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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 08:37

 

 

zoo barreaux oiseauDans notre dernier billet, Pascal Picq, paléoanthropologue, invité à Montréal, a narré l’histoire de l’homme qui n’était pas le seul animal à penser, mais il était le seul à penser qu’il n’était pas un animal.

Dans celui-ci, Serge Provost, professeur de philosophie, né à Montréal, partage avec nous quelques réflexions sur certains aspects du sort que l’homme a réservé à l’animal : la privation de liberté, l’enfermement dans les zoos. Comment leur restituer au moins une partie d’espace de vie dont nous les avons dépossédés, pour qu’ils puissent vivre libres, à leur façon, loin de nos regards?

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   Les zoos

montreal-jardin-botanique-etang-gim.jpgLe Biodome de Montréal est, sans conteste, une fabuleuse réussite en matière d’hébergement animalier. Outre sa beauté et sa luxuriance, c’est aussi un lieu de formation et de savoir pour les 7 à 117 ans. On peut y découvrir mille et une splendeurs fauniques et végétales, sentir s’allumer en soi, pour la première fois, l’étincelle d’un amour durable des bêtes, et, pourquoi pas, une vocation.

Quiconque ira, un jour, visiter ce haut lieu de ma chère ville natale, situé dans le quartier de mon enfance, à dix minutes à pied du merveilleux Jardin botanique de Montréal (autre petite merveille du monde où j’ai passé tous mes étés de grandes vacances scolaires dans la compagnie rieuse, complice, joyeuse et solaire de mon ami/frère de toujours, Réjean) ne pourra qu’être frappé par la somptuosité, l’originalité et le souci éthique d’exposition respectueuse de la faune.

Mais cet incontestable succès ne doit jamais nous faire oublier la condition pitoyable des animaux, qui, de par le monde, vivent dans des zoos, détenus et condamnés à perpétuité à vivre et mourir dans des cages de verre ou de fer.

 

                       

biodôme zoo -lynx-canadensis-clafond-bio-« Je me souviens affreusement d'une tigresse qui avait un tigrillon nouveau-né. Dans sa cage rectangulaire, rien ne la protégeait contre l'offense des regards. Point d'ombre, point de niche, point de paille, point de retrait pour allaiter et chérir. De droite à gauche, de gauche à droite, sans repos, elle portait entre ses mâchoires son petit, aveugle encore, qui a fini par en mourir. [...] Du moins en ce qui concerne les fauves et les autres hôtes des grands espaces, oiseaux compris, je me repose sur une certitude funèbre : nous n'avons su que les désespérer ».

Colette, En pays connu       

L’extrait emprunté à l’écrivaine Colette, grande amoureuse des animaux — au point de poser sa candidature à la direction du Jardin d’Acclimatation —, démontre que les zoos ne sont pas des paradis animaliers, ni des condos de luxe pour bêtes oisives, mais des milieux carcéraux à haute sécurité. Notre espèce, dite homo sapiens (sage) jouit d’un apanage accablant : elle est la seule à pratiquer l’enfermement de toutes les autres. 

biodôme manchotsDans tous les pays riches, mais pas seulement, pour passer une belle journée en famille, les parents y amènent leurs enfants, payent comme il se doit un ticket d’admission pour y voir des animaux incarcérés, jadis sauvages (rappel : il y a, de nos jours, deux fois plus de tigres en captivité aux États-Unis que dans la nature du monde entier.) [1] Or, si l'on en juge par la gamme des comportements pathologiques observés chez les animaux élevés dans ces zoos — des lieux anxiogènes, hors du commun pour n’importe quelle espèce — ils montrent les troubles du comportement asilaire plutôt qu'un aperçu de la vie des animaux sauvages. Ils y développent une variété de maladies mentales et autres psychopathies, de sévères à très graves, que l’on n'observe jamais lorsqu'ils vivent en liberté.

