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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 15:53

 

 

femen religions

Dans sa chronique mensuelle de septembre, Michel Onfray se prononce - pour la première fois publiquement, si je n’ai pas raté un épisode - en faveur du mouvement féministe Femen.

Son soutien est vraiment le bienvenu, et une seule phrase - « Les "Femen" sont un espoir car elles ont bien compris qu’un combat féministe qui n’est pas athée constitue une variation supplémentaire sur le thème de la société du spectacle. » - vaut toutes les analyses foireuses désiro-refoulo-freudo-phallocratiques complètement à côté de la plaque que j’ai pu lire ailleurs.

 

Le féminisme de Michel Onfray est parfois critiqué par d'excellentes blogueuses féministes que j'apprécie énormément. Onfray serait un « masculiniste « selon elles. Peut-être... Mais je pense qu’elles se trompent d’ennemi.

 

J’admets cependant que son ton paternaliste et professoral, cette tendance à vouloir dicter aux féministes les sujets et les préoccupations dignes d’intérêt, cette façon de décider à leur place ce qui est bon pour elles - puissent être fort agaçants parfois.  

 

Et puis, comment quelqu’un qui est « travailleur » des mots, qui connaît leur pouvoir, qui est conscient que le langage reflète la structure de la pensée, et que « mal nommer les choses c’est rajouter au malheur du monde », comment peut-il affirmer que les mots ne sont pas si importants dès qu’il s’agit des femmes? Il y a des problèmes plus graves et plus urgents que Mademoiselle, Madame le Ministre et les insultes sexistes, bien sûr! Mais à l’hôpital, les médecins ne refusent pas de soigner la grippe ou la jambe cassée sous prétexte qu’il y a des patients atteints de cancer. Et qui plus est, chacun sa spécialité… Polygamie, excision, violences sexuelles, illettrisme, misère et dépendance économique - tous ces fléaux des banlieues (françaises, pas ukrainiennes!) sont traités quotidiennement, loin des médias, par des milliers de lilliputiennes qu‘elles soient bourges, bobos ou ouvrières.

Mais Michel Onfray a parfaitement raison, tout cela ne cessera d'être que du rafistolage et un travail de Sisyphe aussi longtemps que les femmes rendront un culte au Mâle Suprême des trois monothéismes, mâle qui ne les aime pas à défaut d’exister …

       


 

DIEU N’AIME PAS LES FEMMES 

 

femen-moral-mosqué

 

Petit déjeuner dans un hôtel, « Le Figaro » coincé entre le beurre et le miel sur le plateau. J’y lis que le ministre des droits de la femme trouve que l’école perpétue le sexisme et qu’il s’agit de prendre des mesures pour en finir avec cette terrible injustice. D’accord… Un syndicat propose qu’on lise en classes primaires Papa porte une robe, soit… Le livre raconte l’histoire d’un père boxeur qui devient danseur en tutu… Politiquement correct, mais franchement ridicule… 

On n’envoie plus, et c’est heureux, les homosexuels au bûcher, aujourd’hui, ils se marient et s’embrassent à pleine bouche dans le journal de TF1, déjà ils peuvent adopter des enfants, bientôt ils auront recours à la Procréation Médicalement Assistée remboursée par la sécurité sociale. On ne cloue plus les transsexuels au pilori, et c’est tant mieux : Libération se réjouit d’en faire des portraits pleine page (et se donne ainsi l’impression d’être encore un journal de gauche) pendant que Mireille Dumas les invite dans une émission qui leur permet de raconter la difficulté qu’il y eut à être si longtemps en catimini Kévin, chauffeur routier le jour, et Jeannine, transsexuelle la nuit. On ne brûle plus les bisexuels qui permettent au même journal et à la même présentatrice télé de varier les plaisirs et de portraiturer ou d’inviter le lendemain du trans un bi qui racontera les aventures de Kévin & Jeannine en même temps.

Cette liberté sexuelle héritée de Mai 68 est heureuse, prenons acte de cette évidence : la marge n’est plus là, la subversion est ailleurs, le minoritaire sociologique est devenu le majoritaire idéologique.

