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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 00:18

 

 

Le teaser du prochain (incertain) film documentaire de Sophie Robert, « La psychanalyse dévoilée », sur la théorie sexuelle freudienne et lacanienne, est présent actuellement uniquement sur la chaîne Nemesis TV (durée : 9,33 min.)

Il me semble important de le regarder et d’en parler autour de soi avant qu’il ne soit éventuellement censuré et ne disparaisse énigmatiquement sans laisser de traces. C’est appréciable de connaître davantage les idées, les valeurs, les méthodes de travail, la vision de la sexualité, du féminin et du masculin de ceux qui « soignent » les personnes fragiles psychologiquement, les malades mentaux, les enfants autistes en France. C’est tout simplement édifiant de voir à quel point "l’idéologie a supplanté la raison". 

 

Mise à jour : le 28.09.2015

 

1) D’abord, on définit la sexualité « freudienne ». Ce n’est pas de la même manière que les religions monothéistes la définissent depuis des millénaires?

freud cannibalisme - goya - Saturne dévorant un de ses enfants, 1

(01:20) « Pour Freud, les pulsions sexuelles sont de l’ordre du cannibalisme, de l’inceste, du meurtre. A l’horizon de la jouissance humaine, de ce qui fait jouir l’être humain depuis la naissance, il y a une tare qui est fondamentalement nocive et qui cherche à se satisfaire. Un bon refoulement c’est nécessaire. »

Si vous avez ignoré tout ça, et si jusqu’à maintenant vous avez entretenu les relations plutôt amicales avec vos pulsions sexuelles, désormais vous le savez et pouvez commencer à en être dégoûté, à tout refouler, ou au mieux, à sublimer et ne plus jamais faire l’amour. 

 

 

F. Goya, Saturne dévorant un de ses enfants, 1823, musée du Prado

 

2) Après, on apprend qu’une jolie femme indépendante financièrement est atteinte d’une phallicité lourde. Faut-il qu’elle se soigne? Le divan l’attend...

freud greek-woman-phallus

(01:45) « Les femmes qui n’arrivent pas à trouver un conjoint stable sont phalliquement lourdes. La première lourdeur d’une femme c’est d’être complètement autonome financièrement, de n’avoir besoin en rien d’un homme.

Gagner de l’argent et mener une carrière c’est être phallique? C’est même la définition de la phallicité. Plus la femme sera soumise, plus l’homme sera fort et viril. La femme indépendante devient une femme à la phallicité lourde, pesante. Si elle est belle, c’est pire, parce que la beauté c’est phallique aussi. « 

 

 

Femme portant un phallus, dessin sur le vase attique du Ve siècle avant notre ère  

 

3) Et puis, on constate avec stupeur que la femme… n’existe pas malgré sa lourdeur. La féminité ce n’est que du faux semblant pour masquer le trou, le vide, le néant. 

freud - trou noir de motercalo(02:40) « Le féminin n’a pas de l’inscription dans l’inconscient. L‘inconscient c‘est plutôt une machine qui tourne autour du phallus. […]

Quand l’enfant découvre le sexe de sa mère, il voit un trou. Le sexe féminin n’a pas le signifiant. Comme vous désignez les lèvres, les vagins, ce n’est pas le sexe. Le sexe féminin c’est un trou, c’est un vide, c’et le seul organe qui n’a pas de signifiant propre, c’est le pot qui entoure un vide. […]

Le corps de la femme est phallique. La jouissance féminine reste tout au long de la vie à titre de déclencheur - clitoridienne, c’est-à-dire phallique.

La mascarade féminine c’est l’usage du semblant, les talons…, les semblants de la féminité. Parce que la féminité c’est du faux? La féminité ce n’est que du semblant. Les atouts féminins c’est pour masquer une absence, ce qui n’existe pas, pour masquer la femme qui n’existe pas.

Les filles sont d’abord des garçons. Il n’y a pas d’essence du féminin. […]

Une femme peut désirer simplement un homme avec son sexe de femme? Oui, quand elle fait l’homme.

S’il n’y a pas du féminin dans l’inconscient, est-ce que la femme existe? Et non, justement, c’est pour ça qu’elle n’existe pas. Les femmes existent, mais pas la femme, sauf dans la psychose.

Ce n’est pas paradoxal pour une femme d’essayer d’aller mieux tout en ayant à admettre qu’elle n’existe pas? La femme n’existe pas au sens de l’universel. Mais il y a un universel de l’homme? Oui. »

 

4) Mais en fait, la vraie femme existe quand même, sauf que c’est un monstre qui agit hors la loi (phallique bien évidement) et conduit aux pires catastrophes.   

freud -1838eugenedelacroixmedeefurieusehuilesurtoile

(06:15) « Il y a des cas où la femme existe? Surtout dans les excès. Parce que la vraie femme, comme Lacan en parle, c’est Médée qui tue ses enfants.

