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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 23:05

 

 

Du 28 juillet au 29 août 2014 (du lundi au vendredi, de 11h à 12h) France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2013-2014 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 12e année,

« La pensée post-nazie : Hannah Arendt, Hans Jonas, Günther Anders »


__________________

 

1/ PHILOSOPHER EN SE MOQUANT DU MONDE  - 28.07.2014

 

  • Écoutez les conférences en direct sur le player ci-dessus (11h-12h)
  • Les players de la réécoute seront successivement  intégrés sur ce blog selon les conditions définies par France Culture qui les met en partage 
  • Vous pouvez également PODCASTER les conférences sur le site de l’émission, les archiver, prêter à vos amis, emprunter dans les médiathèques...
  • Chers internautes, n’oublions pas que les conférences à l’Up de Caen sont constamment présentées comme GRATUITES ! Ne les achetons donc  pas ! Ne remplissons pas les poches de Frémeaux & Associés ! Ne soyons pas des CON-SOMMATEURS !  

 

      SYNOPSIS

>> UN PREMIER OBSCURCISSEMENT : LE STRUCTURALISME


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«Le déjeuner des structuralistes» de Maurice Henry

 

1./ STRUCTURALISME ET DERAISON PURE :

• La France cartésienne ? Pas au XXe !  - Souscription de philosophes à des idéologies dangereuses  -Nourriture du nihilisme du XXème  - Psychanalyse, pensée magique et déconsidération de la raison  -L’héritage phylogénétique invisible  - L’inconscient métapsychologique 

  Structuralisme :

a) Alain Rey : Dictionnaire culturel en langue française :     « Plus qu’une mode intellectuelle, manifeste en France entre 1960 et 1980, le structuralisme représente une attitude d’esprit,  parfois un ensemble de méthodes qui cherchent, derrière les manifestations observables, des ensembles de relations cachées » Tome IV, page 1029.    • Vieille réactivation entre :  - « Manifestations observables » – le sensible, l’empirique, le phénoménal  - « Relations cachées » - l’intelligible, le nouménal, le transcendantal 

b) Issu de la psychanalyse :   • Les formes qui échappent à l’histoire 

c) Lévi-Strauss, Tristes Tropiques :   « Pour atteindre le réel, il faut d’abord écarter le vécu » (50).

d) Le marxisme a divinisé l’Histoire : l’infrastructure   • Le structuralisme la déclare anathème : l’invariant formel

e) Une machine de guerre anti-sartrienne :   • Contre la liberté, la conscience, l’histoire, le choix

f) Facéties structuralistes :   • Mort de l’homme   • Récusation de l’histoire   • Usage de la raison pour déconstruire et dénigrer la raison   • Pleins pouvoirs à l’affirmation performative   • Transformation de la marge en centre :  - Le fou, le sauvage, l’homosexuel, le schizophrène, le psychotique, l’hermaphrodite, le suicidé   • Disparition du réel au profit des concepts :  - Jeux de langage, de mots, logorrhées, performances intellectuelles


2./ GLAS POUR SARTRE

a) 1974, Glas, déconstruction de la métaphysique occidentale par Derrida   • Abolition du modèle classique d’exposition philosophique :  - Clarté de l’exposé   - Construction de l’argumentation  -Dialectique de la démonstration    • Au profit de propositions textuelles issues de l’avant-garde :  -Monologues solipsistes et autistes de Joyce  - Collages, lacérations, performances, happenings    • Avant-garde poétique :  - Mallarmé, usage du blanc, artifices typographiques, jeux de ponctuation

b) Glas commence au milieu d’une phrase   • Et se finit avec une phrase tronquée 291 pages plus tard   • Pas de majuscules au début, pas de point à la fin   • Page divisée en 2 colonnes :  - Gauche : commentaire de Hegel  - Droite : glose sur Genet   - (Cf. Sartre, Saint Genet, comédien et martyr, 1952)  - (Cf. Bourdieu, Les règles de l’art, 1998 / Sartre, L’idiot de la famille (1971-1972).    • Jeux d’intersection des blocs imprimés   • Changements de police de caractère et de ses formats.

