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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 23:28

 

 

Du 28 juillet au 29 août 2014 (du lundi au vendredi, de 11h à 12h) France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2013-2014 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 12e année,

« La pensée post-nazie : Hannah Arendt, Hans Jonas, Günther Anders »

 

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15/ LES QUESTIONS ET LES REPONSES DES AUDITEURS  3/4 - 15.08.2014


  • Écoutez les conférences en direct sur le player ci-dessus (11h-12h)
  • Les players de la réécoute seront successivement  intégrés sur ce blog selon les conditions définies par France Culture qui les met en partage 
  • Vous pouvez également PODCASTER les conférences sur le site de l’émission, les archiver, prêter à vos amis, emprunter dans les médiathèques...
  • Chers internautes, n’oublions pas que les conférences à l’Up de Caen sont constamment présentées comme GRATUITES ! Ne les achetons donc  pas ! Ne remplissons pas les poches de Frémeaux & Associés ! Ne soyons pas des CON-SOMMATEURS !

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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 23:38

 

 

Du 28 juillet au 29 août 2014 (du lundi au vendredi, de 11h à 12h) France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2013-2014 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 12e année,

« La pensée post-nazie : Hannah Arendt, Hans Jonas, Günther Anders »

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14) « LA VIE PHILOSOPHIQUE DE HANS JONAS » - 14.08.2014




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SYNOPSIS

1./ UNE FAMILLE JUIVE INTEGREE

hans Jonas-2a) Une vie philosophique   • Aux antipodes de la vie de professeur de Heidegger.

b) Né dans une famille juive le 10 mai 1903 à Münchengladbach   • Père fabricant de textile

c) 11 ans au début de la 1ère guerre   • Son « père alla aussitôt à Cologne, au Bureau Central de l’équipement de l’armée dont relevait notre région, pour faire des propositions de toiles de tentes et autres matériaux qui pourraient intéresser l’armée. Il fut vraiment l’un des premiers à se présenter et, je l’appris par la suite, il en rapporta d’énormes commandes. Les affaires marchaient donc à merveille » (15).

d) Très patriote la communauté juive s’engage massivement   • La classe ouvrière manifeste peu d’enthousiasme à défendre la patrie   • Heidegger échappe à la mobilisation pour raison de santé.

e) Des soldats logent dans la maison   • On parle un allemand châtié, cultivé, sans trace de dialecte   • Ne pas se faire remarquer comme Juif   • On ne « judaïsait pas » (21)   • « Cependant tout mariage avec un non-juif était totalement exclu » (22).

A./ LE PERE

a) Le père ne va pas à la synagogue le jour du Shabbat, il travaille   • Mais il assiste aux grandes cérémonies juives   • Rites non suivis à la maison   • Même s’il y a vaisselle pour la viande, vaisselle pour les laitages   • Pas de porc.

b) Le père n’a pas fait d’études   • Y a renoncé avant le bac pour s’occuper de la fabrique familiale   • S’interdit le mariage avant d’avoir marié ses 3 soeurs   • Et conduit ses 5 frères au bout de leurs études supérieures.   • Un 6ème garçon mort en bas âge.

c) Se marie en 1900   • 1901 : premier enfant.

B./ LA MERE

• Fille de rabbin   • Dépressive   • Effectue la charité   • Aime les beaux-arts   • grande culture   • Joue du piano :   • « Quand l’argent afflua grâce aux livraisons de guerre, la plus spectaculaire des acquisitions réalisées à ce moment-là fut un piano à queue Blüthner, en remplacement du piano qui avait servi jusqu’alors » (25).

C/. FRERE DE L’ENFANT MORT

a) Jonas : futur philosophe de la vie   • S’interrogera sur la bioéthique, l’éthique médicale, l’euthanasie.

b) Frère handicapé   • Maladie incurable – ossification progressive des articulations.

c) 1916, à 14 ans ½ l’enfant tombe et se brise la colonne vertébrale

d) Sa mère entre dans un état de prostration   • Pendant une année de vie végétative   • Hans et Léo, son autre frère, ont vécu avec cette mère-là

e) La famille avait prévu que les deux frères fêteraient leur bar-mitsva ensemble   • La fête est plusieurs fois repoussée, Ludwig étant dans les hôpitaux   • Ludwig est mort un mois avant le 13ème anniversaire de Hans.

D./ LA FORMATION

a) Dès cette époque, Hans a beaucoup lu   • Connait bien mythologie germanique, histoire ancienne, classiques.   • Veut devenir peintre, prend des leçons de peinture   • Lit beaucoup de poésie   • La philosophie supplante le tout   • A l’université : philo, histoire de l’art   • Fréquente la bohème de Mönchengladbach, ses poètes, ses peintres   • Découvre l’expressionnisme allemand.

b) Son père lui offre les études qu’il veut :   • Un savoir pur, idéal, dissocié d’implications pratiques   • Part pour 7 années d’études :  - Fribourg avec Husserl, Heidegger  - Berlin (1921/1922) : études judaïques   • Rencontre Stern, Arendt   • Strauss, Scholem, Buber, Rosenzweig.


