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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 07:25

 

 

Après l’obéissance, la patience et le politiquement correct - une saveur au parfum du bonheur, stoïcien ! s’il vous plaît, nous arrive directement du Québec. Le goût très ancien, bien connu, classique, c’est vrai. Mais dans les écrits de Serge Provost, tout est toujours relié par de nombreux fils d’exemples clairs, simples, d’histoires bien vivantes, de références récentes - avec la vie ici et maintenant. Il nous fait voyager dans un passé lointain pour que nous puissions mieux nous retrouver dans le présent. bonheur vagues 

Le bonheur, si je veux? Je ne suis pas sûre qu’il dépende vraiment de ma volonté, ni qu’il soit atteignable. Je suis un peu fâchée depuis toujours avec le stoïcisme, avec cet ordre du monde statique, défini une fois pour toutes, qu’il faudrait accepter sous peine d‘être malheureux, tourmenté. Quand je pense que si tous les esclaves avaient ressemblé à Épictète, l’abolition d’esclavage n’aurait finalement jamais eu lieu. Mais il y a certainement des éléments à sauver dans ce courant philosophique, j’en suis de plus en plus convaincue.  

D’ailleurs, je soupçonne professeur Provost d’en être un adepte caché. Certains événements de la première moitié de cette année semblent m’avoir donné raison, et je dois avouer que cette attitude stoïque est impressionnante, intimidante, apaisante et un peu … contagieuse. Donc, en route vers « l’autonomie » grâce à la morale stoïcienne! L’Admiration, annoncée et promise, attendra.                


 

 

Le stoïcisme : le bonheur si je veux

 

« Quel genre d’homme veux-tu être ? » 

« L’homme invincible est celui que rien de ce qui ne dépend pas de sa volonté ne met hors de lui ». 

« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu'ils portent sur ces choses ». 

« Ne te demande pas que les choses arrivent comme tu les désires, mais qu'elles arrivent comme elles   arrivent, et tu couleras des jours heureux ». 

Épictète       

« Le destin guide ceux qui l’acceptent, il traîne ceux qui lui résistent ». 

Sénèque       

« Si tu embrasses ton petit enfant ou ta femme, dis-toi que tu embrasses un être humain : ainsi, s'il meurt, tu ne seras pas troublé ». 

Marc Aurèle    

      

stoicisme rafael 2

 

Le stoïcisme (mot qui vient du mot grec stoa voulant dire portique) est une des grandes morales classiques d'Occident.

Il s'agit d'une philosophie qui a pour but le bonheur humain, lequel ne s'obtiendrait que par une acceptation inconditionnelle de la réalité, c'est-à-dire l'acceptation de la réalité telle qu'elle est et non telle qu'on voudrait qu'elle soit. À ceux qui parviendront à établir une parfaite adéquation entre la réalité extérieure et leurs désirs, l'ataraxie, sera l'ultime récompense. 

Dans le langage courant, on appelle stoïque la personne qui parvient à conserver son calme et sa sérénité dans les moments difficiles de la vie. L'impassibilité et la maîtrise de soi caractérisent, il est vrai, la personnalité des adeptes du stoïcisme.

Dans ce texte, nous verrons comment et pourquoi les stoïciens d'hier et d'aujourd'hui parviennent à adopter un tel détachement salutaire.

 

 

Le stoïcisme, une histoire en trois temps

 

Contrairement à l'épicurisme, le stoïcisme n'est pas l'œuvre d'un seul individu. L'élaboration des fondements de cette doctrine s'étend sur plus de six siècles (du IIIe siècle av. J.C. jusqu'au IIIe apr. J.-C.). Différents auteurs, d'inégale importance, contribuèrent à en façonner les contours. C'est pourquoi les historiens divisent ce courant de pensée en trois étapes:

- le stoïcisme ancien, représenté par Zénon, Cléanthe et Chrysippe (IIe et IIIe siècle av. J.-C.),

- le stoïcisme moyen, véhiculé par Cicéron (I er siècle apr. J.-C.)

- et celui que nous étudierons particulièrement, le stoïcisme nouveau, défendu par Épictète, Sénèque et MarcAurèle (Ier et IIe siècle après J.C), qui fut une contribution philosophique majeure. 

 Avant d'aborder les grands principes de l'éthique stoïcienne, faisons connaissance avec ses figures de proue.

 

stoicisme-Zenon-2.jpgZénon : le fondateur

Le stoïcisme fut fondé par Zénon de Citium (322-264) qui avoua avoir été impressionné par la sérénité avec laquelle Socrate affronta la mort au terme d'un procès rocambolesque et inique (1). Le commun des mortels aurait été révolté. Pas Socrate. Juste avant de trépasser, après qu'il eut ingurgité le poison létal, il devisait calmement avec ses disciples. Zénon fut également interpellé par le mode de vie frugal du père de la philosophie occidentale. Toute sa vie durant, Socrate témoigna d'une indifférence altière envers les biens matériels censés être la condition sine qua non du bonheur. La fréquentation des philosophes cyniques, notamment le célèbre Diogène de Sinope (412-323) qui vivait nu dans un tonneau et se nourrissait de viande crue, acheva de convaincre Zénon : l'atteinte du bonheur et de la sagesse passe par le détachement des biens matériels et des honneurs.

Soyons clairs : Zénon ne valorise pas la pauvreté pour la pauvreté. Comme la plupart des gens, il lui préfère l'aisance si la vie la lui apporte. De même, la santé lui apparaît préférable à la maladie et le respect des autres vaut toujours mieux que leur haine. Or, rappelle-t-il, les conditions de vie idéales (jeunesse, santé, richesse) s'exposent toujours à l'aléatoire. Puisque nous sommes menacés à tout moment de les perdre, nous devons d'ores et déjà agir comme si nous les avions perdues. Non pour gâcher le plaisir qu'elles nous procurent, mais pour prendre conscience de la permanence de l'éphémère inhérente à toute vie humaine.