c) Variations sur « Gl » :   • Abondantes dissertations, digressions   • Glaïeul, glaviaux, glaive, glu, verglas, agglutination, glisser, gladiateur, galère, gloire…

d) Citations :   • Poèmes en anglais   • Texte en écriture gothique   • Phrases entre guillemets   • Mots entre crochets   • Définition de dictionnaire   • Graphe d’une signature

e) Mot « couper » coupé en deux :   • Couper le mot « couper » : pour quel sens philosophique ?   • Entre les syllabes s’intercale un texte dans un autre corps   • dans une autre typo   • Texte qui commence au milieu d’une phrase et se termine sur une phrase inachevée   • Sans majuscules, sans points

f) Glas, livre auto-référent   • Ouvert en amont et en aval   • mais fermé sur lui-même, clos   • Exigeant du lecteur la soumission à l’ordre du discours

g) Le prière d’insérer signale :   • Le jeu de mise en page doit produire un effet d’hallucination    • Opposition entre une dialectique, côté gauche, et une galactique côté droit   • Et « entre les deux, le battant d’un autre texte, on dirait d’une autre « logique » : aux surnoms d’obséquence, de pénêtre, de stricture, de serrure, d’anthéréction, de mors, etc. ».

h) En finir avec Sartre (71 ans) :   • Pouvoirs de la raison classique   • Cogito cartésien revu et corrigé par la phénoménologie   • Postulat néo-kantien de la liberté transcendantale   • Fin de l’homme et de l’humanisme occidental.

 

3./ RELIGION DU TEXTE SANS CONTEXTE

a) Foucault, Les mots et les choses (1966) :   • Effacement de l’homme « comme à la limite de la mer un visage de sable »…    L’archéologie du savoir (1969) confirme ces thèses   • Puis L’ordre du discours (1971), leçon inaugurale au Collège de France   • L’effacement de l’homme s’effectue au profit de l’archive : - La vérité du monde se trouve dans le texte qui dit le monde  - Pas dans le monde…   • L’homme compte moins que le discours qui le dit.

b) Barthes, La mort de l’auteur, revue Manteia (1969)   • Repris dans Le bruissement de la langue : -L’écriture n’est pas le lieu d’apparition d’une voix,  - Mais celui de sa disparition   • L’auteur est une invention de la sortie du Moyen-Age    • Thomas d’Aquin n’est donc pas un auteur   • Cet auteur ne précède pas son texte :  - Il est construit par lui   • Il ne parle pas,  - Car c’est le langage qui parle   • L’auteur laisse la place au scripteur sans passions, sans humeurs, sans sentiments, sans impression   • La vérité d’un texte n’est pas issue de son auteur,    • Mais du lecteur,    « La naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’auteur » (495).

c) Reprise de ces thèses par Foucault : Qu’est-ce qu’un auteur ? (février 1969) : « L’auteur n’est exactement ni le propriétaire ni le responsable de ses textes ; il n’en est ni le producteur ni l’inventeur » (Dits et écrits, I.789).  « L’écriture s’est affranchie du thème de l’expression : elle n’est référée qu’à elle même. (…) Elle est un jeu de signes ordonné moins à son contenu signifié qu’à la nature même du signifiant » (793).   • Traductions : - Pas besoin de sens, le son suffit  - Pas besoin de signifier quoi que ce soit, le signifiant suffit   • Célébration de l’art d’écrire pour ne rien signifier   • Invitation à parler pour ne rien dire…    • Reste cette invitation terrible : « Analyser l’œuvre dans sa structure, son architecture, dans sa forme intrinsèque et dans le jeu de ses relations internes »   • Le texte sans contexte


4./ LA VERITE DU MONDE DANS L’ARCHIVE QUI DIT LE MONDE

a) Cette folie philosophante va faire des ravages – elle en fait encore…

b) La philosophie devient analyse de texte, commentaire de commentaire   • Le livre dit plus le monde que le monde ne le dit lui même   • Désormais : - La folie se pense avec Hölderlin, Artaud et Nietzsche, - La vérité avec Ricardo, Cuvier et Adam Smith, - La prison avec Tocqueville, Beccaria et Bentham, - L’histoire avec Feuerbach, Hegel, Marx, - La condition ouvrière avec Lénine, Staline et Mao, - La connaissance avec Lewis Carroll, Michel Tournier et Zola,  -La psyché avec Breuer, Charcot et Freud…

c) Quand paraît la traduction de L’archipel du goulag (1974)   • Althusser se soucie de « jeune Marx », de « manuscrits de 1844 », de « ruptures épistémologiques »

d) Quand on découvre l’usage de la torture psychiatrique en URSS :   • Lacan affirme que l’inconscient est structuré comme un langage

e) Quand le capitalisme se réorganise après Mai 68   • Foucault publie L’archéologie du savoir et affirme que la vérité du monde n’est pas dans le monde.   • Mais dans l’archive qui dit le monde.