2/. LA DECOUVERTE DU SIONISME

 • Entre la révolution de novembre 1918 et le printemps 1921 (son Bac).    • Découvre le sionisme, au grand dam de son père    • Ambiance tendue avec son père    • Le père croit que l’antisémitisme disparaitra avec l’assimilation   • Sionisme et Etat juif / assimilation dans le pays   • Parle « d’effroyables bagarres » (48)   • Sous les pleurs de sa mère    • Crée un petit groupe sioniste d’une dizaine de personnes   • Se bat physiquement contre les antisémites   • Obtient son bac    • Demande 12 arbres qu’il ira planter en Palestine    • Manifeste alors un total désintérêt pour les Palestiniens expropriés    • Prétend qu’il s’agit de sols marécageux dont personne ne veut   • Achetés à des prix supérieurs à leur valeur   • Imagine qu’Arabes et Juifs vivront en paix…


3/. LA DECOUVERTE DES PROPHETES

a) Lit les textes juifs, hindouistes, bouddhistes

b) Lit le Zarathoustra – trouve que c’est son moins bon livre…

c) Découvre la sagesse des Prophètes de la Bible qu’il place au-dessus de tout   • Avec eux, la Bible devient vivante   • Le divin s’exprime par la voix des prophètes :   • « Ils proclament, en courant les plus graves dangers, ce que personne ne veut entendre et ce qui choque tout le monde. Ils apportent quelque chose de neuf, qui est d’ordinaire dérangeant et non édifiant, pas un sermon dominical, mais quelque chose qui fait irruption dans le cours des choses de façon perturbante, pour arracher les hommes à leur endurcissement obstiné ou irréfléchi envers leurs congénères » (45).   • Autoportrait…

d) Ecrit une soixantaine de pages sur cette morale qu’il estime indépassable   • Il a 17 ans

e) Son oeuvre obéira à cette injonction prophétique   • « J’étais fier d’être issu de cette tradition prophétique » (46)

f) Découvre Kant   • Lit et comprend Les fondements de la métaphysique des moeurs   • Lit mais ne comprend pas la Critique de la raison pure

g) Donne la clé de son univers philosophique :   • Les Prophètes + Kant   • Car, « en fin de compte, la morale kantienne dérive à sa manière de l’esprit biblique, et il n’y a aucun doute que l’impératif catégorique et la Parole du Sinaï sont liés d’une façon ou d’une autre. En tout cas, je sentais là une parenté » (46).   • Judéo-christianisme vu du côté juif   • Comme Nietzsche voyait le judéo-christianisme côté chrétien.


4/. LE SIONISME CONCRET

a) Mars / octobre 1923 :   • Apprend le métier d’agriculteur avec de jeunes juifs   • Chez un horticulteur qui produit des céréales, élève du bétail   • Transforme des cochons en jambons   • Verger et potager   • Laboure avec un cheval, récolte   • Parle philosophie avec son patron   • Gagne de quoi se faire de l’argent de poche   • Nourri, logé sous les combles   • Travaille 14 heures par jour   • Epuisé.

b) Fin du séjour :   • Le paysan l’invite à continuer… dans la philosophie

c) Suit les cours de Heidegger.


5/. LE NAZISME

a) Avoue ne pas l’avoir pris au sérieux   • Croyait qu’arrivé au pouvoir, Hitler ferait preuve de son incompétence.

b) Le 1er avril 1933 :   • Date du boycott des magasins juifs,   • Des professions libérales.   • Comprend qu’il faut partir   • Emigre à Londres fin août 1933

c) Se promet de ne remettre les pieds en Allemagne que « sous l’uniforme d’une armée conquérante » (96) ;   • N’a pas lu Mein Kampf.   • « Quelqu’un se respectant intellectuellement ne pouvait s’abaisser au point de s’imposer la lecture d’une telle ordure. C’était bien sûr une erreur » (95).   • Cf. Thalès et la servante Thrace…

d) Aryanisation des biens de son père   • Son père envoie de l’argent en Palestine   • Il meurt d’un cancer en janvier 1938   • 1942 : mort de sa mère à Auschwitz

e) 1945 : l’aviation alliée bombarde l’Allemagne,   • Disparition de l’usine de son père   • Plus tard, dans l’une de ses conférences, Jonas retrouve le pilote du bombardier.


6/. « ADRESSE AUX HOMMES JUIFS »

a) Pendant la guerre :   • Rédige un appel pour mobiliser les Juifs afin qu’ils participent à la guerre :   • Notre participation à cette guerre. Adresse aux hommes juifs   • Grand texte de philosophie concrète   • Présenté dans une réunion publique à Jérusalem le 6 octobre 1939   • Distribue ce texte rédigé en allemand (et non en hébreu)   • A touché très peu de gens…

b) « C’est notre heure, c’est notre guerre » (138) ;   • Hitler a déclaré la guerre aux Juifs en 33, il faut la mener   • La Palestine juive aurait attaqué Hitler si elle avait existé   • « Non pas Juda contre le monde, mais Juda avec le monde contre l’ennemi du monde » (140)

c) Il s’agit « de la première guerre de religion de l’époque » :   • Le judéo-christianisme contre le national-socialisme qui est un paganisme

d) Défend l’idée de formations juives combattant dans les rangs alliés   • « Nous voulons une légion juive sur le front occidentale »   • Une légion pan-juive qui rassemble les juifs du monde entier   • Il en va de l’honneur juif.

e) Rencontre un commandant militaire anglais   • Jonas propose des unités juives combattant sous le drapeau juif   • Mais sous commandement britannique   • On lui rit au nez…

f) Rencontre le Consul général de France à Jérusalem   • Propose des soldats juifs sous commandement français   • Le Consul répond que les juifs peuvent s’engager dans la Légion.

g) Les amis de Jonas se réjouissent de ces fins de non recevoir…   • Estiment le projet généreux mais irréaliste   • Nous sommes en octobre 1939…

h) La défaite de la France change la donne   • On envisage de créer des unités palestiniennes de volontaires   • Jonas s’engage, il a 37 ans.   • Churchill consent au regroupement des unités juives éparses :   • Septembre 1944, naît le Jewish Brigade Group   • Avril 1945, Jonas participe à la bataille de Senio :   • Enfoncent les lignes allemandes et pénètrent à Bologne en libérateurs.

i) Pendant ce temps, il élabore sa philosophie de la vie   • Sa correspondance avec sa femme :   • Un journal de bord ontologique, métaphysique, philosophique.

