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3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 23:08

 

Du 28 juillet au 29 août 2014 (du lundi au vendredi, de 11h à 12h) France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2013-2014 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 12e année,

« La pensée post-nazie : Hannah Arendt, Hans Jonas, Günther Anders »

 

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6/ « PHILOSOPHER EN DEHORS DES CLOUS » - 04.08.2014

 

 

 

  • Écoutez les conférences en direct sur le player ci-dessus (11h-12h)
  • Les players de la réécoute seront successivement  intégrés sur ce blog selon les conditions définies par France Culture qui les met en partage 
  • Vous pouvez également PODCASTER les conférences sur le site de l’émission, les archiver, prêter à vos amis, emprunter dans les médiathèques...
  • Chers internautes, n’oublions pas que les conférences à l’Up de Caen sont constamment présentées comme GRATUITES ! Ne les achetons donc  pas ! Ne remplissons pas les poches de Frémeaux & Associés ! Ne soyons pas des CON-SOMMATEURS !


SYNOPSIS

1./ HISTOIRE DU MANUSCRIT

a) Songe aux Origines du totalitarisme début 1944   • Plusieurs titres possibles : - Eléments de la honte : antisémitisme-impérialisme-racisme.  - Les trois piliers de l’Enfer  - Histoire du totalitarisme.

arendt origines des totaltarismesb) Lettre à Jaspers (4 septembre 1947) :   • Le titre n’est toujours pas arrêté

c) A cette époque :   • L’antisémitisme est écrit   • L’impérialisme est en cours   • Le totalitarisme : en chantier fin 48.

d) Manuscrit achevé automne 1949   • Parution : 1951 (44 ans).

e) 1958 : ajoute le dernier chapitre : Idéologie et terreur   • Après avoir supprimé des remarques conclusives

f) Même année :   • Ajoute des pages enthousiastes sur la Révolution Hongroise   • Les supprime dans les éditions suivantes.


2./ RECEPTION DU LIVRE

a) Hésitations dans la structure   • Construction hésitante   • Gros livre – presque 700 pages.

b) Livre baroque,   • Dionysiaque plus qu’apollinien   • Désordre plutôt qu’exposé universitaire

c) Réception du livre sur sa forme :   • Reproches :  - Mal construit, pas construit  - N’a pas ou peu défini les concepts majeurs  - Préfère une vaste fresque lyrique, voire sentimentale  - Subjectivité et pathos dommageable pour la crédibilité  - Choisit ses exemples par intérêt, écarte les autres  - N’a suivi aucune méthode

d) Elle précise :   • Le totalitarisme n’est pas sujet d’archive et de bibliothèque   • Mais un sujet qui la concerne :  - Juive, subissant la Gestapo, exilée, enfermée dans un camp, apatride

e) Polémique avec Eric Voegelin :   • Lui reproche de mélanger sa subjectivité avec l’analyse   • D’instiller de la passion dans ce qui devrait être pure raison   • Et de perdre son crédit

f) Sa réponse :  « Je ne suis pas parvenue à expliquer la méthode particulière à laquelle j’ai recouru, ni à rendre compte d’une approche plutôt inhabituelle – non pas du point de vue des problèmes historiques ou politiques que les explications ou les justifications ne feraient que distraire - mais au regard de l’ensemble du champ des sciences politiques en tant que tel. L’une des difficultés de ce livre est qu’il ne relève d’aucune école et ne recourt que rarement aux instruments officiels reconnus ou officiellement controversés » (967).

g) Se moque de la tradition universitaire :   • 1948, discours à la Rand School « Le non conformisme est la condition sine qua non de l’accomplissement intellectuel » (Young-Bruehl, XXII).

h) « Le livre ne traite pas exactement (sic) des ‘origines‘ du totalitarisme - comme son titre l’affirme malencontreusement (sic !) - mais rend compte historiquement des éléments qui ont cristallisé sous forme de totalitarisme ; cet examen est suivi par une analyse de la structure ‘élémentale’ des mouvements totalitaires et de la domination elle-même. La structure élémentaire du totalitarisme est la structure cachée (sic) du livre alors que son unité la plus apparente provient de certains concepts fondamentaux qui courent comme des (sic) fils rouges à travers l’ensemble » (968).

