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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 23:57

 

 

solange te parle 1

 

Solange nous parle en se mouvant avec une sorte de maladresse gracieuse dans l’espace clos, confiné de son appartement à la déco minimaliste, épurée; filmée par une caméra fixe, en gros plan, avec de petits effets spéciaux faits maison.

Solange nous parle d’un ton sérieux, solennel, sans sourire, avec une diction lente et appuyée.

Solange nous parle de son univers de minuscules et insignifiantes situations de la vie quotidienne qui, avec sa logique surréaliste implacable, prennent les proportions gigantesques, dramatiques, absurdes; proportions que cet univers avait peut-être déjà eu avant…

Les vidéos de Solange constituent le vade-mecum pour les nuls, solitaires, inadaptés qui font tous les efforts possibles et imaginables pour trouver leur place dans la société et faire comme les autres. En vain. Et vous, comment faites-vous?

Solange me fait rire et m’émeut. Si vous, vous n’aimez pas les premières vidéos des trois playlists « thématiques » que j’ai créées, vous n’aimerez pas les suivantes, pas la peine d’aller plus loin, ce genre d’humour n’est pas pour vous, rien de grave. ;~) Mais si vous avez souri, regardez les toutes, puis jetez un coup d’œil sur l’émission d’Arrêt sur image où vous verrez Solange, plongée en milieu hostile, sortir la tête haute; et enfin, visitez son site. 

Après, vous pouvez retourner à vos occupations habituelles. :~)

 

 

      1. Sexe, genre, nudité

  • Solange te parle nue : et si la nudité engendrait le bien universel?
  • Solange épuise la pornographie, en tout cas, elle essaye.
  • Solange te parle accouplement : trop d’amour peut nuire à la santé d’autrui.
  • Solange te parle garçon : il y a toujours un garçon caché...

Et toi, comment fais-tu pour ne pas déshonorer ton sexe ?

 

 

2. Parler, lire, regarder, occuper l’espace 

  • Solange te parle québécois : tourne ta langue sept fois et elle risque de s’en aller.
  • Solange te parle journal : les journaux continuent d’être imprimés malgré leur difficulté d’utilisation.
  • Solange te parle victoire : quand il arrive quelque chose de bien, respire-le à fond !
  • Solange te parle fenêtre : le monde entier s’infiltre par ta fenêtre sans ta permission.
  • Solange te parle W-C : attardons-nous aux toilettes pour les bonnes raisons.

      Et toi, comment fais-tu pour ne pas être intellectuellement démuni ? 

 

 

      3. Manger - boire - éliminer 

  • Solange te parle camembert : le fromage affirme sa présence, encourageons-le !
  • Solange te parle ustensiles : il fait sombre dans un tiroir.
  • Solange te parle indigestion : elle est périlleuse la route des aliments dans ton tube digestif.
  • Solange te parle pipi : plus tu bois, plus tu urines.

      Et toi, comment fais-tu pour être indulgent avec des aliments peu ragoûtants ? 

 

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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 11:16

 

 

      NOS AMIS


nazanim armaniam 2Voici le portrait de nos amis richissimes - alliés des gouvernements occidentaux, dictateurs islamistes et terroristes d‘État, scheiks saoudiens - esquissé par une intellectuelle d’origine iranienne, Nazanin Armanian.  

Elle a écrit une quinzaine de livres en espagnol, entre autres : «El Islam sin velo« (2010), donne des cours en ligne sur le monde arabe à l’Université de Barcelone et publie des articles hebdomadaires sur le site Publico.es.  

Son article intitulé « Arabie Saoudite : Le silence blanc et un cocktail de wahhabisme et de pétrole » a été traduit et publié sur le site de Michel Collon, Investig’Action, le 28 septembre 2013.


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Jack London disait : « Alors que le silence de l’obscurité est protecteur, le silence blanc - à la lumière du jour -, est terrifiant ». Ainsi se meuvent les cheiks d’Arabie Saoudite de par le monde, furtivement. Couverts par la complicité de la presse « démocratique » de l’Occident qui, se gardant bien de porter préjudice à l’image de ce régime de terreur comparé auquel les autres arabie saoudite Barack-Obama-King-Saudidictatures de la région ressemblent à de pures démocraties, occulte tout simplement ce qu’il s’y passe. Par exemple : en mai dernier, cinq Yéménites accusés de «sodomie» ont été décapités et crucifiés par le gouvernement. Les attaques perpétrées par plusieurs individus contre des homosexuels en Russie avaient pourtant fait la Une pendant des jours.