Il me semblerait plus marginal et subversif de dénoncer les trois religions monothéistes qui me paraissent bien plus dommageables pour l’égalité entre les hommes et les femmes qu’un manuel scolaire dans lequel le petit garçon porte un pantalon et la petite fille une jupe. Que le masculin l’emporte grammaticalement sur le féminin ou que l’on dise madame le ministre constituent moins un scandale à mes yeux que ce que professent le judaïsme, le christianisme et l’islam sur les femmes – impures par nature, ontologiquement pécheresses, inférieures aux hommes.

humour femen au nom de péreJe propose à Madame le ministre des droits de la femme que, dans les écoles primaires, on étudie bien plutôt Yahvé, Dieu et Mahomet ne veulent pas que papa porte une robe (éditions LGBT). Gageons que Libération crierait à l’antisémitisme et à l’islamophobie, mais se réjouirait de la charge antichrétienne, puis que Mireille Dumas marcherait sur des œufs, mais inviterait quand même un curé en soutane pour le soumettre à la douce torture de ses questions. 

Les révolutionnaires de 89, les Communards, les laïcards et les anticléricaux du Front Populaire, les Soixante-Huitards ont travaillé pour rien en souhaitant une république égalitaire, libertaire, fraternelle, laïque, féministe. La mode est à la revendication communautaire, à la requête tribale, à la pétition clanique.

Si l’on veut une véritable égalité homme femme, on ne se contentera pas de jouer sur l’emballage en variant les effets de surface. Les « Femen » sont un espoir car elles ont bien compris qu’un combat féministe qui n’est pas athée constitue une variation supplémentaire sur le thème de la société du spectacle.

 

Michel Onfray    

 


 

 

 

En supplément, je vous propose ce sketch, juste pour l’humour et le talent de Constance et pour la beauté de son aspirateur, avec un soupçon d’impudeur, une pincée de ressentiment et une goutte de soif de vengeance. Que Mâle Suprême soit loué!

 

 

… bien assaisonné, Il sera prêt à être sacrifié sur l’autel du banquet …. ;~)


Merci à Patrick

17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 12:45

 

 

Une âme (matérielle! enfin, je crois...) du prof de français et d’un écrivain s’était perdue sur la Toile et, dans un moment d’inattention, s’était prise dans les filets du banquet. Je vous invite à la découvrir…

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« Espagnol francophone, Andrés Marquez Vallina enseigne le français et le castillan depuis son installation à Mouscron en 1993. En parallèle, il a écrit trois romans formant la Trilogie des Impossibles. Le deuxième, Être ange fut adapté pour le théâtre sous le titre, L’innocent et représenté entre autres à Mouscron (La ruche, l’atelier du cinéma, …) et à Bruxelles (La Samaritaine, …). Quelques « happy few » doivent encore s’en souvenir.

Avec Les larmes de Guernica (Edilivre, 04.09.2013), il signe son quatrième roman. Ici, l’histoire universelle croise l’histoire au coin de la rue, la guerre d’Espagne s’invite à Mouscron, Picasso sauve le petit Aïtor rescapé du bombardement de Guernica.

Roman en fragments, ce texte raconte l’exil d’un enfant au milieu du XX e siècle balloté entre deux pays, deux cultures et deux langues. 

Le roman commence au moment de la guerre d'Espagne, lors du bombardement de Guernica. Rescapé, un enfant, comme plein d'autres à l'époque, va être exilé en Belgique afin d'être épargné. Une nouvelle vie commence pour lui, ici dans la nostalgie et l'ignorance du destin de ses parents. Le récit d'une vie, qu'il voudra "bonne" malgré les aléas de l'histoire. »

 

guernica

 

 

L’arrivée

Sur la photo, il doit y avoir une trentaine d’enfants. A voir, tous des garçons. Ils ont tous la même coupe de cheveux. Arrivés à destination, ils avaient tous été rasés. On ne sait jamais, hein ! De là d’où ils viennent !

Il y a un contraste : ils portent des culottes courtes et des sandalettes d’été et sur leurs épaules des couvertures, des capes. En partant, ils ne devaient pas les porter, c’est en arrivant là où l’on prit la photo qu’on a dû les leur donner. Les nuits sont fraîches par ici, même en juillet.