En quoi ces comportements sont des témoignages d’une vraie femme, de quelque chose authentiquement féminin? La trahison déclenche la rupture avec le lien phallique, avec l’ordre phallique et produit un déchaînement sans limites, les femmes passent hors la loi phallique et ça conduit au pire. Donc la vraie femme, ce n’est pas recommandable. »                                                 Eugène Delacroix, Médée, 1838, Louvre

 

5) Enfin, on atteint l’apogée du délire et on nous informe que nous sommes tous pédophiles (refoulés bien évidemment) et que les pédophiles sont adorables (seulement les hommes, ça va de soi) car ils aiment les enfants et veulent que les enfants aient le droit à la jouissance.

freud Action-Innocence-Pedopornographie-PedophilePhotoDR

(07:28) « Le pédophile va essayer de démontrer que la différence sexuelle, le manque n’existent pas. Et c’est ainsi qu’il va tomber amoureux. Je sais que c’est choquant d’entendre que le pédophile c’est aussi quelqu’un qui puisse être amoureux d’un enfant.

Pourquoi Lacan a dit que seule la perversion permet le rapport sexuel? La perversion, c’est écrit en deux mots : père - version. C’est une version fantasmatique de la jouissance du père.

Le pédophile veut être un bon père qui non seulement aime l’enfant et qui fait preuve d’amour avec l’enfant, mais qui veut aussi que l’enfant puisse jouir, il veut reconnaître le droit à la jouissance d’un enfant. [...] C’est par rapport à notre pédophilie que nous avons tous, mais nous l’avons refoulée... On ne peut pas être bon éducateur sans être quelque part…, sans avoir l’amour pour les enfants. On a tous des fantasmes et des rêves quelque part pervers. »

 

 

Published by Ewa - dans Nausée
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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 12:10

 

Je vous invite à découvrir un extrait du livre de Carmelo Abbate, journaliste italien,  « Sexe au Vatican. Enquête sur la face cachée de l’Eglise ».

Ce passage concerne Richard Sipe (pages 392-405, éditions Michel Lafon, 2011)

        

sexe au vatican couve 3

Richard Sipe a soixante-dix-huit ans. Né dans une petite ville près de Minneapolis, Minnesota, États-Unis, il est issu d'une famille catholique de dix enfants. En 1953, il devient moine bénédictin. Six ans plus tard, il est ordonné prêtre. Il restera dix-huit ans au service de l'Église pour la quitter en 1979 avec la permission de la hiérarchie romaine. Il se marie, il a un enfant. Il se spécialise en psychothérapie, et en particulier dans le traitement des problèmes des prêtres. Ses recherches concernent la sexualité et le célibat des prêtres et des évêques catholiques. De 1998 à 2010, Richard Sipe intervient au titre de consultant dans 250 affaires judiciaires concernant des abus sur mineurs perpétrés par des prêtres aux États-Unis et au Canada.

Il a signé plusieurs livres, il et est universellement reconnu comme le meilleur expert en matière de sexualité au sein de l'Église catholique ; il est cité par des théologiens reconnus comme Hans Küng. Sa thèse, fruit de trente années de recherches, est dure et cruelle : le célibat peut favoriser des tendances pédophilesIl a isolé un type d'inhibition du développement psychosexuel qui se retrouve plus fréquemment chez les célibataires, par rapport à la population moyenne. Souvent la conscience des déficits du développement psychologique et des tendances sexuelles n'est atteinte qu'après l'ordination au sacerdoce. Conclusion : les problèmes de type sexuel apparus ces dernières années finiront par détruire définitivement la crédibilité de l'Église catholique. Ce sont là des affirmations fortes qui devraient faire réfléchir.


Son livre le plus efficace et le plus célèbre est certainement A Secret World : Sexuality and the Searchfor Celihacy. (« Un monde secret : la sexualité et la quête du célibat ») Y sont rassemblés vingt-cinq années de travaux de psychothérapie, et plus de 1 500 entretiens avec des prêtres. La synthèse de Sipe, en substance, est la suivante : 30 % des prêtres sont impliqués dans une relation sexuelle à court ou long terme. Pratiquement un sur trois. Il s'agit d'une donnée significative. 