 

7/. DANS L’ALLEMAGNE DETRUITE

a) Jonas entre dans l’Allemagne vaincue   • Traverse les villes en ruines   • Croise des convois de juifs libérés des camps errants sur les routes   • Renvoie à Primo Levi, Les naufragés et les rescapés   • Pour souligner que « les kapos luttaient eux-mêmes pour leur propre vie, en quelque sorte, fut-ce en sacrifiant celle des autres » (164).

b) Pense le mal de façon subtile :   • Le mal nazi fit que des juifs firent le mal   • Pas de condamnation des juifs   • Mais une preuve que le mal était du côté des nazis.

c) Jonas attendait des excuses des Allemands   • Une façon d’affirmer la responsabilité collective des Allemands   • Ne souhaite ni épuration, ni rénovation   • « Pour moi, le peuple allemand pouvait tout bonnement aller au diable. A mon avis, la culpabilité allemande était telle que la seule attitude appropriée eût été les excuses publiques et une contrition générale ; cependant je découvrais qu’à part les amis, la plupart des Allemands avec lesquels nous avions des contacts ne voulaient pas voir ce qui s’était produit, ou bien assuraient qu’ils n’y avaient pas participé eux-mêmes. Personne ne reconnaissait avoir participé aux évènements. Ce qu’on entendait dire par les Allemands était la plupart du temps d’une complaisance répugnante ; ils s’efforçaient de gagner par la flatterie ceux qui régnaient maintenant sur eux en vainqueurs et pouvaient leur accorder des faveurs, aussi affirmaient-ils sans relâche : « Il était effroyable, cet Hitler, ce bouffon, ils nous a tous plongés dans le malheur. Il ne nous restait rien d’autre à faire que de suivre le mouvement ». Je n’entendis pas un seule fois confesser un aveuglement, mais rien que protestation d’innocence et le déni de ce qui apparaissait au grand jour : « Non, ce n’est pas crédible » » (170).   • La demande de pardon ne vint jamais.   • Ni la reconnaissance qu’il y eut erreur, faute.   • Cf. Jankélévitch sur le pardon.

d) Jonas décide de ne jamais remettre les pieds en Allemagne   • Il y reviendra…


8./ AVEC ET SANS ISRAËL

a) Dans cette configuration   • Trouve normale la création de l’Etat d’Israël.   • Une terre pour les juifs traqués et persécutés   • Novembre 1945, rentre à Jérusalem, retrouve sa femme et ses amis.

b) Chargé d’enseignement à l’université   • Enseigne l’histoire de la philosophie à l’English Council of Hight Studies de Jérusalem   • Perd ce poste avec la fin du mandat britannique.

c) Création de l’Etat d’Israël en 1948   • La guerre est déclarée à Israël par l’Egypte, la Jordanie, l’Irak et le Liban.   • Ils envahissent Israël.

d) Jonas habitait un village arabe sur les collines de Judée   • Se voit inviter à quitter les lieux   • Déménage.

e) L’armée d’Israël l’incorpore pour la guerre dite d’indépendance   • Il a 49 ans   • Vie précaire, spartiate, tension avec les arabes, difficultés avec l’hébreu   • Pas envie que ses enfants n’aient à faire la guerre un jour   • Avait sollicité un poste auprès de G. Scholem à l’université de Jérusalem   • L’obtient, mais part.


9./ EN AMERIQUE

HJonasa) S’exile au Canada grâce à Léo Strauss   • Cours privés   • Très bien payés   • Auprès du fils d’un industriel juif sioniste qui blanchissait l’argent avec la bienfaisance…

b) Père de famille :   • Une fille, Ayala   • Un fils, John, qu’il fait circoncire.

c) Mai 50 : premier poste à l’université   • Enseigne l’histoire de la philosophie   • Décide de ne pas rentrer en Israël et de faire carrière aux Etats-Unis.

d) Devient professeur à New-York

e) Père pour la 3ème fois

f) Enseigne 21 ans à la New School for Social Research   • De janvier 55 à l’automne 1976, date de sa retraite.

g) Côtoie Arendt   • Stern, son ancien mari : « Homme ambitieux et vaniteux » (212)   • Heinrich Blücher, son nouveau mari :   • « Comparé à Gunther Anders, il ne semblait pas représenter le tout premier choix, mais je m’aperçus au fil des années qu’il avait beaucoup d’importance pour elle et que c’était là un réel mariage d’amour » (213).   • Blücher était libertin, Hannah Arendt n’appréciait guère.   • Elle a renoué sexuellement avec Heidegger après la guerre…   • Hannah Arendt s’opposait au féminisme    • Elle disait : « Je suis tout à fait contre. Je n’ai pas envie de perdre mes privilèges » (214).