La photo les a figés. Il faut dire aussi qu’ils ne devaient pas comprendre tout ce qu’on leur disait. Malgré tout, le langage du photographe est universel : ils ont au moins compris qu’ils ne devaient pas bouger. Ils ne regardent pas l’objectif, les yeux se dirigent vers la droite. Que voient-ils à cet instant ? On ne le sait pas, on ne le saura jamais. On ne peut que l’imaginer.

Il y a un des garçons qui ne regarde pas dans la même direction : il regarde le photographe, il nous regarde, il me regarde. Pourquoi ? Il doit avoir dans les 7 ans. Les autres ont de 3 à 10 ans. Qui sont-ils ? Je ne connais pas leurs noms, juste qu’on les appelle « Los Niños », les enfants, pudiquement. Les enfants de la guerre aussi. Ce sont les enfants dont les parents ont saisi la fragilité, l’innocence. Des parents déchirés les ont abandonnés. Conclusion trop hâtive que d’aucuns feraient ne connaissant pas les circonstances de ces abandons. Les parents ont décidé non de les abandonner mais de les confier à des œuvres pour les sauver, les épargner de la guerre qui se déclenchait au pays. Sacrifice énorme, s’il en est. Choix cornélien : « dois-je garder mon enfant auprès de moi au risque de le voir mourir dans un bombardement ? Ou prenons-nous la décision de l’éloigner de nous, du village, du pays au risque de ne plus le revoir ? Nous mêmes serons tués, exécutés, exilés à notre tour ? »

J’ai découvert cette photo entre deux murs en débarrassant le grenier. Elle avait échappé aux habitants précédents de la maison. Là, en voulant aménager le grenier, en tapant un mur ; en m’ouvrant l’horizon, je suis tombé sur ces regards, sur ces yeux perdus. Il y avait aussi des carnets, des cahiers d’école, des écritures diverses, des coupures de journaux, des dates différentes, des textes calligraphiés ou gribouillés, en français et en espagnol. Je m’y suis plongé, je les ai lus, déchiffrés, j’en ai traduits certains et par recoupements j’en suis arrivé à ce récit.

Intrigué, j’ai suivi la piste à rebours de ces enfants. D’où venaient-ils, pourquoi étaient-ils arrivés ici ? Comment ont-ils vécu ? Quand sont-ils repartis chez eux ? Sont-ils repartis ? Les archives de la ville, l’histoire et l’imagination sont venues m’aider pour mener cette quête. Alors, il est vrai, quelques fois, la petite histoire a pris le pas sur la grande, la fantaisie sur la réalité, le rêve sur le vécu…

Une des premières choses que j’ai apprise c’est que le petit garçon de la photo fut le dernier habitant de la maison. Il en fut expulsé et elle resta longtemps à l’abandon. Elle n’était pas à lui. La femme du premier propriétaire depuis qu’elle fut repartie définitivement en Afrique, et qu’elle eut tout verrouillé, n’est plus revenue. De quand date son départ ? Nous ne le savons plus. Lui, mort ; les enfants repartis, elle était revenue un matin comme si de rien, bien des années après. Il faut dire que là-bas, il ne faisait plus très bon être blanc et encore moins blanche sans mari et s’être enrichie de manière rapide et plus ou moins légale. M’enfin, la légalité, en ces temps-là, n’était pas la même qu’ici et maintenant. Sur ce qu’il se passait là-bas, on fermait bien des yeux ici.

Un de nos rois n’avait-il pas montré l’exemple ? Alors, pourquoi s’en priver ?

Depuis la Guerre, des velléités d’indépendance touchaient un peu partout les anciennes colonies. De l’Inde à l’Afrique. Là, les colonisateurs avaient eu le temps de s’organiser, de se retourner, de mettre leurs richesses en lieux sûrs, en des coffres helvéticoluxembourgeoisement neutres. Les hommes d’état suivants, les « indépendantistes » ne feraient pas mieux. Or, diamant, pétrole, zinc toutes les richesses étant exploitables et inépuisables, alors, une petite propriété dirigée par une blanche ne pouvait pas faire grand mal à toute cette économie. Elle revint richissime et amère. En voyant l’état de son mari (ils n’avaient jamais divorcés), peu avant sa mort, elle en  eut les larmes aux yeux. Elle aurait voulu crier sa joie, en rire, – elle avait pris une bonne décision en partant – voilà à quoi elle en aurait été réduite si elle était restée. Maintenant, ses tissus, ses bijoux, ses parfums, la préservaient de la puanteur cadavérique, du délabrement architectural : du gâchis de cette vie.