 Sipe pointe aussi les contradictions du système. L'Eglise a beau condamner toute activité sexuelle de la part des religieux, et exiger le vœu de chasteté, beaucoup de jeunes prêtres tourmentés par leurs propres curiosités sexuelles se sont vu adresser par leurs supérieurs le même conseil : « Prends une femme qui s'occupera de toi et de la maison, ou trouve-toi une maîtresse. » Pour beaucoup de prêtres dépourvus de la moindre expérience, la première rencontre se produit souvent avec une paroissienne mariée qui a besoin de conseils pour des difficultés familiales. C'est la candidate idéale : faible d'un point de vue émotif, et en demande de soutien, mais experte en même temps sur le plan sexuel. Elle a aussi l'avantage de ne pas exiger du prêtre un attachement exclusif. Nullement  possessive, elle accepte de partager son amant avec l'Eglise et les autres paroissiens. La relation apparaît donc comme facile à gérer, dans le cas où le religieux aspire seulement à un soulagement sexuel. 

 La situation change dès lors que le prêtre, ayant pris de l'assurance, se sent capable de gérer une liaison avec des personnes jeunes et inexpérimentées. Dans nombre de séminaires, explique Sipe, des jeunes gens sont convaincus qu'il n'est véritablement possible d'embrasser l'Église sans doutes ni regrets qu'après avoir eu une relation, et éprouvé un sentiment de rejet envers l'acte sexuel. Pour les jeunes séminaristes, l'acte sexuel se produit souvent sur le mode expéditif, dans l'insatisfaction, de sorte qu'il est associé à des sentiments de gêne et de malaise. En outre, les prêtres immatures ont tendance à raconter leurs aventures sexuelles aux autres séminaristes, lesquels sont tout aussi inexpérimentés.

Les études de Sipe montrent que les prêtres solitaires, les dévots, les zélés, les peu sociables, inclinent à faire des rencontres occasionnelles, avec des prostituées bien souvent. Ils vivent ces transgressions comme un terrible péché qui déclenche le chaos dans une vie ordinairement très structurée. Après avoir soulagé des instincts incontrôlables, il n'est pas rare qu'ils s'autoflagellent, y compris physiquement, et se forcent à travailler avec un surcroît de zèle.

En ce qui concerne les prêtres homosexuels, Sipe a réalisé de nombreuses études et publié ses résultats. L'une d'elles montre qu'ils étaient de 20 à 22 % dans les années soixante et soixante-dix ; mais leur nombre a augmenté entre 1978 et 1985 jusqu'à atteindre 42 % des prélats, du fait notamment du mouvement de libération touchant l'homosexualité. Dans deux diocèses américains, l'homosexualité a même atteint les 75 %, au point que l'on en venait communément à parler de « séminaires roses ».


Autre livre fort intéressant de Richard Sipe : Celibacy in Crisis (« Le Célibat en crise »). Paru en  Amérique en 2003, il explique comment les abus sur mineurs au sein de l'Église catholique des États-Unis ont creusé un fossé profond entre la société et le clergé. En 2002, plus de 400 prêtres américains ont dû quitter l'Église suite à des scandales nés d'abus sur mineurs. Rien qu'en 2003, l'Église a dépensé là-bas plus de un milliard de dollars pour dédommager les victimes, payer des avocats et des soins psychiatriques.

Les études publiées dans ce livre montrent que 50 % des prêtres seulement pratiquent l'abstinence. Dans l'autre moitié : 30 % ont des rencontres homosexuelles, 30 % ont seulement des tendances homosexuelles, 15 % sont engagés dans de vraies relations homosexuelles (dont 8 % sont des relations stables) ; 5 % de ces prêtres trouvent une distraction dans la pornographie et l'exhibitionnisme ; 6 % ont des rapports sexuels avec des mineurs. Beaucoup d'aspirants séminaristes auraient même été éloignés de leur vocation par le fort penchant homosexuel et le niveau élevé de sexualité à l'intérieur de l'Église.

Et ce n'est pas tout. La révolution sexuelle des années soixante-dix aurait fait fuir aussi des fidèles américains : ces gens ne croient plus à la figure du religieux comme personne innocente susceptible d'être admirée, bien au contraire. [...]


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Richard Sipe m'accorde une interview téléphonique. 

L'homme est cordial, patient, préparé, disponible. Jamais son propos n'est banal.

Carmelo Abbate - L'activité sexuelle est largement pratiquée dans l'Église. Tout le monde le sait. C'est un secret de polichinelle. Cependant personne ne veut en parler.

Richard Sipe - La société, aujourd'hui, est chargée d'images sexuelles. D'un côté les catholiques attendent de leurs prêtres qu'ils incarnent une société pure et asexuée, de l'autre ils ne se scandalisent plus de savoir que le sexe est partout. Ceci parce qu'ils préfèrent avoir un prêtre qui vient dire la messe tous les dimanches, célébrer les baptêmes et les mariages, plutôt que personne.

