Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 23:06

 

 

Du 28 juillet au 29 août 2014 (du lundi au vendredi, de 11h à 12h) France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2013-2014 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 12e année,

« La pensée post-nazie : Hannah Arendt, Hans Jonas, Günther Anders »

________________

 

13) « JONAS, UN ENFANT JUIF DE HEIDEGGER » - 13.08.2014

 

 

 

 

  • Écoutez les conférences en direct sur le player ci-dessus (11h-12h)
  • Les players de la réécoute seront successivement  intégrés sur ce blog selon les conditions définies par France Culture qui les met en partage 
  • Vous pouvez également PODCASTER les conférences sur le site de l’émission, les archiver, prêter à vos amis, emprunter dans les médiathèques...
  • Chers internautes, n’oublions pas que les conférences à l’Up de Caen sont constamment présentées comme GRATUITES ! Ne les achetons donc  pas ! Ne remplissons pas les poches de Frémeaux & Associés ! Ne soyons pas des CON-SOMMATEURS !

SYNOPSIS

 

HeideggerChildren-700x500-.jpg

 

1./ L’ENFANT JUIF DE HEIDEGGER

a) Comme Arendt, Marcuse, Horkheimer, Strauss, Levinas, Löwith, Anders,   • Jonas fait partie des enfants (juifs) de Heidegger.

b) Troublés par le nazisme de Heidegger et son absence de regrets jusqu’en 1976

c) Dans ses Souvenirs, Jonas explique :   • Après guerre il a renoncé à la philosophie heideggérienne de l’existentialisme   • Pour élaborer sa philosophie de la vie   • Thèse sur la Gnose abordée avec le matériel conceptuel de Heidegger   • Jonas tient pour une étroite liaison entre théorie et pratique du philosophe   • Le nazi a tué le philosophe chez Heidegger.


2./ LA VIE PHILOSOPHIQUE DE JONAS

Juif engagé :   • Dans la lutte antinazie :  - Brigade de volontaires Juifs associés aux Alliés entre 1943 et 1944   • Dans son combat pour la vie :  - Les rapports de l’homme à la technique  - La préservation de la planète  - La mort dans les hôpitaux  - L’euthanasie  - La bioéthique  - La théologie – Dieu après Auschwitz.


3./ LA METHODE PHILOSOPHIQUE

a) Suit les cours de Husserl sur la philosophie moderne   • Sa méthode répétitive l’ennuie   • Husserl la présente comme la panacée   • Qui permet de résoudre tous les problèmes en suspens avant lui

b) Mme Husserl est dans la salle   • Elle dénonce les étudiants qui parlent entre eux…

c) A cette occasion, Jonas rencontre Arendt qui devient son amie


4./ LA FASCINATION DE HEIDEGGER

a) Jonas s’inscrit au séminaire de Heidegger en 1924 (21 ans)   • L’enseignement lui paraît aussi difficile que celui de Husserl   • Avoue que Heidegger est « un brillant pédagogue » (57).   • Ecrit tout de même : « Je me rappelle que je ne comprenais à peu près rien de ses commentaires (…). Je le suivais un moment, puis je perdais le fil et ne savais plus exactement ce qu’il voulait dire. Mais ce que je ne perdais pas, c’était le sentiment que tout cela était d’une extrême importance, même si je ne comprenais pas » (58).

b) Suppose qu’il en est ainsi aussi pour les autres étudiants   « Cependant l’impression se répandait alors que cela était d’une très grande importance. Heidegger avait atteint dès avant Etre et temps une sorte de cryptocélébrité, et parmi les initiés le bruit circulait qu’un philosophe s’avançait ici sur de nouveaux chemins : ‘ C’est là qu’il faut aller apprendre la philosophie ! ‘ » (59).

c) Incompréhensible mais majeur…

d) Löwith décrit Heidegger :   • Surnommé « le petit magicien de Messkirch » (Ettinger, 18), son village natal.   • Ne regardait jamais longtemps quelqu’un en face   • Fronce des sourcils songeurs   • yeux baissés   • Visage impénétrable   • Jette parfois un regard dans l’assemblée mais le reprend aussi vite   • Méfiant, prudent, rusé   • Knickerbockers avec un manteau de paysan de la Forêt-Noire   • Taillé dans un tissu sombre, col militaire, revers large   • Teint mat, cheveux noirs   • « C’était un petit homme sombre qui savait ensorceler (…). La technique de ses cours consistait à échafauder une structure complexe rassemblant ses idées, pour la démanteler par la suite et laisser l’étudiant stupéfait et désorienté face à une énigme. Cet art d’apprenti sorcier comportait des risques : il attirait des esprits plus ou moins dérangés et une étudiante se suicida après trois ans d’énigme » (Ettinger, 19).