 

 

 

 Le bombardement

Le marché battait son plein depuis le matin. Comme tous les jours, d’ailleurs. Il y restait encore quelques chalands, plutôt des femmes et des enfants. L’après-midi se tirait. Une légère fraîcheur malgré le ciel bleu. Un bourdonnement fendait l’oreille. Tout à coup, les sirènes se mirent à hurler. On chercha des yeux les abris, la plupart trop loin, inaccessibles ou pleins. On en fermait déjà les portes. On empêchait l’accès à ceux qui n’étaient pas du quartier, de la ville. Victimes communes, ennemies entre elles. Des femmes, des enfants, des animaux, des militaires restèrent sur place, hagards, étourdis par le sifflement des bombes incendiaires, par le fracas de l’effondrement des murs. Et au milieu de tout cela, l’enfant ne se réveillait pas dans les bras de sa mère qui pleurait, se lamentait et par la scène d’horreur et par la crainte de la mort de son enfant. Des chevaux se tordaient de douleur, des militaires furent mutilés, un taureau fou échappé d’un élevage voisin fut arrêté net dans son élan. On s’arrachait les vêtements brûlés, la décence s’oublia : femmes aux seins nus, hommes aux pantalons souillés, cris enfantins. Les gravats faisaient tousser, l’atmosphère bouillante déchirait les poumons. Parmi les humains vaillants, un photographe tentait de figer ces instants.

Bien que le bombardement se poursuivît, des infirmiers arrivèrent, tentant de sauver ceux qui le pouvaient. Un bref coup d’œil sur les corps au sol leur faisait prendre la décision de s’arrêter ou pas. L’urgence s’inversa, sous les bombes, on ne prenait en charge que les blessés légers. Une jambe arrachée, un bras déchiqueté demandait trop de soin pour l’instant. On laissait le blessé sur place. Il fallait se prémunir soi-même. Médecin, infirmiers étaient plus précieux pour l’instant que les corps mutilés. Seuls la femme et l’enfant furent évacués, pas le soldat.

Le chariot les emmena loin de la ville en feu, en sang, en cendres. Les chevaux galopaient, hennissaient, bavaient. Le brancardier aux rênes était tout aussi effrayé qu’eux. Ce devait être son âge pensa la mère. Seize, dix-sept ans estima-t-elle. Tout à coup, un pleur les cloua sur place : les chevaux, le cocher, la mère s’arrêtèrent net et se retournèrent vers le son. L’enfant venait de se réveiller. Il n’était pas mort. Simplement choqué, il s’évanouit aux premiers fracas.

Comme ce n’était pas trop grave, on les pria de quitter le poste médical pour laisser place à des blessées plus amochés. A savoir comment allait-elle rentrer chez elle on lui répondit que là n’était pas leur problème, qu’ils étaient infirmiers, pas guides touristiques. Elle se retrouva donc seule à plusieurs dizaines de kilomètres de son village.

La nuit tombait. L’attaque eut lieu l’après-midi. L’attente du calme, l’arrivée des secours, les premières évacuations tardèrent à se mettre en place. Du coup, bien que la nuit tombât assez tard par ici, elle se retrouva en pleine nuit en pleine campagne. Qu’allait-elle donner à son enfant ?

A ce moment-là, arriva le camion. En voyant ses phares, elle se cacha derrière un arbre. Qui étaient-ils ? On ne pouvait être sûrs de rien ces temps-ci. Pour comble, le camion s’arrêta pile devant elle. Pas parce qu’elle avait été repérée comme elle le craignit au début mais parce que l’endroit était désert et donc idéal pour une pause-pipi pour tous les enfants qui descendirent de sous la bâche. Endormis, les yeux rougis de larmes pas encore sèches de rage, de tristesse. Voyant cette bande d’enfants, elle osa sortir de sa cachette. Ce qui n’empêcha pas les hommes en arme de dégainer et de la mettre en joue aux bruits du buisson. Ils braquèrent leurs fusils soviétiques en la voyant déguenillée, apeurée, l’enfant encore dans les bras. A son récit, ils l’invitèrent à rester avec eux, à partager le maigre repas, le pain, le feu. Les enfants avaient été sauvés de justesse du bombardement de la ville et aussi des prochains « comme nous le craignions et c’est notre devoir que de les sauver. Ils sont notre avenir. » La propagande s’immisçait même dans une conversation au coin du feu.