Il ne faut donc jamais organiser sa vie et sa pensée comme si on allait toujours en disposer. Il vaut mieux s'armer de vertus solides qui nous permettront de naviguer dans les jours de tempête. Les orgueilleux, les téméraires, les insensés, tous ceux qui nient la nécessité des vertus parce qu'ils s'estiment à l'abri des mauvais coups du sort forment toujours, rappellent les stoïciens, le premier contingent des naufragés existentiels. La contribution de Zénon demeure certes importante, mais le véritable rayonnement du stoïcisme revient à un triumvirat qui vécut quelques siècles plus tard sous l'Empire romain : Épictète, Sénèque, Marc-Aurèle.

 

Les trois grands stoïciens de l'Antiquité : Épictète, Sénèque, Marc-Aurèle

 

stoicisme-epictete-monnaie.gifÉpictète (50-130)

Le plus connu des stoïciens était l'esclave d'un maître particulièrement brutal et odieux, Épaphrodite - ne surtout pas confondre avec Aphrodite, la déesse de l'amour. Son nom rappelle, hélas, sa misérable condition d'opprimé. En grec, épictétos signifie « acquis récemment ». De ses années de captivité, retenons un événement tragique qui fit date et révèle aussi bien l'homme que sa pensée. Le propriétaire de la personne physique d'Épictète, un maître vil et sadique, décida un jour d'appliquer un appareil de torture à la jambe du philosophe. Ce dernier lui fit remarquer que l'attirail mutilant allait à coup sûr fracturer l'os. Le maîtrebourreau n'entendit rien et augmenta la pression sur le membre arc-bouté. Comme il fallait s'y attendre, le craquement fatal se fit entendre. Avec un sang-froid renversant, Épictète se contenta de répliquer laconiquement à son tortionnaire : « Ne te l’avais-je pas dit que tu allais la casser ? » Comment expliquer un tel contrôle de soi ? « L’homme invincible est celui que rien de ce qui ne dépend pas de sa volonté ne met hors de lui », écrit Épictète.

Après bien des misères, Épictète fut un jour affranchi. Exilé par Domitien, il se rendit à Nicopolis où il acquit une célébrité si grande que deux empereurs, Hadrien et Marc-Aurèle, vinrent lui demander conseil. N'ayant rien écrit, comme Socrate, son disciple et historien, Flavius Arrien, regroupa ses enseignements tachygraphiés qu'il regroupa dans deux ouvrages : Entretiens et Le Manuel d'Épictète. C'est à Épictète que nous devons la confusion populaire de la philosophie avec un certain art de vivre - devenir meilleur et plus sage. Confusion, soit dit en passant, à laquelle succombent tous les étudiants à leur arrivée au collégial. Qui le lui, qui le leur reprocherait ?

 

stoicisme seneque noir lilaSénèque (4-65)

Le deuxième grand stoïcien de l'histoire, Sénèque, fut sénateur et précepteur du jeune Néron. Devenu Empereur, Néron lui ordonna de se tuer en s'ouvrant les veines, car il devenait, à ses yeux, le critique gênant de ses nombreux crimes. Sénèque, en toute sérénité, consentit à cette folle demande. « Le destin guide ceux qui l’acceptent, il traîne ceux qui lui résistent » (2)., avait-il déjà écrit. Il mettait en pratique ce qu'il avait enseigné toute sa vie. Aux portes de la mort, il n'autorisait pas que des affections extérieures l'abattent. Même dans l'humiliation, la forteresse intérieure patiemment construite restait imprenable. Loin d'être inhumaine, son impassibilité est la marque d'une liberté intérieure qui ne se réduit pas à refléter les vicissitudes de l'existence. Sénèque est l'auteur de troi ouvrages : La vie heureuseDe la brièveté de la vie, Lettres à Lucilius.

 

stoicisme marc aurèle lumièreMarc Aurèle (121-180)

Le troisième grand stoïcien ne vient pas de la plèbe. Empereur romain, son règne se déroula au milieu des menaces des Barbares. Il écrivit un journal intime : Pensées pour moi-même. Dans cet ouvrage posthume, il témoigne d'un sentiment de solidarité universelle envers toutes choses, une soumission confiante à la Providence (le destin).

L'origine sociale des trois maîtres incontestés du stoïcisme démontre que cette philosophie transcende les cloisonnements socio-économiques traditionnels.

Quittons maintenant les biographies sommaires pour aborder l'éthique stoïcienne proprement dite.

 

 

Panorama de la morale stoïcienne

 

« Les hommes sont malheureux »

Le constat premier de la morale stoïcienne est le suivant : malgré une quête incessante de bonheur, les êtres humains sont fondamentalement malheureux. Ils sont sans cesse frustrés, angoissés, tiraillés, révoltés, inquiets, nostalgiques, déçus, rouspéteurs, revanchards. Ils vivent dans le malheur parce qu'ils cherchent aveuglément à acquérir des biens, des situations, des états qu'ils ne peuvent obtenir. Ils marinent dans la poisse, car ils essayent de fuir des souffrances qui restent, malgré leurs dénégations, incontournables. Incapables de vivre dans un état de paix durable, ils oscillent, tels des pantins manipulés, entre la joie et la tristesse. Sans gouverne personnelle, leur équilibre fragile flotte au gré des aléas du sort. Heureux lorsque le destin les favorise, démolis quand il les éprouve. Cet état de mal-être multiforme indique, de toute évidence, qu'ils ne disposent pas des moyens pour obtenir le bonheur et le conserver. Leur vulnérabilité chronique est la preuve d'une double absurdité : celle de leurs pensées et celle de leur mode de vie bancal. Les grands débarras philosophiques s'imposent.