i) Dans Une réponse à Eric Voegelin dans The Review of Politics (1953)   • Répond ainsi 2 ans plus tard à celui qui lui dit qu’elle n’a pas de méthode…   • Elle réagit à un compte-rendu de lecture.

j) Sa réponse au reproche de style passionné et sentimental :    « C’est tout à fait consciemment que je me suis départie de la tradition du sine ira et studio dont je reconnais parfaitement la noblesse. C’était pour moi une nécessité méthodologique (sic) étroitement liée à la nature particulière (sic) de mon sujet » (969).   • Formule de Tacite : « Sans colère et sans passion » (Annales).   • Revendique donc la colère et l’empathie.


3./ INVERSER LES VALEURS HEIDEGGERIENNES

a) S’inscrit dans la logique empirique et pragmatique anglo-saxonne   • Antidote à l’idéalisme   • Heidegger déplore l’oubli de l’Etre   • Il désapprouve le souci des étants comme signe du nihilisme contemporain   • Arendt déplore l’oubli des étants   • Elle désapprouve le souci de l’Etre comme un signe du nihilisme contemporain.

b) Souci concret :   • Non pas l’idée de Mal ou le mal chez Platon   • Mais la vérité concrète du mal   • Non pas la vérité du totalitarisme comme essence   • Mais sa cruauté comme vérité concrète.

c) Préface à la IIIème partie des Origines du totalitarisme (juin 1966 / Novembre 1971) :   • Ecrit qu’avec la défaite nazie apparaissait « la première occasion d’essayer de dire et de comprendre ce qui s’était passé, pas encore sine ira et studio, toujours avec douleur et affliction, et, par conséquent, avec une tendance à la lamentation, mais le temps de l’indignation muette et du sentiment de l’horreur paralysante était révolu (…). C’était, de toute façon, la première fois qu’il était possible d’articuler et d’élaborer les questions en compagnie desquelles ma génération avait été forcée de vivre la meilleure part de sa vie adulte : Que s’est-il passé ? Pourquoi cela s’est-il passé ? Commente cela a-t-il été possible ? » (196).   • Revendique indignation et colère.   • Non pas une ontologie du totalitarisme   • Mais une généalogie du totalitarisme concret.

d) Projet des Origines du totalitarisme : « Décrire le phénomène totalitaire tel qu’il arrive, non sur la lune, mais au sein de la société humaine. Décrire les camps de concentration sine ira n’est pas être ‘objective‘, c’est fermer les yeux sur leur réalité » (969).

e) Recourir à l’image des Enfers pour caractériser le système concentrationnaire « sur terre est plus ‘objectif’, c’est-à-dire plus conforme à leur essence que les analyses purement sociologiques ou psychologiques » (969).

f) « Je ne souhaite pas développer cet aspect ici, mais il me faut préciser que je suis convaincue que la compréhension est étroitement liée à la faculté d’imagination que Kant a nommé Einbildungskraft et qui n’a rien à voir avec l’aptitude à la fiction » (970).

g) En appeler à l’imagination pour connaître :   • Détruire la méthodologie des chercheurs en histoire

h) « Je procède à partir de faits et d’évènements et non d’affinités ou d’influences intellectuelles » (971).

i) Dit n’avoir pas révélé progressivement l’essence du totalitarisme selon des formes graduelles « parce que cette essence, à mon avis, n’existe pas avant d’être venue à l’être » (id.).   • Si Etre il y a, c’est parce que les étants l’ont précédé.   • L’existence du totalitarisme précède l’essence du phénomène.


