Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 23:14

 

 

Du 28 juillet au 29 août 2014 (du lundi au vendredi, de 11h à 12h) France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2013-2014 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 12e année,

« La pensée post-nazie : Hannah Arendt, Hans Jonas, Günther Anders »


__________________

 

24) « UN COUPABLE SANS FAUTE » - 28.08.2014


 

 

 

  • Écoutez les conférences en direct sur le player ci-dessus (11h-12h)
  • Les players de la réécoute seront successivement  intégrés sur ce blog selon les conditions définies par France Culture qui les met en partage 
  • Vous pouvez également PODCASTER les conférences sur le site de l’émission, les archiver, prêter à vos amis, emprunter dans les médiathèques...
  • Chers internautes, n’oublions pas que les conférences à l’Up de Caen sont constamment présentées comme GRATUITES ! Ne les achetons donc  pas ! Ne remplissons pas les poches de Frémeaux & Associés ! Ne soyons pas des CON-SOMMATEURS !

 

Anders

 

 SYNOPSIS  

 

I° PARTIE : THEORIE DE LA PRATIQUE


1./ EXAGERER POUR PENSER VRAIMENT

a) Dès L’obsolescence de l’homme :   • Chapitre : Sur la bombe et les causes de notre aveuglement face à l’apocalypse   • « Il faut présenter de façon outrancière les objets dont l’importance est minimisée » (261).   • Ecran et accident de voiture.

b) Nous vivons sous la menace nucléaire :   • Impossible de se le représenter.

anders-la menace nucléairec) Dès lors :   • « On ne peut pas se contenter aujourd’hui d’interpréter l’Ethique à Nicomaque alors qu’on accumule les ogives nucléaires » affirme-t-il dans Et si je suis désespéré que voulez-vous que j’y fasse ? (74).   • Incapacité des philosophes et de l’homme du commun   • Il faut conscientiser un maximum de personnes   • D’où la nécessité « d’être outrancier et d’exagérer » (262).

d) Contre les professeurs de philosophie et les philosophes   • Pas concernés   • Or « la bombe n’est pas seulement suspendue au-dessus des bâtiments universitaires mais au-dessus de nos têtes à tous, et il ne serait pas convenable de philosopher dans une langue de spécialistes sur l’éventualité de l’apocalypse » (263).

e) La philosophie universitaire a l’habitude de théoriser après coup   • Mais après coup, il n’y aura plus personne sur la planète   • « Ainsi les éthiques universitaires ignorent-elles encore aujourd’hui l’existence des camps d’extermination » (263) écrit-il en 1956

f) Or Hannah Arendt a publié Les origines du totalitarisme en 1951, soit 5 ans plus tôt.   • Mais, en dehors de cette exception, c’est vrai…

g) Günther Anders propose un grand chantier philosophique :   • « Il convient donc de trouver un ton qui puisse être intelligible au plus grand nombre et de faire de la philosophie populaire. Ce qui nous met face à une seconde difficulté, puisqu’il n’y a pas de philosophie populaire » (263).   • Parce qu’il n’y a ni voie populaire ni voie élitiste pour résoudre les problèmes complexes   • Il y a une urgence éthique.

h) Anders ne le cite pas mais vise Heidegger en écrivant :   • Que le philosophe emblématique est soucieux d’ontologie   • Mais méprise souverainement le « on » englué dans une configuration historique particulière

i) Fustige ceux qui rendent les problèmes plus compliqués encore   • Alors qu’il faudrait les faire surgir à la conscience du plus grand nombre

j) A quoi bon la rigueur analytique   • Quand la fin du monde est à notre porte ?   • Il faut être compris : voilà l’urgence

k) Pour Günther Anders peu importe :   • Que les philosophes de profession n’intègrent pas son travail dans la philosophie   • Qu’il s’agisse de morale, d’éthique.

l) La vraie question est :   • L’humanité doit-elle, oui ou non, continuer à exister ?


2./ PENSER UN IMPENSABLE

a) Nous avons changé d’ère :   • Notre puissance est devenue l’infini, l’absolu   • Nous pouvons désormais tout détruire, tout anéantir

b) Dieu avait le pouvoir de créer   • Les hommes ont celui de détruire   • « Nous sommes des Titans »

c) Nous dominons l’apocalypse   • Mais nous vivons dans sa menace

d) Jadis avec les camps nazis   • Le massacre était limité

e) Aujourd’hui avec la bombe atomique   • Nous avons la possibilité de détruire toute l’humanité   • Hiroshima est un progrès dans le mal…

f) Epoque inédite, donc questionnement inédit.


3./ PENSER LA BOMBE

a) Impensable : la raison ne suffit pas   • Comme avec Dieu

b) On peut essayer sur le principe de la théologie négative   • Elle n’est pas un moyen : car le moyen disparaît dans la réalisation de sa fin   • Elle n’a pas d’essence, juste une existence   • Impossible à penser, elle est « ontologiquement unique » (283) .

c) Elle a été conçue pour empêcher Hitler de continuer ses crimes de masse   • Mais les deux bombes américaines sont devenues : « Les jumeaux des exterminations organisées par Hitler » (283).

d) Pour lutter contre le mal les hommes ont inventé un plus grand mal   • Les nazis voulaient tuer des hommes   • Les américains veulent exterminer l’humanité

e) Les Américains sont coupables   • Mais aussi ceux qui ne font rien contre   • Elle a été utilisée 2 fois

f) Et une 3ème fois au quotidien comme instrument de dissuasion.   • Elle est « un moyen de pression » (285).   • L’occasion d’un chantage   • Son existence en fait un ultimatum   • L’avoir conduit à s’en servir   • La logique productiviste exige l’usage   • Donc la destruction pour le remplacement   • Donc la fabrication et les bénéfices qui vont avec   • « Ne pas utiliser un produit, qui plus est un produit dans lequel on a tant investi, serait un gaspillage contraire à la morale des affaires » (286).

g) Elle a été utilisée une 4ème fois :   • Les essais nucléaires   • Dans des îles car les essais créent un monde à part   • Comme dans des jeux   • Contamination eau, terre, air, faune, flore, nourriture, eau de pluie   • Des hommes victimes, déjà, en plus

h) Günther Anders prévoit des conséquences génétiques sur les générations futures   • Contaminations radioactives semblables à la syphilis : épidémie, pandémie   • Ces expériences prétendument isolées du monde se font dans le monde.