Contrats de ventes d’armes et odeur du pétrole à bas prix, entre autres, contribuent à désactiver la «moralité» des défenseurs des Droits de l’Homme. Forçant le président des USA, Barak Obama lui-même, à une révérence, presque un agenouillement face au monarque saoudien.  

L’Arabie Saoudite élargit son pouvoir et sa zone d’influence. En plus d’utiliser l’argument du pétrole, elle exporte à grande échelle le wahhabisme, de surcroît takfiri : non seulement il considère comme des ennemis de l’Islam tous les non-musulmans - même les pratiquants des autres religions du Livre - mais il considère comme « infidèles » les autres musulmans et appelle au Jihad, dans son sens guerrier, afin de les guider vers le bon chemin. En utilisant les attraits du fameux « gagner le butin dans ce monde et le Ciel dans l’autre » utilisé par les premiers conquérants arabes, les wahhabites takfiris ignorent l’avertissement du Coran (14 :4) qui affirme : « Et Nous n'avons envoyé de Messager qu'avec la langue de son peuple, afin de les éclairer. » Ainsi Il « envoya » Moïse pour les juifs, Zarathushtra pour les perses et Mahomet pour les arabes. Alors pourquoi Riyad envoie-t-il en Afghanistan, en Tchétchénie ou en Europe des wahhabites arabes propager des ordonnances élaborées par et pour des sociétés tribales de la péninsule arabique il y a quatorze siècles ?

 

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Protégés par les pétrodollars et la force militaire des Etats-Unis, les leaders saoudiens, non seulement affirment être les représentants d’Allah sur Terre, mais de surcroît transfèrent leur agenda politique au monde entier, provoquant tensions et chaos en terres lointaines, renversant des gouvernements non-alignés et réprimant des soulèvements populaires : Afghanistan, Tchétchénie, Bahreïn, Irak, Lybie, Egypte et à présent, Syrie. 

Ce pays, qui porte le nom de la famille qui le gouverne comme s’il s’agissait de son fief privé, exhibe sur son drapeau l’image d’une arme, une épée. Toute une déclaration d’intentions basée sur certains principes au nom desquels on tranche les têtes des dissidents politiques, assassins, sorciers et autres jeteurs de sorts.

La théocratie octogénaire saoudienne a une vision du monde profondément irrationnelle, un regard moyenâgeux très particulier sur le concept d’Etat, le pouvoir et la sécurité nationale. Elle abuse de l’emploi de la force et de l’arbitraire pour imposer sa volonté. Elle ignore le rôle de la société civile en politique, et elle est incapable d’élaborer un projet régional viable et en accord avec les droits humains.

 

Obsédés par l’Iran 

Riyad considère l’Iran comme son principal ennemi. Son intervention en Syrie est motivée par la volonté de « rompre le croissant chiite ». Il serait erroné d’exprimer cette poussée de conflits en terme d’arabo-perse ou sunnite-chiite. Les dirigeants religieux iraniens ne sont pas nationalistes mais plutôt « Pan-islamistes » et étendent leur zone d’influence dans le but d’acquérir une sécurité stratégique.

Le scénario actuellement en cours au Proche-Orient infirme totalement la pseudo-théorie du « choc des civilisations » de Samuel Huntington : elle ne saurait expliquer comment une Arabie Saoudite musulmane s’allie à un Israël juif et à des Etats-Unis chrétiens pour détruire les musulmans syriens. Ni comment elle a participé à la destruction de l’Irak, de la Lybie et de la Syrie, trois Etats arabes.

L’Arabie Saoudite et Israël n’ont pas pardonné aux Etats-Unis d’avoir cédé le pouvoir aux chiites pro-iraniens en Irak. Les attentats qui ôtent quotidiennement la vie à une centaine d’Irakiens sont le reflet de la bataille menée par ces trois pays pour s’approprier les ressources de l’Irak.

Riyad est déjà parvenu il y a longtemps à ce que les médias éliminent le terme « persique » du golfe qui porte ce nom depuis 2.500 ans - le substituant par « (guerre du) Golfe » ou encore « golfe arabique » (si le Pakistan était un état riche, il aurait donné son nom à l’Océan indien !). A présent, le gouvernement saoudien tente de réduire le pouvoir de l’Iran en envoyant une partie de son pétrole par la Mer rouge, évitant ainsi le détroit d’Ormuz. Il ne lésine pas non plus sur les efforts pour se rapprocher de la minorité arabe iranienne - discriminée par Téhéran- qui peuple la pétrolifère province du Zhousistan, dans le golfe persique. 