Les enfants dans le camion, le chauffeur près du feu, l’homme et la mère derrière un buisson enlacés s’endormirent. Au lendemain, lorsqu’elle se réveilla au bruit du moteur, le camion était déjà loin. Le viol n’eut pas lieu le soir. Elle se laissa approcher par cet homme très doux mais là au matin, l’abandon et l’enlèvement furent pires. Le froid du matin inonda très vite la douce chaleur entre ses cuisses. La douleur liquide entre ses reins la fit souffrir seulement maintenant. Elle n’avait jamais connu un tel plaisir, aussi intense et surtout aussi rapide. Elle n’avait été jusque-là qu’un creuset consacré au soulagement du mâle et à la procréation rapide. Son plaisir, enfin, aussi était reconnu. Ainsi, les bras qui la retournèrent sur le ventre pour la pénétrer de manière inconnue pour elle, ne l’effarouchèrent pas, ni la blessèrent. Son bonheur l’avait anesthésiée, son être et son corps répondaient aux sollicitations de cet inconnu très doux, très fort, très beau.

Elle en oublia un peu et le bombardement et son enfant. Le père de celui-ci avait disparu depuis longtemps. A la guerre avaient-ils dit. Il ne fut pas difficile à oublier à ce moment-là. Elle vécut à plein l’abandon et la nuit et au petit matin.

– T’es content, là ?

– Oh ! Tais-toi qu’est-ce t’allais faire avec cette femme, hein ? Et puis on devait ramasser que les enfants ; pas toutes les misères du monde…

– Oui d’accord mais bon !

– Oui, quoi bon ? T’as pas assez avec moi ?

– Oh là ! Elle nous fait sa jalouse.

– Et ça va, je pourrais faire ma vilaine aussi et te dénoncer…

– Et quoi ? On me fusillerait comme l’autre Fredo ? J’écris pas des poèmes, moi.

– Tu sais bien que c’est pas pour ses textes qu’il s’est retrouvé avec plein de trous de balle…

– Toujours classe, toi !

– Toi c’est vrai le beau macho, tu prends tout le monde et tout ce qui se présente.

– Eh ben, je peux te dire que c’était…

 

*
10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 16:48

 

 

« Syrie : tuer ou laisser mourir »

C’était le thème de l’émission hebdomadaire de Manuela Salvi, "Haute définition", diffusée sur RTS le 8 septembre 2013. Michel Onfray s’y prononce contre l’intervention militaire en Syrie.

 

 

syrie poudrière

    Pour télécharger l’émission - cliquez sur l’image ci-dessus


On intervient ici et pas ailleurs. Et qu’est-ce que c’est cet interventionnisme? Pourquoi il serait légitime d’aller bombarder la Libye ou l’Afghanistan mais pas le Pakistan?

 

La Syrie. Qui massacre qui dans cette aventure? Assad massacre sa population, mais en même temps les prétendus rebelles massacrent aussi la population. Moi, je n’ai pas envie de choisir entre un dictateur en place et des dictateurs à venir. L’alternative c’est pas la guerre ou rien, mais la diplomatie, l’intelligence, la négociation plutôt que les bombardements. 

 

Une guerre qui permet de se libérer d’un envahisseur me paraît légitime. L’idée qu’on irait débarrasser d’un envahisseur quelqu’un qui ne nous demanderait rien du tout simplement parce qu’il serait à la tête d’un pays qui aurait un sous-sol extrêmement intéressant pour la production économique d’un pays - on peut comprendre effectivement que ce qui justifie aujourd’hui les guerres c’est l’économie.

Dans le cas de la Syrie ça supposerait de se dire : que veut l’Occident pour lui-même et pour sa place dans le monde? C’est une question qu’il faudrait se poser et il serait bon qu’on puisse la résoudre.

C’est fort sympathique de dire sur le principe des droits de l’homme : on fait tomber un dictateur et de facto la démocratie surgit. Je ne souscris pas à cette idée que je trouve un petit peu courte.