 

La philosophie peut les aider à sortir du malheur

Comme l'épicurisme, le stoïcisme assigne à la philosophie une tâche thérapeutique. Il ne suffit pas de vivre, mais de bien vivre. Et la philosophie doit servir cette noble fin. Écoutons Marc-Aurèle : « La durée de la vie humaine ? Un point. Sa substance ? Fuyante. La sensation ? Obscure. Le composé corporel dans son ensemble ? Prompt à pourrir. L'âme ? Un tourbillon. Le sort ? Difficile à deviner. La réputation ? Incertaine. Pour résumer, au total les choses du corps s'écoulent comme un fleuve; les choses de l'âme ne sont que songe et fumée, la vie est une guerre et un séjour étranger; la renommée qu'on laisse, un oubli. Qu'est-ce qui peut la faire supporter ? Une seule chose, la philosophie ». (3)

En cela, le stoïcisme est un eudémonisme. Il doit guérir les nombreuses maladies de l'âme et permettre l'atteinte de la sagesse qui seule calmera les maux dont l'être humain s'afflige. La tâche thérapeutique que le stoïcisme attribue à la philosophie, précisons-le, diffère de celle de l'épicurisme. Dans La vie heureuse, Sénèque explique son opposition à l'idéal ataraxique d'Épicure. Pour ce dernier, la vertu consiste à s'affranchir des passions et des désirs personnels illusoires (les désirs naturels et non nécessaires tout comme les désirs non naturels et non nécessaires). C'est une vision plutôt pessimiste et déprimante. Pour Sénèque, la vertu est certes la condition du bonheur, mais elle ne réside pas dans l'extinction des désirs. Elle réside plutôt dans l'acceptation de la nécessité (synonyme de destin). C'est un point de vue optimiste et tonique.

 

 

Les quatre idées fondamentales de la morale stoïcienne

 

1) Soumets-toi à la nature et à la raison

La nature a ses lois. Rationnelles, elles sont. Pensons aux mouvements ordonnés des planètes et des marées. Les stoïciens nous invitent à connaître ces lois rationnelles, à les respecter et à nous en inspirer au plan éthique. Nous devrions, disent-ils, fonder notre agir moral sur ses lois. Ce que ne font pas les animaux et le troupeau des « insensés » qui ne s'en distinguent guère, précise Épictète. (4) L'être humain n'est pas en face, ni au-dessus de la nature. Il lui appartient. Si nous commettons des excès de nourriture et de boissons, notre corps, en tombant malade, nous signale nos dérogations inacceptables à l'ordre naturel. Ce qui s'applique à l'individu vaut aussi pour l'espèce et l'environnement. En ne respectant pas la nature en l'homme et la nature où vit l'homme, en créant des mégalopolis, on le détourne de sa voie au point de créer des situations propices à la violence.

 

 
La raison, et non l'obéissance aveugle aux instincts et aux passions, permet à l'être humain de choisir ce qui est bon pour lui. La raison humanise. La passion déshumanise. Les êtres en proie aux passions (du latin passio qui veut dire subir) sont les victimes de leurs instincts aveugles. C'est ce qui explique leurs nombreuses et dangereuses erreurs de jugement. Dangereuses pour eux d'abord, car ils les vulnérabilisent, dangereuses également pour tous ceux qu'ils côtoient parce qu'ils les victimisent tôt ou tard. Les passionnés ont perdu le contrôle sur leur existence. Tels des délirants, ils sont complètement menés par leur idée fixe. Leur sort est loin d'être enviable. (5) Comme en réponse à ce chaos indescriptible, ils placent leur idéal moral dans l'apatheia (traduit en français par le mot apathie [généralement péjoratif], alors que le sens véritable de ce terme serait - sens plutôt positif : impassibilité ).

 

2) Supporte et abstiens-toi 

« Supporte et abstiens-toi » est la devise de tous les stoïciens d'hier et d'aujourd'hui. Dans cette formule d'Épictète se trouve résumée l'attitude d'acceptation qui devrait être celle de l'être humain devant ce qui ne dépend pas de sa volonté. Épictète écrit : « Ne te demande pas que les choses arrivent comme tu les désires, mais qu'elles arrivent comme elles arrivent, et tu couleras des jours heureux ». « Supporte et abstiens-toi de changer ce qui ne peut l'être ». En plusieurs domaines, il nous faut, humblement, reconnaître notre impuissance. Des données comme la vie, la mort, la santé, la maladie, le plaisir, la souffrance, la beauté, la laideur, la taille, l'origine sociale (riche ou pauvre) ne dépendent pas de nous. C’est plutôt nous qui dépendons d’elles. Il ne sert strictement à rien de récriminer contre elles. Nous devons plutôt les accepter puisqu’elles sont voulues par le destin.

 

stoicisme portique

 

La morale stoïcienne se fonde sur l'acceptation du fatum (la fatalité du destin), lequel est voulu par les Dieux - dieux plus philosophiques que religieux, précisons-le. Celle-ci (la fatalité) découle en grande partie de sa cosmologie. Elle postule l'existence d'une force dominant l'univers à laquelle il vaut mieux obéir. « Ce qui doit arriver, quoi qu’on fasse, arrivera ». Personne n'y échappe. Les gagne-petit ainsi que les puissants infatués de leurs pouvoirs subissent son déterminisme absolu. L'un et l'autre microcosme, ils reflètent le macrocosme fini, ordonné et parfait obéissant à des lois inflexibles. Les principaux événements de nos vies figurent dans le grand livre de la destinée inéluctable. Les Dieux qui le tracèrent avec intelligence et parcimonie sont bons et rationnels. Il faut faire confiance à la Providence. « Souviens-toi que tu es acteur d'une pièce, longue ou courte, où l'auteur (Dieu) a voulu te faire entrer. S'il veut que tu joues le rôle d'un mendiant, il faut que tu le joues le mieux qu'il te sera possible. De même, s'il veut que tu joues celui d'un boiteux, celui d'un pauvre, celui d'un plébéien », affirme Épicète. (6)

Ceux qui acceptent le destin connaissent une vie plus agréable. Ils n'essaient même pas de s'y dérober. Ils s'y conforment au lieu de s'en plaindre et tentent d'en tirer le meilleur parti possible. Par contre, ceux qui lui résistent vivent angoisses et tourments de toutes sortes. Pourtant, leur refus ne change rien à l'ordre des choses. Pis : il les aggrave. Quand un drame survient, ils le transforment en tragédie par une attitude de refus irrationnel. Il faut au contraire rester impassible afin de conserver son humanité. N'est-ce pas dans la perte de contrôle de soi que la déshumanisation survient ? La colère, la passion et le ressentiment prennent alors possession de nous. De plus, chacun devient pour lui-même son pire ennemi lorsqu'il nourrit des désirs irréalistes ou poursuit des objectifs irréalisables. Prenons deux exemples pour illustrer cette affirmation.

