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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 13:47

 

Michel Onfray a rencontré la rédaction du journal Metro - le quotidien gratuit, pour parler, entre autres, du dixième anniversaire de l’Université populaire de Caen. 

« J’ai voulu faire descendre la philo dans la rue »

Propos recueillis par Jennifer Gallé et publiés le 13.10.2011 sur le site metro.fr


onfray métro

Photo : Nicolas Richoffer

Les dix ans de votre université populaire, ça se fête, non ?
Je ne pensais pas que cela durerait aussi longtemps ni que cela serait aussi réjouissant ! Aujourd’hui, nous sommes une vingtaine à donner des cours et des milliers d’auditeurs nous ont suivis.

Comment vous est venue cette idée ?
D’abord, j’avais fait le tour de l’Education nationale. Et puis, chaque fois que je donnais des conférences, les gens me disaient que c’était trop court, qu’il faudrait continuer. Je sentais qu’il y avait un besoin. Ensuite, je me disais qu’il fallait faire de la philo hors de l’institution. Puis est survenu le déclencheur : Le Pen au second tour de la présidentielle, en 2002. Je me suis dit qu’il fallait donner aux gens les moyens intellectuels de décoder les choses. Au XIXe, Georges Deherme pensait, dans l’esprit de la Révolution française, que l’on peut changer les choses grâce à l’éducation populaire et gratuite. Je me suis alors dit que c’était la bonne formule. Je voulais renouer avec ce qu’avait été la philosophie pendant des siècles, quand elle se pratiquait sur l’agora. On y rencontrait des poissonniers, des charpentiers et pas seulement des doctorants. La philosophie confisquée par les professionnels, ça me fatigue ! J’ai voulu faire descendre la philo dans la rue sans la mettre sur le trottoir. Le propre de l’université, comme nous la connaissons, n’est pas d’inciter à vivre en philosophe mais à obtenir un diplôme. L’université populaire invite, elle, à la vie philosophique.

Qu’est-ce que ça fait de changer la vie des gens grâce aux idées ?
J’ai fait de la philo pour ça. Je sais d’où je viens, d’un milieu pauvre, et où je suis aujourd’hui. Ce passage s’est fait par la philosophie grâce à mon vieux maître Lucien Jerphagnon qui s’est éteint récemment. C’est ce qu’on appelait jadis, avant que le christianisme s’en empare, une conversion. J’ai connu ça avec mon maître et je me suis dit que si je pouvais rendre cela à quelqu’un, alors j’aurais mérité d’exister. Je suis sidéré, touché, ému par tous ces gens qui me disent que j’ai contribué à changer leur vie.

Les philosophes sont souvent très critiques à l’égard des médias. Or, on vous voit souvent à la télévision, dans les journaux...
J’y suis présent par militantisme ! Les médias, comme ils fonctionnent, défendent l’idéologie libérale. Il n’y a aucune raison de laisser à ceux qui s’y trouvent le monopole du discours libéral. Je veux faire entendre une autre voix, dire et montrer que les philosophes ne sont pas tous obscurs, ne sont pas tous des gens qui vont dîner chez le président de la République, qu’ils n’écrivent pas tous des livres pour faire des best-sellers. Je défends des idées de gauche et je pense que ce n’est pas une posture. Il y a deux erreurs : être partout dans les médias ou n’y être jamais ! Il s’agit, pour moi, d’occasions de porter une parole différente.

L’hédonisme est au cœur de votre œuvre. En deux mots, qu’est-ce que c’est ?
Il y a en nous des pulsions de vie et des pulsions de mort. Il y a ceux qui veulent élargir la vie, qui sont généreux. D’autres qui optent pour la destruction, la perversion, le cynisme. Nous sommes tous porteurs de ces deux pulsions. L’hédoniste, c’est celui qui dit ‘Mort à la pulsion de mort’. C’est celui qui fait savoir que tout ce qui augmente la vie est bon. L’hédonisme, c’est un mode d’être au monde. C’est jouir de la beauté d’une lumière, du sourire d’un ami... Autant de micro-situations qu’il faut choisir de construire. Il n’y a pas de formule idéale, c’est à chacun de trouver la sienne. L’hédonisme, c’est un vouloir.

