Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 09:14

 

Professeur de philosophie Serge Provost nous offre quelques réflexions sur la rectitude politique. Il nous les a confiées avec un goût indéniable pour le politiquement incorrect en acceptant à l’avance toutes sortes d’intrusions dans ses écrits. Mais quelle que soit la forme, c’est le contenu, donc le texte du professeur, qui prime. N’hésitez pas à faire défiler cette page un peu plus longue que d’habitude, cela vaut vraiment la peine. Si vous n’êtes pas de cet avis, vous pouvez réagir sans langue de bois, mais... je ne vous le conseille pas. ;~)

Vous trouverez l’intégralité de ce texte, ainsi que d’autres articles de Serge Provost, sur le site du

web pédagogique.

____________________________________

 

L'éthique, la politique et les médias à l’heure du « politiquement correct »

 

polit corr lave téléParmi les nouveaux phénomènes de société apparus au cours des dernières années, il en est un qu’on ne soupçonnait guère de contagion galopante: la rectitude politique. Friands de « franglais », nos cousins français le nomment «  politiquement correct ». Le P.C. (certains se contentent déjà des initiales) représente une des manifestations éthiques les plus originales de la dernière décennie du XXe siècle, mais dont les effets délétères ne se font réellement sentir qu’en ce XXIe débutant.

En quelques années seulement, ce que d'aucuns ont appelé « le nouveau courant de moralisation de la langue et des mœurs » s'est propagé en divers lieux de  la  vie  sociale, politique, culturelle et médiatique des grands pays occidentaux. 

Aux États-Unis, il sévit avec une telle rigueur et amplitude que des auteurs réputés sérieux lui ont d'ores et déjà consacré quelques ouvrages  (notamment La culture gnan gnan, de Robert Hugues, Éditions Arléa, 1993). L'évaluation de ce phénomène, nous le verrons, varie selon les approches. Certains le décrivent comme une inflation langagière passagère, d'autres comme un regain du sens des valeurs et une défense concrète des droits de la personne. 

On évalue différemment ce phénomène P.C. selon son idéologie et son système de valeurs. Certains y voient du positif puisqu'on affirme, haut et fort, la primauté et le respect du droit à la différence. Les figures dominantes de la  domination plurielle: le macho, le raciste et le sexiste y sont ouvertement critiqués. D'autres y voient le paravent des fondamentalistes et des puritains qui n'osent plus se présenter pour ce qu'ils sont: des réactionnaires purs et durs. D'autres encore flairent un mélange de terrorisme intellectuel d’extrême gauche («  la ligne juste  » de feu les gauchistes) et un come-backde la chasse aux sorcières chère à l'extrême droite.

Dans ce texte, nous tenterons de circonscrire  la  nature  et  l'argumentaire  de  ce  courant moral de notre temps à travers ses principales manifestations.  

 

Tentative de définition

 

L'expression anglaise political correctness, traduite en français par « rectitude politique » ou « le politiquement correct  », désigne ce courant de pensée, issu des États-Unis, consistant à ne rien dire et ne rien faire qui puisse donner l'impression de nuire aux droits et libertés des groupes minoritaires. André Santini, auteur d'un bref ouvrage sur la question, avance cette  définition:  « Le politiquement  correct est  la  dénonciation  de toute discrimination infligée à une minorité quelconque par une société occidentale et capitaliste perçue comme  normalisante, sexiste et raciste »  Le  véritable  dictionnaire  du politiquement correct, Michel Lafon, Paris, 1996.

De façon plus large encore, le P.C. coagule un nouvel ensemble de normes cherchant à redéfinir les relations hommes/femmes, les rapports entre les différents groupes d'âge (âgisme/jeunisme), les rapports entre la majorité  hétérosexuelle  et  homosexuelle,  ainsi que les jugements sur les minorités physiques (handicapés), raciales et culturelles. C'est aussi, et surtout, l'expression d'une nouvelle sensibilité exacerbée, axée sur l’acting out, le témoignage, la confession, le  déballage public retentissant d'évènements intimes, la narration détaillée de torts subis, une façon inédite d'exposer et de lutter contre les diverses formes d'exploitation réelle ou imaginaire. Le tout, dans une remise en question vigoureuse d’une langue  dominante,  jugée  offensante,  décrivant  l'ensemble de ces rapports d'exploitation dont on réclame la réforme immédiate. Mais comme cette longue définition reste fort théorique, illustrons-la par des exemples qui valent mille mots. 


Les cinq grandes manifestations morales du « politiquement correct »

 

1) La victimisation

 « Dans notre culture, l’enfant blessé est encouragé à faire une carrière de victime. » 

                                               Boris Cyrulnik   

Une caractéristique incontournable du politiquement correct: la victimisation. En d'autres termes:  

« J'ai mal ! C'est de ta faute ! »

On attribue plus volontiers son alcoolisme, sa névrose, son  impuissance  sexuelle,  sa violence, ses complexes, son divorce, ses compulsions en tous genres (alimentaires, sexuelles, sportives, informatiques, etc.) à son conjoint (e), à des abus physiques survenus durant la petite enfance, à la société décadente et trop permissive, à une éducation trop ou pas assez rigide, au sexisme et machisme généralisé, aux messages publicitaires subliminaux, à une famille dysfonctionnelle, à une crise d'adolescence mal résolue, à l'effet délétère de la confusion des valeurs collectives, etc. Bref, un report de responsabilité sur tout ce que l'on voudra, sauf sur soi. 

Des exemples de la sensibilité P.C. ? Les studios Disney  se sont fait critiquer par l'Association des grosses personnes d'Amérique pour avoir présenté, dans la réédition de son film Fantasia, des hippopotames en tutus sous le mode ridicule. Elles l'auraient « pris personnelles », comme dit l'expression. Au Québec, la compagnie  Master Card  a  dû retirer de l'écran sa publicité jugée offensante par les associations islamiques. On y voyait la populaire animatrice Julie Snyder dans un souk maghrébin, disant à propos de sa carte: « Allah pu, Allah perdu... ». 

