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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 00:17

 

 

Michel Onfray (avec entre autres - Jean d'Ormesson, Barbara Cassin, Emmanuel Todd, Florence Dupont, Philippe Sollers, Charles Dantzig) a signé une tribune collective dans Le Monde daté du 09.02.2012 pour dénoncer la politique éducative du gouvernement français qui remet en cause l’enseignement des «humanités classiques».

 

En renonçant aux humanités classiques, la France renonce à son influence


"Est-ce que la France serait devenue suicidaire ? En quelques mois, plusieurs sentences sans appel sont tombées, sans qu'on sache vraiment qui est à la manoeuvre : culture-generale--Voltaire.jpgsuppression de la culture générale à l'entrée de Sciences Po ; invention, digne des Monty Python, d'un concours de recrutement de professeurs de lettres classiques sans latin ni grec ; disparition de l'enseignement de l'histoire-géographie pour les terminales scientifiques...

Autant de tirs violents, sans semonce, contre la culture et contre la place qu'elle doit occuper dans les cerveaux de nos enfants et des adultes qu'ils seront un jour. Une place qu'on lui conteste aujourd'hui au nom du pragmatisme qu'impose la mondialisation. Mais quel pragmatisme, au moment où, partout dans le monde, de la Chine aux Etats-Unis, l'accent est mis sur la culture et la diversité de l'éducation, le fameux soft power ?

En bannissant des écoles, petites ou grandes, les noms mêmes de Voltaire et de Stendhal, d'Aristote et de Cicéron, en cessant de transmettre le souvenir de civilisations qui ont inventé les mots "politique", "économie", mais aussi cette magnifique idée qu'est la citoyenneté, bref, en coupant nos enfants des meilleures sources du passé, ces "visionnaires" ne seraient-ils pas en train de compromettre notre avenir ?

Le 31 janvier s'est tenu à Paris, sous l'égide du ministère de l'éducation nationale, un colloque intriguant : "Langues anciennes, mondes modernes. Refonder l'enseignement du latin et du grec". culture generale grecquesC'est que l'engouement pour le latin et le grec est, malgré les apparences, toujours vivace, avec près de 500 000 élèves pratiquant une langue ancienne au collège ou au lycée. Le ministère de l'éducation nationale a d'ailleurs annoncé à cette occasion la création d'un prix Jacqueline de Romilly, récompensant un enseignant particulièrement novateur et méritant dans la transmission de la culture antique. Quelle intention louable !

Mais quel paradoxe sur pattes, quand on considère l'entreprise de destruction systématique mise en oeuvre depuis plusieurs années par une classe politique à courte vue, de droite comme de gauche, contre des enseignements sacrifiés sur l'autel d'une modernité mal comprise. Le bûcher fume déjà. Les arguments sont connus. L'offensive contre les langues anciennes est symptomatique, et cette agressivité d'Etat rejoint les attaques de plus en plus fréquentes contre la culture dans son ensemble, considérée désormais comme trop discriminante par des bureaucrates virtuoses dans l'art de la démagogie et maquillés en partisans de l'égalité, alors qu'ils en sont les fossoyeurs.

Grâce à cette culture qu'on appelait "humanités", la France a fourni au monde certaines des plus brillantes têtes pensantes du XXe siècle. Jacqueline de Romilly, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet, Lucien Jerphagnon, Paul Veyne sont pratiqués, cités, enseignés dans toutes les universités du globe.

A l'heure du classement de Shanghaï et dans sa tentative appréciable de donner à la France une place de choix dans la compétition planétaire du savoir et de la recherche, la classe politique semble aveuglée par le primat accordé à des disciplines aux retombées économiques plus ou moins aléatoires.