4./ AUTOBIOGRAPHIES

a) Les Origines du totalitarisme : une leçon d’anatomie ontologique de Heidegger.   • Les analyses de l’antisémitisme, du racisme, du nationalisme, de l’impérialisme, de la bureaucratie, de la populace, des masses, de la terreur, du nazisme, du totalitarisme, de l’idéologie, de l’extermination   • Renvoient au comportement politique de Heidegger.

b) Autobiographie & oeuvre :   • La condition juive / la sienne   • Le mécanisme de la police politique / à laquelle elle a eu à faire pendant huit jours   • Le fonctionnement du Parti dans l’Etat / dont elle a vu les imbrications sur place   • Les logiques de l’exil / qui furent siennes   • Les logiques de l’apatride / qu’elle fut pendant dix-huit ans   • Les raisons d’être du camp, / alors qu’ elle y fut enfermée dans les Pyrénées   • La monstruosité du terrorisme / auquel l’homme qu’elle a aimé a prêté son concours…

c) La fascination des intellectuels pour le totalitarisme :   • Un chapitre intitulé « L’alliance provisoire entre la populace et l’élite »   • Liste un nombre incroyable d’intellectuels qui ont soutenu le nazisme

d) Hannah Arendt analyse l’idéologie de la génération d’avant-guerre :   • Célèbre les vertus de la guerre, l’hygiène des combats, la fraternité des tranchées   • Conchie le libéralisme, le capitalisme, la bourgeoisie, les propriétaires, les juifs, l’argent   • Méprise la démocratie   • Hait le pacifisme, la diplomatie   • N’aime pas la raison raisonnable et raisonnante et lui préfère l’irrationnel, l’instinct.   • Célèbre les destructeurs et les incendiaires :   • Nietzsche, Sorel, Rimbaud, T.E. Lawrence, Jünger, Brecht, Malraux, Bakounine, Netchaïev (640), mais aussi Sade (643)   • Refuse l’individualisme.   • Déteste la culture bourgeoise qu’elle estime nihiliste et décadente.   • Fait « un éloge brillant et spirituel de la violence, de la puissance et de la cruauté » (643)   • Trouve l’humanisme dépassé.   • Trouve révolutionnaire d’admettre la cruauté,   • Aime la pègre, les petites frappes, les anciens ratés que sont les nazis qui contraignent désormais les bourgeois honnis à négocier avec eux…


5./ PECHER DES PERLES

a) Parlant de sa méthode : « Elle cessa, lorsqu’elle eut appris quelques vérités de fait, d’être un avocat de l’histoire des idées ; elle cessa de rechercher les familles de penseur comme les influences historiques ou les généalogies de la pensée ; elle développa alors une méthode aussi peu conventionnelle que le nom qu’elle lui donna : la pêche aux perles, Perlenfischerei. Elle était à la recherche des perles enfouies au fin fond de l’histoire, chatoyantes, précieuses et déroutantes » (121).

b) Dans une époque où règne l’idéologie :   • Elle fait triompher de microscopique :   • La perle contre la fresque.


6./ SUR L’IDEOLOGIE

arendt idéologie et terreura) Déconstruit les mythes & légendes à partir de faits   • Détruit les narrations idéologiques : « Les légendes ont toujours joué un rôle puissant dans la construction de l’histoire » (481)

b) Analyser et dépasser l’idéologie :   • Fil rouge de son livre

c) Les origines du totalitarisme :   • Tableaux juxtaposés   • L’un d’entre eux concerne l’idéologie   • Chapitre : « Idéologie et terreur » : « Les idéologies – ces « ismes » qui, à la grande satisfaction de leurs partisans, peuvent tout expliquer jusqu’au moindre événement en le déduisant d’une seule prémisse - sont un phénomène tout à fait récent, qui, durant des décennies, a joué un rôle non négligeable dans la vie politique » (824).   • Elles se présentent comme sciences au même titre que la zoologie   • Revendiquent le statut de philosophie des sciences   • Sont des pseudo-sciences et des pseudo-philosophies   • N’ont rien de scientifique et rien de philosophique.

d) L’idéologie construit la totalité du monde sur une seule proposition   • Elle permet d’annoncer le futur comme le ferait une voyante : « Le mouvement de l’histoire et le processus logique de cette notion sont censés se correspondre point par point, de telle sorte que tout ce qui arrive, arrive conformément à la logique d’une seule idée » (826).