Les grandes associations de défense des gays américains font dans la surveillance des médias et des ouvrages  scolaires  afin  qu'on  ne  les  caricature  pas  de manière  indue.  « Ça suffit la représentation de la tapette grande folle ou l'homo hypersexuel et « viralement  » irresponsable ! », clament-ils.  Idem  pour  les  activistes  noirs  qui  pourchassent  les stéréotypes  qui  les  stigmatisent. Idem    pour  les Amérindiens  qui  en  ont  assez  de  jouer, via Hollywood, le rôle du «  sauvage »  violent ou de l'alcoolique décervelé. Même si la justesse de ces combats saute aux yeux, comment ne pas être frappé par l'exagération de certaines levées de boucliers ? 

Aux États-Unis, l'humour ironique est de plus en plus censuré même si les  psys  tous azimuts lui accordent une fonction sociale déshinibitrice. Il ne faut se moquer que des gens qui sont l'objet d'aucune discrimination  —  l'hétéro mâle, blanc et riche de préférence (donc, pas touche aux gays, aux femmes, aux noirs, aux Amérindiens, aux Hispaniques, aux handicapés, aux obèses, aux sans-abri, etc.). Et si le langage de la victimisation faisait des gens des victimes ?

victime larmePlusieurs essais ont été écrits sur le sujet. Nous nagerions en pleine culture de la déploration. Nous vivrions le temps où « les victimes deviennent des héros  ». « Être une victime est devenue, de nos jours, une quasi-assurance d’attention et de respect automatique », avance Alain Finkielkrault à son émission Répliques. Depuis quelques années, et en quantité industrielle, les tribunaux ont vu débarquer des demandes de divorce pour « cruauté mentale », « incompréhension », « silence et mutisme congénitaux » des maris. 

Aux dires des spécialistes de la chose judiciaire, c'est du jamais vu. Les témoignages de thérapeutes sont présentés en cour comme preuves irréfutables des multiples traumatismes psychologiques et « domestiques »  —  les  deux,  dit-on, étant intimement liés. Aux États-Unis, sur les plateaux des émissions de télévision les plus populaires du pays, toutes construites sur le même moule du subjectivisme dégoulinant et l'accusationchoc (qui ont leurs imitateurs dans tous les pays occidentaux), les couples viennent laver leur linge sale en public, déballent, en direct et en jurons, leurs détritus  conjugaux en prenant l'assistance pour témoin et juge de l'immoralité de l'autre. 

Le cogito  «  Je  pense,  donc  je  suis  »,  cher  à  Descartes,  se  voit  désormais remplacé par le cogito-pathos: « Je souffre, donc je vaux ». Au lieu de rivaliser dans l'excellence et l'enthousiasme, hommes et femmes rivalisent dans l'étalage de leurs disgrâces, mettent un point d'honneur à décrire les tourments particulièrement effroyables dont ils seraient l'objet [...] La soif de persécution est une envie perverse d'être distingué, de sortir de l'anonymat et, à l'abri de cette forteresse d'affliction, d'en imposer à ses semblables », écrit Pascal Bruckner. (La tentation de l'innocence, Grasset, Paris, 1995). 

Le culte de la victime n'existe pas sans son  « victim business ». Lequel vient avant l'autre ? La faim d'exhibition publique n'a d'égale que la soif de voyeurisme  des  masses télévisuellement conditionnées à ne regarder que ce qui veut se montrer. Or, « Jouer à l'enfant quand on est adulte, au misérable et à la victime quand on est prospère, c'est dans les deux cas, chercher des avantages immérités, placer les autres en état de débiteurs à son égard ». (La tentation de l'innocence, Grasset, Paris, 1995).

 

2) La judiciarisation de la société

« Je vais te poursuivre ! »  

La victimisation a son corollaire: la judiciarisation.  Ce terme de  judiciarisation  veut décrire l'inquiétant processus d'entropie sociale consécutif aux excès de poursuites. 

Même si les mœurs, de notre côté de la planète, n'atteignent pas les sommets de décadence morale observés dans la Rome antique, le citoyen nord-américain, disent les experts en droit, a d'ores et déjà besoin de moult garanties écrites, des assurances, des lois, des règlements et des  codes tous azimuts pour le protéger de la moindre transaction commerciale et humaine. 

Les anciens fumeurs invétérés, et jadis fiers de l'être, deviennent désormais des croisés antitabac, se retournent pénalement contre leur ancienne marque de tabac chouchou. Le chirurgien plastique n'a pas produit le pif ou les seins de rêve à la star ou à la secrétaire: on le traîne en cour. 

Cette judiciarisation serait en quelque sorte l'envers de la médaille, le défaut de la qualité de notre enviable état de droit gangrené par une rectitude politique qui fait du quidam un ayant droit. Au sud du 52e parallèle, les poursuites civiles et criminelles atteignent des proportions alarmantes. « En Amérique, il y a plus d'avocats que de citoyens ! »  

Le problème ne fait que  s’aggraver  au  point  que  Barak  Obama,  après  G.W.Bush, veut tacler la « poursuivite aiguë » que les uns et les autres se font pour un oui, pour un non. Faut-il voir dans cette inflation judiciaire et réglementaire le signe avant-coureur de la dissolution de rapports sociaux, la confirmation d'une institutionnalisation du soupçon ou, au contraire, l'avancée de l'esprit démocratique, l'assomption de la conscience individuelle, la volonté politique de défendre les droits et la dignité du citoyen ? 

juridique twitter-procesMaints experts juridiques nous invitent à modérer nos transports d'optimisme. Selon eux, la moindre contrariété pousserait le citoyen moyen à entamer les plus longues et les plus triturées procédures légales. Même le fameux contrat de mariage, passé entre deux amoureux au moment optimal de la courbe de confiance entre deux humains consentants, fleure l'intrigue avant même les grands affrontements et autres petites ou grandes ignominies de la guérilla conjugale. Les cyniques y verront la preuve par l'absurde de la vénalité bien actuelle du légalisme à tout crin. Tout le système hormonal de Roméo soupire pour sa Juliette (et vice-versa) mais, comme il se doit, les lois matrimoniales jouent leurs fonctions immunologiques non pas pour le meilleur, mais contre le pire !

La multiplication maladive  des  lois  et  des  règlements  semble  donner  raison  à Max Weber. Pour lui, semblable pléthore représente une « véritable menace pour la civilisation ». Le règne du droit cède résolument du terrain aux vétilles procédurières. Désormais,  nous préférons l'efficience musclée des lois à celle de la «  bonne volonté » ou de « l'intention pure » chère à Kant. 