10./ EICHMANN CASUS BELLI

a) Fâcherie Arendt / Jonas   • Jonas lui reproche d’avoir écrit que la solution finale a « été planifiée par les nazis, certes, mais non sans avoir été aussi partiellement tolérée par les juifs ou rendue possible dans une certaine mesure par leur collaboration forcée, parfois aussi, empressée » (216).

b) Jonas lui reproche le ton du livre   • Son antisionisme   • Son ignorance « vis-à-vis des choses juives » (216)   • Dit qu’elle n’a jamais lu la Bible   • Ni l’histoire des Juifs de leur origine jusqu’au XIX°   • Dit de sa connaissance du judaïsme qu’elle se révélait « fort indigente et en partie erronée » (218).

c) Arendt fut sioniste   • Quand elle comprit avec Hitler que l’assimilation avait raté   • Après guerre, elle prend ses distances avec le sionisme   • Puis elle cesse de l’être   • Désolation de Jonas et de ses amis.

d) Mais comme Jonas a quitté Israël,   • Il s’estime mal placé pour lui faire la leçon.

e) Estime que dans son livre elle est :   • Sarcastique, mal informée, approximative, fautive   • Qu’elle ignore l’origine de l’étoile jaune au Moyen-Age   • Qu’elle fait à tort du sionisme un nationalisme   • Qu’elle se trompe en faisant de l’antisémitisme éternel une invention sioniste de la fin du XIX°   • Qu’elle attribue à tort aux juifs « la coresponsabilité de la Shoah, au lieu de dépeindre la participation forcée à notre propre anéantissement comme un fait tragique, effrayant » (219)   • Qu’elle montre morgue et assurance en jugeant les Juifs des Conseils   • Et en affirmant qu’elle ne se serait pas mal comporté si elle était restée en Allemagne   • Qu’elle soutenait la thèse de la « banalité du mal » comme si Eichmann était innocent obéissant aux ordres   • Alors qu’il était un antisémite avéré et un nazi barbare dans les faits.

f) Jonas prend l’initiative de la fâcherie   • « Son livre sur Eichmann avait détruit la base sur laquelle nous pouvions humainement nous entendre, le fondement même de notre amitié » (219) écrit-il. Elle avait répondu, poursuit-il, à une lettre de Gershom Scholem « publiquement de manière méprisante » » (219).   • Elle semblait avoir perdu la raison, agressait, se comportait « comme une possédée » (220).   • « Son comportement ne méritait plus le respect » (220).   • Ne se saluent plus quand ils se croisent   • Mme Jonas les réconcilia après deux années de fâcherie.


11/. UNE ONTOLOGIE DU VIVANT

a) Etudie les sciences de la nature   • Pour pénétrer le mystère de l’Etre   • Anti-Heidegger.

b) Qu’est-ce qui distingue animal, végétal, humain ?   • Rédige un livre sur la philosophie de l’organisme   • Refus de son éditeur après 2 années de silence   • Convient :   • Que l’ouvrage était écrit dans une langue inutilement systématique et par trop philosophique.   • « Dans le jargon de Heidegger ou de Kant » (234).

c) Retravaillé, ce livre s’intitule Organisme et liberté   • Parait en anglais en 1963   • Et 10 ans plus tard en Allemagne   • Textes épars.   • « Je le considère comme mon oeuvre philosophiquement la plus importante, car les linéaments d’une nouvelle ontologie s’y trouvent développés » (238).

d) Oppose une ontologie biologique à l’ontologie de Heidegger.   • « Ma thèse : l’essence de la réalité s’exprime de la manière la plus complète dans l’existence proprement organique de l’organisme, non pas dans l’atome, ni dans la molécule, ni dans le cristal, ni non plus dans les planètes, les soleils et caetera, mais bien dans l’organisme vivant, qui sans doute est corps mais ne manque pas de receler en lui quelque chose de plus que le simple être muet de la matière. A partir de ce point, il devient possible en général de développer une théorie de l’Etre » (238).

e) « Une philosophie de l’organique conduit nécessairement (sic) à une éthique » (239).   • Développe une pensée de la biologie, de la mort, de la nature, de la technologie, de la médecine.   • Intègre un comité d’éthique.

f) Ecrit sur la théologie :   • Un Dieu qui s’efface pour mieux s’affirmer.

g) Dans ses Souvenirs :   • Jonas décrit son trajet avec une complaisance à son endroit   • Estime ses travaux majeurs   • Ses recherches nouvelles   • Ses intuitions inédites   • Ses conférences décisives…


12/. LE VIEUX SAGE

hans jonas-5a) 70 ans, écrit Le principe responsabilité   • En allemand pour aller plus vite qu’en anglais   • Hannah Arendt lui dit : « Je commence par te dire ma certitude que c’est là le livre auquel Dieu te destinait » (245)   • Un dieu auquel ils croient l’un et l’autre.

b) L’ouvrage sous-titré Essai d’une éthique pour la civilisation technologique paraît en 1979.   • Il pose la question :   • Comment vivre et que faire dans un monde où la technologie met en péril l’existence, la vie et la survie de la planète ?

c) Jonas dit qu’il propose une réflexion totalement inédite dans l’histoire des idées   • (Cf. Thoreau, John Muir, Fourier)

d) Devient une vedette en Allemagne.   • Donne une légitimité philosophique à ce qui devient le principe de précaution…

e) Lui reste 14 ans à vivre   • Publie beaucoup   • Obtient des prix et distinctions   • Nombreux entretiens télé et radio

f) Sollicité par le SPD pour son Congrès de juin 1986 :   • Intervient sur la politique juridique en matière de génie génétique   • Les députés se querellent sur la façon de l’interpréter   • Le chancelier Helmut Schmidt est un lecteur.


CONCLUSION

a) Depuis la publication du Principe, les choses ont empiré :   • Le marxisme n’a pas pris en charge la sauvegarde de la planète   • Le capitalisme non plus   • Tous deux productivistes   • Les pays de l’Est ont pollué à grande échelle   • La social-démocratie   • Engluée dans l’électoralisme   • Ne peut mener de politique à long terme

b) Jonas en appelle à « un nouvel ascétisme »   • Et à « un socialisme désenchanté »   • Qui repose sur le droit et les conventions internationales

c) Meurt le 5 février 1993 à son domicile près de New-York.   • Il avait 90 ans.