L’Arabie Saoudite, qui est en train de perdre en Syrie, bien qu’elle ait gagné au Yémen, en Lybie et en Egypte pourrait avoir à essuyer un coup dur : que la République Islamique parvienne à un accord avec les Etats-Unis : mettre fin à son programme nucléaire et ôter son soutien à Bashar al Assad en échange de garanties de ne pas être attaquée par Israël.

 

Les angoisses des Etats-Unis 

En plus des trois piliers de l’influence saoudienne aux Etats-Unis : le secteur financier, le pétrole et l’industrie militaire, il faut compter des organisations comme la Ligue Musulmane Mondiale, le Conseil des relations Americano-Islamiques, la Société Islamique d’Amérique de Nord, l’Association des Etudiants Musulmans (notamment), qui convergent autour de l’objectif d’affaiblir l’Islam modéré. Mais la Maison Blanche n’en a que faire. Les investissements saoudiens atteignent les six milliards de dollars, sans compter le retour de l’argent de la vente du pétrole aux entreprises d’armement étasuniennes.

L’OTAN a invité l’Arabie Saoudite à intégrer sa structure. Dans le même temps, Obama a signé avec Al Saoud une vente d’armes d’une valeur de 67 milliards de dollars, le plus important accord de vente d’armes entre deux états de l’histoire.

Bien que le vieux pacte « pétrole à bas prix contre protection militaire » soit toujours en vigueur entre les deux parties, il se pourrait que la convergence d’intérêts touche à sa fin. La Maison Blanche est inquiète de la situation interne de son seul allié stable dans la région pour plusieurs raisons : 

1. Le poids croissant de la faction pan-arabiste au sein de la maison Saoud, une faction qui considère les Etats-Unis, Israël et l’Iran comme ses principaux ennemis. Cette faction était déjà parvenue à faire expulser les troupes nord-américaines de la terre de Mahomet. De même, la révélation de l’existence d’une base secrète de drones dans ce pays, filtrée par la presse US, bien qu’ayant pour but d’intimider l’Iran, a mis Ryad dans une situation délicate. 

2. L’appui d’un certain secteur de la maison Saoud au terrorisme anti-USA. 

3. Le fait que le régime ait refusé de dissocier l’Etat et la famille royale et de prendre ses distances avec le wahhabisme.

4. Que le régime ignore l’urgence de mettre en place des réformes politiques, comme d’introduire le suffrage universel, créer des partis politiques tout en restant une dictature. La pauvreté touche des millions de personnes, obtenir un crédit immobilier implique des années sur une liste d’attente et l’atmosphère de terreur asphyxie toute tentative de progrès.

5. L’incertitude du résultat de la lutte pour la succession du roi Abdallah de 89 ans, malade, dont l’héritier, le prince Salman, de 78, souffre également d’ennuis de santé propres à son âge. Les quarante fils mâles du monarque sont à l’affût. 

6. Une opposition faible et fragmentée qui complique la situation, ainsi que le manque d’expérience du peuple pour se mobiliser. Les dix fondateurs du parti politique islamiste Umma, qui en ont réclamé la légalisation ont été arrêtés : ils exigeaient la fin de la monarchie absolue. Il en fût de même, il y a quelques années, pour les dirigeants du parti communiste.

 

La mort de la poule aux œufs d’or ? 

Au ralentissement de la croissance économique de 5,1% généré par les prix élevés de l’or noir en 2012, il faut ajouter la diminution de la capacité du pays en production de pétrole brut. De plus, la population est passée de 6 millions de personnes en 1970 à 29 millions actuellement, augmentant donc considérablement la demande en énergie. Il est à craindre qu’à partir de 2028, l’Arabie Saoudite soit contrainte d’importer du pétrole. Ryad a maintenu jusqu’à présent des prix bas dans le but d’empêcher les investissements publics en énergies alternatives dans les pays consommateurs. Mais à présent elle n’a plus d’autre choix que de les augmenter. 