Incapables de gérer nos rapports professionnels, commerciaux et humains à l'amiable, nous optons pour la médiation labyrinthique des lois et des tribunaux, ces tampons entre nos intérêts individuels contradictoires et la nécessaire harmonie collective. « Depuis qu'une vaste partie du monde est devenue comme sourde à certains stimuli moraux, il est devenu illusoire de faire appel à la conscience universelle », écrivait Jean Rostand. On ne table plus sur la conscience, « le divin instinct  » qu'invoquait Jean-Jacques Rousseau, car sa distribution est fort inégale selon les individus —  ce  dernier  n’a-t-il pas plaqué femme et enfants pour philosopher sur la difficile articulation entre la volonté individuelle et la volonté générale ?...

 

 

3) L'hypermoralité des personnalités politiques

« On ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n’en fait pas davantage sans » 

André Malraux 

Pour la mouvance P.C. américaine, les personnages publics, en l'occurrence les politiciens, doivent être exemplaires, donc conservateurs. Ils se doivent de promouvoir les valeurs familiales et patriotiques. Même Barak Obama ne peut y échapper. Sa femme, pourtant diplômée de Princeton, est d’abord une mère à la maison… blanche ! Certains vont jusqu'à dire qu'ils doivent être moralement sans tache. Il faut entendre par là qu'ils se doivent d'être hétérosexuels, mariés, fidèles, sobres, cordiaux, respectueux et asexués dans leurs relations humaines et n'avoir aucun passé compromettant. 

polit corr pol dsk avale-2Inutile de revenir sur l'affaire Monica Lewinsky (qui faillit coûter la présidence au « sexolique » Bill Clinton) et autres excès du P.C. La liste est pléthorique et toujours actualisée. Mais ces histoires rappellent à nos mémoires que l'Amérique fut fondée par de pieux puritains qui avaient volontairement quitté la « décadente Europe » afin de construire la Nouvelle Israël et bâtir un Nouveau Monde sur une ancienne et inviolable morale. Suprême oxymoron: notre futur est dans le passé ! 

Un écart de conduite, une erreur de jeunesse vouent aux gémonies le meilleur des serviteurs de l'État. Ne sont-ce pas là des exigences qui hypothèquent un pays ? Pas étonnant, remarquent certains journalistes, que les hommes publics américains soient presque tous devenus inodores, incolores (sic !) et sans saveur, car dès lors que l’un d’eux transgresse moindrement la  bien-pensance et les mœurs dominantes, il se fait trucider par les médias, les preachers et les nouveaux moralistes de trash TV . Qui veut devenir le prochain bouc émissaire d'une morale publique aussi assurée de son bon droit ? L’affaire Tiger Woods, rappelons-le, se déroule en 2010 !  Pourquoi donc ? Pourquoi ces séances d’automutilation en boucle dans les médias, sur Internet ? Because  la  rectitude  politique is alive and well. Car cela se déroule  aux États-Unis, pays des extrêmes, où l'on tolère l'invasion médiatique de la vie privée des personnes publiques et encourage tous les excès dans l'industrie de l'infotainment, (du trash T.V. aux talk-shows ). 

La France n’est pas épargnée par cette pandémie dont elle se dit si étrangère. La liste des scandales à caractère moral est  trop  longue pour  qu’on l’aborde ici.  Pour preuve,  dans les  fumerolles soulevées par l’affaire Polanski, Dany Cohn-Bendit ne s’est-il pas fait reprocher, par François Bayrou, trois décennies plus tard, ses concupiscences «  pédophiles  » ? Il l’a dit, cet  homme  politique  national,  ce  catholique  ni de  droite,  ni  de gauche, bien au contraire ! Il le lui a dit à ce libertaire et symbole soixante-huitard ! Il l’a fait sa sortie P.C., en pleine télévision, à une heure de grande écoute ! Ce soir-là, on aurait pu  dire  de Bayrou: «  C’est  un homme  de bien dans le pire sens  du terme », selon  le mot de Mark Twain, grand pourfendeur du puritanisme, le P.C. de son temps. Et les rumeurs d’infidélité du couple Sarkosy/Bruni, après la période bling-bling et d’autres rumeurs —celles-là fondées (Cécilia remplacée par Carla) –  ne minent-t-elles la crédibilité morale et politique du candidat à un deuxième mandat présidentiel et celle de son parti ? Si la France transcendait vraiment le P.C., l’Élysée n’en ferait pas une si grosse affaire. 

Pourtant, algarades, rumeurs, polémiques et chocs partisans mis à part, de grands noms de l'histoire, d’hier et d’aujourd’hui, n'étaient pas et ne sont pas des saints. Ces acteurs du progrès moral, aux « vices  » connus ou cachés, à défaut d’être l’incarnation des plus hautes vertus, ont tout de même réalisé de grandes choses pour le bien commun.

 

 

4) Le P.C.: une nouvelle façon de parler ?

« La parole a été donnée à l'homme pour cacher sa pensée. »

Stendhal.

Bien avant son avènement dans la sphère politique et médiatique, le P.C. s'est notamment illustré sur le front linguistique. Pour penser et agir autrement, il faut, au préalable, une nouvelle façon de parler. Car, beau sujet de dissertation philosophique, la langue ne précède-t-elle pas la pensée ? 

Point n’est besoin d'être un linguiste professionnel pour savoir que la langue française comporte de nombreuses expressions offensantes pour le « deuxième sexe ». Tout locuteur de notre idiome connaît les nuances suivantes:  un homme fort  est un homme puissant tandis qu'une femme forte    est  une  grosse. Un  homme  a  une maîtresse  tandis qu'une femme qui a  un maître  écoute  son  enseignement.  Un expert  est  un  scientifique tandis qu'une experte  s'y  connaît…  au  lit.  Un professionnel   est un homme compétent tandis qu'une professionnelle  est une prostituée. Tous les sondeurs savent qu'il ne faut pas confondre l'homme de la rue  avec une femme de rue. Un homme public est un homme connu tandis qu'une femme publique  est  une  p.... un homme de mauvaise vie, cela ne se dit pas, mais une femme de mauvaise vie est une p.... » — en ponctuation, l’usage de points de suspension ne dissimule-t-il pas une précaution langagière bien antérieure au mouvement politiquement correct ?... 