On ne réinvente pas la roue ni le bouton à quatre trous lorsqu'on affirme que l'hiver québécois s'étire durant plusieurs mois. Pur délice pour les uns, affreux supplice pour les autres. J'aurais beau me plaindre de l'inhumanité de ce froid de canard, faire l'éloge dithyrambique des avantages climatiques des pays tropicaux, cela ne changera pas d'un iota la réalité hivernale de ce coin de pays nordique. La personne qui n'accepte pas l'hiver, dira le stoïcien, souffre deux fois. Elle souffre d'abord de la température froide qui l'horripile; elle souffre ensuite des idées négatives qu'elle a créées et qui l'assaillent durant toute la durée de cette saison. Pour le stoïcisme, il ne sert strictement à rien de dépenser de vaines énergies quand l'ordre des choses est immuable. Nous devons rester indifférents face à tout ce dont nous ne sommes pas les auteurs.

C'est une erreur de s'en prendre à ce que nous ne pouvons changer et c'est folie de s'acharner à transformer ce qui ne peut l'être. Pensons aux drames quotidiens vécus par les femmes fortes ou rondes qui s'adonnent à des régimes alimentaires draconiens et dangereux afin de s'approcher de l'idéal-minceur-top-model en vogue. Non seulement mettent-elles à mal leur estime de soi, elles hypothèquent de surcroît leur santé puisque la loterie génétique ne les prédisposait pas à ce gabarit. Le stoïcisme leur rappellerait que le bonheur humain réside dans l'ataraxie. Il faut réussir à être heureux indépendamment des conditions incontrôlables. « Ne te demande pas que les choses arrivent comme tu les désires, mais qu'elles arrivent comme elles arrivent, et tu couleras des jours heureux », écrit Épictète. (7) Il ne faut désirer que si l'on est certain que le désir se réalisera.

 

L'acceptation n'est pas la résignation

Lorsque l'être humain reconnaît l'extériorité objective des problèmes sur lesquels il n'a aucun pouvoir, il se place dans un état d'acceptation du destin. Acceptation sans résignation. Ne confondons pas l'acceptation avec la résignation. La première est positive, l'autre : négative. Les définitions de ces deux termes l'illustrent. Le mot acceptation signifie « consentir », « ne pas refuser ». Le mot résignation, par contre, renvoie à « une forme de soumission dépitée sans protestation ni réaction ». Pour le stoïcisme, il faut choisir l'attitude qui nous réconcilie avec le monde et non celle qui nous oppose à lui. Dans l'exercice quotidien de leurs métiers, les médecins et les infirmières sont à même d'observer ces deux manières radicalement différentes de négocier avec l'adversité. Il y aurait, selon eux, deux grandes catégories de patients. Ceux qui acceptent un diagnostic sévère avec tout ce qui s'ensuit (traitement, médication lourde, etc.) et les autres, effondrés, qui se résignent, faute de mieux, après être passés par une période d'apitoiement et de révolte. Ils ne condamnent pas moralement ce deuxième groupe de patients. Ils essaient plutôt de nous faire comprendre que cette dramatisation compréhensible nuit à la personne concernée, afflige les familles et, dans certains cas, compromet le succès des soins.

 

3) Change ce qui dépend de toi

S'il est, comme nous venons de le voir, des événements, des situations et des états physiques qui ne dépendent pas de nous (un accident, le décès d'un proche, une grave maladie), en revanche, il en est d'autres où notre liberté d'action reste pleine et entière. Nous disposons vis-à-vis d'eux d'un réel pouvoir. Nos idées, nos valeurs, nos préjugés, nos interprétations, nos émotions, nos désirs, nos attitudes, nos opinions, nos habitudes, nos réactions dépendent entièrement de nous. « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu'ils portent sur ces choses », dit Épictète.

 

stoicisme tailleurs de pierres-copie-1

 

La fable des casseurs de pierre, attribuée au philosophe Charles Péguy, d’inspiration stoïcienne, l’illustre à merveille. La voici. [...] « En se rendant à Chartres, Charles Péguy aperçoit sur le bord de la route un homme qui casse des cailloux à grands coups de maillet. Les gestes de l’homme sont empreints de rage, sa mine est sombre. Intrigué, Péguy s’arrête et demande : 

 - « Que faites-vous, Monsieur ? »

- « Vous voyez bien », lui répond l’homme, « je casse des pierres ». Malheureux, le pauvre homme ajoute d’un ton amer : « J’ai mal au dos, j’ai soif, j’ai faim. Mais je n’ai trouvé que ce travail pénible et stupide ».

Un peu plus loin sur le chemin, notre voyageur aperçoit un autre homme qui casse lui aussi des cailloux. Mais son attitude semble un peu différente. Son visage est plus serein, et ses gestes plus harmonieux.

- « Que faites-vous, Monsieur ? », questionne une nouvelle fois Péguy.

- « Je suis casseur de pierre. C’est un travail dur, vous savez, mais il me permet de nourrir ma femme et mes enfants. »

Reprenant son souffle, il esquisse un léger sourire et ajoute : « Et puis allons bon, je suis au grand air, il y a sans doute des situations pires que la mienne ».

Plus loin, notre homme rencontre un troisième casseur de pierre. Son attitude est totalement différente. Il affiche un franc sourire et il abat sa masse, avec

enthousiasme, sur le tas de pierres. Pareille ardeur est belle à voir !