Le président de la République, pour qui les universités américaines constituent un modèle avoué, devrait méditer cette réalité implacable, visible pour qui fréquente les colloques internationaux ou séjourne durablement aux Etats-Unis. Que ce soient les prestigieuses universités de l'Ivy League (Harvard, Yale, Princeton...) ou celles plus modestes ou méconnues d'Iowa ou du Kansas, toutes possèdent leur département de langues anciennes.

culture generale ciceronComment l'expliquer ? Par cette simple raison qu'une nation puissante et ambitieuse ne s'interdit rien et surtout ne fait aucune discrimination entre les disciplines, qu'elles soient littéraires ou scientifiques. Ce fameux soft power, ou "puissance douce", consiste à user d'une influence parfois invisible, mais très efficace, sur l'idéologie, les modes de pensée et la politique culturelle internationale. Les Etats-Unis, en perte de vitesse sur le plan économique, en ont fait une arme redoutable, exploitant au mieux l'abandon par l'Europe de cet attachement à la culture.

Pour Cicéron, "si tu ne sais pas d'où tu viens, tu seras toujours un enfant". C'est-à-dire un être sans pouvoir, sans discernement, sans capacité à agir dans le monde ou à comprendre son fonctionnement.

Voilà la pleine utilité des humanités, de l'histoire, de la littérature, de la culture générale, utilité à laquelle nous sommes attachés et que nous défendons, en femmes et hommes véritablement pragmatiques, soucieux du partage démocratique d'un savoir commun."

____________________________


"Au cours des débats et réformes qui agitent la fin du XIXe apparaît l’expression d’humanités classiques (refusées aux filles dans les instructions de Camille Sée !) quand se mettent en place les humanités modernes (avec des langues vivantes) et les humanités scientifiques. [...]

Les humanités classiques se présentent non seulement comme des " études ", comme " une instruction " mais comme une " éducation " de l’individu, de l’esprit, de l’intelligence…[...]

" Alors qu’on préparait la ciguë, Socrate était en train d’apprendre un air de flûte. A quoi cela servira-t-il ? lui demande-t-on. – A savoir cet air avant de mourir. " (cité par Calvino, Pourquoi lire les classiques, Points Seuil, p.14)"

Les humanités : une formation et un savoir, Michèle Gally

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causeur couve

 

Causeur N°44 (février 2012) consacre un dossier à ce sujet :

« Inculture générale. Crimes contre les humanités. », avec douze articles.


 

Voici un reportage vidéo sur ce sujet (on y parle aussi de cette tribune dans Le Monde), diffusé au JT de France 2 le 14 février 2012 et intitulé :

La fin de la culture générale?

 

Merci à Patrick C.  

Ewa   

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commentaires

monica 16/02/2012 12:43


... et je rajouterais, les arts plastiques.


Pourquoi n'y-t-til pas plus de cours de peinture, de dessin, de sculpture à l'école primaire, au collège ?


 


Tout le monde a pu remarquer à quel point les enfants aiment chanter, peindre, dessiner, patoger dans la gadoue, dans la neige pour y laisser leurs empreintes.


 


Le bonheur, c'est quoi au fond ? Prendre du plaisir à faire tout au long de sa vie ce qui s'est révélé heureux dans l'enfance. L'éducation devrait tenir compte de ce que les enfants
inculquent sans le vouloir à leurs parents : l'hédonisme.


 

monica 15/02/2012 20:32


Je ne sais pas, Ewa, si Thomas en est un exemple. Je n'en ai aucune idée.


 


Quant aux hommes que j'ai connus, et ils sont nombreux, ce n'est pas leur lâcheté que je constatais ; c'était, la plupart du temps, leur foi en leur supériorité et leur surprise de
constater qu'au bout du compte, ils s'étaient trompés. Plus ils tombaient de haut, plus je comprenais que ce n'est pas l'amour qui lie en premier lieu un homme et une femme, mais les préjugés.
L'un croit que la femme est telle qu'il veut qu'elle soit, idem pour l'autre au féminin. L'attirance physique ne repose que sur des phéromones et des jeux de séduction.


 


Mais je suis, comme d'habitude, totalement hors sujet. Tout ça à cause de Thomas...