Blague à part, les observateurs  attentifs  du  P.C.  parlent  d'une  révision  spectaculaire, voire d'une « opération-asceptie » de nos façons courantes de parler. Les pro-P.C. s'en défendent avec énergie et invoquent plutôt le nécessaire respect de la personne qui doit se traduire dans et par la langue. Chose certaine, nombre de mots de la langue passent désormais aux rayons X, question de savoir s'ils ne recèleraient pas des maux ou quelque antique et inconsciente discrimination. Prenons par exemple le mot  handicapé qui faisait partie de notre palette stylistique depuis des lunes. En quelques années seulement, ce terme est littéralement devenu tabou. La raison d'un tel ostracisme ? Il ne soulignerait pas « de façon assez positive » toutes les nuances de différences existant entre humains subissant les diverses avaries du destin. 

politiquement-correct 2Mais la réforme de la langue ne s'arrête pas là. Allons vite sur les substitutions les plus connues. Désormais, il ne faut plus dire un sourd, mais un mal-entendant ou un déficient auditif  ; un aveugle est non-voyant ; un fou se dénomme désormais du nom scientifique précis établi par les mille et un diagnostics psychiatriques. 

Par exemple, il faut désormais dire maladie bipolaire au lieu de maniacodépression trop stigmatisante; un gros devient un outre-mangeur compulsif, ; un nain se dit personne de petite taille ;  les monstres et les laids à faire peur aux enfants sont désormais des esthétiquement différents ; les idiots  des êtres culturellement démunis et les jadis appelés cons connaissent des troubles cognitifs ;  les vieux sont remplacés par les personnes du troisième âge ; les pauvres se mutent en démunis et gens en difficultés financières importantes et durables, les clochards en sans-abri ;  les ivrognes ne se pètent plus la gueule parce qu'ils éprouvent des désordres éthyliques et les alcooliques sont plutôt dépourvus de sobriété ;  les  junkies  sont  appelés  utilisateurs de substances toxiques ; les chômeurs des sans-emploi ; un blanc est un type caucasien ; après avoir été vilement appelé nègre ou personne de couleur, on parlera d’une personne de descendance africaine. Les sauvages, Indiens  et Esquimaux sont élevés au rang d'Amérindiens, d'autochtones et d'Inuits, bref, de premières nations  ou de peuples premiers .

On tend à remplacer l'épithète homosexuel, jugé trop médical, par gay. Un chauve n'est qu'une personne en déficit capillaire. Il vaudrait mieux dire: éthiquement suspect au lieu de corrompu ou maudit cochon.  

Arrêtons ici cette liste déjà trop longue. Plusieurs de ces nouvelles formulations, il faut s'en réjouir, corrigent « linguistiquement » des préjugés corrosifs et offensants pour les personnes qui doivent quotidiennement les subir.

Contre la langue de bois PC

langue de bois cliquez iciL'asepsie de la langue participe d'une culture et d'une volonté en apparence consensuelle et égalitaire. Enjoliver la réalité par l'artifice du langage, c'est la trahir. Une certaine langue de bois PC bâillonne le sens critique, accable le ton mordant, ostracise le devoir d’irrespect qui s'avère parfois justifié. Un écart de langage n'est pas toujours un écart de conduite. Il est des inégalités qui doivent être vertement dénoncées. Il est des réalités qui doivent être décrites telles quelles sont, crûment, même si plusieurs ne veulent pas les voir et les entendre au motif qu’elles ne sont pas  « correctement » traduites. Ce n'est pas en épurant ou en filtrant la langue qu’on fera disparaître les causes à l'origine des légitimes montées de lait langagières. À la limite, on pourrait y voir une subtile hypocrisie sociale: compassion dans les mots et indifférence dans l'action. 

Comment ne pas voir, sous les formules creuses de cette nouvelle  novlangue, souvent loufoques, l'avènement d'un camouflage consistant à rétablir dans les mots une illusion d'équité et de respect qui n'existe pas de fait. Si le parler P.C. s’interdit de dénoncer les coupables et les causes d’un problème, rien ne va plus. Par exemple, est-ce en féminisant la langue qu'on réduira la discrimination envers les femmes ? Il est permis à la fois de le souhaiter et d'en douter.

Les antijargons PC considèrent qu'il faut parfois appeler un chat un chat. Ce nouveau baragouin voudrait nous faire avaler des couleuvres  en métaphorisant des pratiques spécieuses. Pour mémoire, ils rappellent que la propagande nazie, au service d'un dessein immonde, utilisait euphémismes, litotes, métaphores et périphrases qui seraient aujourd'hui considérées très P.C. La terrible fleur de rhétorique « La solution finale », chère à Goebbels, signifiait concrètement: extermination massive des Juifs via les chambres à gaz sises dans des camps construits à cette fin. Et la plus récente « purification ethnique », dont se gaussaient les dirigeants serbes en Bosnie, n’avait de pure que l’intention génocidaire.  

En France, Jean-Marie Le Pen, le leader du Front National, invite ses militants à utiliser l'expression « droite nationale » pour décrire sa formation politique, car « extrême droite » ne passe plus. Dans ses discours, aussi enflammés que xénophobes, Le Pen ne dit plus « Bougnoules à la mer ! » mais «  retour nécessaire des immigrants dans leurs pays d'origine » ou « La France, on l’aime ou on la quitte ! ». La « préférence nationale » sonne mieux « discrimination ».  

À force, on ne sait plus si une expression P.C. tient du concept opératoire tiré d'une théorie, d’un extrait de manifeste ou d’un article programmatique. À moins qu’il ne s’agisse d’une simple figure de style utilisée pour justifier l’injustifiable ? 


 

4) La moralisation des arts

 « Il faut de la religion pour la religion, de la morale pour la morale, de l’art pour l’art. »   

Victor Cousin   

Le P.C. aspire également à un contrôle moral de l'art et de la pensée. On a vu des hommes politiques américains et canadiens demander la cessation immédiate des subventions aux artistes « pervers ». Les photos homoérotiques du photographe Robert Mapplethorpe, mort du sida, et le groupe de rapt 2 Live Crew furent condamnés pour obscénité. 