- « Que faites-vous ? » demande Péguy

- « Moi, répond l’homme, je bâtis une cathédrale ! » [...] (8)

Les jugements, qui incluent tout ce que nous énumérions à l'instant, peuvent être modifiés à volonté. Il nous appartient de les orienter vers ce qui fera notre bonheur. Il suffit parfois de changer sa façon de voir les choses pour être libéré de ce qui nous hantait la veille. À l’expérience, on s’aperçoit a posteriori que la réalité de la douleur est généralement moins douloureuse que la peur de la douleur elle-même. Les peurs diverses et variées que nous nourrissons envers la nouveauté, l’inconnu, les situations inédites, de nouvelles tâches à accomplir sont généralement des angoisses de notre fait. « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles », écrivait Sénèque.

Arrivé au terme de son règne, en l'an 180 de notre ère, l'empereur Marc Aurèle, épuisé, découragé, assailli de soucis familiaux, voyant l'empire menacé de tous côtés par les ennemis, et pressentant l'évidente incapacité de son fils à lui succéder dignement, rédige ces quelques mots dans son livret de pensées : «Aujourd’hui je me suis libéré de mes dernières chaînes, qui n’étaient pas extérieures, mais intérieures : c’étaient mes opinions. » C'est en marquant la distance par rapport à ses propres croyances qu'il parvient à la sérénité. Pour atteindre cette paix intérieure, qui dit qu'il faille nécessairement changer de pays, d'amis, d'occupations ? Il suffit de changer d'état d'esprit, lequel, presque miraculeusement, nous fait changer d'état existentiel, nous fait voir le monde avec un regard neuf et réconcilié. Mais la liberté intérieure n'est jamais donnée. Elle ne s'obtient pas comme un diplôme, un salaire à la fin de la semaine. Elle est l'œuvre personnelle du travail de soi sur soi, pour soi.

 

4) Carpe diem, quam minimum credula postero (Profite de ce jour et compte le moins possible sur demain)

Le film Le cercle des poètes disparus  (Peter Weir, 1989) raconte l'histoire d'un professeur de poésie excentrique venu bouleverser pour toujours la vie peinarde d'un groupe d'étudiants d'un collège huppé et très conservateur. Dans ce film, une scène célèbre nous montre l'acteur Robin Williams syllabant de façon martelée la formule stoïcienne célèbre : Carpe diem, quam minimum credula postero. (Profite de ce jour et compte le moins possible sur demain).

Le poète Horace (65-8 ) exprima cette idée dans une de ses célèbres Odes : « Pendant que nous parlons, voilà que le temps jaloux a fui : cueille le jour, sans te fier le moins du monde du lendemain ». Cette formule fut par la suite fréquemment reprise par les stoïciens. Elle illustre un principe moral qui leur est cher : la souveraineté de l'instant. Cette expression signifie que le bonheur se passe toujours hic et nunc, c'est-à-dire « ici et maintenant ». Jouir de l’instant présent, à l’instar des enfants qui jouent, entièrement absorbés dans le moment qui passe.

Le stoïcisme rappelle que le passé n'existe plus et le futur n'existe pas encore. Le verbe être, dans l'expression « être heureux », devrait toujours se conjuguer à l'indicatif présent. Pourquoi ? Parce que les gens nostalgiques souffrent du « bon vieux temps » ou passent leur temps à se dire qu'ils auraient dû agir autrement. Or, pour vivre pleinement le présent, il importe de « lâcher prise », comme le dit une formule contemporaine. Cette expression signifie qu'on cesse de s’accrocher à ces moments de bonheur uniques et précieux, mais qui comportent un désagrément aussi objectif qu’évident : ils ne sont plus. Pourquoi « lâcher prise » ? Pour devenir soi en s’autorisant d’être autre pour vivre à nouveau. De même, les « êtres à projet » entièrement tournés vers l'avenir, avec des « si » et des « peut-être » constamment à la bouche, ne profitent jamais de l'instant présent. Certains chrétiens poussent à l'extrême cette logique des lendemains qui chanteront. Pour eux, le bonheur est sans cesse différé, toujours ailleurs, car le paradis terrestre ne se situe pas dans ce bas monde, mais bien dans un lieu extraterrestre et par définition post-mortem. Pour un stoïcien, le report de ses espoirs dans une autre vie dévalorise immanquablement celle-ci. « Le monde où je suis est le meilleur possible. Dès lors, il s’agit d’y vivre, sans illusion, dans la beauté des choses. Tout est fruit pour moi de ce que produisent tes saisons, ô ! nature », écrit MarcAurèle. (9) De même sont malheureuses les personnes qui ruminent les malheurs qui leur sont arrivés et angoissent sur les drames qui pourraient survenir. Elles sont malheureuses d'avoir été malheureuses et malheureuses à l'idée qu'un hypothétique malheur pourrait survenir. Or, pleurer un être cher ne le ressuscitera pas; gémir d'avoir été floué en amour ne rend personne particulièrement aimable; regretter des biens qui nous furent volés ne nous les rendra pas. S'en faire avec demain n'influence en rien le cours des choses.

Dans une perspective inspirée du stoïcisme, André Comte-Sponville affirme que ce n'est pas l'espoir, mais bien le désespoir qui est la condition d'un bonheur authentique. Par définition, espérer c'est ne pas être heureux, c'est vivre dans l'attente, le manque, la frustration et l'impuissance. Il écrit : « Espérer, c’est désirer sans jouir, sans savoir et sans pouvoir. » (10) Expliquons cette idée. « Sans jouir » puisque l'on espère une chose, une personne ou une situation qui nous manque. « Sans savoir » puisque l'espérance implique toujours une part d'ignorance quant à la réalisation de ce que l'on voudrait voir se réaliser. « Sans pouvoir » puisque l'espérance ne me donne pas la capacité de vivre ou de réaliser plus vite ce que j'attends avec empressement, ne me donne aucune emprise sur ce qui peut hypothétiquement arriver. Raison de plus de s’en méfier, l'espoir engendre sa propre crainte et vice-versa. « Comment ne pas voir qu'à force d'espérer quelque chose qui va venir, on finit par craindre que cela n'arrive pas, et qu'à force de craindre que cela n'arrive pas, on finit par espérer que cela arrive ». (11) Espérer n’induit pas l’action. Le terme lui-même tient de l’attente et de la passivité. C’est plutôt la volonté qui provoque le changement.