Carmelo Abbate - Quelles en sont les causes? Pourquoi le phénomène est-il si répandu?

Richard Sipe - La raison principale, c'est que le clergé n'a pas un niveau d'éducation élevé en matière de sexualité. Le célèbre jésuite américain John L. Thomas disait qu'un prêtre doit tout savoir sur le sexe sans en avoir l'expérience. J'ai enseigné dans beaucoup de séminaires pendant plus de vingt ans, et je sais avec certitude que les séminaristes ne reçoivent aucune notion d'éducation sexuelle pendant leurs années d'études. Une fois, alors que j'enseignais l'éducation sexuelle, je me suis rendu dans un séminaire : les étudiants ne comprenaient pas, ils n'étaient capables de répondre à aucune question. Une autre fois, je suis même allé voir le directeur pour lui proposer un cours sur le célibat. Il m'a répondu qu'il n'y en avait pas besoin : deux semaines de cours de théologie morale suffisaient amplement. C'est cette façon de penser qui amène à n'avoir pas de certitudes.

Carmelo Abbate - Vous avez l'expérience directe de la vie au séminaire. Est- il vrai que le sexe y est très répandu?

Richard Sipe - Bien sûr. Je le sais comme le savent tous les psychologues qui ont eu affaire à ce genre de milieu. 20% des séminaristes environ ont des relations sexuelles entre eux, avec des membres de la faculté ou avec des prêtres. Ça peut apparaître comme un contresens, mais il existe bien un degré de tolérance.

Carmelo Abbate - La hiérarchie le sait et feint de ne rien savoir?

Richard Sipe - L'attitude est la suivante. Ils sont tous convaincus qu'il est normal, pour n'importe quel jeune prêtre, de passer par une phase d'expérimentation sexuelle; après, une fois atteint l'âge adulte, cette phase est surmontée naturellement.

Carmelo Abbate - Pourtant le Vatican a des mots très durs sur le sujet...

Richard Sipe - Le Vatican n'a pas l'intention de déclencher la moindre procédure disciplinaire d'aucune sorte. Il ne croit pas utile de punir un prêtre sexuellement actif avant quarante ans. La crise récente déclenchée par les abus perpétrés sur des mineurs par des prélats l'a confirmé : les prêtres sentent qu'ils peuvent agir sans craindre des représailles.

Carmelo Abbate - Dans les séminaires, personne ne dit rien. Mais alors, comment se fait la découverte du sexe?

Richard Sipe - La principale source d'informations, c'est la confession. Les gens qui ont des expériences sexuelles s'y confient. Ils révèlent des détails qui ouvrent à ceux qui les entendent des univers inconnus. Raison pour laquelle je ne crois pas qu'il soit approprié d'aller se confesser à un prêtre. C'est dangereux. Il existe des documents qui le prouvent. En particulier ce que l'on appelle les «sollicitations en confession». Il s'agit de la tension sexuelle à l' œuvre au sein de la relation délicate qui s'établit entre le confesseur et la personne qui se tourne vers lui, et s'en remet complètement à lui. Seul un séminariste sur vingt, et encore, peut s'estimer réellement préparé à confesser et à donner des conseils spirituels. Et un sur dix seulement est vraiment à même de prêcher.

Carmelo Abbate - Êtes-vous en train de dire que le prêtre sort du séminaire sans être parfaitement préparé à faire ce qu'il a étudié?

Richard Sipe - Le niveau intellectuel du séminariste moyen est extrêmement bas. Loin de celui de l'étudiant de base, plus encore de celui qui a un master, surtout dans des disciplines comme les mathématiques ou la psychologie. Les rares séminaristes intellectuellement doués sont souvent immatures sur le plan psycho sexuel : c'est démontré par de nombreuses études effectuées aux États-Unis. Leur connaissance de la sexualité est latente, tant du point de vue notionnel qu'en termes psychologiques et émotionnels. Ces gens-là ne sont pas capables de se référer au moindre aspect de la sexualité humaine.

Carmelo Abbate - Pourtant, ces dix dernières années, l'âge moyen des séminaristes a augmenté. Ne croyez-vous pas que le choix effectué par un adulte présuppose une sexualité plus mûre?

Richard Sipe - Il y a un proverbe qui dit : « Il n'est pas de plus grand imbécile qu'un vieil imbécile. » Un immature d'un certain âge est plus dangereux qu'un jeune. II n'est pas prouvé que les candidats à la vie ecclésiastique les plus vieux soient plus mûrs que les autres sous l'aspect psychosexuel.

Carmelo Abbate - Ce que je voulais dire, c'est qu'ils ont pu avoir une expérience sexuelle, prendre conscience de leur sexualité...