4./ L’HOMME, PLUS PETIT QUE LUI

a) L’angoisse est devenue impossible   • Car on ne sait pas concevoir ce qui génère l’angoisse

b) L’angoisse a acquis le statut de « marchandise journalistique » (294) :   • Avec Kierkegaard et Heidegger   • Mais aussi avec les journaux, les conversations de bistrot   • Dans les revues philosophiques,   • Dans les publicités pour les somnifères dans les journaux de province

c) Le concept apparaît avec la disparition de la réalité de l’angoisse   • Celle de la phase finale de la guerre   • Celle de la fin des descentes de police   • Celle de la fin des bombardements   • Celle de la fin des dictatures

d) Nous sommes devenues des « analphabètes de l’angoisse » (295).   • Incapables de ressentir sa véritable existence

e) Causes anthropologico-philosophiques de cette incapacité :   • Le « décalage prométhéen » (297) :   • On ne sait projeter ce que l’on ne sait concevoir   • Exemple : détruire une ville   • L’homme est plus petit que lui-même car :  - Il rend possible ce qu’il ne sait ni ne peut concevoir   • Nous ne savons nous représenter ce qui est trop grand pour nous   • Ainsi « le spectacle de milliers de morts n’est pas plus effrayant que celui d’une centaine de morts » (297).   • Différence entre abstraction qui élargit les problèmes   • Et perception qui se contente de ce qui est dans le champ de vision   • Différence entre l’action et la conscience morale :    • Un journaliste a questionné un pilote de bombardier :  - A quoi pensait-il pendant sa mission ?  - « Je n’arrivais pas à me sortir de la tête les 175 dollars qu’il me reste à payer pour le réfrigérateur » (299).   • Un même décalage concerne le faire et le sentir,   • La production et l’imagination,   • Le savoir et le comprendre.   • On peut se représenter 10 morts et en percevoir 10,   • Mais on ne peut se représenter 200 000 morts ni les percevoir.   • Voilà pourquoi nous ne pouvons ni penser ni concevoir l’apocalypse :  - Nous ne pouvons la percevoir.

f) Voilà pourquoi on peut travailler dans un camp nazi   • Et être un bon père de famille   • Tuer 1 homme ou 2 serait perceptible, donc impossible à porter, culpabilisant   • Mais en tuer en masse, parce que le crime devient inconcevable, c’est faisable   • Voilà pourquoi « nous sommes les hommes les plus inhumains qui aient jamais existé » (303).


5./ DANGERS DE L’ESCHATOLOGIE

a) Causes historiques de cette incapacité à concevoir l’apocalypse   • Parce qu’on est obsédé par la fin heureuse de l’histoire   • La croyance au progrès infini   • Christianisme, Révolution Française, marxisme, Reich aryen et fin des temps   • Nous avons vécu sous le signe des « croyants eschatologiques » (308).

b) La mort de Dieu a été précédée par la mort du diable   • Les hommes ont cessé de croire à l’enfer, puis à Dieu   • Nous avons perdu l’angoisse face à l’apocalypse

c) En même temps, nous avons annulé la mort   • Elle est devenue introuvable   • Ce qui est, c’est ce qui s’améliore   • Quid alors de la mort ?   • On traite le mort comme un vivant   • On a remplacé le dicton : « partir c’est mourir un peu »   • Par : « Mourir c’est partir un peu ».   • Les cimetières sont devenus des villégiatures   • Le trépassé emménage comme pour une autre vie

d) Incapacité à mourir et incapacité à se projeter dans le temps   • Demain, on peut   • Après-demain, on ne peut plus.

e) Or l’avenir doit devenir notre présent   • Si l’on veut empêcher la course à l’abîme.


6./ EDUQUER L’IMAGINATION MORALE

a) « Eduquer l’imagination morale » (304) :   • Surmonter le décalage entre ce que nous pouvons produire (pour détruire la planète)   • Et ce que nous pouvons imaginer (la destruction de la planète)

b) Programme éthique :   • « Se rendre capable de ressentir »   « Augmenter la capacité du sentiment »   « Créer de nouveaux sentiments » (305).   • Le plus grand nombre doit devenir philosophe   • En se transformant   • En transformant son existence.


II° PARTIE


1./ LE DEVENIR MILITANT D’ANDERS

anders-hiroshima-seuila) Une vie de militant   • Voyages à Hiroshima et Nagasaki   • Conférences et séminaires   • Rédaction de textes d’interventions   • Production d’une littérature journalistique et/ou philosophique   • Rédaction de livres   • Création d’associations   • Manifestations de rue

b) L’âge le contraint à rester à son bureau

c) Correspondance avec Claude Eatherly   • Son épouse pose sur son bureau un texte de Newsweek consacré au pilote : « L’article de cinq lignes contenait l’information, aussi simpliste dans son expression que misérable dans son analyse – déjà à cette époque, il y avait aux Etats-Unis un pidgin psychanalytique constitué tout au plus d’une dizaine de mots-, que le pilote d’Hiroshima, qui avait perpétré des actes étranges semi-criminels, puis en apparence criminels, finalement tout à fait anodins, aurait ainsi manifesté un complexe d’OEdipe et, en raison de ce complexe, qui n’avait encore jamais été puni d’enfermement, aurait été admis dans un asile fermé » (Hiroshima est partout, 44).   • Dédouaner le pilote d’une participation volontaire   • Le disculper à l’aide de la psychanalyse   • Irresponsable, pas coupable   • Innocent puisque victime lui-même – du complexe d’Oedipe

d) Günther Anders : Eatherly, beau garçon, portant bien l’uniforme   • Succès féminins   • Plutôt volage   • « Sa mère, de style tout à fait rustique, ne jouait pour lui aucun rôle érotique ; et il n’avait, selon toute apparence, pas besoin de jalousie envers son père, puisque, justement, il était toujours bien loti » (44).


2./ QUI EST CLAUDE EATHERLY ?

a) A 26 ans :   • L’homme qui a piloté l’avion météo   • Il donne, 45 minutes avant, l’accord pour le largage de la bombe atomique

b) Il a assisté aux 4 premiers essais

c) Lettre du 8 août 1960 :   • L’objectif était un pont près du quartier général :   • Pour contraindre les militaires à se rendre, à signer la paix

d) Or il y a eu un ratage :   • « Les nuages au-dessus d’Hiroshima ont diminué et se sont éparpillés. Le bombardier de l’avion portant la bombe a raté la cible d’environ 3 000 pieds et a détruit le village d’Hiroshima. Je ne crois pas que cela ait été un ratage intentionnel, mais une erreur parce que la bombe n’est pas tombée droit et à l’aplomb. Rappelez-vous, je vous prie, qu’elle était nouvelle et n’avait pas été essayée » (406).   • La ville devait être « sauvée » (406), elle ne l’a pas été.

e) Preuve que le « manque de fiabilité du machiniste et de la machine avait déjà joué son rôle fatal dès les premiers moments de l’âge atomique » (id.).

f) Le jour même, ce 6 août 1945, 200.000 morts plus tard   • Eatherly décide de passer le restant de sa vie à lutter :   • Contre l’arme atomique, la prolifération nucléaire et la guerre.

g) Vie d’errance :   • Commercial dans une société pétrolière   • Tentative de suicide   • Hospitalisé dans un hôpital militaire bien que civil…   • Falsifie des chèques   • Escroquerie   • Prison   • Effectue un braquage, mais laisse l’argent en partant   • Jugé irresponsable, bénéficie d’un non-lieu…   • Représentant de commerce dans un garage   • Deuxième tentative de suicide   • Nouveaux braquages   • Internement   • Meurt le 1er juillet 1978 – cancer de la thyroïde

h) Étonnement Günther Anders écrit : « Que sa mort prématurée d’un cancer ait quelque chose à voir avec Hiroshima, je considère cela comme une rumeur tendancieuse qui n’a rien de sérieux » (45).