On retrouve, une fois de plus, le leitmotiv stoïcien : ce sur quoi nous n'avons pas de pouvoir ne devrait pas en avoir sur nous. L'espoir nous place en porte-à-faux; il nous empêche de profiter de l'instant, car il nous projette dans un futur hypothétique. Puisque que l'espoir est une douleur et le désespoir une béatitude, l'idéal stoïcien pourrait s'exprimer dans la formule suivante : « Je suis complètement désespéré, donc parfaitement heureux ». Aussi paradoxal que cela puisse sembler, la véritable sagesse consiste à ne pas espérer. La personne vivant dans l'espoir a des attentes, manifeste une tendance à embellir ce qui pourrait éventuellement se produire même si elle n'a aucune garantie quant à sa réalisation. Ce faisant, elle s'expose aux déceptions si les choses ne se déroulent pas selon le scénario anticipé. La personne désespérée, elle, n'attend rien et profite de l'instant présent. Le terme désespoir, précise André-Comte-Sponville, devrait d'ailleurs s'écrire en deux mots dés-espoir pour mieux faire ressortir l'absence salutaire d'espoir. Somme toute, vivre désespéré n'exclut pas la joie de vivre. Au contraire, ce mode de vie augmente la faculté de jouir de ce qui se passe parce que nous cessons d'être tiraillés entre nos attentes et ce qu'on nous offre pour les combler. Donc, un désespoir gai et volontaire.

 

 

Critique du stoïcisme

La morale stoïcienne, nous venons de le voir, est éminemment pratique. Cet aspect contribua de toute évidence à pérenniser sa doctrine, mais lui attira également de nombreuses critiques. Résumons celles qui lui sont le plus souvent adressées. 

Plusieurs lui reprochent de n'être qu'un art de vivre, une collection de conseils-clichés sur « comment trouver le bonheur » lancée par un directeur de conscience. Or, l'expérience ne démontre-t-elle pas que « les conseilleurs ne sont pas les payeurs » ?

philosopheAutre motif d'insatisfaction : son invitation à « lâcher prise » et à accepter ce qui ne dépend pas de nous. Ce conseil, pertinent à certains égards, risque d'être interprété par certains esprits fragiles ou confus comme une invitation au « décrochage ». D'autres déplorent sa position de spectateur volontairement indifférent face au monde, et Dieu sait combien il souffre de l'absence d'acteurs engagés. L'insensibilité le guette.

Autre défaut : le stoïcisme n'aurait pas fourni de vision d'ensemble de la société. Son approche reste indéfectiblement marquée par un individualisme foncier. Le sage, version stoïcienne, met à distance les responsabilités familiales ainsi que celles de la Cité. L'autonomie, dit-on, serait à ce prix. L'éthique stoïcienne reprend à son compte le « Je suis citoyen du monde » de Diogène, dont Zénon était le disciple, mais on dirait qu'elle se sert de cette maxime pour exprimer une certaine distance envers les devoirs inhérents à la vie de tout citoyen. Le stoïcien parle en termes fort abstraits de la nécessaire solidarité humaine, il nous rappelle que nous devons accomplir vertueusement nos devoirs sociaux, mais sans plus de développements.

D'aucuns trouvent plutôt sommaire et un tantinet conservatrice l'invitation à respecter l'ordre cosmique et social voulu par le destin. « Le tout est supérieur à la partie et la cité au citoyen », (12) écrivait Épictète.

L'écrivaine canadienne Nancy Huston se plaint aussi de l'approche stoïcienne : « Chacun sait qu'il est stupide de prendre ses désirs pour des réalités et tragique de renoncer à ses désirs au nom de la réalité, et vain d'espérer transformer tous ses désirs en réalités... mais alors quels sont les ponts qu'on peut chercher à jeter entre ces deux mondes ? » (13)

 

 

Actualité du stoïcisme

En dépit de ses failles et de ses insuffisances (quelle morale n'en comporte pas ?), de grands esprits de l'époque moderne comme Montaigne, Pascal, Descartes et Voltaire reconnaissent tous une dette intellectuelle envers le stoïcisme. Ils citent avec profusion et respect les maîtres de l'école dite du Portique. Le « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes » de Candide porte le sceau philosophique du stoïcisme. Quand Voltaire disait : « J’ai choisi d’être heureux, car c’est bon pour la santé », il parle encore en stoïcien.

Qu'on soit d'accord ou pas avec ses analyses, une des grandes contributions du stoïcisme réside dans la formation du jugement moral des individus à partir de situations concrètes de la vie quotidienne. On ne les a pas baptisés « moralistes pratiques » pour rien. En leur temps, les stoïciens invitaient leurs disciples à anticiper leurs réactions à des maux dont ils auraient un jour à subir les rigueurs (Marc-Aurèle appelle ces exercices praemeditatio). Ils leur soumettaient quelques questions du genre : «Comment réagiriez-vous si advenait un revers de fortune, la perte de la santé, la mort d’un être cher». Ils posaient ces questions non pas uniquement dans le but d'amortir le choc, de toute façon inévitable, mais de les entraîner à l'adversité, de les pénétrer des grands principes fondamentaux dont nous avons trop brièvement traités dans ce texte.

stoicisme AA mainAujourd'hui, l'aspect thérapeutique de la démarche stoïcienne déborde le champ étroit de la philosophie académique. Le mouvement des Alcooliques Anonymes a repris à son compte l'esprit de l'éthique stoïcienne. Leur prière est : « Mon Dieu,  donnez-moi la sérénité d’accepter ce que je ne puis changer, le courage de changer ce que je peux et la sagesse d’en connaître la différence ». Cela vous dit quelque chose ? Nous avons ici résumé la quintessence du message stoïcien : la distinction des choses qui dépendent de nous et celles qui ne dépendent pas de nous, doublée d'une volonté ferme de réalisation de soi. Pour être sage, il faut à la fois vouloir savoir et savoir vouloir. « Quel genre d’homme veux-tu être ? », répétait Épictète à chacun de ses disciples. (14)

Dans son livre S'aider soi-même, (15) vendu à plus de 200 000 exemplaires au Québec, le psychologue québécois Lucien Auger, adepte de l'approche émotivorationnelle, écrit : « Il s’agit de reconnaître que la plupart des troubles émotifs ont pour cause les idées irréalistes que presque chaque personne nourrit dans son esprit, de les confronter ensuite rigoureusement avec la réalité afin de les expulser ». Cela vous dit quelque chose ? On enseigne aux chercheurs et aux scientifiques que les idées préconçues modifient la perception de ce qui est observé. Cela ne vous rappelle pas quelque chose ? Nombre d'études en  psychosomatique démontrent que, chez certains sujets, les idées négatives peuvent avoir plus de dommage sur le corps que la consommation de tabac et d'alcool. N'avez-vous pas déjà entendu cela quelque part ? Notre début de XXIe siècle n'en finit plus de redécouvrir les enseignements du stoïcisme.