Richard Sipe - En choisissant le célibat et la chasteté, ils doivent combattre quelques éléments de leur passé. En revanche, s'ils n'ont encore eu aucune expérience sexuelle alors qu'ils sont déjà adultes, des questions surgissent à propos de leur développement.

Carmelo Abbate - En Italie, personne n'a jamais rien écrit sur les prêtres et le sexe. Vous-même, avez-vous ébauché une recherche sur le Vatican?

Richard Sipe - Non. Je n'ai jamais pu réunir des données sur les activités sexuelles à l'intérieur du Vatican. Mais j'ai connaissance d'un médecin qui, au début des années quatre-vingt-dix, a publié une enquête sur le sida chez les séminaristes romains. En offrant de leur payer leurs examens sanguins, il a pu se pencher sur le cas de 65 étudiants, et découvrir que 25 d'entre eux étaient séropositifs. Je sais aussi qu'il a été demandé à ce médecin de briser les jambes d'un archevêque mort du sida, afin de pouvoir produire un certificat disant que son décès était dû à une chute. J'ai essayé de réaliser des entretiens, mais en Italie il n'est pas possible de parler de sexe au sein de l'Église.

 

 

Carmelo Abbate - Quelque chose est peut-être en train de changer, dans la toute dernière période…

Richard Sipe - L'année dernière, je crois que les choses ont bougé; mais elles ne bougent que contraintes et forcées.

Carmelo Abbate - C'est vrai.

Richard Sipe - Personne ne peut s'exprimer librement. La crise ouverte par les abus sexuels a mis ces sujets en lumière, mais le sujet a l'air d'inspirer de grandes réticences aux journalistes italiens. Même la question de l'homosexualité à l'intérieur de l'Église est un sujet tabou. Je ne connais aucun pays au monde où la question soit aussi sensible qu'en Italie. Je me souviens qu'à la fin des années quatre-vingt-dix, un livre est sorti, écrit par cinq membres anonymes de la curie romaine : Via col vento in Vaticano (« Autant en emporte le vent au Vatican »). Ils dénonçaient les vices et les péchés des cardinaux et des prélats; et ils montraient que les monsignori avaient la conviction de vivre audessus des lois. C'est la vérité. Que tu sois haut prélat, évêque ou simple curé, peu importe : en principe, le comportement criminel est puni. Sauf que dans l'Église, ça ne marche pas comme ça.

Carmelo Abbate - Pourquoi? Pourquoi est-ce ainsi?

Richard Sipe - L'habitude du secret. C'est ce qui domine l'Église dans tous ses aspects. Je vous raconte un fait. Ici en Amérique, voilà quelques années, un accord a été conclu entre cinq centres de traitements pour réaliser une étude. Après l'élaboration du cahier des charges, les fonds destinés à la recherche ont immédiatement été coupés, et l'Église n'a plus voulu en entendre parler. Selon moi, elle redoutait que les médias ne parviennent à publier les résultats.

Carmelo Abbate - Comment expliquez-vous que ce soient toujours les petits poissons qui se fassent attraper, pendant que les évêques et les cardinaux ont l'air d'accomplir scrupuleusement leur devoir?

Richard Sipe - J'ai eu l'occasion de travailler avec un prêtre qui avait été nommé pour devenir évêque de sa petite ville. Il avait eu des relations sexuelles avec dix-sept femmes au bas mot. Il savait qu'il avait quatre enfants, et n'excluait pas qu'il puisse y en avoir davantage. C'était un prêtre très dévoué, aimé de ses paroissiens. J'ai pu vérifier que c'est souvent chez ce type de personnes que l'on trouve les plus grands pécheurs en termes d'activité sexuelle. Le père Marcial Maciel Degollado, par exemple. Le fondateur des Légionnaires du Christ. Un homme à succès qui a rapporté plein d'argent à l'Église catholique : il a eu des femmes et des enfants dans tous les pays. Le père Marcial n'est pas discipliné, sexuellement parlant; mais il a pu agir en toute liberté pour la bonne raison qu'il y a dans l'Église un haut niveau de tolérance, et que ces situations-là sont pardonnées.

Carmelo Abbate - Le Vatican ferme les yeux ?

Richard Sipe - Exactement. Du pape aux sphères les plus basses : tout le monde ferme les yeux.

Carmelo Abbate - Par crainte du scandale ou pour d'autres raisons?

Richard Sipe - La vraie raison qui fait qu'ils sont tous prompts à pardonner, c'est que beaucoup d'évêques et de cardinaux sont sexuellement actifs. Parfois même avec des mineurs. Et puis beaucoup ont des tendances homosexuelles, ils regardent la conduite sexuelle des prêtres non pas comme un problème psychologique latent, mais comme un péché que l'on confesse et qui se pardonne.