Plusieurs demandes de « déplacements géographiques » d'œuvres d'art ont été faites aux autorités publiques de plusieurs grandes villes nord-américaines parce que des citoyens les jugeaient offensantes pour les femmes et susceptibles d’inciter les hommes à les traiter comme du bétail sexuel. On invoquait «  le harcèlement sexuel par œuvre d'art  ».  

Dormez en paix, bonnes gens, car il y existerait des films P.C. à matrice renversée comme Danse avec les loups   (bons Indiens versus  blancs  alcooliques  et  violents) —  le  cocktail P.C + mauvaise conscience + repentance n’est-il pas moralement explosif ! Et que dire du film Avatar, vecteur d’un nouveau P.C. à l’évangile écologique dans lequel les bons et beaux Navi pointent du doigt les mauvais et moches adeptes de la croissance toute ! 

Or, les artistes off, à contre-courant de l’institué, déplorent que cette mentalité P.C. loge et décide dans les plus hautes officines décisionnelles des grands ministères ou tout autre lieu de pouvoir. Pour décrocher la moindre subvention étatique, voire la moindre attention médiatique, il faut montrer  patte blanche –  entendre:  pratiquer  un  art  «  moral », des idées et des mœurs bien droites, même si elles se disent et se veulent de gauche; bref, être moralement majoritaire, donc politiquement correct. Ceci explique cela. Voilà pourquoi, entre autres choses, certains humoristes et polémistes sont, dans le collimateur de la nébuleuse P.C., version française.

 

censure rougeSomme toute

Alors, ce P.C. version 2011, nord-américain ou français, qu’est-il au juste ? Un nouveau maccarthysme ? Une nouvelle  police  orweillienne  de  la  pensée ? Un moralisme ou une moraline  new look ? Sans doute un peu des trois. Qui, aujourd’hui, n’en voit aucun signe, demain, en verra beaucoup… 


Serge Provost 

_______________

 

Et maintenant, la lecture terminée, vous pouvez cliquer sur une image au choix, juste pour sourire.

 


En supplément, je vous propose la chronique de Raphaël Enthoven du 10 juillet 2012 : « Politiquement incorrect « (6 minutes)

Ewa     

Partager cet article

commentaires

Ewa 22/07/2012 12:30


Je viens d’ajouter l’excellente chronique, avant-dernière de la saison, de Raphaël Enthoven : Politiquement incorrect à l’excellent article de professeur Serge Provost :
Politiquement correct. Les réflexions de l’un et de l’autre ont l’art de retourner mon pauvre cerveau à l’envers et à l’endroit. Au secours! :~)

Ewa 10/01/2012 16:00


Oh la, la! Quelle redoutable et « cacophonique » dialectique du Sophiste!


Jouer la victime ça paye toujours, je vois. Et se moquer des hédonistes pas tristes qui prennent les « compliments » pour l’argent comptant, c’est jouissif? Il y a de quoi devenir triste. :~)


Lire à l’envers (et à l’endroit) les propos de Serge Provost sur la victimisation, je peux comprendre. Mais comment Hiatus ose-t-il se moquer de moi??? Moi, qui avais essayé de « passer outre »
et d’éviter le hiatus « à (l‘) outrance ». 


Quant aux élus, heureusement pour Hiatus et grâce à Marc, je n’en fais pas partie. Quoique, « câliner » un hérisson peut procurer une certaine jouissance, comme disait Hugo de l‘Estagnas …

Thomas 20/12/2011 23:34


"Le politiquement correct est l'art de manier l'euphémisme à son extrême " 


Jean-Claude je ne sais pas si vous aviez eu des difficultés à lire le texte de S.Provost ou vous ne l’avez pas lu (c’est plus probable), mais ce que vous définissez comme le PC n’est qu’un de ses
aspects, un aspect langagier, la langue de bois. Il y a encore les quatre autres "manifestations morales du politiquement correct" très bien décrites dans l’article. Si jusqu’à maintenant vous
aviez eu la vision du politiquement correct restreint au langage, c’est peut-être l’occasion de l’élargir grâce à cette publication. 


C’est drôle, comme vous pérorez avec emphase qu’il faut "dénoncer tout ce qui dans le comportement
individuel et collectif porte atteinte à la raison , dignité de l'homme." , cela rappelle justement la définition du politiquement correct faites par Santini.   


« Le politiquement  correct est  la  dénonciation
 de toute discrimination infligée à une minorité quelconque par une société occidentale et capitaliste perçue comme  normalisante, sexiste et raciste »

marc 20/12/2011 22:38


vous avez vu juste un épicurien  comme d’hab  , faites gaffe !


sinon voici ce qui vous attend de la part des sadiens 



monica 20/12/2011 18:47


Il n'y a pas de misère, il n'y a pas d'effusion de quoi que ce soit.


Il n'y a que le souhait d'avoir le plaisir de discuter entre gens de bonne compagnie sur ce blog grâce à la richesse des articles que nous offre le quatuor.

un épicurien 20/12/2011 16:48


Hé bien hé bien ! Que d'éffusuions de passions tristes pour un banquet d'hédonistes ! Me serais-je égaré chez des sadiens ?

un épicurien 20/12/2011 16:48


Hé bien hé bien ! Que d'éffusuions de passions tristes pour un banquet d'hédonistes ! Me serais-je égaré chez des sadiens ?

marc 20/12/2011 12:12


misère misère .... je pense que je vais faire un tour .....

monica 20/12/2011 07:27


Clôturons, Marc, clôturons ; mais permets moi de rajouter que j'avais bien compris le sens de ton petit commentaire. J'ai osé essayer de te faire prendre conscience que les invités, eux, ne
savent pas tout sur les gens qui interviennent ici, et qu'ils ont le droit de se faire leur propre opinion à leur sujet, voilà tout.


Je te présente toutes mes excuses si mon intervention t'a attristé. Cela ne me coûte pas car je pense que tu es quelqu'un digne de mon estime.


Jean-Claude, je vous adore.

Jean-Claude 20/12/2011 03:05


Le politiquement correct est l'art de manier l'euphémisme à son extrême : il n'est plus signifiant et en devient même  incohérent


exemple ; un mal-voyant est un être qui voit mal mais IL VOIT ; ce n'est pas un aveugle qui , lui , ne voit pas


Le PC c'est enseigner l'art de ne rien dire pour "in fine" ne plus penser


alors gardons la richesse de notre notre langue pour pouvoir par réflexion sur elle et par elle continuer de penser donc de philosopher et dénoncer tout ce qui dans le comportement individuel et
collectif porte atteinte à la raison , dignité de l'homme.


etre bien n'est-ce pas le but de la pensée , être en joie n'est-ce pas le but suprême de toute quête?