 

      >>UN DEUXIEME OBSCURCISSEMENT : HEIDEGGER


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1./ HEIDEGGER, UN PHILOSOPHE INCONTESTABLEMENT NAZI

a) La phénoménologie comme obscurcissement   • Avec un certain usage de Heidegger

b) Heidegger fut incontestablement nazi :   • Carte (n° 312 589)   • Cotise du 1er mai 1933 jusqu’en 1945   • Elu Recteur de l’Université de Fribourg   • Choisit ses collaborateurs parmi les nazis   • Discours du 27 mai 1933 : - L’auto-affirmation de l’Université Allemande   • Envoie quelques jours avant un télégramme à Hitler : - Y parle de « la mise au pas » de l’université dans le sens national-socialiste   • De mai 1933 à fin novembre 1934 : - Plus d’une vingtaine de conférences dans différentes villes allemandes : - Eloge de Schlageter, jeune garçon vénéré par les nazis - Invite à voter massivement pour Hitler - Souscrit à la mythologie du sang et de la race   • Eloge des camps de travail et d’endoctrinement pour étudiants et professeurs   • En dirige certains habillé en uniforme   • Carte postale de Heidegger défilant en tête de la SA de Fribourg   • Fait ses cours en chemise brune   • Salue ses étudiants avec « Heil Hitler ! »   • En août 1933, à Heidelberg : - Il faut « mener un combat rude dans l’esprit du national-socialisme, qui ne doit pas être étouffé sous des conceptions humanisantes, chrétiennes, qui en rabaissent le caractère absolu »

c) Août 1933, prononce un discours à l’Institut d’Anatomie Pathologique de Fribourg :    « Adolf Hitler, notre grand Führer et chancelier, a créé à travers la révolution national-socialiste un Etat nouveau par lequel le peuple doit à nouveau s’assurer d’une durée et d’une constante de son histoire »   • Crée « une chaire de doctrine raciale et de biologie héréditaire», un poste attribué à l’ancien directeur de l’Office de la Race de la SS.   • Discours aux étudiants (3 novembre 1933) :   « Le Führer et lui seul est la réalité allemande présente et future et sa loi »   • 30 novembre 1934, il intervient sur « la situation actuelle et la tâche future de la philosophie allemande » : - Pense la relation du Peuple à l’Etat comme celle qui unit l’étant à l’Etre   • Démissionne par radicalisme : estime que l’université n’est pas allée assez loin dans le sens nazi…   • 1935 : affirme toujours la vérité interne et la grandeur du national-socialisme.   • Après guerre, pas un mot de regret   • 2 décembre 1949, conférence pour le « Club de Brême ».   • Quatre ans après l’ouverture des camps, il dit : « L’agriculture est aujourd’hui une industrie d’alimentation motorisée, dans son essence la même chose (sic) que la fabrication de cadavres dans les chambres à gaz et les camps d’anéantissement, la même chose (sic) que le blocus et la réduction du pays à la famine, la même chose (sic) que la fabrication de bombes à hydrogène »…   • Le tracteur agricole, l’industrialisation de la nourriture, la chambre à gaz, le camp d’extermination, le blocus, voilà, dans leur essence, une seule et même chose


2./ INFLUENCE DE HEIDEGGER EN FRANCE

a) Sartre, Merleau-Ponty, Blanchot, Levinas, Derrida, Ricoeur, Lacan, Foucault, Marion, Henry, Lacoue-Labarthe, Nancy

b) Mars 2013, Jean-Pierre Faye, Lettre sur Derrida. Combats au-dessus du vide.    « Déconstruction » apparait pour la première fois chez Heidegger, Question I    « Logocentrisme » chez Klages, un auteur utilisé par les nazis pour lutter contre la raison des Lumières.    « Comment Derrida, auparavant enfant d’Alger victime des lois de Vichy, en vient-il à placer aux fondations de son discours philosophique une composition de deux termes qui sont empruntés respectivement à Heidegger et Klages, penseurs marqués par la même idéologie cruelle, au coeur de la même nébuleuse historique des pires années du XX° siècle ? ».