BIBLIOGRAPHIE :

• Primo Levi, Les naufragés et les rescapés, Gallimard

• Primo Levi, Si c’est un homme, Julliard

• Jankélévitch, Le pardon, Aubier

• Jankélévitch, Pardonner ?, Seuil

• Jankélévitch, L’imprescriptible, Seuil

• Marvano, La brigade juive, tome 1 Vigilante, Dargaud

• Jean Soler :  - L’invention du monothéisme, de Fallois  - La Loi de Moïse, de Fallois  - La Violence monothéiste, de Fallois  - Qui est Dieu ? de Fallois

 


12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 23:06

 

 

Du 28 juillet au 29 août 2014 (du lundi au vendredi, de 11h à 12h) France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2013-2014 dans le cadre de l’UP de Caen :

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13) « JONAS, UN ENFANT JUIF DE HEIDEGGER » - 13.08.2014

 

 

 

 

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SYNOPSIS

 

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1./ L’ENFANT JUIF DE HEIDEGGER

a) Comme Arendt, Marcuse, Horkheimer, Strauss, Levinas, Löwith, Anders,   • Jonas fait partie des enfants (juifs) de Heidegger.

b) Troublés par le nazisme de Heidegger et son absence de regrets jusqu’en 1976

c) Dans ses Souvenirs, Jonas explique :   • Après guerre il a renoncé à la philosophie heideggérienne de l’existentialisme   • Pour élaborer sa philosophie de la vie   • Thèse sur la Gnose abordée avec le matériel conceptuel de Heidegger   • Jonas tient pour une étroite liaison entre théorie et pratique du philosophe   • Le nazi a tué le philosophe chez Heidegger.


2./ LA VIE PHILOSOPHIQUE DE JONAS

Juif engagé :   • Dans la lutte antinazie :  - Brigade de volontaires Juifs associés aux Alliés entre 1943 et 1944   • Dans son combat pour la vie :  - Les rapports de l’homme à la technique  - La préservation de la planète  - La mort dans les hôpitaux  - L’euthanasie  - La bioéthique  - La théologie – Dieu après Auschwitz.


3./ LA METHODE PHILOSOPHIQUE

a) Suit les cours de Husserl sur la philosophie moderne   • Sa méthode répétitive l’ennuie   • Husserl la présente comme la panacée   • Qui permet de résoudre tous les problèmes en suspens avant lui

b) Mme Husserl est dans la salle   • Elle dénonce les étudiants qui parlent entre eux…

c) A cette occasion, Jonas rencontre Arendt qui devient son amie


4./ LA FASCINATION DE HEIDEGGER

a) Jonas s’inscrit au séminaire de Heidegger en 1924 (21 ans)   • L’enseignement lui paraît aussi difficile que celui de Husserl   • Avoue que Heidegger est « un brillant pédagogue » (57).   • Ecrit tout de même : « Je me rappelle que je ne comprenais à peu près rien de ses commentaires (…). Je le suivais un moment, puis je perdais le fil et ne savais plus exactement ce qu’il voulait dire. Mais ce que je ne perdais pas, c’était le sentiment que tout cela était d’une extrême importance, même si je ne comprenais pas » (58).

b) Suppose qu’il en est ainsi aussi pour les autres étudiants   « Cependant l’impression se répandait alors que cela était d’une très grande importance. Heidegger avait atteint dès avant Etre et temps une sorte de cryptocélébrité, et parmi les initiés le bruit circulait qu’un philosophe s’avançait ici sur de nouveaux chemins : ‘ C’est là qu’il faut aller apprendre la philosophie ! ‘ » (59).

c) Incompréhensible mais majeur…

d) Löwith décrit Heidegger :   • Surnommé « le petit magicien de Messkirch » (Ettinger, 18), son village natal.   • Ne regardait jamais longtemps quelqu’un en face   • Fronce des sourcils songeurs   • yeux baissés   • Visage impénétrable   • Jette parfois un regard dans l’assemblée mais le reprend aussi vite   • Méfiant, prudent, rusé   • Knickerbockers avec un manteau de paysan de la Forêt-Noire   • Taillé dans un tissu sombre, col militaire, revers large   • Teint mat, cheveux noirs   • « C’était un petit homme sombre qui savait ensorceler (…). La technique de ses cours consistait à échafauder une structure complexe rassemblant ses idées, pour la démanteler par la suite et laisser l’étudiant stupéfait et désorienté face à une énigme. Cet art d’apprenti sorcier comportait des risques : il attirait des esprits plus ou moins dérangés et une étudiante se suicida après trois ans d’énigme » (Ettinger, 19).


5./ HEIDEGGER : UN « RABBIN MIRACULEUX » ?

a) Jonas, Souvenirs :   • Chapitre intitulé « Marbourg : sous l’emprise de Heidegger et de la Gnose »

jonas-souvenirs.jpgb) Séminaire sur :   • Le commentaire effectué par un scolastique sur L’être et l’essence de Thomas d’Aquin   • Jonas lit les textes pour se mettre à niveau

c) « J’eus vite fait de renouer avec l’état de la discussion, mais j’avais du mal à supporter la chapelle heideggérienne des étudiants en philosophie, avec son attitude bigote et hautaine et sa tendance à s’attribuer la possession de la vérité divine. Ce n’était plus de la philosophie mais une affaire de secte, presque une nouvelle croyance qui me répugnait profondément. Beaucoup de ces jeunes adorateurs de Heidegger, qui venaient de loin, certains de Königsberg, étaient de jeunes juifs – et ce ne pouvait relever d’un pur hasard, bien que je n’aie pas d’explication à fournir. Mais cette affinité était plutôt unilatérale. J’ignore si Heidegger trouvait à son goût de voir ainsi affluer vers lui de jeunes juifs, mais il était en soi totalement apolitique. (…) Il se développait alors à Marbourg une atmosphère qui n’était pas saine, et relevait plutôt de la relation que les croyants entretiennent avec le loubavitch, comme si Heidegger était un tsaddiq, un rabbin miraculeux ou un gourou » (78-79).