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Carmelo Abbate - Nous avons ce défaut de parler de l'Église d'un point de vue masculin. Mais les sœurs? Quel genre de problèmes rencontrent-elles? Combien y a-t-il de sœurs lesbiennes dans l'Église?

Richard Sipe - Les sœurs aussi ont leur sexualité. Et beaucoup d'entre elles sont homosexuelles. Mais la situation est différente, étant donné leur sacerdoce.

Carmelo Abbate - En quoi est-elle différente?

Richard Sipe - En ce sens qu'aux États-Unis, elles sont supérieures aux hommes d'Église, intellectuellement  parlant. Beaucoup ont un doctorat, une spécialité. Elles sont plus mûres aussi. J'ai travaillé avec un grand nombre de sœurs qui avaient besoin d'un guide spirituel et d'une thérapie. Quelquefois parce qu'elles avaient été victimes d'atteintes sexuelles de la part de prêtres. Mais j'ai eu affaire aussi à des sœurs qui ont agressé sexuellement d'autres sœurs, des étudiantes, des étudiants. Dans la majorité des cas, il s'agissait de femmes perturbées, plus ou moins gravement, souvent avec des tendances sadomasochistes. Ce que je puis dire, en me fondant sur mon expérience d'enseignant et de chercheur, c'est que les femmes qui ont subi des atteintes sexuelles de la part d'une sœur sont moins promptes à dénoncer les faits : elles ne considèrent pas qu'il s'agit d'une agression.

Carmelo Abbate - Combien de prêtres et de sœurs se sont adressés à vous ? Que recherchaient-ils? Du réconfort? Un soutien? Un jugement? Un conseil? Quel type de sentiments exprimaient-ils?

Richard Sipe - La vie est dure dans l'Église, et marquée par la solitude. Elle exige un grand sacrifice et beaucoup de renoncements. Je dirai que la plupart de mes patients recherchent une aide pour des problèmes de dépression et de stress. Je ne peux ni ne veux généraliser. Je crois qu'il y a dans l'Église des hommes honnêtes et de mauvaises personnes. Le problème de l'Église, ce ne sont pas les personnes. C'est la culture du secret qui y règne, et le fait que ceux qui en font partie sont convaincus de n'avoir pas à répondre de leurs actes devant la société et ses lois. Il y a là des conceptions profondément enracinées dans l'histoire de l'Église, et ce depuis des siècles. Rien n'a bougé pendant des centaines d'années. Mais le monde, lui, a changé. Résultat, les gens d'Église sont déconnectés de la réalité, ils ont souvent des conduites psychotiques. Ils prêchent une chose et en font une autre. Raison pour laquelle beaucoup ont décidé de partir, de se marier, de faire autre chose. Ceux qui restent se débrouillent pour soulager leurs instincts sexuels, mais sans se faire voir ni choisir de clarifier les choses avec eux-mêmes et avec les autres, d'où certaines conséquences psychiques à prendre en considération.

Carmelo Abbate - Ne pensez-vous pas que le fait de considérer le sexe comme tabou conduit à pousser les gens d'Église vers des comportements extrêmes ?

Richard Sipe - Si, bien sûr. Le fait que le sexe soit tabou rend les hommes d'Église immatures, et beaucoup d'entre eux éprouvent le besoin d'expérimenter et de manifester leur sexualité avec quelqu'un. Mais ils n'y sont pas préparés, si bien qu'ils ne savent pas comment se conduire, ni gérer leurs pulsions. Le vrai problème, c'est qu'ils ont rarement à craindre une punition. L'Église peut se montrer extrêmement hypocrite. Ces situations sont facilement pardonnées.

Carmelo Abbate - J'ai cité dans mon enquête le cas d'un prêtre qui passe des jours et des nuits devant des films pornos téléchargés sur Internet; même le Vendredi saint, après avoir célébré la messe. Un autre m'a invité à avoir un rapport sexuel dans son confessionnal ou dans le clocher, en se servant même du calice. Quelles réflexions cela vous inspire-t-il ?