Il s’agit d’une économie fragile, mono-productrice et d’un pays soumis à la corruption où l’on manque d’eau potable et d’électricité même dans la capitale. Un pays qui, malgré les gains pétroliers - quelques 300 milliards de dollars en 2011, sans compter les bénéfices du «tourisme religieux» de millions de musulmans à La Mecque -, doit faire soigner son propre chef d’Etat dans un hôpital du Maroc. Pendant qu’on planifie la construction d’une station de métro aux murs d’or et d’argent...

Il faut aussi relever qu’alors que Kadhafi convertissait le désert libyen en verger en construisant un fleuve artificiel de 4.000 kilomètres de long, le régime saoudien spoliait les terres fertiles et les eaux africaines : Egypte, Sénégal et delta du Mali, afin de s’approvisionner en aliments.

Les cheiks ont à présent affaire à une société jeune, qui commence à être contestataire, qui souhaite en finir avec les vêtements « blanc et noir ». Les femmes surtout veulent se libérer du vêtement de deuil obligatoire et cesser d’être considérées comme des mineures toute leur vie, constamment dépendantes d’un tuteur mâle. 

Les Saoudiens, malgré le fait de financer le « dialogue des civilisations » : réunion de leaders religieux pour consolider leurs alliances dans le but de faire obstacle à la laïcisation et au progrès dans leurs sociétés, malgré le fait d’interdire sur leur territoire toute activité religieuse non wahhabite, ont obtenu du gouvernement espagnol l’ouverture d’une succursale du Centre Roi Abdallah Ban Abdulaziz pour le Dialogue Interreligieux et interculturel.

« Cela n’a rien de personnel, c’est du business » dirait le Parrain.

      Nazanin Armanian     

 


 

NOS ENNEMIS


Voilà les portraits des Roms, nos ennemis les Misérables, fauteurs de troubles, dérangeants et indésirables….

Ces clichés ont été volés par le photoreporter, Yann Merlin, qui a passé trois semaines de vacances en juillet 2013 dans leur campement à La Courneuve.

Les images des Mille et une nuits…

 

roms_courneuve_5.jpg

 

roms courneuve 4

 

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 23:28

 

 

Enthoven 20100329 Salon du livre de Paris 1Je voudrais attirer votre attention, si ce n’est pas déjà fait, sur une belle émission de Raphaël Enthoven consacrée à Sénèque, « L’art de vivre ». Sans me méfier, j’ai commencé à l’écouter en podcast tard le soir, et elle m’a volé une partie de la nuit, car il m’a fallu la réécouter, transcrire quelques mots de R. Enthoven, me pencher impérativement sur quelques pages de « La brièveté de la vie » de Sénèque que j’avoue ne pas avoir lu auparavant et enfin, partager tout ça avec vous. 

« De façon générale, ont est ému par les philosophes non pas quand ils nous apprennent quelque chose que nous ignorons, mais quand ils nous mettent sous les yeux quelque chose que nous savons et que d’ailleurs en règle générale pour cette raison même nous ne voulons pas savoir ». 

seneque---buste-noir.jpgSénèque & Enthoven  m’ont simplement mis sous les yeux ce que je savais : je n’accepte pas la mort, je la hais, donc je n’aime pas la vie, en tout cas beaucoup moins qu’il n’y paraît, et la lecture de Nietzsche et Camus n’y a rien changé. (1)

Sénèque & Enthoven ont dépeint avec maestria et une étonnante justesse le spectacle que je m’amusais parfois à observer, spectacle des simagrées et des gestes théâtraux surjoués des pessimistes - poseurs narcissiques (2), ainsi que des «oisifs» - amateurs de sieste et de toutes sortes de rien-faire's assez plaisants et intéressants qui n’arrêtaient pas de faire des efforts surhumains pour rassurer leurs semblables et surtout eux-mêmes sur leur capacité à tenir le cap : au repos! (3); spectacle des faux lucides et des «faux marginaux» planant mollement mais fièrement au-dessus de la populace agitée….

 

Ni la sieste, ni la super méga fête, ni le travail acharné et abrutissant pour « gagner « ma vie ne m’attirent particulièrement. Alors, il serait peut-être temps, avant de mourir, de commencer à essayer d’aimer la vie? Il paraît que c’est possible... 