c) La pensée de Heidegger ?   • L’oubli de l’être en généalogie du nihilisme,   • Le seul souci des étants comme signe des temps décadents,   • L’ontologie de l’être pour la mort et du souci,   • La vérité de la métaphysique chez les présocratiques (réduits la plupart du temps à Héraclite et Parménide…),   • La critique de la technique moderne,   • L’oeuvre d’art et la poésie comme voies d’accès à l’Etre,   • L’infini jeu de lecture des philosophes classiques : Parménide, Héraclite, Platon, Dun Scot, Leibniz, Kant, Hegel, Schelling, Nietzsche…   • Rien d’une révolution copernicienne en philosophie.

d) Son succès ?  • Dans son jargon…   • Une garantie pour la philosophie institutionnelle de rester ce qu’elle est   • Forme lyrico-absconse, hermétique, ésotérique, sectaire   • Féconde pour créer des disciples en dévotion, des tribus en adoration   • Le psittacisme tient lieu de pensée.

e) Caractère agglutinant de la langue allemande.   • Création de concepts traduits par des néologismes   • Lecture d’une page au hasard de Etre et temps (traduction Vezin) :    « L’analyse du caractère historial d’un util (sic) encore là-devant n’a pas seulement reconduit au Dasein comme à la source de ce qui est historial mais a, du même coup, révoqué en doute que la caractérisation temporelle de l’historial en général puisse s’orienter exclusivement sur l’être-dans-le-temps d’un étant là-devant » (446).

f) Adorno, Jargon de l’authenticité   • Dénonce la supercherie   • Le jargon subjugue mais ne démontre pas

g) Les heideggériens sont dans une logique hypnotique   • Nonobstant l’histoire.



>>UN TROISIEME OBSCURCISSEMENT : LA PHENOMENOLOGIE


phénomenologie

 

1./ UNE PENSEE MAGIQUE, DONC THEOLOGIQUE

a) Dominique Janicaud, Le tournant phénoménologique dans la philosophie française (1990)   • Sartre et Merleau-Ponty recourent à la phénoménologie comme méthode   • Pour penser le réel concert, immanent

b) Cette ontologie qui se contente de l’être devient métaphysique qui envisage l’au-delà de l’être avec Totalité et infini (1961) de Levinas qui parle du « Très-Haut » (23).   • Heidegger avait ouvert la voie à cette métaphysique en parlant de « la phénoménologie de l’inapparent » - séminaire de 1973 – Question IV.

c) La phénoménologie quitte l’objet immanent   • Au profit des essences et des objets transcendants, sinon transcendantaux   • Le réel se trouve congédié   • la philosophie fonctionne alors en circuit fermé.


2./ LES PRODUCTIONS

a) Aucun structuraliste, aucun heideggérien, aucun phénoménologue n’a pensé le réel post-nazi en produisant une oeuvre significative :   • Rien sur :  - La Shoah, le totalitarisme, la bombe atomique, la menace nucléaire, le saccage de la planète par le capitalisme, l’obsolescence de l’homme

b) En revanche, tout ce monde à produit des concepts en quantité :   • Archéologie de discours,   • Découpages d’épistémès,   • Régimes de discours,   • Structures anhistoriques,   • Mythème phylogénétique,   • Coupures épistémologiques,  • Sujet petit a,   • Désir de l’invisible,   • Science grammatologique,   • Déconstruction du logocentrisme,   • Pharmakon,   • Différance,   • Déterritorialisation,   • Corps sans organes,   • Rhizome connecté,   • Des mots ajoutés aux mots pour écarter le réel le plus trivial   • Philosophie institutionnelle, philosophie des professeurs, philosophie subventionnée par l’Etat.

c) Or il existe des philosophes qui ont pensé le refoulé ou l’impensé de ces penseurs d’Etat :   • Hannah Arendt, Hans Jonas, Günther Anders.   • Le programme de cette année.