e) La dialectique hégélienne devient une arme :   • Résolution des contradictions par la synthèse   • Abolition de toute la négativité

f) Le réel compte pour rien   • L’expérience n’apprend jamais rien à un idéologue :   • Son idée est toujours plus juste et plus vraie que le monde réel et concret   • Si les faits prouvent que l’idée est fausse.   • L’idéologue récuse les faits   • Mais ne touche pas à son idée.

g) Les communistes croient à la lutte des classes   • Au caractère inéluctable de la révolution   • A la société sans classe comme horizon   • Au rôle de la violence accoucheuse de l’histoire.

h) Les nazis croient à l’inégalité des races   • A la pureté aryenne   • A l’impureté juive   • Aux lois universelles de la nature   • A la cruauté accoucheuse de l’histoire.

i) Aucun bolchevique, aucun nazi ne reviendra sur ces actes de foi   • Cette croyance sans raisons, sans démonstrations, sans preuves

j) L’idéologue est un croyant qui prétend se soumettre à des lois scientifiques   • Alors qu’il obéit à un catéchisme

k) Nazisme et bolchevisme ne sont pas les seules idéologies   • Mais elles ont fonctionné parce que les peuples les ont portées au pouvoir

l) Il existe 3 éléments spécifiquement totalitaires propres à toute pensée idéologique :

• 1/ L’idéologie ne se soucie pas de ce qui est ici et maintenant   • Elle ne se soucie que de ce qui est en mouvement   • Et de la fin, de l’avenir   • Et va dans le sens de l’histoire

• 2/ L’idéologie s’affranchit de toute expérience   a. S’émancipe de la réalité phénoménale  - Lui préfère un genre de réalité nouménale  - Plus vraie que la réalité concrète   b. Cette réalité nouménale ne se saisit qu’avec un genre de 6ème sens  - Un sens fourni par l’endoctrinement – la propagande   c. Il y a toujours une histoire derrière l’histoire  - Cette histoire reste à décoder  - D’où les théories du complot, de la conspiration :   d. Pour les marxistes-léninistes :  - Les trotskystes, les bourgeois, les révisionnistes, les 200 familles, les capitalistes   e. Pour les nazis :  - Les juifs, les communistes, les francs-maçons, les banquiers, la finance, les journalistes

• 3/ L’idéologie réduit la complexité du réel   • En recourant à la simplicité d’une logique à prétention scientifique   • Ne pense pas à partir du réel, mais des idées.

*

a) L’idéologie veut un monde qui se passe des hommes  - Dans lequel la logique fait la loi

b) « Le sujet idéal de la domination totalitaire n’est ni le nazi convaincu ni le communiste convaincu, mais les gens pour qui la distinction entre fait et fiction (c’est-à-dire de la réalité de l’expérience) et la distinction entre vrai et faux (c’est-à-dire les normes de la pensée) n’existent plus » (832).

c) Le XX° siècle : monde des idéologies  - Il a voué un culte à l’idée, aux essences, aux concepts, aux théories, aux mots  - En même temps, elle méprise les hommes concrets  - Se moque de la réalité  - Elle récuse les faits qui donnent tort aux idées

d) A Jaspers (6 février 1955) : « La philosophie a versé dans la sémantique – et de plus, dans une sémantique de troisième ordre ».

e) Comment la communauté philosophique aurait-elle pu lui réserver un bon accueil ?


BIBLIOGRAPHIE :

• Hannah Arendt, Karl Jaspers, La philosophie n’est pas tout à fait innocente, Petite bibliothèque Payot

• Jean-Claude Poizat, Hannah Arendt, une introduction, Pocket La Découverte

• Arendt, Les origines du totalitarisme suivi de Eichmann à Jérusalem, Quarto Gallimard

• Hannah Arendt, Idéologie et terreur, Hermann

• Correspondance Hannah Arendt/Karl Jaspers, Payot

 

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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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