 

Petite-Buse-immature-en-vol-par-Manjith-Kainickara-wikimediE. Sanna [2] a brossé le sombre tableau de la situation des gorilles qui mangent leurs excréments, des lions qui urinent en direction des visiteurs, des lionnes qui dévorent leurs petits, des singes qui crachent sur les passants, d'ours qui quêtent comme des clochards — sans parler de l'automutilation, des tics de balancement, l'hypersexualité ou la perte totale d'appétit sexuel, l'abandon des petits, les comportements d'agressivité maniaque. Plusieurs bêtes, sous l’effet conjugué des psychotropes et de la sédentarité forcée, deviennent littéralement catatoniques. Des études ont d’ailleurs démontré que le cerveau de l'animal gardé longtemps en captivité est plus petit [3]. Ses pulsions et instincts fondamentaux sont altérés. De même, ses facultés sensorielles diminuent de façon sensible.

 

biodôme tamarinD’aucuns diront : « Mais construisons donc de nouveaux zoos mieux adaptés ! » Quels que soient la taille, le niveau de salubrité, la quantité et la qualité de la nourriture et des soins offerts aux bêtes, n’est-ce pas l’idée même d’enfermement — le « concept », diraient les philosophes — qu’il nous faut interroger ? « Le jour où les humains comprendront qu’une pensée sans langage existe chez les animaux, nous mourons de honte de les avoir enfermés dans des zoos et de les avoir humiliés par nos rires… », écrit Boris Cyrulnik.

     

[1] Vilmer, Éthique animale, op.cité, p 248. 

[2] Cet animal est fou, Fayard, Paris, 1976.    

[3] Cité dans Un vétérinaire en colère de Charles Danten, VLB éditeur, 1999.

 

Serge Provost, professeur de philosophie       

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"Le Carnaval des animaux" de Camille Saint-Saëns

I.Introduction et marche royale du lion (0:00)  - II. Poules et coqs (1:58)  - III. Hémiones (chevaux) (2:42)  - IV. Tortues (3:22)  - V. L'éléphant (5:24)  - VI. Kangourous (6:55)  - VII. Aquarium (07:51)  -  VIII. Personnages à longues oreilles (âne) (9:58)  - IX. Le Coucou (10:35)  - X. Volière (12:40)  - XI. Pianistes (13:52)  - XII. Fossiles (15:15)  - XIII. Le cygne (16:41)  - XIV. Finale (19:40)


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commentaires

Ewa 12/02/2013 11:25


Très cher Marc Cocorico, c’est le résultat du pur hasard qui s’est produit « à l’insu de mon plein gré », et qui ne va pas durer. :~) 

marc 11/02/2013 20:25


ewa t’as fait entrer de nouveaux le banquet dans les TOP des BLOGS avec une étoile rouge  , bravo !


 

Ewa 11/02/2013 14:12


D’accord avec toi, Thomas. C’est pour cela qu’il est précisé qu‘il s‘agit de « quelques réflexions sur certains aspects du sort que l’homme a réservé à l’animal ». Puisqu’il était
question de Biodôme qui semblait être un paradis pour les animaux sauvages, il convenait de rappeler que ces bonnes conditions de « détention » n’étaient absolument pas respectées partout et,
au-delà de tout cela,  il était pertinent « d’interroger l’idée même d’enfermement ».  Le sujet est trop vaste pour pouvoir aborder tous ses aspects, d’où le choix d’un
seul. 

Thomas 10/02/2013 22:18


C’est un très bel article, néanmoins la problématique de l’enfermement des animaux dans les zoos est subsidiaire pour la cause animale. Les vrais camps de concentration: des laboratoires, des
lieux d’élevage industriel et des abattoirs sont beaucoup plus préoccupants. 

Ewa 10/02/2013 00:33


Merci Dominique Giraudet. Cela me fait plaisir que vous ayez apprécié ce billet. Dans votre article « Pensées de Jean Souvenance » - à part la belle citation de celui que je ne
connaissais pas et qui « a choisi l’anarchisme » pour de bonnes raisons - vous citez la même phrase de Boris Cyrulnik que professeur Provost à la fin de son texte. Si seulement ça
pouvait être si évident pour tous…


 

DominiqueGiraudet 09/02/2013 13:00


Magnifique article merci ! Oui c'est tellement évident en fait..C'est même criant d'évidence, mais il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre et pire aveugle que celui qui ne veut pas
voir..

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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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