Alors jouissons de tout ce que nous pouvons sans ternir notre joie par une souffrance portée à autrui ; l'hédonisme une réalisation pratique de la pensée de Spinoza  et d'Epicure


carpe diem

marc 20/12/2011 00:43


chère monica , pour clore la discussion sur ce sujet faisons comme ça


la prochaine fois dis-toi que si je réagis d’une certaine façon c’est que j’ai mes raisons que tu ne comprends pas mais la personne concernée et 1-2 autres si  , ok ?


 


hiatus amusez- vous bien la voix est libre je m’en fous 

Jean-Claude 19/12/2011 23:49


Banqueter c'est hédoniste : jouir et faire jouir sans humilier ni faire souffrir !!


Alors pourquoi ces échanges chargés de bile misanthrope qui m'attriste moi tout heureux de voir un nouvel arrivant original calinant ...


allez hiatus revenez avec vos propos plaisant au moins à Monica , que j'estime pour sa sagesse entre autres , et au petit penseur hédoniste que je suis car pet dit hem ( bis repetita)


 


;-)

Thomas 19/12/2011 23:27


Il faut dire aussi que la mise en page est très jolie comme disait Hiatus  et met le texte vraiment en valeur 

Thomas 19/12/2011 23:19


L’article est vivant, clair, résume bien tous les aspects de la rectitude politique ( je ne connaissais pas cette expression ). Perso je me suis trouvé politiquement correct dans le domaine
politique. L’exigence d’une haute morale d’un homme politique me semble importante. Hétéro ou homo, marié, famille, enfants ou pas, fidèle, cordial …  je n’ai strictement rien à faire. Il
faudrait quand même qu’il soit honnête, respecte les « promesses » et la parole donnée, se maîtrise, et que son ambition personnelle ne soit pas la seule qui l’anime. On peut toujours
rêver. 


J’ai cliqué sur « censored » et franchement, ça ne m’a pas donné envie de sourire, mes les autres clics sont très drôles  

monica 19/12/2011 23:02


Constance, un article sur un petit quelque chose ne peut être que sans Onfray...

monica 19/12/2011 22:59


Marc, mon cher Marc, j'ai bien compris que tu ne t'adressais pas à moi, c'est tout le problème, tu t'adressais à Hiatus.


Si tu m'avais dit que tu ne voulais pas me faire de câlins, moi, je n'en aurais pas fait un fromage.


Mais si je n'avais pas plaisanté avec Hiatus, toi, ne n'aurais pas fait un fromage des câlins de Hiatus.


C'est bon ? maintenant ? Tu comprends le problème ? Ce n'est quand même pas si compliqué à comprendre, voyons !

constance 19/12/2011 19:42


Et voilà, Hiatus ne partez pas, je m'apprête à publier encore un petit quelque chose (un très grand p-ê :)) sans Onfray... 

marc 19/12/2011 18:22


chère monica  , mon premier com était adressé à hiatus pas à toi


tu peux " plaisanter" avec lui autant que tu veux si ça te plait


mais moi j’ai quand même le droit de pas vouloir me faire "câliner" par lui , non ?


 


la tristitude c’est ça ce qu’il nous faut frédéric ;) 

monica 19/12/2011 18:07


Quant à vous, Hiatus, il n'y avait vraiment pas de quoi vous mettre en colère de la sorte !

monica 19/12/2011 17:56


Il y a des caractères sur ce blog !


Mais, c'est un peu déroutant.


Je m'applique à essayer de comprendre les articles et les commentaires pour lequels je dois faire preuve de concentration ; et je dois dire malheureusement que je suis un peu déçue de la
tournure que prennent les évènements.


Je plaisante un peu avec Hiatus que je trouve au demeurant sympathique et patatra, il y a de la mauvaise humeur dans l'air.


Cher quatuor, mettez-vous un peu à la place de vos invités. Il aurait suffi que je ne pose pas mon commentaire pour que Marc ne prenne pas la mouche ! C'est compliqué, vraiment compliqué parfois.


 


 


 

Frédéric 19/12/2011 17:55


Merci à tous, vous m'avez bien fait marrer ! :))))))


 


Evitons donc de tomber dans la tristitude : http://www.youtube.com/watch?v=UQObMEXyhrU Les papiers peints sont très très bien
choisis. Quel talent !

marc 19/12/2011 17:50


monica , t’attends des signes maintenant ?


c’est trop compliqué pour hiatus aussi , vous êtes en phase 


je vois une seule solution  , réfléchir à deux avec tendresse 


mais il en a déjà marre  , je n’étais pas assez câlin avec lui dans mon message précèdent


hiatus , ça ne vous a pas plu que deux personnes ne voulaient pas être vos élus ?


je comprends pas , y a bien d’autres qui disent rien alors ils le veulent  bien 


vous faites une fixette ou quoi ? faites des câlins aux autres !

Hiatus-en-a-marre 19/12/2011 15:36


Il n'y a aucun problème monsieur marc, vous avez bien évidemment le droit de vous y exclure, mais réciproquement ce serait sympa que vous m'épargnez directement votre volonté de m'inclure dans
votre tristesse la prochaine fois.
Je disais ça avant tout pour faire sourire, avec respect, sans aucun mauvais sentiment. Et je m'adressais avant tout à ceux qui y étaient réceptifs, pas aux autres... Je pense que c'était clair
que je ne m'adressais pas à ceux qui tirent la gueule pendant le repas ; pour ceux-là j'essaie de "passer outre".


Apparemment le banquet avec Onfray est parti en sucette. Je venais juste de prendre les couverts et voilà que maintenant des invités deviennent méprisant quand je veux les servir par politesse,
et veulent même me pousser à manger tout seul! Je viens juste de me rendre compte de quel genre sont beaucoup des convives invités ici – à croire qu'Onfray n'y est pas, lui qui fuit les
délinquants relationnels. Il faudrait d'ailleurs peut-être envisager de renommer le blog "Banquet sans Onfray" plutôt qu'avec, ne pensez-vous pas? Peut-être serions-nous d'accord sur ce point?
J'en doute bien encore.


