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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 14:51

  
      camus-marianne

Cette semaine, l'hebdomadaire Marianne N°767  titre sur le nouveau livre de Michel Onfray à paraître le 04.01.2012 et consacré à Camus, par Le vrai Camus : le livre événement de Michel Onfray, d'Aude Lancelin.

"Michel Onfray sort la légende Albert Camus de la naphtaline. Il redonne à l'écrivain préféré des français toute sa force : anarchiste, anticolonialiste de la première heure et penseur subversif."



 

Onfray liège têteMichel Onfray  donne également une interview à  Aude Lancelin , où il évoque "ce qui le touche chez Albert Camus et les raisons de l‘exceptionnelle lucidité de ce dernier." 

 « La qualité du personnage m'a ébloui...»


Marianne : La popularité de Camus est immense aujourd'hui. Comment l'expliquez-vous ?
Michel Onfray : Je veux croire que toute une génération nouvelle, qui n'a pas été formatée par le logiciel de pensée des années 70, peut enfin se mettre à voir Camus comme il était et non comme Sartre le montrait. Moi-même, je dois dire qu'en commençant à travailler sur lui j'ai été ébloui par la qualité du personnage.  
Dans le sillage des nouveaux philosophes, on avait pu observer un certain retour à Camus. Mais c’était un Camus social-démocrate. Au nom de l'antimarxisme, on a longtemps interdit d'existence en France toute la gauche non libérale. Nous en payons d'ailleurs les conséquences aujourd'hui, avec le phénomène Le Pen notamment. Camus apporte au contraire la démonstration qu'il y avait une chose libertaire, autogestionnaire, conseilliste, et qu'on l'a bâillonnée.


Marianne : Une gauche qui n'est toujours pas représentée politiquement aujourd'hui...
M.O. : Absolument. Et des raisons historiques, Camus en donne d'autres encore. Toute la gauche communarde a été décapitée. Le proudhonisme a été calomnié par Marx, et la révolution russe est venue terminer le travail, barrant définitivement l'accès à la tradition anarchiste. 
De même qu’on a longtemps pensé Camus au filtre de Sartre, on continue aujourd’hui à penser Proudhon au filtre de Marx.

 

Marianne : Sur l’Algérie aussi, la calomnie d’un Camus redevenu pied-noir réactionnaire au contact de la guerre a longtemps vécu. Comment envisagerait-il aujourd’hui la percée politique de l’islam dans toute l’Afrique du Nord?

M.O. : Il ne serait pas surpris une seconde. Il faut vraiment être BHL pour croire que la fin d’une dictature signe de facto l’avènement de la démocratie. Quand on abat un tyran, on crée une anarchie au sens sauvage du terme. L’islam est en pleine forme civilisationnelle, tandis que l’Occident montre tant de signes de décadence, d’épuisement. Leur religion est vivante. Les nôtres sont mortes. Même nos catholiques ne croient plus à l’enfer ou à l’immortalité de l’âme. Les musulmans ont donc une supériorité ontologique totale. Et quand on a ça, on obtient tôt ou tard la supériorité politique. Camus, lui, considérait que la colonisation n’aurait jamais dû avoir lieu, mais il savait tout autant qu’avec le FLN on allait quitter un impérialisme pour un autre. Il savait très bien aussi qu’il faudrait compter avec le panarabisme. D’ailleurs Simone de Beauvoir lui a donné rétrospectivement raison sur l’Algérie dans Tout compte fait (1972).


Marianne : Pendant ses trente années de vie publique, il aura été d'une rare clairvoyance... Aucun faux pas. Philosophiquement, qu'est-ce qui lui donne à vos yeux cette sûreté ?
M.O. : Sa fidélité à ce que Sartre aurait appelé un "projet originaire". Sa fidélité à ses parents, à son milieu, aux gens dont il vient. Le projet originaire de Sartre, lui, c’était d’être célèbre, il ne s’en est jamais  caché. « Spinoza ou Stendhal », écrit-il dans les Mots, où on le voit naître avec une cuillère conceptuelle dans la bouche. Camus, lui, est dans une viscéralité. Il ne supporte pas l'injustice. Il ne supporte pas la domination, l'exploitation, le pouvoir. 
Quand on est viscéral comme ça, on n’a pas le choix, donc le cap est toujours bon. Quand on est dans la construction d’une carrière, en revanche, quand on raisonne en se disant « ça, je le ferais bien, mais faut pas le faire, ça, en revanche, ça peut m’être utile », etc., eh bien on a forcément un jour ou l’autre à répondre de choses pas terribles. Sartre n’a cessé d’écrire sa biographie de son vivant. Pas Camus.


Marianne : Comme vous le montrez très bien dans le livre, pour Camus, il n'y a pas de "héros" ou de "salauds" en soi... Il ne faudrait donc pas non plus en faire une espèce de saint. Y-a-t-il des points sur lesquels vous vous distanciez de lui ?
M.O. : Je n'ai rien trouvé qui me déplaise chez lui. En revanche, j'ai pu ne pas me sentir en phase parfois. Avec sa fragilité psychique notamment. Il n'avait pas le cuir assez dur, je pense. Il a passé trop de temps à répondre aux attaques, à s'expliquer, à justifier. Chez lui, il y a réellemnt un fonds très sombre, une culpabilité, un pessimisme radical qui ne sont pas les miens. Mais son sentiment d'illégitimité constant, en revanche, je le comprends. C'est un tel cadeau, une telle grâce d'avoir des lecteurs. En ce moment, à Caen, il y a à peu près 1 000 personnes qui suivent mon cours sur Politzer. Eh bien, chaque fois que j'entre dans l'amphi, je vérifie encore qu'il y a du monde.

 

__________________________________

 

A lire également, Camus ne m'a jamais vraiment bouleversé par Alain Badiou, Le sartrien que je suis souffre d'admettre qu'en politique Camus a toujours raison par Bernard-Henri Lévy, ainsi qu'un papier de Laurent Binet intitulé Camus : le malentendu, très intéressant parallèle avec Cioran.

 

Constance - Ewa       


Vous pouvez consulter nos articles sur le même sujet :

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commentaires

monica 06/01/2012 07:32


J'entends bien, Frédéric.


Mais l'autre ? c'est qui déjà ?

Frédéric 05/01/2012 22:40


Ces émissions de divertissement sont vraiment frustrantes : la pensée ne peut se poser, il faut toujours rebondir. J'ai quand même appris un truc ! Michel aime le chocolat, comme l'autre.

jean-claude 05/01/2012 18:27


mieux vaut l'auteur que ses commentateurs surtout quand l'écriture et donc la pensée est aussi claire ...


 alors je me replongerai dans les textes de Camus


Carpe Diem

monica 04/01/2012 21:22


Vous appelez cela "critiquer" ?


Moi, j'appelle cela chercher à comprendre un philosophe qu'il aime, et qui est différent de lui psychologiquement.

Nicolas 03/01/2012 19:07


Déclaration plutôt hypocrite d'Onfray, dans cette interview. Il critique la fragilité de Camus et toutes ses justifications auprès du grand public, mais n'était-ce pas le philosophe qui ne
cessait de passer à la télé, pour la sortie de son livre sur Freud, en nous précisant à chaque fois à quel point il souffrait qu'on le traite de nazi et de pédophile ? Michel Onfray a loin
d'avoir une peau de cuir.

Marc Lefrançois 03/01/2012 11:00


Tiens, je vais peut-être aller l'acheter...


Très bonne et heureuse année!

Frédéric 01/01/2012 21:27


Camus a-t'il eu un hapax ? :))

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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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