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  • 1)    Les problèmes apparaissent au moment où on n’aime pas assez la vie pour accepter qu’elle s’achève, quand on n’est pas capable d’AIMER LA VIE au point de tolérer son coeur plagecaractère provisoire. Ceux qui ne veulent pas que la vie s’achève, contrairement à ce qu’ils pensent, n’aiment pas la vie, mais au contraire, détestent sa valeur provisoire et lui demandent d’être autre qu’elle n’est, c’est-à-dire de ne pas s’achever, en tout cas, pas tout de suite.  Aimer la vie c’est accepter qu’elle se termine, c’est ce qu’on appelle une philosophie tragique. Nietzsche est le maître à penser de cette façon, Camus l’est peut-être plus encore. Je ne veux pas mentir, je ne veux pas qu’on me mente, je veux regarder la mort avec la vérité de mon amertume, je veux l’avoir sous les yeux, je ne suis pas là pour tricher. Il n’est pas là à mendier un instant de plus, c’est pas son problème, parce que la qualité des instants qu’il met en œuvre quand il est précisément dans la conscience de sa mortalité, dans cet amour des vérités qui doivent pourrir, c’est ce qu’il met en œuvre à cet instant-là relève de la vie vraiment vécue. Cet homme au moment de mourir a pu se dire : j’ai vécu. Il n’est pas mort avant d’avoir vécu. Et il suffit pour ne pas mourir avant d’avoir vécu d’en venir un jour à aimer la vie au point d’accepter qu’elle s’achève. De celui qui refuse que la vie s’achève ou de celui qui l’accepte, celui des deux qui aime le plus la vie n’est pas forcement celui qu’on croit. C’est l’une des leçons des stoïciens. Ne pas vouloir que la vie s’achève, c’est se divertir.   -  (44:00)

 

  • 2)   Il n’y a rien de plus égoïste qu’un PESSIMISTE. Le pessimiste prédit le pire, et ce n’est pas une façon de devancer le pire, c’est une façon de l’éloigner de soi. C’est un peu comme Mme Poussin dans « A la recherche du temps perdu » : « Quand tu auras un bon panaris, tu m’en diras des nouvelles. » C’est aussi une façon pour Mme Poussin de conjurer l’avènement du pire que de le prédire. Elle le prédit, elle le repousse, c’est pour demain, elle parle du pire au futur. Le pessimiste c’est celui qui parle du pire au futur. En prévoyant le pire il se donne l’air de la lucidité, et en pratique, il éloigne un peu le pire en en parlant au futur. Certes, le pire est certain, mais c’est demain. Il y a quelque chose de confortable là-dedans, et puis surtout,  il y a un problème avec le pessimisme, c’est que si le pire est toujours sûr, le pessimiste n’a aucune raison de se soucier de lui. Apparemment, la grande leçon du pessimisme est : quoi qu’on fasse, on n’est fait et on va mourir. Pourquoi est-ce qu’on ferait attention à soi? Or les pessimistes font attention à eux. Les pessimistes ne s’oublient jamais. Parce que c’est précisément quand on se dit qu’on n’a plus rien à perdre qu’on se préserve.  Sous ses airs de prudence, le pessimisme c’est une peur panique, c’est une réponse panique à la prescience du pire. Le pessimiste a la sagesse de penser que prédire le pire, penser le pire, est une meilleure manière d’appréhender le pire et que c’est plus sage d’arriver vers le pire avec la conscience que le pire va arriver. Mais dans le même temps, la façon qu’ il a de prédire le pire, c’est une façon de lui rendre le pire indolore, un peu à la manière des gens qui disent que tous les hommes sont mortels, donc je suis mortel, oui, mais ça ne veut pas dire que je vais mourir. Le fait de dire ça, est une manière de s’exclure du lot. Il y a dans le pessimisme une sorte de confort, le pessimisme est à l’abri derrière la lucidité qu’il brandit, le pessimisme est bien au chaud.  Rien de cela avec Sénèque, on est dans une pensée presque tragique, au-delà du pessimisme ou de l’optimisme, on est dans un rapport au temps, plus qu’une bonne gestion du temps, une incorporation du temps.    -   (32:54) 

 