 

 

Conclusion : sur la voie de l'autonomie

Ici se terminera notre panorama des grandes idées de l'éthique du stoa. Certains trouveront sans doute insupportable l'idée stoïcienne selon laquelle « il vaut mieux changer ses idées que le monde lui-même » quand celui-ci nous offre le spectacle désolant d'Auschwitz, du Rwanda et autres drames inimaginables qui les remplaceront. Dans certaines circonstances particulièrement humiliantes pour la condition humaine, n'est-il pas « plus moral » d'œuvrer, par la réforme ou la révolution, à la transformation du monde plutôt que de s'adapter unilatéralement à lui ? La question se pose. Cela dit, qui contestera la valeur humaine de ce projet éthique : abandonner les idées et les pratiques qui nous font souffrir pour retrouver enfin la voie de l'autonomie.

Serge Provost     

 Professeur de philosophie    

___________________________________

 

(1) Voir L'apologie  de Socrate  de Platon 

(2) Sénèque, Lettres à Lucilius, 107,11. 

(3) Marc-Aurèle, Pensées, Les Stoïciens, Bibliothèque de la Pléiade, nrf Gallimard 1962, <II (17),  p.1150 >.  

(4) Entretiens  (II, XIV,21-24).

(5) Pour une analyse plus développée de la passion amoureuse, voir mon livre De l'amour-passion au  plein 

amour, Stanké et les Éditions de L'homme, 1988, 234 pages (écrit en collaboration avec Jacques 

Cuerrier).

(6) Manuel d'Épictète, (XVIII).

(7) Extrait du Manuel d'Épictète, Garnier Flammarion, Paris, 1964

(8) cité  par  Boris  Cyrulnik, "Parler d’amour au bord du gouffre", Odile Jacob, 2004, p.35

(9) Pensées, IV, 23.

(10) Une éducation philosophique, P.U.F., 1989, Paris,p.349

(11) Bertrand Vergely, Les grandes interrogations morales, Les essentiels Milan, 1999, p 44. 

(12) Entretiens II, 10, 5)

(13) in Désir et réalités, Leméac, Montréal, 1995, p.13

(14) Entretiens, III, XXIII

(15) Les Éditions de L'Homme, 1972.


- Merci à G.D. de m’avoir fait découvrir Clogs. 

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commentaires

Marie Christine 14/02/2017 22:20

A Monsieur Serge Provost, Merci de votre généreuse participation à la culture, mise à la portée de tous
et pour la qualité de votre article. Merci également à la bande des 4 amis qui ont créé ce blog.

Serge Provost 03/01/2013 21:03


@ Claire, 


La candeur... « Nom féminin singulier désignant l’innocence, la pureté, le manque de défiance », disent (je résume) les dictionnaires. Terme plurivoque, donc, qui tient à la fois du compliment et
du dénigrement condescendant asséné par une personne qui s’en croit dépourvue ou apparemment guérie.


De même qu’il est loisible, voire humainement souhaitable, d’être bon sans être bonasse (par faiblesse d’esprit, ou crainte des conflits), d’être doux sans être mou et doucereux, d’être
miséricordieux sans être « niaiseux » — comme on dit chez-nous —, gentil, mais pas gentillet, on peut être candide sans succomber à la crédulité mièvre ni au pharisianisme intellectuel.


Si ce texte vous a plu, vous fut, un jour, utile, eh bien, ma candeur, la mienne, revendiquée, celle qui s’inspire de la vertu, ô combien philosophique de l’étonnement, servait aussi à cela.

Ewa 03/01/2013 18:59


Je laisse ce dernier « commentaire » pour épingler l’intelligence et l’élégance des arguments d’Epinglus. 

Épinglus 03/01/2013 14:35


Le stoïcisme? Par Zeus ! Une "Méthode Coué" avant la lettre, aussi chimérique, plus prétentieuse. Faut être candide à bouffer du foin pour gober de telles sornettes. 

Claire 03/01/2013 12:14


Candide stoïcien, merci !!! 


Au lycée j'ai étudié ce livre, ainsi que la philosophie stoïcienne mais jamais le lien n'avait été fait. C'est seulement à la fac qu'une prof extraordinaire m'a permis de comprendre la référence.
Mais j'avais encore quelques doutes sur mon interprétation et vous l'avez confirmé.


Il y a quelques temps, un professeur m'a qualifiée de candide après avoir lu et entendu mon exposé. Je ne pense pas qu'il y voyait cette dimension stoïcienne et les autres élèves ont eu de la
peine pour moi. Je suis la seule à l'avoir vu comme un compliment. :D


Merci encore. :)

Thomas 11/06/2012 00:56


Un néophyte comme moi se perd facilement sur ce site consacré aux grands textes gréco-latins. J’y suis entré à cause d’Alexandre le Grand et je ne suis pas prêt à en sortir, chaque clic entraîne
l’autre, c’est jamais fini. 


Et pour le bonheur si je veux … 


si tu veux être heureux, prie les dieux
qu'ils ne t'envoient rien de ce qu'on te souhaite.  


Sénèque, Lettres à Lucilius  (XXXI)

Ewa 09/06/2012 13:28


Le dernier commentaire de Serge Provost a été victime du logiciel de traitement de texte. Pour le rendre visible, j’ai redimensionné donc la taille et changé la couleur du texte. 