3./ QUI EST FOU ?

a) La folie : une décision politique décrétée en cas d’opposition au pouvoir dominant   • Le fou : celui qui dit non à la folie de son temps

b) Dans ses lettres, Claude Eatherly se montre lucide, clair, intelligent, équilibré   • Soucieux d’autrui   • Ne transfigure pas le réel

c) L’intuition en fait un fou   • Le personnel soignant, non   • Claude Eatherly : « Pour la plupart des gens, ma rébellion contre la guerre est signe de folie » (382).

d) Fou celui qui se rebelle contre le diagnostic qui fait de lui un fou   • Folie la critique de la décision de l’institution   • Folie les tentatives d’évasion

e) L’opposition pacifique aux décisions de l’hôpital militaire lui vaut le transfert dans le pavillon réservé aux violents !

f) On traite sa lucidité critique par des médicaments qui altèrent son raisonnement et son écriture   • A l’approche de la date d’Hiroshima, on augmente les doses…


4./ UNE CONTRE-FIGURE D’EICHMANN

a) A l’époque du procès Eichmann,   • L’avocat met en perspective le cas de son client et celui d’Eatherly

b) Günther Anders refuse :   • Eatherly, lui, connaît le remords  - Et vit l’expiation   • Eichmann fut coupable avec faute,   • Eatherly « coupable sans faute » (Hiroshima est partout, 415).

c) Pour Günther Anders c’est « l’affaire Dreyfus du XX° siècle »   • 25 lettres d’Anders à Eatherly   • 25 d’Eatherly à Anders   • Entre le 3 juin 1959 et le 11 juillet 1961

d) Günther Anders envoie une lettre à John F. Kennedy   • Récapitule les faits   • Le disculpe : « Il est anormal d’agir normalement pendant une situation anormale ou après ; ce qui est anormal, c’est que, après un choc épouvantable, un homme continue de vivre comme si rien n’était arrivé » (437).   • Comment vivre normalement quand on a contribué à effacer 200.000 vies de la planète ?   • Récuse la lecture freudienne :   • « Puis-je révéler en marge qu’une exploitation stupide et indigne du vocabulaire scientifique – commise afin de draper des demi-vérités dans la dignité de la science- a aussi, pendant des années, miné la réputation des Etats-Unis, du moins aux yeux de cercles cultivés dans le monde entier » (438).   • Cherche à se faire punir pour une faute qui justifierait la culpabilité   • Qu’il ressent   • Mais que l’Etat américain ne voit pas comme telle   • Pour lui : Hiroshima est démoniaque et condamnable  - Pour les USA, un acte de bravoure et d’héroïsme  - Le colonel qui commandait l’opération est devenu général…   • « Il existe quelque chose comme « le droit à la punition » - Hegel a inventé cette expression – et, s’il est un critère qui définit le non-délinquant, c’est le fait qu’il insiste sur ce droit. C’est précisément ce qu’Eatherly a fait : par le biais de ces simulacres de délits, il a tenté de faire appliquer la sanction pénale qu’on lui avait refusée » (439).  - Ce coupable sans faute invente des fautes qui donneraient un sens à sa culpabilité.  - Claude Eatherly a compris qu’il était un rouage dans une machine  - Et qu’il aurait pu dire non  - Au Japon, Eatherly est un héros  - On le présente comme « une victime d’Hiroshima » (442).  - Demande à JFK une commission indépendante pour le juger  - Et que JFK devienne un partisan de la lutte contre le nucléaire.


5./ LE DERNIER ANDERS

a) Militant pendant plus de 20 ans   • Jeûnes, guitares, fleurs, défilés

b) En 1987, dans Etat d’urgence et légitime défense (il a 85 ans)   • Change d’avis   • « On n’obtient qu’un seul effet en jeûnant : on a faim »

c) Toutes les armes non-violentes ayant été utilisées   • Les chefs d’Etat s’en moquent

d) Il faut recourir à la violence pour instaurer un ordre non-violent   • Les medias de masse ont créé une civilisation d’esclaves décérébrés   • Qui répètent des slogans sans penser par eux-mêmes   • Servitude volontaire   • La démocratie n’est plus possible   • Chacun répète ce qu’il a ingurgité en boucle depuis des années

e) « C’est donc plein d’effroi et d’incrédulité que j’écris et suis obligé d’écrire ce mot, car il n’y a pas d’autre moyen de survivre que de menacer ceux qui nous menacent. Ceux qui m’obligent à briser le tabou du meurtre peuvent être certains que je ne le leur pardonnerai jamais. J’exige et j’ai le droit d’exiger qu’on ne m’accuse pas de légèreté si, pour conclure, je répète ceci : si nous voulons assurer la survie de notre génération et celle des générations futures (une survie que nous ne pouvons qu’espérer), il n’y a pas d’alternative ; il n’y a pas d’autre moyen que d’informer clairement ceux qui persistent à mettre en danger la vie sur terre par leur utilisation de l’atome — peu importe qu’elle soit « guerrière » ou « pacifique » — et continuent à refuser systématiquement tout pourparler en vue d’y mettre un terme, qu’ils vont désormais tous autant qu’ils sont devoir se considérer comme notre cible. C’est pourquoi je déclare avec douleur mais détermination que nous n’hésiterons pas à tuer les hommes qui, par manque d’imagination ou de coeur, n’hésitent pas à mettre l’humanité en danger et à se rendre ainsi coupables d’un crime contre elle ».

f) Le 17 décembre 1992, cinq ans plus tard, donc, Günther Anders meurt   • Sans que personne n’ait pris son invitation au sérieux…

 

nucléaire-confort-de-demain

D’aucuns pensent que le terrorisme écologique constitue la menace du XXI° siècle la plus sérieuse.


BIBLIOGRAPHIE :

• Karl Jaspers, La bombe atomique et l’avenir de l’homme, Buchet Chastel

• Günther Anders :  - Hiroshima est partout, Seuil  - La menace nucléaire, Le serpent à plume  - Haine à l’état d’antiquité, Rivages Payot  - Kafka. Pour et contre, Circé  - Gorge Grosz, Allia

• Christophe David et Karin Parienti-Maire, Günther Anders, agir pour repousser la fin du monde, Kimé

 


26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 23:08

 

 

      Du 28 juillet au 29 août 2014 (du lundi au vendredi, de 11h à 12h) France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2013-2014 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 12e année,

« La pensée post-nazie : Hannah Arendt, Hans Jonas, Günther Anders »


__________________

23) « LE PRINCIPE EICHMANN DE NOTRE MONDE » - 27.08.2014

 

 

-
  • Écoutez les conférences en direct sur le player ci-dessus (11h-12h)
  • Les players de la réécoute seront successivement  intégrés sur ce blog selon les conditions définies par France Culture qui les met en partage 
  • Vous pouvez également PODCASTER les conférences sur le site de l’émission, les archiver, prêter à vos amis, emprunter dans les médiathèques...
  • Chers internautes, n’oublions pas que les conférences à l’Up de Caen sont constamment présentées comme GRATUITES ! Ne les achetons donc  pas ! Ne remplissons pas les poches de Frémeaux & Associés ! Ne soyons pas des CON-SOMMATEURS !

 

SYNOPSIS  

1./ UN CONTREPOINT POLEMIQUE

a) Günther Anders écrit Nous, fils d’Eichmann en deux temps :    Lettre ouverte à Klaus Eichmann (1964), suivie d’un Post-Scriptum : PS   • Une seconde lettre (avril 1988).

Guenther-Anders-in-Kalifornienb) Un genre de réponse au Eichmann à Jérusalem d’Arendt (1963)

c) Donne sa généalogie du mal   • Sans recourir à la banalité ni au mal radical

d) Deux hypothèses qu’il s’agit d’une réponse :   • Sur l’incapacité des juifs à se rebeller   • Sur la comparaison nazisme & communisme.