d) Jonas et Arendt résistaient à cette fascination – écrit Jonas   • Jonas parle d’« une sainte vénération » ou d’« une sorte de dévouement prétentieux et exclusif à Heidegger » (79).

e) Or ce qui est dit, écrit, professé, publié prouve le contraire :   • Jonas et Arendt étaient fascinés.   • Lé dénonciation de la fascination accompagne la fascination.


6./ HEIDEGGER A GENOUX DEVANT ARENDT

a) Jonas et Arendt ont été très amis   • Mais jamais amants

b) Raconte la rencontre Heidegger / Arendt :   • Dans son bureau envahi par le crépuscule   • Heidegger accompagne Arendt à la porte et :  - Hannah Arendt raconte : « Tout à coup, il se mit à genoux devant moi. Je m’inclinais et de sa position il leva les bras vers moi et je pris sa tête entre mes mains ; il me donna un baiser que je lui rendis » (83).

c) Jonas commente :   • Pas une banale histoire professeur / élève   • Mais relation exceptionnelle   • Puis Jonas donne une information qui, comme souvent avec Heidegger, contredit la précédente : « Heidegger avait jeté son regard sur elle. Elle n’était point la seule, car de temps à autre, je ne l’appris que plus tard, il s’intéressait aux étudiantes, et je n’ai pas entendu dire qu’une d’entre elles lui eût jamais résisté. Mais ces liaisons étaient d’une autre nature – elles ne commençaient sûrement pas par un agenouillement et n’eurent sans doute pas non plus ces répercussions pour toute la durée de la vie. Au contraire, ici est né quelque chose dont les deux partenaires ne se sont, au fond, plus jamais affranchis. Quand plus tard quelqu’un, après un cours, me demanda comment j’expliquais qu’au lendemain de la guerre Hannah ait si vite pardonné à Heidegger son national-socialisme, je lui répondis : ‘Je peux répondre d’un mot : l’amour. Il pardonne bien des choses’ » (83).


7./ LE BAISER DE JONAS A ARENDT

a) Hannah Arendt raconte cette histoire à Hans Jonas pour éviter d’avoir une histoire avec Hans Jonas…   • Jonas (21 ans) et Arendt (18 ans) se rencontrent en 1924   • Au séminaire de Bultmann sur le Nouveau Testament   • Deviennent amis   • Lui la trouve fascinante, captivante, exceptionnelle, attirante, séduisante – ses mots   • Il lui semble qu’elle n’est pas insensible à ses charmes   • Elle attirait les hommes ; il dit avoir été sensible au charme des femmes   • Mais dit n’avoir jamais eu de relations sexuelles avec elle.

b) Commence une longue amitié interrompue par la mort   • Déjeunent régulièrement,   • Demande l’autorisation de fumer avant la fin du repas   • Il la protège des importunités masculines   • Elle le protège de la brutalité du monde : « Elle avait l’âme robuste et pouvait regarder en face les horreurs du monde, cela d’une manière dont elle ne me croyait pas capable. Elle savait que les choses profondément perturbantes me déséquilibraient par trop et qu’il fallait m’en préserver » (82).   • Elle se confie, raconte son intimité   • Ce qui, pour Jonas, interdit l’amour ou l’érotisme.

c) Hannah Arendt raconte son histoire d’amour avec Heidegger dans une situation particulière :   • Malade, fiévreuse, Jonas la visite dans sa chambre  « Il se produisait ce qui est presque inévitable entre individus de sexe différent éprouvant un penchant mutuel. Hannah était belle, je n’étais pas repoussant non plus. Le résultat fut que nous avons échangé un baiser, que je l’ai tenue un peu dans mes bras. Elle allongée dans son lit, moi assis sur le bord, elle en chemise de nuit – mais alors je pris congé. Il y eut entre nous de la tendresse et, en dehors de cette tendresse, une note clairement érotique qui pouvait être comprise comme un commencement de modification de notre amitié dans le sens d’une relation amoureuse. Mais j’eus alors assez d’honnêteté ou d’élégance pour ne pas vouloir abuser d’une telle situation au moment de nous quitter » (84).   • Il se lève, quitte la pièce, elle le rappelle, puis lui raconte l’histoire  « Dès cet instant-là, il fut évident qu’il ne pouvait y avoir de relation érotique entre Hannah et moi. Pour moi, elle était devenue taboue. C’est précisément ce qu’elle voulait obtenir – se confiant à moi justement pour m’empêcher de nourrir des espérances » (84).   • Relation désormais amicale :   • Quelques baisers, quelques étreintes quand ils se retrouvent ou se quittent.


8./ LA THESE DE JONAS

a) Avec Heidegger, sur La gnose et l’esprit de l’antiquité tardive   • Avec les catégories heideggériennes :  - Analyse existentiale, herméneutique de l’être humain  « La manière singulièrement pénétrante et vivifiante dont Heidegger interprétait les textes était quelque chose de bien particulier et de très stimulant » (85-86)…

b) Heidegger distant, froid, peu intéressé par ses étudiants   • Ne prend jamais de nouvelles de l’avancement   • Laconique   • Automne 1928, Jonas remet sa thèse. Sans réponse pendant plusieurs mois.   • Heidegger croise Jonas par hasard à un concert :   • Et dit sans s’arrêter : « Votre travail est excellent »   • Jonas aura les félicitations du jury.