Vous parlez souvent de ce génie colérique qui vous habite... Qu’est-ce qui, dernièrement, vous a profondément révolté ?
J’étais arrêté à un stop, il y avait une poubelle qui débordait de vomi, de cochonneries et j’ai vu cet homme qui cherchait à manger là-dedans... Dans quel monde vit-on ?

Un seul mot pour qualifier l’époque ?
Décadente.

Un temps auquel vous auriez aimé vivre ?
L’Antiquité romaine !

Vous évoquez votre attachement à la Normandie. Etre français, est-ce aussi important pour vous?
Je persiste à croire qu’on n’a pas fait la Révolution française pour rien. Que liberté, égalité, fraternité et les ajouts de la Commune, du Front populaire, de Mai 68, comme la laïcité et le féminisme, ce sont des valeurs. Pour moi, partager cela, c’est être français.

Après Freud, que vous avez fait tomber de son piédestal dans Le Crépuscule d’une idole, quelle sera votre prochaine victime ?
Jean-Paul Sartre, dans mon prochain ouvrage qui portera sur Albert Camus.

Si on ne devait lire qu’un seul de vos livres, lequel serait-ce ?
La Puissance d’exister.

Ewa  

11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 23:08

 

complement-d-enquete-fauteils-rouges.jpgLe 11.10.2011, Benoit Duquesne fêtait les dix ans de son magazine d’information Complément d’enquête sur France 2. Parmi des invités, grands témoins - célèbres et anonymes - des grands moments qui ont ponctué la décennie, se trouvait également Michel Onfray. Nous avons enregistré pour vous son passage dans cette émission. 

Pour revoir l’émission en intégralité, cliquez sur l’image 

 

 

-  Les sujets traités dans les reportages de Complément d’enquête sont des sujets philosophiques par excellence et une belle occasion de réfléchir sur la vie.

-  La dernière décennie dans le monde marquée par la paupérisation et la prise de conscience écologique généralisée. 

-  Le succès de l’Up de Caen créé il y a dix ans dû à la « quête de sens ».

-  L’investissement en politique pas politicienne mais qui propose des vrais projets pour la société (Front de Gauche, Montebourg).

________

Voir aussi  l’intervention de Michel Onfray dans Complément d’enquête du 29.11.10, où il parle des croyances 

Marc - Ewa  
6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 23:02
onfray portrait pop art

Nous vous proposons de (re)découvrir l’article de Michel Onfray publié le 18.04.2010
dans Le Monde
"Littératures de vespasiennes". 

Cet article reste toujours d’actualité. La disparition de Steve Jobs a mis la Toile et les réseaux sociaux en émoi, mais pour certains, l’Internet présente un grand danger, comme autrefois le cinématographe ou l’imprimerie (recopier à la main, il n’y a pas mieux !).  
Les blogs, les sites, les commentaires anonymes; tout le monde peut dire tout et n’importe quoi, sans sélection préalable, sur notre blog par exemple... Les journalistes, écrivains, philosophes n’ont plus le monopole. Très grave, cette liberté. 