BIBLIOGRAPHIE :

• François Dosse, Histoire du structuralisme, Livre de poche

• Derrida, Glas, Galilée

• Foucault, Les mots et les choses, Gallimard

• Foucault, L'archéologie du savoir, Gallimard

• Foucault, L'ordre du discours, Gallimard

• Foucault, Dits et écrits, Gallimard

• Jean-Pierre Faye, Lettre sur Derrida. Combats au-dessus du vide, Germina

• Adorno, Jargon de l'authenticité, Payot

• Dominique Janicaud, Le tournant théologique de la phénoménologie française, Editions de l'éclat

• Dominique Janicaud, Heidegger en France, tomes I et II, Albin Michel

• Emmanuel Faye, L'introduction du nazisme dans la philosophie, Albin Michel

 


 

Réactions

 

  • « Michel Onfray, le réalisme spéculatif et le blues du concept », Agent Swarm, 23.08.2014

"Michel Onfray élabore sobrement une philosophie réaliste depuis une bonne vingtaine d’années. Sa critique des philosophies pratiquant le culte du concept au détriment de la vie concrète l’amène à diagnostiquer un abandon du réel en faveur de théories qui cherche la vérité du monde plutôt dans les textes et les archives que dans ce qui est empiriquement constatable ou vécu. Il décrit une série de véritables obscurcissements de la philosophie à commencer avec la phénoménologie et le structuralisme.

Onfray réserve une place à part pour Martin Heidegger et les heideggériens français. Les engagements nazis de Heidegger et le décalage entre le comportement réel du philosophe et le portrait conceptuel hagiographique proposé par certains de ses disciples amènent Onfray à interroger l’image de la pensée présente dans les textes de Heidegger. Il trouve une faute irréparable dans la façon heideggérienne de poser la différence ontologique et de se soucier plus de l’Être (aux yeux de Michel Onfray une construction conceptuelle à manier avec extrême prudence) que des êtres. C’est cette obsession de l’Être, la préférence pour le monde intelligible au-dessus du monde intelligible, et la survalorisation du concept qui ont abouti à une vacance éthique, qui pouvait être remplie des projections bienveillantes des “belles âmes” acolytes, mais aussi des pires partis pris et des instincts les plus bas."


26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 16:18

 

Dans le dossier du Point du 24 juillet 2014 intitulé "Notre petit manuel de culture générale" on retrouve quelques conseils des spécialistes en la matière.

Que faut-il vraiment savoir dans le domaine de la littérature (par Jean d‘Ormesson), de l’art (par Adrien Goetz), de la religion (par Frédéric Lenoir), de l’histoire (par Michel Winock), de la physique (par Jean Dalibard), des mathématiques (par Cédric Villani), de la biologie (par Edith Heard) ?


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Quant à la philosophie, c’est Michel Onfray qui donne un cours particulier et une liste de lectures indispensables. En voici un extrait:


Lire pour vivre et non vivre pour lire 

 

L’idéal, pour qui voudrait être philosophe, consisterait aujourd’hui à se mettre plutôt aux leçons de la nature et du cosmos qu’à celles des philosophes qui, pour la plupart, pensent que le réel est moins important que les livres qui le disent. (…) Lire ce qu’Ovide raconte de l’amour dans « L’art d’aimer » est une bonne chose, mais rien n’égale l’expérimentation du coup de foudre, de la séduction, des brûlures de la passion, des souffrances de la séparation. (…)

Faut-il dès lors ne pas lire, ne plus lire, et faire l’éloge des autodafés comme Rousseau pour qui l’imprimerie a perverti les hommes avec des livres qui ont contaminé les cerveaux sains avec des idées saugrenues ? Non, bien sûr. Mais il faut lire avec discernement, puis lire pour vivre et non vivre pour lire.