  • 3)    Le travail est infâme, c’est une torture. Sénèque ne serait pas pour les 35 heures, il serait pour les 35 minutes. Le travail a quelque chose d’aliénant. C’est une idée très claire chez Sénèque, ce qui montre d’ailleurs que son texte ne se destine pas à tous. […] Au fond, il ne s’agit pas pour Sénèque de vanter l’OISIVETE  contre  l’HYPERACTIVITE, mais de repérer dans l’un et l’autre le même déni de l’existence. […] Sénèque s’en prend autant à ceux qui répondent aux solliciteurs, qui ont une vie active, qui sont dans le train, qu’à ceux qui se flattent de ne pas être dans ce train vulgaire qui ne promet que la mort et qui se destinent eux-mêmes à une vie d’oisiveté. Il s’en prend autant à ces deux figures. La figure hyper grégaire du type qui veut réussir dans la vie et qui croit que réussir dans la vie c’est réussir sa vie, et qui meurt comme bon reveilun con, l’arriviste qui arrive, voilà où il arrive - première figure. Deuxième figure -  le faux marginal, le contempteur de cette société où tout le monde s’agite, celui qui met en scène sa propre sagesse, son aptitude à s’abstraire du mouvement général, celui qui maquille en désir le fait de ne pas être soumis au rythme quotidien. Et cette deuxième figure est au moins aussi grégaire, moutonnière et inintéressante que la première. L’enjeu ce n’est pas être oisif quand les autres, les esclaves, se tuent à la tâche, l’enjeu c’est revenir à soi. C’est là qu’est la juste mesure. Revenir à soi, ce n’est pas revenir au Moi. Revenir à soi c’est très exactement ne pas dépendre de ce qui ne dépend pas de soi, c’est s’en tenir à ce sur quoi nous avons prise, et c’est par conséquent faire de notre vie l’écrin d’une vie plus vaste que nous. Revenir à soi, ce ne pas se séparer du monde, c’est au contraire accepter et admettre tout ce qui nous compose et nous constitue dans le monde. Ce n’est pas tourner le dos à ses occupations, c’est une façon comme une autre de se divertir : refuser le divertissement. Q’on prie ou qu’on s’envoie en l’air, dans les deux cas, on vise le ciel, on quitte le sol. Il ne s’agit pas de ça, le stoïcisme est beaucoup plus sage que ça. Revenir à soi, c’est faire face à la mort, c’est-à-dire ne pas perdre sa vie à vouloir oublier qu’elle s’achève.       (51:50)


 

Sénèque, De la brièveté de la vie

Lire   ou/et  écouter 


Nous n'avons pas trop peu de temps, mais nous en perdons beaucoup. La vie est assez longue ; elle suffirait, et au delà, à l'accomplissement des plus grandes entreprises, si tous les moments en étaient bien employés. Mais quand elle s'est écoulée dans les plaisirs et dans l'indolence, sans que rien d'utile en ait marqué l'emploi, le dernier, l'inévitable moment vient enfin nous presser : et cette vie que nous n'avions pas vue marcher, nous sentons qu'elle, est passée.

sénèque - de la briévèté de la vieVoilà la vérité : nous n'avons point reçu une vie courte, c'est nous qui l'avons rendue telle : nous ne sommes pas indigents, mais prodigues.  [I, 3, 4]

Aucun homme ne souffre qu'on s'empare de ses propriétés ; et, pour le plus léger différend sur les limites, on a recours aux pierres et aux armes. Et pourtant la plupart permettent qu'on empiète sur leur vie ; on les voit même en livrer d'avance à d'autres la possession pleine et entière. Ou ne trouve personne qui vous fasse part de son argent, et chacun dissipe sa vie à tous venants.  [III, 1]

Personne ne vous restituera vos années, personne ne vous rendra à vous−même. La vie marchera comme elle a commencé, sans retourner sur ses pas ni suspendre son cours ; et cela sans tumulte, sans que rien vous avertisse de sa rapidité ; elle s'écoulera d'une manière insensible. Ni l'ordre d'un monarque ni la faveur du peuple ne pourront la prolonger ; elle suivra l'impulsion qu'elle a d'abord reçue ; elle ne se détournera, elle ne s'arrètera nulle part. Qu'arrivera−t−il ? tandis que vous êtes occupé, la vie se hâte, la mort cependant arrivera, et bon gré mal gré il faudra la recevoir. [VIII, 5]

La vie du sage est donc très étendue ; elle n'est pas renfermée dans les bornes assignées au reste des mortels. Seul il est affranchi des lois du genre humain : tous les siècles lui sont soumis comme à Dieu : le temps passé, il en reste maître par le souvenir ; le présent, il en use ; l'avenir, il en jouit d'avance. Il se compose une longue vie par la réunion de tous les temps en un seul.  [XV, 5]

Mais combien est courte et agitée la vie de ceux qui oublient le passé, négligent le présent, craignent pour l'avenir ! Arrivés au dernier moment, les malheureux comprennent trop tard qu'ils ont été si longtemps occupés à ne rien faire.  [XVI, 1]


 

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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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