areobase
 " Jadis, dans les latrines, on pouvait lire sur les murs des graffitis dans lesquels s'exprimait toute la misère sexuelle du monde. Pas besoin d'une sociologie très appuyée pour saisir ce qui travaille l'âme du quidam au moment de sacrifier aux nécessités des sphincters : on se vide, on se lâche, on éclabousse avec les remugles de son animalité et l'on grave ses cogitations dans le marbre d'une porte en bois... On a les rostres qu'on peut ! Aujourd'hui, cette fonction a quitté les toilettes publiques, désormais entretenues comme un bloc opératoire, pour rejoindre des lieux guère plus recommandables : les commentaires postés au pied des articles sur les sites Internet. C'est en effet là qu'on trouve l'équivalent des littératures de vespasiennes d'hier... 
Internet offre tous les avantages de la lettre anonyme : vite fait, bien fait, caché dans la nuit du pseudonyme, posté en catimini d'un simple clic, le sycophante peut laisser libre cours à ses passions tristes, l'envie, la jalousie, la méchanceté, la haine, le ressentiment, l'amertume, la rancoeur, etc. Le cuisinier raté détruit la cuisine d'un chef qui travaille bien dix heures par jour avec son équipe ; le musicien loupé dégomme l'interprétation d'un quatuor qui aura superbement joué ; l'écrivain manqué donne des leçons sur un livre qu'il ne connaîtra que par la prestation de son auteur à la télévision ; le quidam qui se sera rêvé acteur ou cinéaste percera la poche de son fiel après avoir vu un film, etc. 
L'extension des libertés d'expression s'est souvent faite du côté des mauvaisetés. Certes, le critique appointé dans un journal est mû par les mêmes ressorts, du moins le support qui l'appointe veillera à sa réputation et l'autocensure produira quelque effet en modérant (parfois) l'ardeur des fameuses passions tristes. De même la signature oblige un peu. Si l'on n'est pas étouffé par la dignité, le sens de l'honneur, la droiture, du moins, on ne peut pas totalement se vautrer dans l'ignominie, car le lecteur sait qui parle et peut, avec un minimum d'esprit sociologique, comprendre que ce qui l'anime n'est guère plus élevé : renvoi d'ascenseur, construction d'une position dominante dans un champ spécifique, droit d'entrée dans une institution, gages pour une future cooptation monnayable, etc. 
L'anonymat d'Internet interdit qu'on puisse un tant soit peu espérer un gramme de morale. A quoi bon la vertu puisqu'ici plus qu'ailleurs on mesure l'effet de la dialectique sadienne des prospérités du vice et des malheurs de la vertu ? 
Ces réflexions me viennent dans le train de retour vers ma campagne alors que je consulte sur mon iPhone un article concernant l'excellent livre de Florence Aubenas, Le Quai de Ouistreham. Voilà un livre magnifique qui nous sort de l'égotisme parisien et mondain du moment, un texte pur comme un diamant qui se soucie d'un monde que la littérature refuse, récuse, exècre, méprise (les "gens de peu" pour le dire dans les mots du regretté Pierre Sansot), un travail littéraire qui est en même temps sociologique et politique sans être pédant, universitaire ou militant, un fragment d'autobiographie sans narcissisme, un remarquable travail de psychologie à la française dans l'esprit des Caractères, de La Bruyère, un récit qui hisse le journalisme à la hauteur de l'oeuvre d'art, quand bien souvent on doit déplorer l'inverse, un texte qui mélange le style sec de Stendhal, l'information de Zola, la vitesse de Céline - et quelques nains éructent en postant leurs "commentaires" ! 
En substance : on reproche à Florence Aubenas d'illustrer les travers de la gauche caviar avec une compassion feinte de riche pour les pauvres ; on l'accuse de tromperie parce que, journaliste, elle se fait passer pour une demandeuse d'emploi ; on lui prête une motivation vénale en affirmant qu'elle gagne de l'argent avec la misère des autres, dès lors on veut bien la créditer de sincérité si et seulement si elle verse ses droits d'auteur à une association charitable ; on la taxe d'immoralité car elle prend le travail de gens qui en auraient vraiment besoin ; on lui dénie le droit de parler du simple fait que, fausse pauvre et vraie nantie, elle sait que son expérience n'aura qu'un temps et qu'elle pourra rentrer chez elle dans un quartier chic de Paris... Arrêtons là... 
Pourquoi tant de haine ? La réponse est simple : le livre est un succès de librairie et, le mois dernier, il se trouvait en tête des ventes. Dès lors, nul besoin de le lire pour pouvoir en parler, on peut alors économiser l'usage de la raison raisonnable et raisonnante du cortex, le cerveau reptilien suffira : on l'aura entendue à la radio, vue à la télévision, lue dans des entretiens de presse, cela suffira pour porter un jugement définitif. Pas d'instruction du dossier, avec une simple lecture par exemple, mais tout de suite la juridiction d'exception et l'échafaud au plus vite. 
Le commentaire anonyme sur Internet est une guillotine virtuelle. Il fait jouir les impuissants qui ne jubilent que du sang versé. Demain est un autre jour, il suffira de regarder un peu cette télévision qu'on prétend détester mais devant laquelle on se vautre pour trouver une nouvelle victime expiatoire à sa propre médiocrité, à sa vacuité, à sa misère mentale. En démocratie, le mal est relativement contenu. 
Dans un régime totalitaire, ce cheptel permet de recruter les acteurs de l'"effroyable banalité du mal" - pour utiliser entière cette fois-ci l'expression d'Hannah Arendt. "

Michel Onfray
Réactions 
 Onfray rejoint la pensée unique anti-internet, Philippe Cohen, Marianne2,
le 18.04.10
Marc

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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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