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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 08:22

 

Du 25 juillet au 26 août 2011, France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2010-2011 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 9e année - Le freudisme hérétique : Otto Gross, Wilhelm Reich et Erich Fromm

                                                

 

9/ FREUD, UN DROIT D'INVENTAIRE 04.08.2011

 

 
france culture podcasts onfray

  

"La pensée de Freud soumise aux critiques empiriques de Wilhelm Reich, tantôt « disciple adorateur », tantôt contradicteur. Celui-ci pointe trois griefs chez le premier : l’inefficacité thérapeutique, l’attention flottante, et la pulsion de mort." 

Cliquez sur le logo (le podcast pour ceux qui naviguent avec Google) ou ici (pour ceux qui préfèrent d'autres navigateurs) 

 

 

SYNOPSIS : conf fr c reich et freud


1./ GUERRE & LECTURES

a) 1914 : les Russes réquisitionnent le domaine dirigé par Reich

b) S’engage, école des officiers, entre dans l’infanterie. Occupe le nord de l’Italie (Frioul). En 1918 : découvre avec une italienne pulpeuse « la puissance orgastique ». Sexualité pourtant précoce…

c) Libéré en août 18 (21 ans), rentre à Vienne

d) Lit : · Sexe et caractère de Weininger · Le Monde comme volonté et comme représentation de Schopenhauer · L’Unique et sa propriété de Stirner : antidote aux totalitarismes · Les oeuvres de Kant – auquel il ne comprend rien.

e) Fréquente des jeunes philosophes. Pas dupe de leurs jeux mondains. Trouvent profond ce qui est obscur


2./ L’ORPHELIN RENCONTRE FREUD

a) Perd sa mère à 15 ans, son père à 17. A connu les tranchées, le front, la guerre, les combats. Arrive chez Freud (63 ans). Reich écrit un journal plein de notes sur le dégoût de vivre

b) En 1952, rapporte cette première visite, et, malgré ce que Freud lui aura fait subir : 1. Élection du jeune disciple, puis congé donné à l’enfant terrible 2. Envoi de patients, puis radiations des instances professionnelles 3. Dissensus doctrinal feutré, puis franches fâcheries 4. Réserves sur l’engagement de Reich à gauche, puis compagnonnage de Freud avec les instances nazies pour organiser son éviction. Il persiste dans la fascination…     

c) Une apparition dans sa vie : · Regard pénétrant : yeux qui lancent des étincelles · Grâce de ses mains et de ses gestes

d) Avait envoyé une lettre au vieil homme : · Y déplorait que la sexologie ne soit pas enseignée en médecine · Des étudiants avaient pallié ce manque · Création d’un séminaire en janvier 1919 · Reich y assiste, puis finit par le diriger en automne 1919

e) Freud l’encourage. Lui offre : · Le destin des pulsions · L’inconscient · Psychopathologie de la vie quotidienne

f) Quelques mois plus tard, été 1920 (22 ans) : devient membre invité de la Société viennoise de psychanalyse.

g) A l’époque, nul besoin d’avoir été analysé pour analyser. Reich (22 ans) a pris un patient le 15 septembre 1919

h) Dans Reich parle de Freud (1952) :  « Freud était un excellent travailleur empirique, mais non un scientifique méthodique ». Autrement dit un habile praticien sans méthode…

i) Pour pallier ce manque, Reich propose de créer un Séminaire technique. Freud donne son accord
 

3./ LE « DISCIPLE ADORATEUR »

a) Freud lui envoie des patients. Reich obtient des résultats avec le « cérémonial » freudien : divan, association libre, onanisme, rêve, père et castration, abréaction…

b) Dans La fonction de l’orgasme : · Se dit « disciple adorateur ». On le voit quand il explique que « la peur d’être assassinée par un homme avec un couteau indique chez la fille hystérique le désir du coït refoulé par la morale et devenu inconscient » : 1. Le couteau est un pénis. 2. Le désir de coït est toujours refoulé, en vertu de l’habile passe-passe de La négation, oui, c’est non. Donc, la crainte du meurtre n’est pas crainte du meurtre mais désir inconscient d’un acte sexuel refoulé

c) Reich souscrit 14 ans à cette orthodoxie freudienne.