 


Pour en revenir au sujet, il me semble que la culture de la musique, du théâtre, de la poésie, est plus importante que l'enseignement du grec et du latin.

marc 15/02/2012 17:12


merci patrick mais pourquoi je ne suis même pas au courant  ? c’est quoi ces connivences ?  ;)

Ewa 15/02/2012 13:18


Un ami de Marc, Patrick C., a enregistré pour nous hier ce petit reportage vidéo diffusé au JT de France 2. Je viens de l’éditer sur notre chaîne Dailymotion et de l’ajouter en bas de cet
article. Il résume et nuance le sujet en laissant s’exprimer les avis différents sur la nécessité (ou pas) des humanités, de la culture générale.

Ewa 15/02/2012 13:14


Monica, tu penses que Thomas est un bon exemple de cette fameuse lâcheté des hommes? ;~)

Thomas 15/02/2012 00:39


Ewa, oui elle devrait mais je lui chante Ne me quitte pas, elle trouve ça touchant et elle reste … 

monica 14/02/2012 12:49


Ewa, toi et moi, à n'en pas douter, c'est ce que nous aurions fait si notre compagnon nous avait trouvée ridicule.


Moi, parce que j'adore que l'on m'admire. Ma libido ne fonctionne qu'à cette condition...(j'rigole !) 


Et toi ?

Ewa 14/02/2012 12:21


Thomas, votre compagne devrait vous quitter sur-le-champ. ;~)

monica 14/02/2012 07:42


..."Brandir son manque d'instruction comme un étendard" ! Ciel ! en effet, comme c'est ridicile ! Vous avez encore raison, Thomas... Cette attitude manque un peu d'élégance.


Mais est-ce bien le sujet de la conversation ?

Isis 14/02/2012 00:17


Je n'ai pas appris le latin, le grec et n'ai pas fais d'études supérieures non plus et  toutes les têtes pensantes de la maison en ayant fait, en l'occurence, mes enfants, s'en remettent à
moi pour beaucoup de choses, ça veut donc bien dire que je suis utile dans d'autres domaines qu'ils ne connaissent pas. Il faut de tout pour faire un monde n'est-ce pas?

Thomas 14/02/2012 00:08


Monica, je n’ai appris ni le latin ni le grec, je n’ai pas fait des études supérieures, mais je n’aime pas qu’on brandit son manque d’instruction comme un étendard, ce n’est pas une qualité ni un
mérite.


Ma compagne qui connaît le latin et qui a fait des études universitaires est capable de rester en admiration devant n’importe quel autodidacte en lui trouvant de grandes qualités de liberté de
penser, d’écriture, de génie presque.


Tout ça pour dire que ces deux attitudes sont ridicules.  

monica 13/02/2012 07:25


Vous avez sans doute raison, thomas.


C'était juste pour donner un peu d'espoir à ceux - et ils sont nombreux - qui n'apprennent ni le latin, ni le grec.


Quant à l'instruction, j'ose espérer que la majorité des gens peut y accéder, sinon, je me pends.

Thomas 12/02/2012 23:18


Certainement Monica, le conducteur de train peut avoir envie d’écrire, de peindre, de guérir les gens, de visiter la planète Mars, cela ne fait pas de lui écrivain, peintre, médecin ou
astronaute, l’envie ne suffit pas.


Avec le même potentiel intellectuel de départ M.O. aurait pu devenir conducteur de train s’il n’avait pas rencontré sur sa route les professeurs, l’université, les humanités qui lui ont permis de
développer ce potentiel. En tant que conducteur de train son QI aurait resté le même mais il n’aurait pas pu enseigner au lycée, à l’up et écrire tous ces livres. Il n’aurait pas disposé de temps
et de connaissances nécessaires. 


Quant à l’adolescente douée et sensible, l’histoire l’a fait mûrir et mourir trop tôt, elle aurait sûrement continué à apprendre et à s’instruire.  

monica 12/02/2012 07:23


Anne Frank a écrit son journal.


On peut être conducteur de train et avoir envie d'écrire.