5./ HEIDEGGER : UN « RABBIN MIRACULEUX » ?

a) Jonas, Souvenirs :   • Chapitre intitulé « Marbourg : sous l’emprise de Heidegger et de la Gnose »

jonas-souvenirs.jpgb) Séminaire sur :   • Le commentaire effectué par un scolastique sur L’être et l’essence de Thomas d’Aquin   • Jonas lit les textes pour se mettre à niveau

c) « J’eus vite fait de renouer avec l’état de la discussion, mais j’avais du mal à supporter la chapelle heideggérienne des étudiants en philosophie, avec son attitude bigote et hautaine et sa tendance à s’attribuer la possession de la vérité divine. Ce n’était plus de la philosophie mais une affaire de secte, presque une nouvelle croyance qui me répugnait profondément. Beaucoup de ces jeunes adorateurs de Heidegger, qui venaient de loin, certains de Königsberg, étaient de jeunes juifs – et ce ne pouvait relever d’un pur hasard, bien que je n’aie pas d’explication à fournir. Mais cette affinité était plutôt unilatérale. J’ignore si Heidegger trouvait à son goût de voir ainsi affluer vers lui de jeunes juifs, mais il était en soi totalement apolitique. (…) Il se développait alors à Marbourg une atmosphère qui n’était pas saine, et relevait plutôt de la relation que les croyants entretiennent avec le loubavitch, comme si Heidegger était un tsaddiq, un rabbin miraculeux ou un gourou » (78-79).

d) Jonas et Arendt résistaient à cette fascination – écrit Jonas   • Jonas parle d’« une sainte vénération » ou d’« une sorte de dévouement prétentieux et exclusif à Heidegger » (79).

e) Or ce qui est dit, écrit, professé, publié prouve le contraire :   • Jonas et Arendt étaient fascinés.   • Lé dénonciation de la fascination accompagne la fascination.


6./ HEIDEGGER A GENOUX DEVANT ARENDT

a) Jonas et Arendt ont été très amis   • Mais jamais amants

b) Raconte la rencontre Heidegger / Arendt :   • Dans son bureau envahi par le crépuscule   • Heidegger accompagne Arendt à la porte et :  - Hannah Arendt raconte : « Tout à coup, il se mit à genoux devant moi. Je m’inclinais et de sa position il leva les bras vers moi et je pris sa tête entre mes mains ; il me donna un baiser que je lui rendis » (83).

c) Jonas commente :   • Pas une banale histoire professeur / élève   • Mais relation exceptionnelle   • Puis Jonas donne une information qui, comme souvent avec Heidegger, contredit la précédente : « Heidegger avait jeté son regard sur elle. Elle n’était point la seule, car de temps à autre, je ne l’appris que plus tard, il s’intéressait aux étudiantes, et je n’ai pas entendu dire qu’une d’entre elles lui eût jamais résisté. Mais ces liaisons étaient d’une autre nature – elles ne commençaient sûrement pas par un agenouillement et n’eurent sans doute pas non plus ces répercussions pour toute la durée de la vie. Au contraire, ici est né quelque chose dont les deux partenaires ne se sont, au fond, plus jamais affranchis. Quand plus tard quelqu’un, après un cours, me demanda comment j’expliquais qu’au lendemain de la guerre Hannah ait si vite pardonné à Heidegger son national-socialisme, je lui répondis : ‘Je peux répondre d’un mot : l’amour. Il pardonne bien des choses’ » (83).


7./ LE BAISER DE JONAS A ARENDT

a) Hannah Arendt raconte cette histoire à Hans Jonas pour éviter d’avoir une histoire avec Hans Jonas…   • Jonas (21 ans) et Arendt (18 ans) se rencontrent en 1924   • Au séminaire de Bultmann sur le Nouveau Testament   • Deviennent amis   • Lui la trouve fascinante, captivante, exceptionnelle, attirante, séduisante – ses mots   • Il lui semble qu’elle n’est pas insensible à ses charmes   • Elle attirait les hommes ; il dit avoir été sensible au charme des femmes   • Mais dit n’avoir jamais eu de relations sexuelles avec elle.

b) Commence une longue amitié interrompue par la mort   • Déjeunent régulièrement,   • Demande l’autorisation de fumer avant la fin du repas   • Il la protège des importunités masculines   • Elle le protège de la brutalité du monde : « Elle avait l’âme robuste et pouvait regarder en face les horreurs du monde, cela d’une manière dont elle ne me croyait pas capable. Elle savait que les choses profondément perturbantes me déséquilibraient par trop et qu’il fallait m’en préserver » (82).   • Elle se confie, raconte son intimité   • Ce qui, pour Jonas, interdit l’amour ou l’érotisme.