 



@ Thomas, 


Merci pour cette précieuse référence au site remarquable de feu Philippe Remacle dont les enfants honorent
toujours la mémoire. On peut y passer des heures et, toujours, en sortir enrichi de l’intemporelle culture gréco-latine. 

Serge Provost 09/06/2012 02:19


@ Thomas, 


Merci pour cette précieuse référence au site remarquable de feu Philippe Remacle dont les enfants honorent toujours la
mémoire. On peut y passer des heures et, toujours, en sortir enrichi de l’intemporelle culture gréco-latine.  



 

Kaysan 08/06/2012 19:35


Merci, pour tout, un grand apport pour la culture, et avant la bac celà ne fais pas de mal.

Thomas 07/06/2012 00:21


Quand je pense que si tous les esclaves avaient ressemblé à
Épictète, l’abolition d’esclavage n’aurait finalement jamais eu lieu


Peut-être, mais Sénèque défendait les esclaves à l’époque où ils faisaient partie de l’ordre social bien établi


http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/bienfaits4.htm

Ewa 06/06/2012 09:50


Pour de nombreux visiteurs silencieux du banquet, un extrait du Manuel d’Épictète, assez déroutant, mais au moins on saura ce qu’il faut faire pour devenir un convive des dieux. 


 


« Souviens-toi que tu dois te comporter comme si tu participais à un banquet. Le plat qui circule est arrivé jusqu’à toi : étendant la main, sers-toi avec modération. Il repart? Ne le retiens
pas. Il ne vient pas encore : ne projette pas au loin ton désir, mais attends jusqu’à ce qu’il arrive à toi. Fais de même pour les enfants, pour la femme (sic), pour les magistratures,
pour la richesse : et, un jour, tu seras un digne convive des dieux. 


Mais si, des choses (la femme par exemple) qui te sont présentées, tu ne prends rien, mais que tu les méprises, alors, tu ne seras pas seulement le convive des dieux, mais leur collègue.
Car, en agissant ainsi, Diogène, Héraclite et leurs semblables ont été à juste titre des hommes divins et à juste titre aussi appelés de ce nom. »

Ewa 05/06/2012 10:48


J’aime bien tes citations, Constance, je suis d’accord avec P. Quignard et J-C. Carrière (c’est drôle, moi par exemple, j’ai lu une belle partie du Coran contrairement à la plupart des
musulmans). Mais il me semble que c’était le sujet de votre discussion concernant l’article précèdent sur Abd Al Malik. D’ailleurs, il serait peut-être intéressant de faire un petit billet sur
les athées, j’y avais déjà pensé, mais je n’ai rien fait. 


 


Je suis un peu absente, et je ne comprends pas très bien ce qui se passe. Il n’y a rien de grave ni dramatique au moins? Tu annonces pour la troisième fois que c’était ton dernier article. On
avait déjà écrit il y a deux mois que ce blog arrêterait son activité. Moi, j’y reviendrai de temps en temps, j’espère que cela ne pose pas de problème. Mais chacun de vous trois fera ce qu’il
voudra. 


 


Quant aux commentaires, tu sais que je les préfère plutôt controversés pour que ça bouge un peu, mais je ne me fais aucune illusion, il n’y en aura probablement pas ou très peu. Donc selon moi,
ce n’est  même pas la peine de les fermer, mais fais ce qui te semble le mieux, bien évidement.  


 

constance 04/06/2012 22:00


La culture, c'est précisément vouloir tout connaître et faire son choix.


 


Pascal Quignard est un des plus grands romanciers athées contemporains. Il écrit notamment : "Vivre sans dieu est une possibilité
humaine extrême. A vrai dire, ce n'est pas l'impie qui est condamné dans l'athée, mais le traître au groupe. C'est pourquoi la chronique de l'athéisme transcrit l'histoire d'une persécution
continue et infinie."


 


Jean-Claude Carrière dans l'émission Les racines du ciel : "il n'y a que les athées qui s'intéressent vraiment à la religion, c'est à
dire qui essaient de dire, de comprendre, de saisir d'une manière ou d'une autre ce qu'est ce phénomène étrange de la religion. Si les religions n’ont rien à dire sur dieu qui n’existe pas, elles
ont beaucoup à nous dire sur nous-mêmes." http://www.franceculture.fr/emission-les-racines-du-ciel-la-quete-avec-jean-claude-carriere-2012-06-03


 


Les commentaires seront évidemment fermés sur mes articles, tout simplement parce que je n'y reviendrai plus.

Ewa 04/06/2012 20:51


Puisque vous insistez. Si les crocodiles n’ont pas leurs propres limites, ici, ils s’arrêteront aux miennes. 

Crocodile Dandy 04/06/2012 17:05


J‘insiste. A quel point je vais pouvoir être méchant ? 


Crocodile Dandy

Ewa 04/06/2012 12:28


Ma petite mise au point


Personnellement, j’essayerai de m’en tenir à ce que nous avons annoncé dans notre article « d’adieu » : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu ». 


 


1/ Je ne laisserai pas ce blog en proie à la publicité qui m’est insupportable. Pour ma part, je publierai donc de temps en temps un article sur le
banquet, dans la mesure où mon emploi du temps me le permettra et en fonction de mes coups de cœur (Michel Onfray n’est pas exclu :~)).


L’administration du banquet reste bien évidemment ouverte à mes chers coéquipiers du quatuor. Constance, Marc et Epipicure gardent les clés de la maison, ils sont libres d’y entrer à chaque
instant et de publier ce que bon leur semble. 


 


2/ Les commentaires resteront toujours ouverts sur mes articles. 


Vous serez silencieux, chers internautes, alors tant pis. Vous aurez envie de commenter, tant mieux. Peu importe si vous n’avez pas ma vision de l’homme, de la société, du monde. Peu importe
si vous vous exprimez de manière provocante, polémique, controversée, « méchante » (pas trop quand même). Mais pour commencer, vous pouvez m’épargner et viser professeur Provost, je préfère. ;~)

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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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