Thomas 12/02/2012 02:07


Sans "les humanités" Onfray serait devenu conducteur de train et Camus n'aurait certainement pas été écrivain, philosophe et lauréat du Prix Nobel.

Frédéric 11/02/2012 01:31


Et oui, le sens critique ne tombe pas du ciel. Un ex-collègue me provoquait il y a quelques années : "les internautes, on les aime cliqueurs. Clique ma pub, clique ma pub !"

Ewa 10/02/2012 19:25


« Est-ce que la France serait devenue suicidaire? » 


Suicidaire, en termes de renoncement de la France à ses valeurs, à ce qui constitue son identité, sa spécificité. 


 


Premièrement, le renoncement à sa riche culture qui rayonnait sur l’Europe et qui jadis influençait le monde. C’est la « politique culturelle » se voulant moderne et pragmatique à tout prix, qui
est incriminée (je ne pense pas qu’elle soit la seule « responsable «). La France n’aurait pas compris que même si les bénéfices de cette influence culturelle n’étaient pas immédiats et aussi
bien mesurables que les résultats des échanges économiques, néanmoins l’influence culturelle pouvait constituer la « puissance douce ».  Et les États-Unis l’ont très bien compris,
apparemment.


 


Deuxièmement, laisser l’accès à la Culture uniquement aux privilégiés qui ont le temps, les moyens et l’habitude de s’y consacrer ; ne pas enseigner la culture générale à tous, favoriser
la spécialisation, l’apprentissage ; réduire l’école - à l’allié direct du monde du travail et de l’entreprise, et le savoir - à tout ce qui est mercantile, utile : c’est renoncer aux valeurs
républicaines, démocratiques de l’éducation « à la française « , à ce qui constitue sa spécificité, donc c‘est  « un suicide ».


 


Mais on peut tout aussi bien rétorquer que : premièrement, cela fait déjà belle lurette que la culture française a perdu son hégémonie, et deuxièmement, vu l’immensité d’informations que les
étudiants doivent déjà ingurgiter et dont la quantité accroît de manière accélérée chaque jour, il faut bien faire les choix.


Mais est-ce pour autant judicieux de dispenser les candidats à Sciences Po de l’épreuve de culture générale ou les élèves de terminales scientifiques de l’enseignement de l’histoire-géo…?


Laurence Hansen-Love, professeur de philo, se demande : « Le sport et l’humour canal plus
nous tiennent-ils lieu de culture désormais? »  Il faut espérer que non…

Ewa 09/02/2012 19:07


Nosce te ipsum !

monica 09/02/2012 18:36


Know yourself !


C'est plus clair pour tout le monde !

Frédéric 09/02/2012 17:57


Γνῶθι σεαυτόν ! 

Jacqueline Haldemann 09/02/2012 13:37


J'aime votre blog et les synthèses d'opinions diverses. Merci de consulter mon blog mots-posters.com / streaming blog qui contient des clips, textes, menus, aperçus d'improvisation etc.
Cordialement Jacqueline Haldemann

monica 09/02/2012 07:28


L'enseignement du latin et du grec, à mon avis, n'est pas une nécessité. Même si l'engouement pour ces langues anicennes existe toujours, elles ne semblent pas toucher beaucoup de
jeunes français qui semblent pouvoir s'en passer. Je vois beaucoup de jeunes attachés plutôt à la connaissance des langues qui leur permettront de trouver du travail partout dans le monde.


La majorité des techniciens diplômés sont obligés de quitter leur région car les entreprises qui sont implantées là où ils sont nés ne leur proposent pas de travail. Qu'en
ont-ils à faire des "humanités classiques" quand il faut "gagner sa vie".


Il me semble qu'il faudrait consacrer plus de temps à l'apprentissage des langues vivantes.


 


Il semble aussi que 'enseignement des langues mortes et de la littérature classique, comme celui du théâtre et de la musique, malheureusement en France, deviendra un luxe destiné à une
élite. C'est déplorable mais à qui la faute ? Je ne sais pas. 


 


Est-ce un suicide ? Je n'en suis pas convaincue. 


 

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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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