2./ L’INCAPACITE A LA REBELLION

a) Arendt fustige les Conseils Juifs   • Elle affirme que les juifs pouvaient dire non à la barbarie   • Elle distingue l’impossibilité de la résistance et la possibilité de ne rien faire : « Il existait toujours un espace pour la liberté de décision et d’action » (Ecrits Juifs, 648).

b) Anders :   • La monstruosité nazie empêchait qu’on la pense   • Donc qu’on la saisisse   • Donc qu’on puisse agir contre elle

c) La monstruosité est tellement inconcevable   • Qu’une femme juive enceinte demande une poussette dès son entrée dans un camp  - Demande accueillie avec des ricanements   • Pour Günther Anders : elle manifeste l’essence de l’humanité  - Car elle ne peut concevoir que des hommes soient inhumains

d) L’incapacité à concevoir l’inhumain désigne l’humain   • Etre humain, c’était ne pas imaginer possible la barbarie nazie  « Quiconque le conteste – et c’est arrivé parfois -, quiconque, de ces millions de personnes qui étaient ce qu’elles étaient : à savoir conditionnées de mille manières par le monde et l’histoire et habituées à des situations et des réactions repérables, quiconque prétend que ces millions auraient pu réagir de manière plus adéquate à la situation monstrueuse, celui-là ne fait que trahir ainsi un aveuglement des plus désespérés face à la réalité. Et il y a pire encore : c’est celui qui mesure ces humains ordinaires à l’aune de postulats inconditionnels ou d’une image idéale, autrement ; celui qui, parce qu’ils ne correspondaient pas à cette image empathique de l’être humain et ne s’étaient pas mués du jour au lendemain en héros ou en surhommes, les rejette comme des êtres méprisables. Cette sentence elle aussi a déjà été prononcée. Que ce soit précisément la belle vertu d’inconditionnalité qui ait entrainé certains philosophes à se hausser jusqu’à une telle dureté, cela n’est pas tant révoltant que terriblement déprimant. Et à celui qui sait que lui non plus ne pourrait se passer de recourir à de sévères abstractions et à d’inexorables critères pour s’en tirer, pour demeurer capable de faire quelque  déclaration valable : à celui qui réfléchit, cette prétention-là devrait servir de mise en garde contre les dangers du doctrinalisme » (81-82).

e) Le nom d’Arendt n’apparaît pas   • Mais on pense à elle :  - Aveuglement désespérant devant la réalité  - Excès d’intellectualisme  - Mesure du monde au principe du seul idéal  - Exigence d’un héroïsme impossible  - Dureté de jugement  - Doctrinalisme.


3./ LA COMPARAISON NAZISME/COMMUNISME

a) Günther Anders fustige l’un des protagonistes de la « Querelle des Historiens » :   • Ernst Nolte qui publie le 6 juin 1986 dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung : « Un passé qui ne passe pas »

b) Thèse fonctionnaliste :   • Les meurtres de race commis par Hitler   • Etaient une réponse aux meurtres de classe perpétrés par Staline

c) L’URSS menaçait le restant de l’Europe avec ses Goulags et son système concentrationnaire

d) Hitler en a préservé l’Allemagne avec son fascisme national-socialiste

e) Thèse intentionnaliste :   • Hitler voulait la solution finale depuis le départ

f) Arendt est morte lors de cette polémique   • Anders semble l’impliquer à son corps défendant   • Anders refuse de comparer les deux régimes

g) Staline a commis des crimes de masse, mais sans planifier   • Ni légitimer moralement ou philosophiquement ses forfaits   • Staline n’aurait jamais voulu « fabriquer systématiquement des cadavres » (146) .   • Ce qui définit le programme national-socialiste

h) Mettre « sur le même plan, moralement, les deux dictatures (comme on nous l’a suggéré durant des décennies, avec le chant de sirène des opportunistes politiques, pour leur coller une seule et même étiquette « totalitarisme ») » (143) ?    « Nous aurions été entraînés sur un mauvais front » (id).


4./ GENEALOGIE DU MAL

a) Arendt : mal radical, péché originel, faute ontologique

b) Anders : « les gens de gauche tels que moi » (143).   • Lecture sans transcendance :  - Sur l’aliénation produite par notre monde technologique.


5./ « NOUS, FILS D’EICHMANN »

anders-nous,-fils-d-eichmanna) Lors de la première lettre (1964) Klaus Eichmann a 28 ans   • A la seconde (Avril 1988) : 52 ans

b) Günther Anders ne s’adresse pas de la même manière :   • Au jeune homme qui vient de perdre son père par pendaison   • Et à l’homme mûr un quart de siècle plus tard

c) S’adresse à lui comme à un philosophe   • S’adresse à sa raison, à sa logique, à son intelligence, à son bon sens   • Ni mépris, ni haine, ni violence, ni ressentiment, ni vengeance.

d) Le contraire de l’heuristique de la peur   • Une heuristique de la raison   • Qui ne convaincra pas le fils…

e) Ouvre ainsi la lettre :   • Pas question de rendre le fils responsable de ce que faisait le père   • Ce qui serait donner raison au père antisémite   • Pour qui l’enfant juif était coupable de la judéité de ses parents

f) Mais on ne peut empêcher la malédiction d’être fils d’Eichmann   • Mais « fils de », il peut cesser de l’être.

g) Il y eut deux pères de Klaus Eichmann :   • Adolf Eichmann probablement bon époux, bon père   • Adolf Eichmann acteur zélé de la solution finale   • Si Klaus Eichmann ne peut éviter d’être le fils du premier   • Il peut éviter d’être celui du second.

h) Il y a quelque chose d’immérité à être le fils de Eichmann II.   • Autant immérité que la détresse de 6 millions de Juifs.   • Ontologiquement Klaus Eichmann est une victime de son père   • Au même titre que 6 millions de Juifs.   • Voilà pourquoi un chapitre de ce livre s’intitule « Six millions un »

i) Anders s’interroge :   • Que faire de ces deux pères ?   • Y en a-t-il un qui prend le dessus sur l’autre ?   • Peut-on aimer l’un et détester l’autre ?   • Qu’advient-il quand on découvre que deux pères habitent le corps que l’on connaît ?   • Comment faire son deuil de deux pères perdus ?   • Auquel réserve-t-on sa peine, sa douleur ?   • Y a-t-il même pitié ? Pour lequel des deux ?

j) Anders essaie de se mettre à la place de Klaus Eichmann   • Et avoue ne pas y parvenir   • Pourquoi ?

k) Parce que pour ressentir douleur, deuil et pitié   • Il faut du respect   • Et qu’on ne peut respecter n’importe qui   • Seul quiconque se rend respectable est digne de respect

l) Pour être respectable et respecté Klaus Eichamnn doit souscrire à la proposition de Günther Anders :   • Aimer le père I   • Répudier le père II.   • Puis s’engager dans un processus de conversion existentielle   • En devenant un militant de la vie et de la survie de l’humanité   • Là où son père a brillé comme un militant de la mort

m) Eichmann père n’était pas respectable   • Eichmann fils ne saurait le respecter sans devenir lui-même indigne de respect   • Anders ne peut se mettre à la place de Klaus Eichmann.