c) Hannah Arendt raconte son histoire d’amour avec Heidegger dans une situation particulière :   • Malade, fiévreuse, Jonas la visite dans sa chambre  « Il se produisait ce qui est presque inévitable entre individus de sexe différent éprouvant un penchant mutuel. Hannah était belle, je n’étais pas repoussant non plus. Le résultat fut que nous avons échangé un baiser, que je l’ai tenue un peu dans mes bras. Elle allongée dans son lit, moi assis sur le bord, elle en chemise de nuit – mais alors je pris congé. Il y eut entre nous de la tendresse et, en dehors de cette tendresse, une note clairement érotique qui pouvait être comprise comme un commencement de modification de notre amitié dans le sens d’une relation amoureuse. Mais j’eus alors assez d’honnêteté ou d’élégance pour ne pas vouloir abuser d’une telle situation au moment de nous quitter » (84).   • Il se lève, quitte la pièce, elle le rappelle, puis lui raconte l’histoire  « Dès cet instant-là, il fut évident qu’il ne pouvait y avoir de relation érotique entre Hannah et moi. Pour moi, elle était devenue taboue. C’est précisément ce qu’elle voulait obtenir – se confiant à moi justement pour m’empêcher de nourrir des espérances » (84).   • Relation désormais amicale :   • Quelques baisers, quelques étreintes quand ils se retrouvent ou se quittent.


8./ LA THESE DE JONAS

a) Avec Heidegger, sur La gnose et l’esprit de l’antiquité tardive   • Avec les catégories heideggériennes :  - Analyse existentiale, herméneutique de l’être humain  « La manière singulièrement pénétrante et vivifiante dont Heidegger interprétait les textes était quelque chose de bien particulier et de très stimulant » (85-86)…

b) Heidegger distant, froid, peu intéressé par ses étudiants   • Ne prend jamais de nouvelles de l’avancement   • Laconique   • Automne 1928, Jonas remet sa thèse. Sans réponse pendant plusieurs mois.   • Heidegger croise Jonas par hasard à un concert :   • Et dit sans s’arrêter : « Votre travail est excellent »   • Jonas aura les félicitations du jury.


9./ SUR LE SIONISME

a) Invité par Heidegger dans son chalet avec des étudiants pour faire du ski   • Hans Jonas parle du sionisme   • Il vient d’assister au XVI° Congrès des Sionistes   • Heidegger n’a aucune idée de ce qu’est le sionisme

b) Jonas pense que la création de l’Etat d’Israël aurait vidé le cours de Heidegger   • Qui croyait que ses concepts feraient florès là-bas avec ses étudiants

c) A cette époque, Heidegger recommande des étudiants Juifs qui partent pour un poste en exil  « Non, Heidegger n’était pas personnellement antisémite » (88).


10./ PHILOSOPHE ET NAZI

a) Jonas reverra sa position…   • Dans son Discours du Rectorat du 27 mai 1933   • Heidegger donne à l’université la mission d’accompagner le renouveau « spirituel » national-socialiste   • Heidegger tient son poste de Husserl, philosophe Juif   • Se fâche avec lui, ne le salue plus,   • Lui interdit la bibliothèque   • Husserl mourant, la femme de Heidegger l’invite à aller le saluer   • Heidegger prétexte une maladie qui le cloue au lit et n’y va pas   • Quand Husserl meurt   • Heidegger ne salue pas sa mémoire en chaire   • Quand reparaît Etre et temps   • Heidegger supprime la dédicace à Husserl.

b) A Londres où il s’est exilé fin août 1933,   • Un ami de Jonas lui dit :  « Comment es-tu allé vers lui ? C’est ce que je ne puis toujours pas saisir. Et pourquoi son attitude t’étonne-t-elle à ce point ? Les dispositions à un tel comportement étaient reconnaissables dans la pensée de Heidegger. Il n’y a pas là de réelle surprise, car bien des traits de cette pensée, par exemple le romantisme du sol et du sang et autres choses semblables, l’amènent à approuver le réveil national » (225).   • L’irrationalisme heideggérien comme propédeutique au national-socialisme.