Parfois, entre deux maux, il faut choisir le moindre. Prenez le cas de Saddam Hussein dont on nous a dit qu’il était la réincarnation de Hitler sur terre. On a pendu Saddam Hussein et aujourd’hui on a ce qu’on a en Irak. Pensez-vous qu’à l’époque de Saddam Hussein il y avait autant de morts qu’il y en a aujourd’hui sous un régime sans Saddam Hussein?

 

Je ne vois pas pourquoi les armes chimiques ce serait pire qu’une balle dans la tête. Abattre quelqu’un, quels que soient les moyens, c’est indéfendable, je ne fais pas de hiérarchie dans l’horreur.

 

Une guerre de libération qui permet à chacun d’être chez soi me parait juste. Les guerres impérialistes et néocolonialistes d’aujourd’hui, je ne les défends pas. Il ne s’agit pas de restaurer ou d’instaurer un ordre du monde démocratique mais de perpétuer un ordre économique qui suppose que vous ayez des pays qui pillent les richesses d’autres pays et qui justifient les interventions militaires avec des explications humanistes, humanitaires, droits de l’homme, droits d’ingérence - toutes ces choses qui ne marchent jamais quand il s’agit d’autres pays. Pourquoi on n’intervient pas pour libérer le Tibet occupé par la Chine?

 

Qu’est-ce que c’est ce concept de punition? La faute ce sont les armes chimiques? Avant vous pouviez faire ce que vous vouliez, mais les armes chimiques c’est indéfendable? Mais c’est indéfendable depuis le début! Quand Poutine ou la Corée du Nord massacre sa population, ça ne gêne personne. Ce ne sont pas des arguments, si c’étaient des arguments, ça fonctionnerait partout sur la planète, or ça fonctionne sur ces endroits-là très précisément. La question du déshonneur est dans le fait qu’on soit un chef d’état et qu’on n’ait pas de ligne claire dans sa diplomatie. Le déshonneur est qu’on a des comiques au pouvoir qui n’ont pas de politique diplomatique et qui bricolent dans l’incurable. On aurait aujourd’hui une bonne diplomatie européenne et de bonnes relations avec la Russie, on aurait des moyens de peser sur Assad.

Je trouve ridicule que dans des situations de crise on soit toujours dans des logiques de mon sous-marin, mes avions, ma bombe atomique. C’est dispendieux d’avoir tout ce matériel inutilisable, parce que la pensée de la guerre n’ayant pas lieu, on est resté sur des logiques de guerre froide, on pense toujours que s’il y a un ennemi aujourd’hui, il faut l’identifier à quelqu’un, comme on avait jadis l’épouvantail de l’Union Soviétique. Mais il est ou l’épouvantail aujourd’hui? L’Iran va nous attaquer? Ça n’a pas de sens.

 

La guerre est pensée par les philosophes. Si vous prenez l’histoire de la philosophie de Platon jusqu’à l’abbé de Saint-Pierre, Kant et son projet de paix perpétuelle ou Hobbes, tous les philosophes à moment donné pensaient la question de la guerre. La guerre est une chose trop importante pour la laisser aux militaires seulement. Et un philosophe me paraît nettement plus intéressant quand il fait ce genre de réflexions plutôt que quand il se demande quel est le statut de Platon quand Heidegger le commente et que Lacan le cite.

 

On ne protège jamais des civils en les bombardant. Je ne vois pas comment on peut défendre cette idée qu’en Libye on aurait protégé les civils?! Tout ce bombardement de la Libye a épargné le dictateur qu’il a fallu finir au couteau dans un pick-up pendant qu’on a fait combien de milliers de victimes innocentes sous prétexte de préserver les Libyens?

 

Il y aurait des combats qui mériteraient d’être menés les armes à la main, tous les combats contre des individus qui considéreraient que les valeurs de la République ne sont pas bonnes et que la liberté, égalité, fraternité, la solidarité, le féminisme, la laïcité sont des valeurs d’un Occident décadent et qu’il vaut mieux installer très exactement l’inverse de toutes ces choses-là.

 

La vie est un long combat qui se termine toujours par la défaite de celui qui l’aura mené.

 

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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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