6./ QU’EST-CE QUI EST MONSTRUEUX ?

a) Quand y a-t-il monstruosité ?   • Quand il y a volonté de détruire industriellement des millions de gens   • Quand on trouve des gens pour réaliser ce projet   • Dès que les hommes renoncent à leur honneur, leur dignité, leur humanité, leur libre-arbitre   • Pour servir cette idéologie

b) Ce qui a eu lieu peut revenir   • Il faut se mettre dans la position que ça ne se répète pas   • On doit mener ce combat, même s’il sera difficile à gagner

c) Pour ce faire : aller à la racine de la monstruosité

d) Généalogie du mal :   • La racine ?  - La place prise par la technique dans notre civilisation   • Notre monde est devenu énorme : il a cessé d’être nôtre : « Ce que nous pouvons faire désormais (et ce que nous faisons donc effectivement) est plus grand que ce dont nous pouvons nous faire une image » (52).   • Décalage entre ce que l’on fait  - Et ce qu’on peut se représenter   • Notre faire  - Excède notre représentation de ce faire   • Notre capacité à faire est illimitée  - Notre capacité à penser ce faire est limitée  - On ne conçoit plus ce que l’on peut déchainer   • Nous avons perdu notre capacité à concevoir, percevoir  - Mais aussi à ressentir le mal    « Nous devenons des analphabètes de l’émotion » (57) devant des informations trop grandes pour nous.   • Nous sommes froids, insensibles, impassibles, imperturbables devant ce qui est excessif et démesuré.  « Six millions demeurent pour nous un simple nombre, tandis que l’évocation d’une dizaine de tués aura peut-être encore quelque résonnance en nous, et que le meurtre d’un seul homme nous remplit d’effroi » (58).   • Une nouvelle racine au monstrueux : « L’insuffisance de notre sentir » (58).

e) La triple source de la répétition du mal  - Incapacité à concevoir,  - Incapacité à percevoir,  - Incapacité à ressentir   • Dans cette configuration, nous perdons tout sens de la responsabilité

f) Auschwitz, Hiroshima, la fin de l’humanité.


7./ LE DEVENIR MACHINE DU MONDE

a) Eichmann a été monstrueux   • Car il n’a pas eu besoin de se représenter   • Ce qu’il a vraiment vu

b) A-t-il été victime du décalage réalité / représentation ?   • Non, car ce qu’il a vu ne l’a pas conduit à « une peur salutaire » (68)

c) Ce que Eichmann a fait   • S’apparente à ce que font les ouvriers dans le processus de production :  - Ils ont perdu le sens du projet global   • Tout au détail, ils sont « d’infimes segments d’un processus d’ensemble » (90).   • Comme le prolétaire qui répète indéfiniment son geste   • Le criminel de guerre effectue de petits gestes qui semblent sans relation

d) Notre monde se transforme en machine   • Le principe de ces machines :  - Performance maximale  - Génération de méga-machines par les machines  - Exigence de la soumission des hommes aux machines  - Pour produire « une machine mondiale » (94) :  - Un monde transformé en immense parc à machines  - Activées par des humains devenus des machines  - Sous forme de pièces pour ces machines…

e) « Le monde en tant que machine, c’est vraiment l’Etat technico-totalitaire vers lequel nous nous dirigeons » (96).

f) Anders rapproche totalitarisme technologique & totalitarisme national-socialiste :   • Ceux qui résistent aux deux totalitarismes   • Sont liquidés « en tant qu’être humains » (99).

g) Auschwitz n’est pas atypique mais prototypique :   • Notre futur a déjà eu lieu sous forme nazie   • La malédiction est devant nous

h) Günther Anders : plus tard, le III° Reich sera perçu comme « une simple scène provinciale, expérimentale » (101).   • Les 6 millions de victimes paraîtront dérisoires   • En témoignent :  - La prolifération des armes nucléaires  - Le projet de guerre nucléaire auquel des milliers de gens travaillent  - Et qui vise la destruction de l’humanité  - La bombe atomique « pourrait transformer le monde entier en un camp d’extermination » (112).  - En ce sens, nous sommes « des fils d’Eichmann, du moins des fils du monde d’Eichmann » (104).


8./ « LE PRINCIPE EICHMANN DE NOTRE MONDE »

a) L’expérience faite par Klaus Eichmann quand il découvre la coïncidence des deux pères   • Nous la faisons en découvrant :  - Que le monde nazi et la réalité technologique sont une seule chose

b) Les tenants du « principe Eichmann de notre monde » (112) ?   • Les partisans de la pulsion de mort

c) Il faut s’y opposer   • Et rallier les défenseurs de la pulsion de vie

d) Si Klaus s’y ralliait, on pourrait parler d’« un Eichmann pour la paix » (113).   • Son nom pèserait plus lourd que celui de tous les autres

e) Pareil ralliement pourrait entrainer des quolibets   • Mais les rieurs entreraient ainsi dans le monde de l’abjection

f) Certains anciens nazis ont compris et ont épousé ce combat-là.


9./ LA SECONDE LETTRE

a) Günther Anders découvre dans la presse un article dans lequel Klaus Eichmann dit que : « L’avenir rectifierait et purifierait à nouveau l’idée de justice traînée dans la boue par la condamnation de (son) père ; que la sentence du tribunal ne représentait rien d’autre qu’une preuve supplémentaire du triomphe de l’argent juif » (118).

b) Klaus Eichmann l’a t-il dit ?   • N’est-ce pas un scoop de la presse qui ment ?   • Propos truqués, mal rapportés ?   • Envie de faire scandale ?   • Sursaut d’affection compréhensible pour le père ?   • Maladresses d’expression ?   • Günther Anders attend confirmation ou infirmation.

c) S’il souscrit, alors il est un Eichmann de plus,    « Un authentique Eichmann, sinon même quelque chose de pire encore que ce pire : Eichmann en personne » (125).   • On pourrait hypothétiquement trouver quelques excuses au père (« sa débilité totale » ou bien encore « l’appareil terroriste totalitaire » sinon « la conjoncture »…)   • Mais aucune au fils.   • Anders demande :  - Et le fils du fils d’Eichmann, que dira-t-il, lui, un jour, le jour où il saura ?   • Il prendra acte de l’abjection de son grand-père,   • Il aura honte   • Ne faut-il pas briser la chaîne des malédictions ?   • Infidèle à son père, Klaus Eichmann serait fidèle aux générations futures.


10./ UN TEXTE ANTI-NAZI

a) Günther Anders recourt à deux notions utilisées par les nazis :   • La Sippe (25) :  - La Famille : dans le texte : « le principe de ‘responsabilité familiale’ »  - Acception médiévale : un groupe humain lié par le sang  - Et non un contrat intellectuel  - Les nazis souhaitent réhabiliter ce sens   • La Treue (45) : la Loyauté, la Fidélité.  - La valeur qui rend possible la communauté national-socialiste  - Noyau dur de la morale germanique  - Lien inconditionnel entre une personne et une idéologie via le serment  - Rend possible le principe du Chef  - Adolf Eichmann a expliqué son comportement par cette loyauté

b) Günther Anders demande ainsi que Klaus Eichmann rompe avec le nazisme de son père :   • En cessant d’être solidaire d’une famille par le sang   • En se déchargeant du fardeau de la loyauté du père.