c) On peut être intelligent, philosophe, cultivé – et barbare  « Le ralliement du penseur le plus profond de l’époque à la marche au pas fracassante des bataillons bruns m’apparaissait comme une catastrophique débâcle de la philosophie, une honte à l’échelle de l’histoire mondiale. Je m’imaginais à cette époque-là que la philosophie devait mettre à l’abri de telles erreurs, qu’elle devait immuniser l’esprit contre elles. Mieux encore, j’étais convaincu que fréquenter les choses les plus élevées, les plus importantes ne pouvait qu’ennoblir l’esprit d’un être humain et rendre aussi son âme meilleure. Or, je prenais maintenant conscience que la philosophie n’avait manifestement pas obtenu cet effet, qu’elle n’avait pas empêché cet esprit de s’égarer au point de payer son tribut à Hitler, pire encore – si mes interlocuteurs ne se trompaient pas -, elle l’y avait visiblement prédisposé » (226).

d) Jonas parle « d’une cruelle et amère déception » (225)   • D’un « coup épouvantable » d’un point de vue personnel   • Mais aussi pour toute l’histoire de la philosophie.

e) Mais Jonas n’interroge pas la remarque de son ami :   • Y a-t-il dans sa pensée de quoi « prédisposer » au nazisme ?

f) Si oui : Arendt et Jonas n’ont rien vu

g) Mais que savoir d’un philosophe auquel on ne comprend rien   • Et dont on dit tout de même qu’il est génial ?

h) Mécanismes de la fascination :   • Jaspers demande à Heidegger : « Comment un homme aussi dénué de culture qu’Hitler pourrait-il gouverner l’Allemagne ? »   • Réponse de Heidegger : « La culture est tout à fait indifférente… Regardez donc ses merveilleuses mains », Jean-Claude Gens, Karl Jaspers, 162,   • Ce passage de l’Autobiographie philosophique de Jaspers a été tronqué par les éditions Aubier.


11./ L’ALLEMAGNE POST-NAZIE

a) Jonas traverse l’Allemagne en ruines dans la Brigade Juive   • Il découvre la mort de sa mère à Auschwitz en 1942.

b) Eté 45, à Mönchengladbach,   • Rencontre une femme qui a connu sa mère dans le ghetto de Lodz   • Elle lui apprend la disparition de sa mère dans une chambre à gaz.

c) La fabrique de son père a été aryanisée   • Voit des gens qui ont récupéré des meubles de ses parents   • D’autres qui ont été juifs kapos.

d) Il voit des Allemands :   • Qui refusent de croire aux chambres à gaz   • Et à la solution finale   • Qui ont collaboré   • Mais disent n’avoir jamais été complices.

e) Aucun ne manifeste de regrets   • N’exprime une contrition   • N’avoue un aveuglement   • « Je ne pourrai jamais pardonner cela au peuple allemand » (167).

f) Poursuit son voyage à Göttingen   • Retrouve l’éditeur de sa thèse   • Qui avait imprimé, édité, diffusé le livre   • Puis retiré de la vente et mis en stock   • Attendait la fin de la guerre qu’il estimait inévitable   • Il propose de remettre le livre dans le circuit et d’éditer la suite   • « Chez vous en tant que maison Vandenhoek & Ruprecht – oui. Mais en tant qu’édition allemande - non. Je ne peux faire cela dans le pays qui a assassiné ma mère » (175).   • Le stock a été diffusé par un éditeur hollandais.


12./ CHOISIR LE NAZI CONTRE SA MERE

a) Après guerre, Jonas rompt avec Heidegger   • Jonas écrivait : « La philosophie oblige aussi à un certain type d’existence et de comportement publiquement éprouvé » (180) ;

b) Conférence de Hans Jonas à Heidelberg en 59/60   • Un ancien collègue de Marbourg et du séminaire devenu professeur   • Mandaté par Heidegger vient le voir après sa conférence :  - Présente les salutations cordiales de Heidegger   • Jonas ne sait que dire, pris au piège   • Répond simplement : « Merci ».

c) Doutant de sa réaction, interroge Bultmann   • Avec lequel Heidegger a agi de même   • Une rencontre a eu lieu   • Bultmann l’a interrogé sur son passé nazi   • Heidegger a répondu qu’il effectuerait une mise au point publique   • Sous forme de « rétractation » (229).   • 10 ans plus tard, elle n’était toujours pas venue   • Bultmann donna raison au simple merci de Hans Jonas.

d) A l’occasion des 80 ans de Heidegger, Jonas oublie sa promesse…   • Il reprend contact avec Heidegger en 1969   • Le présente comme :  - L’un des penseurs les plus importants du siècle  - L’un dont il a le plus appris  - L’un de ceux qui l’a le plus marqué.  - « Un fait majeur, ineffaçable dans ma vie, dans mon existence philosophique » (229).