4./ PREMIER GRIEF : SUR L’INEFFICACITÉ THÉRAPEUTIQUE

a) 1920, Congrès de La Haye, en présence de Freud. Prononce une conférence : Conflits de la libido et formes délirantes dans Peer Gynt d’Ibsen.
La version publiée s’ouvre sur un extrait du Zarathoustra :  « Je vous enseigne le surhomme… Qu’est le singe pour l’homme ? Une dérision ou une vision douloureuse. Et ainsi doit être l’homme pour le surhomme : Une dérision ou une vision douloureuse ».
30 ans plus tard, dans La superposition cosmique :  « O homme ! Prends garde ! Que dit minuit profond ? ‘J’ai dormi, j’ai dormi d’un profond sommeil je me suis éveillé : Le monde est profond Et plus profond que ne pensait le jour. Profonde est sa douleur La joie la plus profonde que la peine. La douleur dit : passe et finis !   Mais toute joie veut l’éternité, Veut la profonde éternité’ »

b) A La Haye, il fait figure de jeune homme. Tous les congressistes ont au moins 10 ans de plus que lui.

c) Freud défend l’idée que la psychanalyse est attaquée de toute part. Il veut l’union derrière lui.

d) Or Reich est impétueux, impatient. Passion de la vie et de la liberté.

e) Or le freudisme aspire à l’honorabilité bourgeoise et institutionnelle. Il se constitue comme une Église autour de Dieu le Père.

f) A la lumière de sa pratique, il questionne. Dès 1920, il constate que le strict respect du dogme aboutit à des impasses thérapeutiques.

g) Que faire quand ? 1. La thérapie n’aboutit pas ? 2. Le patient paie tout de même les consultations ? 3. Le patient allongé n’avoue aucun rêve ? 4. Le patient ne trouve rien à dire pendant des semaines ?

h) Les anciens répondent : « Continuez toujours à analyser avec patience ; ça viendra ».

i) Freud théorise des cas prétendument guéris : Le cas Dora (1905) Le Petit Hans et L’Homme aux rats (1909) L’Homme aux loups (1918)

j) Or Freud lui a dit qu’« il ne fallait pas être trop ambitieux en thérapeutique ». Le 28 mais 1911, Freud écrivait à Binswanger que la psychanalyse est « un blanchiment de nègres »

k) Les congrès, articles, publications, séminaires proclament l’efficacité thérapeutique. Le cabinet, non…

 

5./ DEUXIÈME GRIEF : « L’ATTENTION FLOTTANTE »

a) Dans Conseils aux médecins sur le traitement analytique (1912) : · Parle d’« attention flottante »  · Pour d’autres : « attention égale »

b) Un analyste voit passer plusieurs personnes dans son cabinet. Il ne peut disposer d’une attention soutenue dite « attention voulue »

c) L’« attention flottante » : nul besoin d’écouter attentivement, pas besoin de prendre des notes : résistance du patient sinon. Pas besoin de se souvenir de tout  car, dans la relation, l’analyse, la raison, la conscience, l’intelligence comptent moins que la « mémoire inconsciente » du psychanalyste

d) Lettre à Fliess (15 mars 1898) : « Je dors pendant les analyses l’après-midi ». Helen Deutsch, future analyste, confesse que Freud s’est endormi deux fois.

e) La fonction de l’orgasme : « Parmi les analystes circulaient des ’blagues’ à ce sujet : par exemple, celle de l’analyste qui, au cours d’une séance, se réveille d’un profond sommeil et trouve le divan vide. Ces blagues n’arrangeaient rien. Pas plus d’ailleurs que la théorie selon laquelle il était sans importance que l’analyste s’endormit, puisque son inconscient veillait avec soin sur le patient. Bref, la situation m’apparut déprimante et désespérée » (74).


6/. TROISIÈME GRIEF :
« LA PULSION DE MORT »

a) 23 ans, continue à participer aux réunions de la Société du mercredi. Habite dans la même rue que Freud, passe le voir.

b) Théorie du prélèvement : 1. Au nom de la radicalité révolutionnaire (l’inconscient) 2. Passe sous silence le conservatisme de Freud

c) L’expression « pulsion de mort » apparaît dans une lettre à Eitingon le 8 mars 1920.

d) Freud pratique la psychobiographie pour tout le monde. 1913, l’intérêt que présente la psychanalyse : « La psychanalyse peut déceler la motivation subjective et individuelle des doctrines philosophiques qui sont nées d’un travail logique prétendument impartial et montrer à la critique elle-même les points faibles du système » (XII.113).