11./ « AUSCHWITZ N’A PAS EU LIEU »

a) 25 ans plus tard, Klaus Eichmann n’a pas réagi…   • Günther Anders croit toujours possible que le fils renie son père mort depuis un quart de siècle

b) La Shoah se banalise   • D’autres la mettent en perspective d’autres massacres

c) Certains récusent la culpabilité collective du peuple Allemand

d) D’autres imputent la faute au peuple Juif   • Afin d’obtenir des Allemands et des Autrichiens une impossible rédemption   • Qui justifierait la haine reportée sur les victimes

e) Les négationnistes gagnent du terrain   • Ils affirment qu’« Auschwitz n’a pas eu lieu » (140)   • Ils profanent les cadavres en disant qu’il n’y a pas eu de cadavres   • On prête aux victimes l’invention de la Solution Finale

f) Cette nouvelle configuration exige plus que jamais   • Une défense de la pulsion de vie

g) Günther Anders ne renonce pas et veut toujours que Klaus Eichmann rejoigne ce camp   • Quiconque n’empêche pas la destruction de la planète est un fils d’Eichmann

h) Anders conclut : « Triste, mais vrai : l’infidélité peut-être une vertu » (158).


BIBLIOGRAPHIE :

• Günther Anders, Nous, fils d'Eichmann, Payot – Trad. Sabine Cornille & Philippe Ivernel

• Rony Brauman, Eloge de la désobéissance, Le pommier

• Stanley Milgram, La soumission à l'autorité, Calmann Lévy

• Arendt, Eichmann était d'une bêtise révoltante, Fayard

• Ernst Nolte, La Guerre civile européenne (1917-1945) : national-socialisme et bolchevisme, Librairie Académique Perrin

• Ernst Nolte, Entre les lignes de front, Entretiens avec Siegfried Gerlich, Ed. du Rocher

 


26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 08:04

 

 

Du 28 juillet au 29 août 2014 (du lundi au vendredi, de 11h à 12h) France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2013-2014 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 12e année,

« La pensée post-nazie : Hannah Arendt, Hans Jonas, Günther Anders »


__________________

22) « QUI EST ALIENE ET QUAND ? » - 26.08.2014



  • Écoutez les conférences en direct sur le player ci-dessus (11h-12h)
  • Les players de la réécoute seront successivement  intégrés sur ce blog selon les conditions définies par France Culture qui les met en partage 
  • Vous pouvez également PODCASTER les conférences sur le site de l’émission, les archiver, prêter à vos amis, emprunter dans les médiathèques...
  • Chers internautes, n’oublions pas que les conférences à l’Up de Caen sont constamment présentées comme GRATUITES ! Ne les achetons donc  pas ! Ne remplissons pas les poches de Frémeaux & Associés ! Ne soyons pas des CON-SOMMATEURS !

 

SYNOPSIS  

 

1./ LES EVENEMENTS VIENNENT A NOUS

Guenther-Anders-mit-Hund-in-Kaliforniena) La télé et la radio fournissent les individus en informations   • Comme en eau ou en gaz.

b) Le produit n’est pas artistique ou ludique   • Mais des évènements réels : « du moins ceux qui ont été sélectionnés, chimiquement purifiés et préparés pour nous être présentés comme une « réalité », ou tout simplement pour remplacer la réalité elle-même » (129).

c) Ce qui est dehors arrive dedans   • L’extérieur du monde pénètre les familles.

d) Le réel extérieur :   • Trop complexe pour le saisir dans sa totalité, dans sa diversité, dans sa complexité   • On ne le comprend que saisi dans le prisme médiatique.   • Ce faux réel éclipse le vrai réel   • « Les évènements viennent à nous, nous n’allons pas à eux » (129).   • Sport, messe, explosions atomiques…

e) Que se passe-t-il quand nous n’allons plus au monde ?   • Nous ne sommes plus au monde   • Nous le consommons comme un produit   • Quand il vient à nous comme image,   • Il est présent et absent,   • Donc fantomatique.   • Quand nous allumons le poste : « Nous détenons une puissance divine » (131).   • Quand le monde s’adresse à nous   • Nous ne pouvons nous adresser à lui.   • Nous sommes condamnés au silence   • Et à la servitude.   • Nous sommes transformés en espions et en voyeurs.   • Une fois retransmis   • L’évènement devient une marchandise mobile omniprésente.   • Sa duplication en autant de postes en fait un produit de série.   • Devenu reproduction, image   • L’événement abolit la différence   • Entre être et paraître, réalité et image   • L’événement est modifié   • Contraint à correspondre à ce que la reproduction exige de lui   • Quand nous ne consommons plus que des reproductions   • Le monde est aboli.   • On perd le monde, et les émissions font alors de l’homme un « idéaliste » (131).

 

2./ QUI EST ALIENE ?

a) Le monde nous est donné sous forme d’images   • Plus besoin d’en faire l’expérience concrète

Guenther-Anders-Tokyo-Airport 1958b) La vitesse contribue aussi à l’effacement du monde   • Automobile et avion ?   • Fin des pauses, du temps ralenti, des observations   • Des méditations, des rencontres.

c) Le but du voyage n’est pas l’usage du monde   • L’expérimentation concrète de la vérité   • Mais la satisfaction de l’appétit de l’homo viator   • De bouger et d’être présent partout.

d) Sur l’aliénation :   • Marx l’associe au travail, à la marchandise, à la liberté, à la propriété   • Sens révolutionnaire   • L’avant-garde artistique lui fait perdre son contenu subversif   • Après la sociologie allemande des années 20   • Le surréalisme désubstantialise   • Banalisation du mot, banalisation de la chose   • Le mot devient un cliché   • Impossible à utiliser, plus de sens   • L’aliénation peut donc fonctionner à plein   • Impossible de l’analyser, donc de lutter contre elle.

e) Avec la télé, la radio, les medias de masse,   • le monde nous est présenté comme familiarisé   • Pas familier, mais familiarisé :  - Présenté de façon méprisante   • Pour obtenir du consommateur ce qu’on attend de lui.

f) Ainsi : on connaît mieux les stars que ses voisins   • On est familier avec elles   • On connaît leurs corps   • Leurs vies privées, leurs histoires, leurs aventures, leurs maris, leurs femmes   • On passe du temps avec des fictions, des images, des fantômes.

g) En regardant la télé   • Chacun croit que celui qui parle lui parle   • Cette familiarisation invite au tutoiement   • Avec la speakerine, le président de la République  « Ainsi nous sommes systématiquement transformés en copains du globe terrestre et de l’univers, mais en copains seulement : car il ne peut évidemment être question d’une authentique fraternité, d’un panthéisme, d’un amour du lointain ou même d’une « empathie » que ressentiraient nos contemporains si conditionnés » (140).

h) Le passé devient notre copain   • Anders a lu dans un ouvrage universitaire américain   • Que Socrate était « un sacré type » (141).   • Une façon de nous dire que « si le hasard ne l’avait pas fait naître en des temps reculés, (Socrate) ne serait finalement pas très différent de nous, ne dirait rien de plus que nous et ne serait donc pas une autorité pour nous » (id).   • Socrate ne serait donc pas aussi grand qu’on le dit   • Il nous ressemblerait sur plus d’un point.

i) La passion de l’égalité s’appuie sur la Déclaration des Droits de l’Homme   • Ecrêtage du génie au nom de la démocratie   • Effacement de Socrate comme génie, négation comme philosophe   • Tutoiement possible !   • Semblable à soi, il n’a plus rien à nous dire qui soit édifiant   • Il a perdu son pouvoir subversif.

j) La télévision arase les différences   • Elle produit une uniformisation égalitariste   • Jamais obtenue par un régime totalitaire  « Le passé considéré sous le seul angle de la possibilité d’y trouver des copains est aboli en tant qu’histoire » (142).

k) Anders diagnostique une « démocratisation de l’univers » (142).   • Elle se définit ainsi :  1) Egalité des informations qui arrivent au téléspectateur  2) Tout a le droit à se faire entendre/voir dans le désordre  3) Toute préférence est un odieux privilège  4) La familiarisation est un processus de neutralisation :  - On rend simple, abordable, semblable à soi  - Donc on égalise, plus rien n’a d’importance.

l) Il y a aliénation :   1) Quand on passe sa vie en compagnie de ces fictions intimes   2) Le matin, au réveil, on allume la radio pour solliciter « les copains portatifs » (148).  - Qui nous suivent toute la journée  - Sous forme de publicités, de fantômes dans les journaux, les médias   3) En présence d’une personne qui écoute une radio portative dans un compartiment  - Etonnée de la présence réelle   • Peut-on parler d’aliénation s’il n’y a ni Moi ni Je ?   • Et s’il n’y avait même plus rien à aliéner ?