Richard Sipe - Je crois que les cas que vous décrivez incarnent à la perfection le fait que l'Église, où la corruption  règne depuis des siècles, s'appuie sur deux codes de valeur : un pour ceux qui en font partie, un autre pour le reste du monde. Ce concept, on l'inculque aux séminaristes dès le début de leurs études. C'est la raison pour laquelle les représentants de l'Église, qui agissent dans les situations indiquées ci-dessus, s'accommodent de cette dichotomie comme si elle était naturelle. À la base, l'Église fait preuve d'une extrême arrogance qui amène ses membres à penser qu'ils ne sont pas soumis aux lois de l'État, qu'ils n'ont de comptes à rendre à personne en-dehors de leur milieu clos et protégé. Si bien que le concept fondamental, à l'intérieur de l'Église, est celui du secret en toutes choses, surtout en matière sexuelle. En ce qui concerne l'homosexualité, impossible de ne pas voir à quel point la structure de l'Église se fonde sur la figure et sur le pouvoir de l'homme, les femmes en étant depuis toujours exclues. Il suffit de penser au Père, au Fils et au Saint-Esprit. À l'intérieur, la relation entre hommes est encouragée, tandis que la relation avec les femmes est un péché.

Carmelo Abbate - Quel est l'avenir de l'Église catholique? Pensez-vous que les questions sexuelles puissent avoir des répercussions sur ses fondamentaux ?

Richard Sipe - Ils devront forcément changer, je n'ai pas de doute là-dessus. La doctrine sexuelle de l'Église est une folie. Il est ridicule de penser que le seul acte sexuel qui ne soit pas un péché est celui de deux personnes mariées s'unissant dans l'intention de procréer. Tous ceux qui ont des expériences sexuelles en dehors de ce cas particulier commettent-ils un péché mortel? C'est absurde. L'Église affirme que la masturbation est un péché mortel. C'est délirant. Tout peut être un péché, dès qu'on le pousse à l'extrême. Le péché de gourmandise existe, mais manger n'est pas un péché. Prenons par exemple le scandale sur l'usage du préservatif comme instrument de contrôle des naissances. Il n'y a rien d'immoral là-dedans. Je crois qu'ils devraient tous retourner à l'école. Et puis l'Église continue d'utiliser la formule « intrinsèque » dans n'importe quel contexte : l'avortement est intrinsèquement mauvais, la masturbation est intrinsèquement mauvaise, la contraception est intrinsèquement mauvaise. Tout cela est parfaitement stupide. Aucune personne dotée d'un minimum d'éducation, aujourd'hui, ne peut prendre pour vraie une telle affirmation. Non seulement elle n'a pas de valeur scientifique, mais elle échappe à la logique et au simple bon sens. L'Église affirme que les homosexuels sont intrinsèquement désordonnés et mauvais. L'amour est l'amour. Et l'Église, un jour, devra l'admettre. Le problème, c'est qu'ils ont tous peur de perdre le contrôle. Et peu importe s'il n'y a plus de lien entre ce qui est prêché et la réalité. Il suffit de voir le niveau de natalité en Italie : un des plus bas du monde. Qui peut croire que ça résulte de l'abstinence et de la chasteté?

Carmelo Abbate - Merci, docteur Sipe.

      vatican pub Antonio-Federici-1

 

Merci à PhDams pour la vidéo :~)     

6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 07:56

         

femen-alia.jpeg

Je voudrais partager avec vous ce documentaire, « Nos Seins, Nos Armes ! », écrit et réalisé par Caroline Fourest et Nadia El Fani, diffusé sur France 2 le 5 mars 2013.

Après un tollé d’insultes et d’indignations - en français, en russe et en anglais - à l’égard des Femen sur YouTube, « je me suis dit, OK, ce combat est juste », ou plutôt, les méthodes des Femen sont justes et la cible a été atteinte, car quant à la justesse du combat,  j’en étais déjà convaincue bien avant.


Le documentaire en intégralité (1h 08)

 

 

Merci à Abderahman Cherif 


 

Le documentaire en cinq parties

 


 
  • (05:15) - Au départ, ma première action, j’y ai participé, honnêtement, juste pour voir, même peut-être pour rire. Mais quand j’ai été licenciée à cause d’une action, quand j’ai senti la pression monter de la part de mes proches et de mes amis, je me suis dit OK, ce combat est juste.  [Inna Schevchenko, Femen]
  • (06:00) -  Nous nous attaquons au patriarcat et ses différents visages : la dictature, l’industrie du sexe et l’église. Ils sont toujours dans le déni des femmes. Quand les hommes ne peuvent pas contrôler cette nudité qu’on utilise dans nos actions, ça les rend dingues et ils sont capables d’utiliser les pires moyens pour arrêter ça, et c’est une bonne façon de montrer qui ils sont. [Inna Schevchenko, Femen]

 

       