Oh oui, oh oui, c'est si "compliqué"... Mais c'est vrai! c'est bientôt pour certains le "réveillon libertin de noël", qui n'a d'ailleurs de libertin que le nom : il faut qu'ils se laissent aller
et fassent reigner une frivolité bien bourgeoise en évitant, surtout surtout, toute réflexion – ou en la singeant.
Pas étonné, ça me fait rire démocritement, les enfants!


Heureusement que mon voisin de droite, l'épicurien, est présent, et qu'un petit moment de discussion sympa ait eu lieu. Sinon je me sentirais bien seul...
Mais ça reste insupportable, et j'aimerais quand même finir par vous donner du plaisir ; je la quitte donc de suite.

Il est vrai qu'un de moins ça vous laisse plus de plats à partager entre Vous... bouffez donc bien!

monica 19/12/2011 13:22


Marc, c'est un signe ?


J'ai du mal à suivre depuis le début de cet article.


C'est d'un compliqué !


Si ça continue, je vais demander des cours privés de philo à Michel, par correspondance ; ah mais !

marc 19/12/2011 12:33


hiatus , ce serait sympa si votre esprit câlin pouvait m’exclure de vos élus


je suis sûr qu’ewa n’aurait pas aimé en faire partie non plus


deux de moins ça vous laisse plus de tendresse à donner aux autres


elle n'est pas belle la vie ?

Hiatus 19/12/2011 09:08


Oh non, monica! Je ne vous ai pas oublié, vous faites aussi partie des élus.
Et je vois que vous écoutez du Jazz dès l'aube la plus fraîche – en réalité vous me plaisez même!

monica 19/12/2011 08:01


"Killing in the name"


J'écoute la version jazz, mais rien à voir avec la version rock ou je me trompe ?

monica 19/12/2011 07:46


Ah ! Frédéric, je suis en phase avec toi !


Quant à la musique, ce n'est pas du tango argentin, mais, je regrette de ne pas avoir vingt ans ; j'aurais aaaaadoré.


Vous m'oubliez Hiatus, vous m'oubliez. Je ne suis pas devenue philosophe, mais ce n'est pas une raison. A moins que les câlins me soient aussi destinés. Dans ce cas, je vous
pardonne. 

Hiatus 19/12/2011 00:57


Au fait, un bonjour aux épicuriens, spinozistes, onfrayistes et autres jouisseurs avec esprit par ici... Si rares, trop rares... ;-) Blog très intéressant et jolie! Toute ma tendresse! – là je me
rattrape de n'avoir pas été, à mon goût, assez calin dans mes messages précédents... :P

Hiatus 19/12/2011 00:55


Le probleme dans cette partie de l'article est que justement il y a condradiction entre différents propos.

J'avais aussi remarqué cette phrase :

"« Même si la justesse de ces combats saute aux yeux, comment ne pas être frappé par l’exagération de certains levées de boucliers? » Serge Provost

mais elle semble se contredire avec, par exemple, la critique du "report de responsabilité sur tout ce que l'on voudra, sauf sur soi."

Il déclare que l'homme doit s'en prendre à lui plutôt qu'à tout ce qu'on voudra ; puis, dans cette autre phrase, dit que ces combats sont justes, qu'ils sautent même aux yeux : si ces combats
sont si justes, pourquoi déclarer dans une autre phrase qu'il faut qu'il s'en prenne qu'à lui même?

Ce passage suggère qu'il considère l'homme comme une partie totalement coupée de son environnement et qu'il ne trouve pas normal que l'homme puisse se révolter contre les conditions qui lui ont
permis d'être ce qu'il est – bien que deux ou trois phrases semblent aussi annuler son propos...

Pour ce qui est de la civilisation judéo-chrétienne, en effet on a voulu nous faire sangloter sur ce martyr, cette victime... Mais bien qu'on est victime des impies, on est totalement libre de
choisir ou pas la Vérité, le Bien. Il y a certes ce double aspect dans cette religion, mais je pense que le libre-arbitre est le socle sur lequel est batie cette religion ; et que si
victimisation "à outrance" il y a, c'est justement sur cette pensée du libre-arbitre qu'elle se constitue.

En vérité maintenant que j'y pense, tout cette victimisation "à outrance", qui efface la responsabilité des individus, elle doit venir non pas d'une opposition face à la civilisation qu'on a
connu, mais bien une réactivation du libre-arbitre sous de nouvelles formes : "la société, les hommes, l'environnement, etc, ont choisi de leur plein gré de me rendre comme cela ; mais moi je n'y
suis pour rien, je choisie le Bien." N'est-ce pas finalement un nouveau relent du christianisme qu'on voit émerger depuis quelques-années avec cette victimisation?

On peut certes être victime, mais l'exageration consiste justement selon moi à ne pas considérer que l'on puisse agir contre les conditions nous rendant victime. Ou aussi à agir en se trompant de
cible... Si Serge Provost a écrit cette partie de l'article en voulant dire cela, alors on est d'accord.

Mais le fait est qu'il y a aujourd'hui aussi un discours consistant à s'indigner contre ceux qui combattent leurs conditions, en leur disant d'un air méprisant : "Ha ha ha, vous voulez changer le
monde! Vous vivez dans le monde des bisounours! Vous portez sur la société la responsabilité de vos actes, c'est si facile!" D'ailleurs ceux-là même ne devraient-ils pas aller jusqu'au bout de
leurs idées et s'en prendre qu'à eux-même plutôt que de combattre les pauvres gens?... Suivant leurs propos, ne devraient-ils pas plutôt se réplier sur eux-mêmes, plein de méditations et de
révolutions intérieures, cherchant leur petite vérité et ne rien dire?...

Frédéric 18/12/2011 22:06


Nous sommes en train d'inventer le post-Onfrayisme : la philo qui sort des corps de non-philosophes. La philo qui ne tend pas à faire de nous des philosophes, puisque nous le savons : nous ne
sommes pas des philosophes. Ainsi, nous ne pouvons le devenir. "Deviens qui tu es" : je ne suis pas philosophe, je n'ai pas à le devenir. Hourra ! Me voilà libre de cette lourde tâche ! Merci
Michel et les autres de l'assumer !