Qu’est-ce à dire ? Lire avec méthode. Rien n’est plus déplorable que l’absence de méthode de l’autodidacte dont les connaissances s’accumulent comme les vieilles choses inutiles dans un grenier. La façon de procéder de l’Autodidacte de « La nausée » de Sartre, qui aborde les livres de la bibliothèque municipale par ordre alphabétique et commence par la lettre A en espérant bien arriver un jour à la lettre Z, est affligeante…

On évitera donc le désordre, la lecture aléatoire, le livre lu avant celui dont il procède. Or on ne comprend la philosophie que si l’on saisit ses enjeux historiques. La plupart du temps, un philosophe écrit contre - contre un ancien ou contre un contemporain, mais souvent contre. Même ses « pour » cachent souvent des « contre »…

 

Le philosophe Whitehead aurait dit un jour que l’histoire de la philosophie se résume à celle des notes en bas de page de l’œuvre de Platon. Pas complètement faux, pas tout à fait vrai non plus… Pas faux, car le platonisme a nourri le christianisme, qui, en accédant au statut de religion d’État, est devenu philosophie dominante. Dès lors, le dualisme du corps mauvais et de la bonne âme immatérielle qui le sauve si on en use correctement, le mépris de la chair et des passions, l’immortalité de l’âme qui continue à vivre après le trépas, la mort préférable à la vie, tout cela, parmi d’autres thématiques platoniciennes, se trouve recyclé dans la religion chrétienne. Pas tout à fait vrai non plus, car une philosophie s’oppose à Platon et aux platoniciens, et ces derniers l’ont combattue: celle du matérialiste Démocrite dont Platon voulut faire détruire les œuvres sur un bûcher… (…) On dispose de deux fils rouges, mais c’est encore peu pour se déplacer dans le labyrinthe si l’on n’a pas la méthode pour les dérouler…

 

Aux antipodes de la méthode fictive de l’autodidacte pour qui l’ordre intellectuel peut sortir de l’ordre alphabétique, il faut promouvoir la méthode historique et chronologique qui prend pour lettre A le passé le plus ancien et pour lettre Z le présent le plus vif. On fonctionnera de même pour aborder un philosophe: des œuvres de jeunesse aux dernières publiées, avant les posthumes, à quoi on ajoute les correspondances, si elles n’ont pas disparu avec le temps ou si elles n’ont pas été expurgées par les ayants droit gardiens du temple pour les contemporains. (…) Plus on remonte haut dans le temps, moins la méthode que je propose (croisement de l’œuvre complète, des correspondances et des biographies) s’avère difficile à mettre en œuvre.

 

Dès lors, si l’on ne se destine pas à une carrière de professeur de philosophie, ce qui suppose la connaissance et la maîtrise d’un maximum de références de l’histoire de la philosophie officielle; si l’on ne se destine pas à l’agrégation ou au doctorat, qui nécessitent beaucoup de lectures, mais de peu d’auteurs et sur peu d’auteurs; si l’on ne vise pas la carrière de philosophe professionnel, qui passe souvent ces temps-ci par un mélange des deux premières voies, avec le ton du journaliste en plus, alors on peut retrouver le sens existentiel qu’avait la philosophie à ses origines occidentales, des penseurs dits présocratiques du VIe siècle avant l’ère commune, jusqu’à Plotin, au IIIe siècle de notre ère: dans ces temps bénis, la preuve du philosophe n’est pas qu’il se prétende tel, mais qu’il vive visiblement selon les principes qu’il enseigne. Le philosophe n’est pas celui qui dit qu’il est, mais celui dont on voit qu’il l’est - ce dont témoigne sa vie philosophique.

La philosophie est alors édification de soi et non poudre aux yeux; elle est invitation existentielle, et non joute verbale, art rhétorique ou prouesse sophistique; elle est préparation à une vie transfigurée, et non jeu de mots interminable, logorrhée à n’en plus finir, jusqu’à étourdissement de l’auditeur et séduction facile d’une âme en peine.

 

De cette façon, on peut éviter bien des philosophes du lignage platonicien: l’allégorie de la caverne, la cité de Dieu augustinienne, le cogito cartésien, l’occasionnalisme malebranchiste, l’impératif catégorique kantien, la réduction phénoménologique husserlienne, l’inconscient freudien, la chose en soi sartrienne, l’objet « petit a » lacanien, la déconstruction derridienne - laissons cela aux candidats au baccalauréat, aux professeurs d’université, aux cuistres, aux candidats à « Questions pour un champion », aux chercheurs du CNRS, aux professeurs du Collège de France, aux journalistes philosophants.