  • (01:20) -  L’industrie du sexe en pleine expansion et sous l’emprise du milieu mafieux qui ronge les pays de l’Est depuis la fin de l’ère soviétique. Et c’est sans doute ça qui révolte le plus les Femen, être renvoyer à l’image de femme-objet, tout juste bonne à se marier ou à se prostituer. [Caroline Fourest]
  • (02:39) -  J’ai de la sympathie à leur égard. Ça secoue les choses, ça nous fait sortir d’une espèce de conformisme, de petit machin, elles nous donnent de l’air, c’est une ouverture. Mais après, pourvu qu’elles y arrivent! Je suis pour qu’elles y arrivent. [Maya Surduts, Collectif Droits des femmes]
  • Elles tombent du ciel, elles ont un mode d’action inattendu, elles viennent du monde où elles ne sont pas soutenues, alors que nous, en 70, on avait tout le mouvement de mai 68 avec nous, on n’était pas isolé, on est arrivé dans une société qui était prête à nous entendre. [Liliane Kandel, sociologue] 
  • (04:40)  - L’idée d’enlever mon tee-shirt ne m’a pas du tout effrayée parce que j’avais en arrière-plan cette idée, ce type de culture, cette exaltation du corps. Il fallait décoloniser notre corps. Le corps des femmes était toujours un enjeu et dans notre société, ça reste un enjeu. Dire NON, ça passe par le corps, qu’on le veuille ou pas. [Christine Fauré, historienne]
  • (05:30) -  Je suis née dans ce pays où dès le départ on m’a expliqué que j’étais un instrument dans les mains d’un homme, que c’était lui qui allait prendre soin de moi, qui allait me contrôler, une fois que je l’aurais trouvé, mais pour le trouver, il fallait que je ressemble à une poupée. Ils vous font sentir coupable parce que vous êtes une femme. Comme femme, vous ne devez pas parler fort, vous devez être gentille et sourire même si vous n’aimez pas quelque chose. Si tu n’es pas satisfaite, juste tais-toi, ce qui me disait ma mère. On nous demande, pourquoi vous vous battez? Mais c’est toute l’histoire des femmes qui en est la raison! [Inna Schevchenko, Femen]

 

 

  • (01:20) -  En France, on ne peut pas recruter facilement les femmes qui sont d’origine maghrébine ou arabe parce que ces femmes-là sont dans un enfermement familial ou des quartiers qui fait que si elles s’expriment de cette façon-là, les conséquences peuvent être difficiles. Je vois bien que la société française ou européenne a oublié des combats majeurs. Et les Femen sont une belle piqûre de rappel, c’est violent, c’est choquant. Je pense qu’il faut revenir à une forme d’activisme qui réveille les consciences. [Safia Lebdi, présidente des Insoumises]
  • (08:06) -  Là où la religion commence, le féminisme s’achève, la liberté du peuple s’achève, c’est sûr, et c’est quelque chose que nous devons partager maintenant, parce qu’il est déjà tard, parce qu’ils sont déjà trop profondément en nous. [Inna Schevchenko]
  • (10:48) - Tu penses que la nudité est plus révolutionnaire, plus subversive dans les pays musulmans? - Oui, parce qu’ils se concentrent toujours sur nos corps, et sur la façon dont on est censé les cacher. [Alia al-Mahdi, blogueuse égyptienne]

 

 

  • (03:06) -  83% des Égyptiennes disent subir un harcèlement sexuel quotidiennement. Parfois il se transforme en déchaînement collectif. […] Le harcèlement et même le viol sont aussi des armes politiques utilisées par la police contre les femmes activistes. [Caroline Fourest]
  • (05:10) -  Je ne vois pas les Femen au milieu de la place Tahrir, où elles sont vite violées, égorgées, tuées. [Safia Lebdi] 
  • (11:00)  - Plutôt nue qu’en burqa! Parce que ce n’est pas un vêtement pour une femme. Ce n’est pas un vêtement de femme, c’est un vêtement d’homme pour mettre les femmes dedans. Si on parle de liberté des femmes, leurs corps sont toujours au centre. Le corps des femmes c’est l’indicateur de la liberté des femmes. [Inna Schevchenko]

 

  • (06:04)  - Femen est un mouvement mixte, mais les garçons  sont priés de se faire discrets, les femmes sont les seules à pouvoir mener les actions, surtout si elles sont risquées.
  • (09:50) -  L’attaque contre la famille et contre la religion allait de pair. Il y avait une espèce de force absolue de dévoilement du MLF à travers des slogans qui étaient moitié poétiques moitié biscornus, mais qui disaient tous : ça suffit comme ça! Notre situation n’a rien ni de naturel, ni de fatal. Il n’y a aucune raison pour que se soient les femmes qui fassent la vaisselle. Cet arrachage de rideaux était d’une violence! La violence était là. Tout à coup, plus rien n’allait de soi, même pas la différence des sexes. [Liliane Kandel, sociologue] 

 



Débat après la projection du film 

 

 

« Je n’ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c’est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson ».

Rebecca West    

 

Merci à Marc


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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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