3./ LE MODE FANTOMATIQUE D’APPARITION

a) La véritable présence suppose la réciprocité   • La retransmission suppose « une ambiguïté ontologique » (153) de ce qui est transmis :  - Présence et absence, réel et apparence, là et pas là  - Ni présent ni absent le réel devient un fantôme  - Le fantôme d’un véritable match de foot…

b) Depuis toujours l’image suppose un décalage temporel   • Le producteur travaille d’après modèle, il effectue une copie   • Avec la télé : l’image est synchrone avec le réel, elle est simultanée

c) Consommer ces images du monde ne rend pas présent au monde   • Mais nous en abstrait   • Les gens qui regardent la télévision sont « coupés de toute relation et rendus incapables de fixer leur attention : ils sont devenus de purs compagnons de l’instant » (157).   • Tout se passe dans l’ici et le maintenant.   • Plus ni passé ni avenir, juste un point de présence dans le moment.

d) La peur du néant fait consommer des images de façon boulimique   • Chaque organe est occupé lors de la consommation de ces fantômes :  - Manger en regardant la télé  - Prendre son petit déjeuner en écoutant la radio  - Lire un magazine en mâchouillant du chewing-gum  - Bronzer en lisant  - Accumuler les activités

e) Ne pas consommer :   • Entrer dans un temps de détresse   • Conjurer paix, liberté, solitude, calme, recueillement, méditation   • Pour consommer frénétiquement objets, choses, images, nourritures, vêtements, magazines   • « L’individu a été transformé en un « dividu », il est désormais une pluralité de fonctions. La destruction de l’homme ne peut manifestement pas aller plus loin. L’homme ne peut manifestement pas devenir plus inhumain » (164).

f) Les fantômes sont devenus nos modèles   • Grands-mères tricotant devant leur télé   • Plus souvent en compagnie des héros de télé que de leur famille

g) Certaines femmes se comportent comme leurs modèles cinématographiques   • Deviennent des reproductions de reproduction pour rivaliser avec des fantômes   • le monde des fantômes entre en collision avec le réel   • Et les fantômes gagnent…


4./ LA TRANSFORMATION DU MONDE EN BIBELOT

a) La production veut que le spectateur ne distingue plus l’être et l’apparence   • Il faut familiariser le réel   • Le transformer en quelque chose de futile, d’anodin   • Le macrocosme se fait passer pour un microcosme   • Nos yeux fonctionnent comme des jumelles inversées   • La télé occulte la véritable dimension du monde

b) Les courses automobiles retransmises :   • Semblent des courses de modèles réduits   • Accident mortel ?  - Pas plus grave qu’une collision entre deux jouets   • La miniaturisation empêche de tirer les conclusions qui s’imposent

c) Idem avec la bombe atomique   • L’image falsifie l’ampleur de l’événement   • Elle nous trompe   • On croit vrai le faux ; on croit faux le vrai.


5./ QUAND Y A-T-IL « NOUVELLE » ?

a) Quand, sur simple perception,   • On fournit au téléspectateur un renseignement sur ce qui est absent

b) La nouvelle présentifie une information   • Qui vient jusqu’à la personne qui la consomme

c) Elle donne une partie de ce qui est absent   • Cette partie dissimule le tout   • Ce qui est montré cache ce qu’il y a à dissimuler

d) La nouvelle prive le téléspectateur de liberté   • Car elle inflige une vision fragmentée d’une partie de la réalité   • Son fantôme

e) La télévision et la radio abolissent « la différence entre vivre un événement et en être informé, entre l’immédiateté et la médiation » (183).

f) Jadis, les objets étaient transportables   • Pas les faits   • La maison est transportable  - Mais pas l’incendie de la maison  - En revanche, cet événement devient transportable comme nouvelle  - Il se déplace comme information – il se téléporte.   • Radio et télé transforment les objets en faits

g) Ces faits sont des fantômes qui sont des marchandises   • Le produit manufacturé prive de la vérité des faits au profit de la fiction   • Toute marchandise est un jugement   • La nouvelle : « C’est un préjugé apparaissant sous forme d’image qui, comme tout préjugé, dissimule son caractère de jugement mais – puisqu’il reste secrètement un jugement - épargne au consommateur l’effort d’avoir à juger par lui-même » (187).   • La nouvelle est un produit   • Une marchandise configurée pour produire un effet   • Le destinataire de la nouvelle est un client qui consomme

h) La nouvelle est un produit manufacturé   • A partir d’une totalité dont on prélève un fragment pour le présenter comme le tout   • Elle est un jugement imposé par le producteur de l’émission qui impose sa vision du monde   • Avec du son et des images qui font prendre ses fantômes pour la réalité

i) Or il prive le téléspectateur de sa liberté de jugement en lui infligeant ses fantômes

j) L’aliénation se trouve dans cette transformation du réel en fantômes   • Et la présentation de ces fantômes en seule et unique réalité.


6./ DIRIGER AVEC DES STEREOTYPES

a) Emissions et agencements d’émissions   • Le monde construit par la télé produit des stimuli pour obtenir des réponses   • Produire un homme nouveau nourri de fantômes  « La tâche de ceux qui nous livrent l’image du monde consiste ainsi à confectionner à notre intention un Tout mensonger à partir de multiples vérités partielles » (188).

b) Exemple du national-socialisme :   • A produit une image fausse du monde en la présentant comme vraie : avec le stéréotype   • Dans une revue nazie : Juif présenté comme enjuivant   • Entretenir la propagande par du faux présenté comme du vrai   • « ‘Que ma représentation soit votre monde’ dit la volonté qui produit les matrices. Ainsi parlait Hitler » (195).   • Les millions de morts de la Shoah ont donc été perpétrés « en se fondant sur des images » (190)…

c) Le stéréotype vise à obtenir des comportements   • Conditionnement télévisuel et auditif   • Moins on sent le conditionnement, plus il est efficace   • Il faut faire désirer le consentement   • Il faut conditionner les désirs   • Il faut standardiser les besoins  « Apprends à avoir besoin de ce qui t’es offert. Car les offres de la marchandise sont les commandements d’aujourd’hui » (197), voilà le mot d’ordre de notre époque.

d) Quiconque refuse le conditionnement passe pour non chrétien   • Sous prétexte de manquer d’humilité et de manifester de l’orgueil   • Ou bien pour un non-démocrate,   • Sinon pour un malade social.

e) On ne peut plus se passer de ce que l’on a   • le manque est vécu comme une faim, une souffrance   • L’accoutumance est le mode du besoin :   - Prenant l’exemple du Coca-Cola, Günther Anders écrit : « La demande est donc le produit de l’offre, et le besoin le produit du produit » (202).

f) Nous sommes dans un monde de marchandises   • Et nous ne sommes plus que des marchandises parmi d’autres marchandises.   • On ne peut plus se passer de marchandises :  - Qui pourrait vivre sans électricité ? Sans voiture ?  - Ce serait proprement un suicide social.


