ne vous connaisse pas mais lis avec intérêt ce que vous écrivez, je me permets d'attirer vote attention sur un petit livre de peu de pages écrit par un professeur de lycée en
philosophie inconnu du public à ma connaissance, Guillaume von der Weid. Il est intitulé "La chose qui donne à penser", ed Arche, la chose étant la philosophie bien entendu. J'ai découvert cet
essai par hasard et lu avec avidité. La découverte est de l'ordre de celle que vous aimeriez rencontrer très souvent..Il correspond au don de toutes les réflexions de son auteur autour
d'un questionnement pointilleux, de plus largement référencé. Essayez la lecture.


Cordialement.


Françoise


 

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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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