 


Aujourd'hui, on préfère SDF à clochard. Demain, on trouvera que SDF, c'est pas beau. Le politiquement correct inventera un nouveau terme, issu de notre critique du précédent. Un peu comme dans la
matrice : il n'y a pas un élu, mais une multitude d'élus, qui prennent conscience un peu tard qu'ils ont eu des prédécesseurs qui pensaient tous comme lui : je suis l'unique. (cf Matrix 2, à moins que ce ne soit le 3 ?)


 


Les mots pointent vers la réalité. Certaines réalités ne peuvent se voit tant que d'autres ne les ont pas désignées pour nous. Après, à chaque époque sa sensibilité. 


 


Waaaaaaaaaake up !

monica 18/12/2011 21:47


ho ! ho ! ho ! (sourire jaune, euh ! non, pardon, sourire couleur citron)

marc 18/12/2011 21:03


mince alors , onfray se casse la tête pour rien en critiquant à tout va le politiquement correct de l’histoire de la philo officielle


faut qu’il arrête ses cours de la contre histoire , il ne fait que renforcer l’histoire officielle


faut que quelqu’un lui apprend la nouvelle , frédéric et monica peut-être  

monica 18/12/2011 20:28


hé ! hé ! hé ! (sourire complice)

Frédéric 18/12/2011 19:04


Le politiquement correct contient en son sein sa propre critique, tout comme la matrice contient la nécessité de l'élu. Ainsi, toute critique le renforce.


 


Ah ! Ah ! Ah ! (rire diabolique)

marc 18/12/2011 15:55


dans le dessin de bill clinton y a drôle de vidéo


qu’est-ce qu’elle fait là ? c’est hors sujet ! ;)

Ewa 18/12/2011 14:04


« Globalement d’accord » avec la conclusion de Hiatus, sauf que ce petit chapitre sur la victimisation semble trouver un bon équilibre entre le déterminisme absolu (le conditionnement de nos
actes, pensées, comportements et l’impossibilité d’influencer le cours des événements en aucune manière quelle qu’elle soit - à la Nietzsche et Zola) et le libre arbitre total chrétien (nous
sommes libres de choisir, responsables de tout, donc coupables). 


« Même si la justesse de ces combats saute aux yeux, comment ne pas être frappé par l’exagération de certaines levées de boucliers? » Serge Provost n’affirme pas que le déterminisme
n’existe pas, il « dénonce » juste la victimisation et l'irresponsabilisation à l’outrance. 


 


D’ailleurs, la victimisation (coupable, larmoyante et responsable, celle-là), ce n’est pas ce politiquement correct installé depuis deux millénaires? Un héros suprême de notre
civilisation judéo-chrétienne n’est-il pas une victime, un cadavre, un corps martyrisé cloué sur la croix, qui a souffert pour nous (sic!)?

constance 18/12/2011 13:53


Qui vous dit que nous ne le sommes pas, cher Epicurien ?  :)


http://friedrichnietzsche.free.fr/20.php

un épicurien 18/12/2011 13:38


Mince alors, j'arrive trop tard... Hiatus a déjà très bien exposé ce que j'aurais pu répondre.


Soyons un peu plus spinoziste amis du banquet, cessons de souscrire au doux mythe de la volonté souveraine, et plutôt que de tourner la nature (humaine) en dérision, ou de nous lamenter à son
sujet, attisons en nous le désir de philosopher et de mieux observer la nature humaine.

Hiatus 17/12/2011 23:53


Globalement d'accord avec l'article, sauf sur la partie "victimisation" où l'on retrouve ce discours qu'on entend très souvent, et qui le dispute bien davantage au politiquement correct de la
victimisation, consistant à considérer l'individu comme libre et unique responsable de ce qu'il est. Or on sait très bien aujourd'hui que nous de sommes pas libre et qu'un individu est
conditionné, de sa naissance à sa mort, par une myriade de choses.

Dans cette configuration, que veut dire le "soi" dont parle l'article si ce n'est justement le "tout ce que l'on voudra" qui a traversé sa vie et qui nous a constitué? Encore cette idée
religieuse selon laquelle nous sommes tous doués du libre arbitre et que rien nous influence dans notre capacité à juger? C'est toujours ce politiquement correct datant de deux millénaires...

En revanche, il est claire qu'opposé à ce discours dominant et religieux, un autre discours tout aussi à côté de la plaque voit le jour, notamment avec l'émergence de la societé marchande,
consistant à considérer tout individu comme une larve entrainée par le monde qui l'entoure et qui ne posséde que la parole pour dire combien elle voudrait que celui-ci change – entrer dans une
église le dimanche matine et vous verrez... Discours qui ne prend pas en compte que l'individu fait aussi partie du monde et possède donc un vouloir propre capable d'agir sur celui-ci.

Selon moi, cette partie de l'article, outre de dénoncer la "victimisation" de la société, continue en vérité à défendre ce qui a duré des siècles jusqu'à aujourd'hui, c'est à dire la croyance au
libre-arbitre. Ce dont, Alain Finkielkrault, en voyant sa disparation, affolé, défend toujours tacitement en critiquant la modernité. C'est sûr que s'il s'agissait de parler d'Israel,
Finkielkrault n'oserait pas porter le même jugement sur la victimisation perpétuelle dont fait preuve le gouvernement de ce pays, celle-ci même qui justifierait l'oppression et les atrocités que
subissent les Palestiniens. Ici se trouve bien un exemple flagrant de ce à quoi peut conduire la victimisation...

La vérité est que l'on est conditionné mais en même temps responsable. On est absolument conditionné et le "soi" n'est rien s'il n'est pas l'addition de tous ses conditionnements. Par ailleurs,
le "soi" n'est rien qu'une larve s'il ne consent pas à sa volonté propre d'inventer de nouvelles possibilités en prenant pour matériau brut tous ses conditionnements.

constance 17/12/2011 18:23


merci Serge, merci Ewa


ne pas hésiter à cliquer dans les images, j'aime bq le sketch de Franck Lepage.

Profil

  • quatuor
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc

La publicité, peut-on y échapper ?

 

Je lave mon cerveau avec la pub  

 pub-2

La pub nous a été imposée par OverBlog. Pour désactiver les messages publicitaires ici et partout sur le Net, installez gratuitement en un seul clic Adblock Plus.


Recherche

Archives

Nos vidéos