e) Mais la refuse pour lui…

f) Pourtant : 1. Freud a vu partir 3 de ses fils au front en 14-18. 2. A appris que son gendre avait été blessé à la bataille de France 3. A appris la mort d’un neveu – le fils unique de sa soeur Rosa. 4. A rêvé la mort de Martin au front – sera en fait blessé sur le front russe 5. A assisté à la boucherie de la Première Guerre mondiale 6. A été quasi ruiné par elle 7. A assisté au départ de ses disciples au front craignant pour la pérennité de sa discipline 8. Assiste à l’effondrement de l’Empire austro-hongrois 9. A brûlé les notes de matériaux pour 7 essais de métapsychologie 10. A découvert que son fils Olivier souffrait de troubles neuronaux 11. A perdu sa fille aimée de la grippe espagnole en 1920, elle laisse un mari et 2 enfants, en attendait un 3ème 12. Il espère le Nobel qui ne vient pas… 13. Il vieillit.

g) Aux remarques de l’influence de sa biographie sur l’oeuvre, notamment la mort de sa fille, Freud somme ses amis de prouver qu’ils ont lu Au-delà du principe de plaisir avant la mort de sa fille…

h) Or, la correspondance témoigne :  1. Commence ce texte mi mars 1919, preuve : une lettre à Ferenczi datée du 17 mars 1919  2. Rédige un brouillon en 2 mois présenté comme un achèvement, preuve : lettre à Ferenczi datée du 12 mai 1919  3. Sa fille meurt en janvier 1920  4. Reprend son manuscrit fin mai 1920 · Preuve (1) : le montre à Eitingon le 16 juin 1920 · Preuve (2) : lui annonce (4 juillet 1920) que le texte sera fini dans le mois · ce qui sera le cas le 20.  · Soit : six mois après la mort de sa fille…



7./ THEORIE DE LA PULSION DE MORT :

a) Au-delà du principe de plaisir, hypothèse d’une pulsion de mort biologique, naturelle  « Le but de toute vie est la mort et, en remontant en arrière, le sans-vie était là antérieurement au vivant » (XV.310). Ce que veut la vie, c’est la mort, la restitution de l’état d’avant la vie, qui était le néant

b) Freud s’appuie sur la biologie, renvoie aux infusoires, aux paramécies, au plasma germinal, aux animalcules. Avoue prendre des distances avec l’observation au profit du performatif théorétique : « Nous sommes habitués à penser ainsi, fortifiés en cela par nos poètes » (XV.316).

c) Ce concept permet d’expliquer : · Sadisme, masochisme, agressivité · Méchanceté, brutalité · Guerres, crimes, meurtres

d) Mais aussi : · Qu’une analyse n’aboutisse pas  · Le mutisme d’un patient · L’incapacité à se souvenir d’un rêve  · L’impossibilité de trouver une association libre  · Le durcissement de la résistance  · L’empêchement de la guérison

 

CONCLUSION : UNE ONTOLOGIE NOIRE

a) « Le principe de plaisir semble être tout simplement au service des pulsions de mort » (XV.337).

b) Freud inscrit sa vision du monde dans un déterminisme radical. Interdit l’optimisme, la possibilité de changer quoi que ce soit au monde

c) Si la biologie fait la loi, si la nature réduit au néant tout ce qui vit, alors l’apocalypse est certaine

d) Le freudo-marxisme en général, Reich en particulier, s’opposent à cette ontologie noire…

 

BIBLIOGRAPHIE :

  •   Freud, La technique psychanalytique, puf
  •   Freud, Au-delà du principe de plaisir, in Essais de psychanalyse, Payot
  •   Reich, Premiers écrits, tome 1 et tome 2, Payot
  •   Reich, La superposition cosmique, Payot
  •   Olivier Douville, Chronologie de la psychanalyse (1856-1939), Dunod
  •   Manfred Pohlen, En analyse avec Freud, Tallandier

                                                                                                                                                          Constance

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commentaires

Frédéric 05/08/2011 15:16



J'ai également beaucoup aimé les blagues des analystes (point 5.e). :-))


Il explique drôlement bien la différence d'approche entre une psychanalyse basée sur les archétypes et celle basée sur l'histoire et la société. Je ne l'avais pas du tout saisie avant. C'est
maintenant très clair. 


Vivement la suite !



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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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