En revanche, le lecteur soucieux d’une sculpture de soi trouvera une nourriture substantielle à lire, mais surtout à méditer et à vivre: les « Fragments » de Démocrite, la « Lettre à Ménécée » d‘Épicure, « De la nature des choses » de Lucrèce, les « Essais » de Montaigne dans une traduction en français contemporain (un crime pareil à celui du visionnage d’un film serbo-croate doublé en français pour un cinéphile…), la « Vie d’Épicure » de Gassendi, les « Aphorismes sur la sagesse dans la vie » de Schopenhauer, « Le nouveau monde amoureux » de Fourier, « Walden « de Thoreau, « Écoute, petit homme !» de Reich. Et puis, s’il ne fallait qu’un livre, court, bref, définitif, qui associe beauté poétique, profondeur philosophique, efficacité existentielle, pertinence païenne: le bref « Noces » d’Albert Camus.

 

      Michel Onfray     

 

 

21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 11:52

 

 

En couverture du Point du 17 juillet 2014 un article signé Michel Onfray « Combattre l’incivilité, c’est résister à la barbarie ». En voici un extrait:

 

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Olivia Recasens: Faut-il voir dans la montée des incivilités un indicateur du degré de notre civilisation ?

Michel Onfray: La politesse est le premier degré de la morale, elle est le signe éthique par excellence. Par elle, on dit à l’autre qu’on a vu qu’il existait et qu’on prend en considération sa présence, donc son existence . (…)

 

Olivia RecasensLe triomphe du chacun-pour-soi serait-il le dernier avatar du libéralisme sauvage ?

La fin de tout ce qui faisait communauté (la religion avec le judéo-christianisme et la politique avec les idéaux marxistes) a laissé place au nihilisme d’une époque dans laquelle, en effet, l’argent fait la loi. Le libéralisme, en tant qu’il suppose les pleins pouvoirs du marché, a substitué des « valeurs » aux valeurs anciennes: l’idéal se trouve moins dans le prêtre ou dans le militant que dans l’égotiste, qui se permet tout.

 

Olivia RecasensMais jouir aux dépens des autres marque le triomphe de la liberté individuelle, celle du bon plaisir; faudrait-il donc s’en réjouir ?

Michel Onfray: Non, sûrement pas. Tout ce qui s’obtient aux dépens des autres est à éviter: je suis l’autre pour des milliards de personnes sur la planète, il me faut donc être avec les autres comme j‘aimerais que les autres soient avec moi. C’est l’éthique minimale en nos temps sans transcendance. Se savoir centre du monde d’un point de vue ontologique en sachant que chacun se sait aussi pareillement centre du monde et qu’il faut donc connecter en permanence ces centres pour réaliser des réseaux éthiques et produire de la morale en actes. (…)

 

Olivia Recasens: Si faire preuve d’incivilité, c’est nuire à tous en ne respectant personne, dès lors comment encore vivre ensemble ?

Michel Onfray: En inversant l’invitation évangélique qui disait: « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse » au profit de celle-ci: « Fais à autrui ce que tu voudrais qu’il te fasse ». On passerait alors d’une morale de l’évitement de la négativité à une éthique positive de la proposition volontariste hédoniste. Non pas vouloir éviter le mal, ce qui est déjà beaucoup, mais réaliser le bien, ce qui est mieux.

 

Olivia RecasensL’homme n’a jamais réussi qu’en coopérant; la loi du chacun-pour-soi signe-t-elle la fin de l’humanité ?

Michel Onfray: Il y a les sauvages, les barbares, les égoïstes, les brutes qui sont seuls au monde et chosifient tout ceux qu’ils approchent et tous ceux qui les approchent. Puis il y a les hédonistes, les altruistes, les généreux, les prodigues qui veulent transformer en fête toute relation avec autrui. Les premiers sont plus nombreux que les seconds, bien sûr. Et la brutalité l’emporte toujours quand elle est en compétition avec la gentillesse - qui est à mes yeux vertu cardinale et première.

 

Olivia RecasensAu final, combattre l’incivilité, n’est-ce pas résister à la barbarie ?

Michel Onfray: Si, absolument, et d’une façon éminemment concrète.

 

 

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  • quatuor
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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