9./ SUR LE SIONISME

a) Invité par Heidegger dans son chalet avec des étudiants pour faire du ski   • Hans Jonas parle du sionisme   • Il vient d’assister au XVI° Congrès des Sionistes   • Heidegger n’a aucune idée de ce qu’est le sionisme

b) Jonas pense que la création de l’Etat d’Israël aurait vidé le cours de Heidegger   • Qui croyait que ses concepts feraient florès là-bas avec ses étudiants

c) A cette époque, Heidegger recommande des étudiants Juifs qui partent pour un poste en exil  « Non, Heidegger n’était pas personnellement antisémite » (88).


10./ PHILOSOPHE ET NAZI

a) Jonas reverra sa position…   • Dans son Discours du Rectorat du 27 mai 1933   • Heidegger donne à l’université la mission d’accompagner le renouveau « spirituel » national-socialiste   • Heidegger tient son poste de Husserl, philosophe Juif   • Se fâche avec lui, ne le salue plus,   • Lui interdit la bibliothèque   • Husserl mourant, la femme de Heidegger l’invite à aller le saluer   • Heidegger prétexte une maladie qui le cloue au lit et n’y va pas   • Quand Husserl meurt   • Heidegger ne salue pas sa mémoire en chaire   • Quand reparaît Etre et temps   • Heidegger supprime la dédicace à Husserl.

b) A Londres où il s’est exilé fin août 1933,   • Un ami de Jonas lui dit :  « Comment es-tu allé vers lui ? C’est ce que je ne puis toujours pas saisir. Et pourquoi son attitude t’étonne-t-elle à ce point ? Les dispositions à un tel comportement étaient reconnaissables dans la pensée de Heidegger. Il n’y a pas là de réelle surprise, car bien des traits de cette pensée, par exemple le romantisme du sol et du sang et autres choses semblables, l’amènent à approuver le réveil national » (225).   • L’irrationalisme heideggérien comme propédeutique au national-socialisme.

c) On peut être intelligent, philosophe, cultivé – et barbare  « Le ralliement du penseur le plus profond de l’époque à la marche au pas fracassante des bataillons bruns m’apparaissait comme une catastrophique débâcle de la philosophie, une honte à l’échelle de l’histoire mondiale. Je m’imaginais à cette époque-là que la philosophie devait mettre à l’abri de telles erreurs, qu’elle devait immuniser l’esprit contre elles. Mieux encore, j’étais convaincu que fréquenter les choses les plus élevées, les plus importantes ne pouvait qu’ennoblir l’esprit d’un être humain et rendre aussi son âme meilleure. Or, je prenais maintenant conscience que la philosophie n’avait manifestement pas obtenu cet effet, qu’elle n’avait pas empêché cet esprit de s’égarer au point de payer son tribut à Hitler, pire encore – si mes interlocuteurs ne se trompaient pas -, elle l’y avait visiblement prédisposé » (226).

d) Jonas parle « d’une cruelle et amère déception » (225)   • D’un « coup épouvantable » d’un point de vue personnel   • Mais aussi pour toute l’histoire de la philosophie.

e) Mais Jonas n’interroge pas la remarque de son ami :   • Y a-t-il dans sa pensée de quoi « prédisposer » au nazisme ?

f) Si oui : Arendt et Jonas n’ont rien vu

g) Mais que savoir d’un philosophe auquel on ne comprend rien   • Et dont on dit tout de même qu’il est génial ?

h) Mécanismes de la fascination :   • Jaspers demande à Heidegger : « Comment un homme aussi dénué de culture qu’Hitler pourrait-il gouverner l’Allemagne ? »   • Réponse de Heidegger : « La culture est tout à fait indifférente… Regardez donc ses merveilleuses mains », Jean-Claude Gens, Karl Jaspers, 162,   • Ce passage de l’Autobiographie philosophique de Jaspers a été tronqué par les éditions Aubier.


11./ L’ALLEMAGNE POST-NAZIE

a) Jonas traverse l’Allemagne en ruines dans la Brigade Juive   • Il découvre la mort de sa mère à Auschwitz en 1942.

b) Eté 45, à Mönchengladbach,   • Rencontre une femme qui a connu sa mère dans le ghetto de Lodz   • Elle lui apprend la disparition de sa mère dans une chambre à gaz.

c) La fabrique de son père a été aryanisée   • Voit des gens qui ont récupéré des meubles de ses parents   • D’autres qui ont été juifs kapos.

d) Il voit des Allemands :   • Qui refusent de croire aux chambres à gaz   • Et à la solution finale   • Qui ont collaboré   • Mais disent n’avoir jamais été complices.

e) Aucun ne manifeste de regrets   • N’exprime une contrition   • N’avoue un aveuglement   • « Je ne pourrai jamais pardonner cela au peuple allemand » (167).

f) Poursuit son voyage à Göttingen   • Retrouve l’éditeur de sa thèse   • Qui avait imprimé, édité, diffusé le livre   • Puis retiré de la vente et mis en stock   • Attendait la fin de la guerre qu’il estimait inévitable   • Il propose de remettre le livre dans le circuit et d’éditer la suite   • « Chez vous en tant que maison Vandenhoek & Ruprecht – oui. Mais en tant qu’édition allemande - non. Je ne peux faire cela dans le pays qui a assassiné ma mère » (175).   • Le stock a été diffusé par un éditeur hollandais.