7./ PHENOMENOLOGIE DE LA PHOTOGRAPHIE

a) Le réel n’est plus la matrice   • Mais les produits obtenus par elle

b) Plus les produits sont nombreux   • Plus ils paraissent réels

c) En vertu du principe que « Ce qui n’a lieu qu’une fois n’est pas » (204),   • Ce qui est, c’est ce qui est démultiplié,   • Proposé en quantité, transformé en marchandises pléthoriques.   • « Le réel devient le reflet de son image » (205).

d) Le réel = ce qui est produit en série   • La singularité n’existe pas   • Seules existent les multiplicités   • La vérité, c’est la série

Guenther-Anders-Auf-dem-Weg-nach-Hiroshima-1958-e) Les touristes devant un monument :   • Les dupliquer, en faire des fantômes pour mieux en jouir  « Ce qu’ils voient, ils ne le voient que pour le photographier, et ce qu’ils photographient, ils ne le photographient que pour l’avoir » (207).

f) Appuyer sur l’obturateur :   • Recouvrer une sérénité perdue devant l’objet unique qui angoisse

g) Rentrés chez eux, les touristes possèdent en effigie ce qu’ils ont photographié   • Ils transforment l’unicité en objet de série  « Les copies constituent pour eux la réalité » (207).

h) « Ce qui compte pour eux n’est pas d’y être mais d’y être allé » (208) .   • Ce qui a été constitue une possession certaine   • Devant une image, le passé devient réel   • Au contraire du présent qui fuit et ne peut devenir une marchandise   • Une fois fixé, ce qui fut est véritablement

i) Si on proposait un voyage avec interdiction de photographier   • Certains refuseraient   • Que faire, sinon, de son présent ?   • Que faire du monument dont la fonction est d’être photographié ?   • Seuls la photo ou le film donnent une consistance   • A ce qui peut être transformé en marchandise

j) La photo agit sur la mémoire   • Elle substitue le fantôme à la mémoire vive   • L’image au souvenir véritable   • On fait moins confiance à ce qu’on pourrait se remémorer   • Qu’à ce que la photo nous montre

k) Sur le principe du musée   • Ce que nous sommes se réduit   • Aux images de ce que nous avons été

l) Ce qui est compte pour rien   • Ce qui a été photographié compte pour tout.


8./ LA DIALECTIQUE DES MATRICES

a) Les matrices conditionnent les évènements   • En les rendant possibles comme reproductions

b) Le réel ainsi produit conditionne les consommateurs   • Le réel c’est ce qui est reproductible, donc reproduit   • Ce réel produit des hommes nouveaux   • Dialectique des matrices qui produisent des matrices   • Dans lesquelles les individus ne sont plus rien

c) Cette logique induit cinq conséquences :   1) « Le monde « va parfaitement » à l’homme et l’homme va parfaitement au monde » (223). - Cette coïncidence assimilable à celle du vêtement prêt à porter rend presque impossible la résistance.   2) « Le monde a disparu en tant que monde » (224).   • Le monde appartient désormais aux objets comestibles, faits pour être ingérés, digérés, détruits, remplacés.   • La fonction du monde c’est de disparaître en tant que monde.   3) « Notre monde actuel est « post idéologique » » (224).   • Plus besoin, après coup, de justifier par de l’idéologie le monde nouveau   • Car « Mentir devient superflu quand le mensonge est devenu vrai » (225).   4) « Ceux qui sont conditionnés ont été préparés à l’être » (226).   • La matrice produit des matrices qui produisent des matrices   • Les fantômes produisent des fantômes qui produisent des fantômes.   • L’individu est le produit mécanique de ces matrices et de ces fantômes.   5) « L’existence, dans le monde du pays de cocagne post-idéologique, n’est absolument pas libre » (226).   • Pays de Cocagne = rêve matérialiste d’un âge d’or devenu consommable   • Les fantômes arrivent en quantité et s’imposent.


9./ TRAVAIL SANS FRUIT, FRUITS SANS TRAVAIL

a) Au XIX° :   • Les travailleurs sont privés du fruit de leur travail :  - Planter ses légumes, les soigner, les récolter, les préparer, les manger

b) Au XX° :   • Le travailleur est dépossédé du travail :  - Les légumes arrivent dans une boîte

c) A propos de celui qui travaille :   • « Sa vie - notre vie à tous - est doublement aliénée : elle n’est pas seulement faite de travail sans fruit mais aussi de fruits obtenus sans travail » (229).

d) Dès lors, les hommes recherchent le travail,   • L’effort qu’on ne leur demande plus   • Ils croient manifester une résistance

e) Alors qu’ils pourraient acheter simplement   • Ils veulent construire de leurs mains

f) Les transports sont faciles   • Ils se créent des challenges pour marcher, courir

g) On peut acheter des vêtements   • Certains les tissent

h) Le week-end permet une débauche en la matière :   • Allumer un feu dans la campagne avec un barbecue au gaz,   • Cuire lui-même sur le grill des saucisses convoyées dans une glacière,   • Monter la toile de tente à la façon d’un conquérant de terres inconnues,   • Monter comme un puzzle les pièces de sa table de camping   • Poser sur le produit monté la radio qui l’assure de disposer de ses fantômes à satiété.   • Sujets tragi-comiques, « désir puéril des adultes » (213), farce contemporaine…

i) Cette résistance n’en est pas une :   • Elle a déjà été préemptée par l’industrie qui fait d’énormes bénéfices

j) Délire de l’expression de soi créative :   • Conjurer l’ennui dans un monde plein de fantômes   • Artistes, créateurs, peintres, potiers, écrivains …   • Activités sensées montrer la liaison entre travail et fruits.   • « Cette tragi-comédie (…) n’est qu’une simple régression de l’homme obsolète, équipé de tout le luxe marchand des temps modernes, vers une étape obsolète de la production et de l’existence – une régression qui ne peut par définition jamais atteindre son but, puisque son esprit et son style s’y opposent absolument » (233).   • Même quand on croit résister, on collabore…


anders -obsolesescence de l'homme

BIBLIOGRAPHIE :

• George Grosz, Günther Anders, Allia

• Günther Anders, La haine à l’état d’antiquité, Rivages

• Günther Anders, Agir pour repousser la fin du monde, Kimé

• Christophe David et Karin Parienti-Maire (dir.), Günther Anders : Agir pour repousser la fin du monde, Revue Tumultes, no 28-29, octobre 2007

• Günther Anders, De la désuétude de l'homme, Editions du Jasmin

 


Profil

  • quatuor
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc

La publicité, peut-on y échapper ?

 

Je lave mon cerveau avec la pub  

 pub-2

La pub nous a été imposée par OverBlog. Pour désactiver les messages publicitaires ici et partout sur le Net, installez gratuitement en un seul clic Adblock Plus.


Recherche

Archives

Nos vidéos