e) En 1964, fait paraitre une conférence intitulée : Heidegger et la théologie   • Ecrit qu’il était pour le moins « guère acceptable d’entendre célébrer l’homme tel le berger de l’Etre, alors qu’il a piteusement échoué à devenir le gardien de son frère » (231).   • Sollicite les faveurs de Heidegger par lettre – qui y consent   • Pas de meilleure dénazification pour Heidegger   • Que cet empressement de philosophes Juifs à le célébrer, sinon le vénérer.

f) Rencontre à Zurich   • « Une rencontre personnelle, dans laquelle je m’engageais parce que je voulais provoquer une réconciliation qui, en gros (sic), se réalisa effectivement » (233).   • Evoquent les souvenirs du bon vieux temps de Marbourg mais « sans que soient évoquées les choses décisives à mes yeux. Espérant peut-être qu’un mot puisse être dit sur les évènements postérieurs à 1933, sur le sort des Juifs, sur l’Allemagne nazie, sur le destin de ma mère, je fus de nouveau amèrement déçu. Par cette rencontre j’étais allé jusqu’au bout de mes efforts pour rétablir une relation avec Heidegger, mais aucune clarification ne vint de sa part, ni à plus forte raison la moindre parole de regret. Ce qui nous séparait durablement l’un de l’autre resta  enveloppé de silence » (233).   • Une « réconciliation en gros » est-elle une réconciliation ?


CONCLUSION : 80 BOUGIES POUR UN NAZI...

a) Ces 80 ans sont un effacement de la dette nazie   • Arendt écrit un Martin Heidegger a quatre-vingt ans   • Pour dire son engagement nazi,   • Elle parle d’une « escapade » (sic!) (Vies politiques, 318)   • D’une « erreur » (id.).   • Mais quelle erreur ?   • le nazisme ?   • Non   • Mais d’avoir cru philosophiquement que le nazisme réalisait « la rencontre de la technique planétairement déterminée et de l’homme des Temps Modernes » (ibid. 319).

b) Dans une lettre à Gray (25 mars 1967) :   • Elle commente une phrase de Heidegger favorable au nazisme   • Lors de la réédition de son Introduction à la métaphysique : « Il a sans doute laissé cette phrase pour expliquer de manière voilée ce qu’il pensait, lui, que fût le national socialisme, à savoir la rencontre entre la technique totale et l’homme moderne. Cette idée, disais-je, est grotesque ; mais il n’est pas le seul. J’ai trouvé une remarque tout à fait analogue chez Benjamin. Le problème avec ces messieurs était, et a sans aucun doute toujours été, qu’ils ne pouvaient pas lire des livres comme Mein Kampf – beaucoup trop ennuyeux – et préféraient lire les livres passablement cinglés mais beaucoup plus intéressants de futuristes italiens qui devinrent fascistes par la suite » (Young-Bruehl, 582).

c) Jonas rend visite à Arendt aux Etats-Unis   • Raconte cette entrevue à Zurich.

d) Lettre de Heidegger à Arendt (2 aout 1969) : « Ca a été vraiment un plaisir de discuter avec Hans Jonas. Il est manifestement entièrement revenu de la théologie ».   • Jonas avait en effet écrit que :  - La philosophie de Heidegger était incompatible avec la théologie chrétienne  - Qui, à l’époque, se servait d’elle  - Parce que païenne.

e) A Zurich, Jonas fit donc amende honorable sur ce sujet

f) Lettre du 8 aout 1969 : Arendt à Heidegger :   • « Jonas était ici d’une joie exubérante après la rencontre de Zurich, qu’il m’a rapportée, c’est tout lui, dans les moindres détails. Ce n’est pas seulement, loin s’en faut, de la théologie qu’il est entièrement revenu » (Lettre 115).   • La reddition fut donc totale…


BIBLIOGRAPHIE :

• Hans Jonas, Souvenirs, Rivages

• Enrico Donnagio, Karl Löwith et la philosophie. Une sobre inquiétude, Payot

• Elsbita Eittinger, Hannah Arendt et Martin Heidegger, Seuil

• Jaspers, Autobiographie, Aubier

• Jean-Claude Gens, Karl Jaspers, Fayard

• Hannah Arendt, Vies politiques, Tel Gallimard

• Heidegger, Introduction à la métaphysique, Tel Gallimard

 


Partager cet article

commentaires

Profil

  • quatuor
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc

La publicité, peut-on y échapper ?

 

Je lave mon cerveau avec la pub  

 pub-2

La pub nous a été imposée par OverBlog. Pour désactiver les messages publicitaires ici et partout sur le Net, installez gratuitement en un seul clic Adblock Plus.


Recherche

Archives

Nos vidéos