12./ CHOISIR LE NAZI CONTRE SA MERE

a) Après guerre, Jonas rompt avec Heidegger   • Jonas écrivait : « La philosophie oblige aussi à un certain type d’existence et de comportement publiquement éprouvé » (180) ;

b) Conférence de Hans Jonas à Heidelberg en 59/60   • Un ancien collègue de Marbourg et du séminaire devenu professeur   • Mandaté par Heidegger vient le voir après sa conférence :  - Présente les salutations cordiales de Heidegger   • Jonas ne sait que dire, pris au piège   • Répond simplement : « Merci ».

c) Doutant de sa réaction, interroge Bultmann   • Avec lequel Heidegger a agi de même   • Une rencontre a eu lieu   • Bultmann l’a interrogé sur son passé nazi   • Heidegger a répondu qu’il effectuerait une mise au point publique   • Sous forme de « rétractation » (229).   • 10 ans plus tard, elle n’était toujours pas venue   • Bultmann donna raison au simple merci de Hans Jonas.

d) A l’occasion des 80 ans de Heidegger, Jonas oublie sa promesse…   • Il reprend contact avec Heidegger en 1969   • Le présente comme :  - L’un des penseurs les plus importants du siècle  - L’un dont il a le plus appris  - L’un de ceux qui l’a le plus marqué.  - « Un fait majeur, ineffaçable dans ma vie, dans mon existence philosophique » (229).

e) En 1964, fait paraitre une conférence intitulée : Heidegger et la théologie   • Ecrit qu’il était pour le moins « guère acceptable d’entendre célébrer l’homme tel le berger de l’Etre, alors qu’il a piteusement échoué à devenir le gardien de son frère » (231).   • Sollicite les faveurs de Heidegger par lettre – qui y consent   • Pas de meilleure dénazification pour Heidegger   • Que cet empressement de philosophes Juifs à le célébrer, sinon le vénérer.

f) Rencontre à Zurich   • « Une rencontre personnelle, dans laquelle je m’engageais parce que je voulais provoquer une réconciliation qui, en gros (sic), se réalisa effectivement » (233).   • Evoquent les souvenirs du bon vieux temps de Marbourg mais « sans que soient évoquées les choses décisives à mes yeux. Espérant peut-être qu’un mot puisse être dit sur les évènements postérieurs à 1933, sur le sort des Juifs, sur l’Allemagne nazie, sur le destin de ma mère, je fus de nouveau amèrement déçu. Par cette rencontre j’étais allé jusqu’au bout de mes efforts pour rétablir une relation avec Heidegger, mais aucune clarification ne vint de sa part, ni à plus forte raison la moindre parole de regret. Ce qui nous séparait durablement l’un de l’autre resta  enveloppé de silence » (233).   • Une « réconciliation en gros » est-elle une réconciliation ?


CONCLUSION : 80 BOUGIES POUR UN NAZI...

a) Ces 80 ans sont un effacement de la dette nazie   • Arendt écrit un Martin Heidegger a quatre-vingt ans   • Pour dire son engagement nazi,   • Elle parle d’une « escapade » (sic!) (Vies politiques, 318)   • D’une « erreur » (id.).   • Mais quelle erreur ?   • le nazisme ?   • Non   • Mais d’avoir cru philosophiquement que le nazisme réalisait « la rencontre de la technique planétairement déterminée et de l’homme des Temps Modernes » (ibid. 319).

b) Dans une lettre à Gray (25 mars 1967) :   • Elle commente une phrase de Heidegger favorable au nazisme   • Lors de la réédition de son Introduction à la métaphysique : « Il a sans doute laissé cette phrase pour expliquer de manière voilée ce qu’il pensait, lui, que fût le national socialisme, à savoir la rencontre entre la technique totale et l’homme moderne. Cette idée, disais-je, est grotesque ; mais il n’est pas le seul. J’ai trouvé une remarque tout à fait analogue chez Benjamin. Le problème avec ces messieurs était, et a sans aucun doute toujours été, qu’ils ne pouvaient pas lire des livres comme Mein Kampf – beaucoup trop ennuyeux – et préféraient lire les livres passablement cinglés mais beaucoup plus intéressants de futuristes italiens qui devinrent fascistes par la suite » (Young-Bruehl, 582).

c) Jonas rend visite à Arendt aux Etats-Unis   • Raconte cette entrevue à Zurich.

d) Lettre de Heidegger à Arendt (2 aout 1969) : « Ca a été vraiment un plaisir de discuter avec Hans Jonas. Il est manifestement entièrement revenu de la théologie ».   • Jonas avait en effet écrit que :  - La philosophie de Heidegger était incompatible avec la théologie chrétienne  - Qui, à l’époque, se servait d’elle  - Parce que païenne.

e) A Zurich, Jonas fit donc amende honorable sur ce sujet

f) Lettre du 8 aout 1969 : Arendt à Heidegger :   • « Jonas était ici d’une joie exubérante après la rencontre de Zurich, qu’il m’a rapportée, c’est tout lui, dans les moindres détails. Ce n’est pas seulement, loin s’en faut, de la théologie qu’il est entièrement revenu » (Lettre 115).   • La reddition fut donc totale…


BIBLIOGRAPHIE :

• Hans Jonas, Souvenirs, Rivages

• Enrico Donnagio, Karl Löwith et la philosophie. Une sobre inquiétude, Payot

• Elsbita Eittinger, Hannah Arendt et Martin Heidegger, Seuil

• Jaspers, Autobiographie, Aubier

• Jean-Claude Gens, Karl Jaspers, Fayard

• Hannah Arendt, Vies politiques, Tel Gallimard

• Heidegger, Introduction à la métaphysique, Tel Gallimard

 


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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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