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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 12:38

 

 

Le couple Onfray-Boutin m’a fait sourire, il vous amusera peut-être aussi. Voilà donc une deuxième partie de Salut les Terriens, l’émission de Thierry Ardisson diffusée hier sur Canal Plus.

 

 

ardisson Christine-Boutin

 

(00 - 05:07) - Christine Boutin

Un peu de look, un peu d’idées, et un scoop : « J’aime le sexe! » - confie la présidente du Parti chrétien-démocrate à Thierry Ardisson.

 

 

onfray-grille.jpg

(05:07 - 14:25) - Michel Onfray

On assiste à une confrontation d'idées, irrésistiblement drôle, entre Michel Onfray et Christine Boutin au sujet d’une probable inexistence historique de Jésus. Madame Boutin menace de quitter le plateau devant une telle affirmation blasphématoire, mais tout finit bien, et on apprend que Dieu aime malgré tout Monsieur Onfray. Ouf, on respire!

  • Et on se réjouit. Mais alors, c’est quoi l’hédonisme? C’est très simple, il paraît.         « Ne loupez pas votre existence, il n’y en a q’une. Tâchez d’avoir un maximum de plaisir et de donner du plaisir à autrui en évitant votre déplaisir et celui d’autrui. » 
  • Un mot sur l’une des plus grandes escroqueries du XXe siècle - la psychanalyse freudienne, et sur son Créateur.
  • Puis, il est encore question de Guy Môquet - un gamin de 16 ans mêlé à la grande histoire et fusillé pour de « mauvaises raisons » -, ainsi que de la résistance communiste en règle générale. 
  • On termine avec le fameux couple libertaire Sartre et Beauvoir. Affreux, affreux, affreux! La représentante des « Lumières chrétiennes » hoche la tête en signe d’approbation, elle le savait…. 

ardisson-alberto-toscano.jpg

 

(14:25 - 24:39) - Alberto Toscano, journaliste et écrivain italien

Qui sera le nouveau pape? Existe-t-il un lobby gay au Vatican ? Quel avenir pour l’Europe face à la crise?

 

 

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Tant qu’on y est, pourquoi ne pas jeter un coup d’œil sur l’édito de Gaspard Proust joyeusement cynique? Il parle, entre autres, de Stéphane Hessel et l’affaire DSK-Marcela Iacub. Mais il faudra faire abstraction des rires du public, absolument insupportables.

       

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Réactions 


"Mais au fait, la philosophie hédoniste est-elle à proprement parler une philosophie de résistant ? Est-on bien certain de trouver la force de prendre les armes contre les nazis si l’on n’est soi-même guidé que par son plaisir ? Éviter le déplaisir de la soumission, est-ce combattre activement ses causes politiques, ou seulement chercher à s’y soustraire ? Sans tomber dans une sobriété excessive, soyons tout de même sérieux : 
la philosophie d’Onfray n’est pas la mieux taillée pour donner des leçons de résistance. Elle paraît tout à fait soluble dans la « société liquide » du capitalisme global, dont parle le sociologue anglo-polonais Zygmunt Bauman : une société où chacun est invité à ne pas s’engager dans des choix définitifs, à cultiver en tous domaines la flexibilité comme le summum de la liberté."


"Dans son dernier ouvrage, Les consciences réfractaires, Michel Onfray rétablit la vérité historique au delà des mythes. Impensable, le philosphe nous apprend que le glorieux résistant Guy Moquet fut arrêté pour… des faits de collaboration ! [...]
Ainsi donc, la récupération politique de notre sieur Sarkozy n’était qu’une mystification médiatique, de la pure propagande politique."


"Il m'a appris des trucs sur Mocquet et cie."  
"Oser prétendre, comme il l’a dit, que peu ou prou nous aurions participé à la Shoah, relève de la diffamation. [...]
Pendant la guerre, même les collaborateurs les plus pourris n’ont jamais accusé les communistes et les FTP-MOI d’être anti-juifs, bien au contraire, ils nous désignaient sous l’appellation de judéo-communistes. D’après Onfray, ceux qui nieraient ses fausses révélations ne seraient que « des idolâtres les plus fanatisés »"

Merci à Patrick   
 
  
26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 00:03

 

      Lenoir-Frederic

 

Frédéric Lenoir, philosophe, sociologue et historien des religions, auteur, entre autres, du Petit traité de vie intérieure, dresse une brève histoire des scandales à répétition, scandales sexuels, politiques et financiers qui ont ébranlé le Vatican, commençant par le dernier en date, du "lobby gay", révélé il y a quelques jours par le quotidien italien La Repubblica. Le philosophe estime très probable l'idée que la démission du pape soit liée à ce scandale, et en conclusion, suggère au prochain Saint-Père de revenir au message évangélique et… supprimer l’État du Vatican.

L’entretien avec Frédéric Lenoir, Un système corrompu et opaque au cœur de l’Église a été publié le 23 février 2013 sur le site du Journal du Dimanche (JDD).

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Adeline Fleury : Que pensez-vous des révélations concernant l'existence d'un lobby gay au sein du Vatican?

Frédéric Lenoir : Il est de notoriété publique qu'il y a un certain nombre de prélats homosexuels au Vatican, certains ayant des contacts avec des laïcs ou des prostitués homosexuels. C'est également vrai que vativan gayle pape a nommé, suite à l'affaire du "Vatileaks", trois cardinaux pour faire une enquête approfondie sur ce qu'il se passe à la curie romaine. Le 17 décembre, il lui a été remis un rapport de 600 pages qui a été sans doute été un élément important dans sa décision de démission. Reste à savoir si ce rapport montre qu'un certain nombre de prélats homosexuels, comme l'écrit, la presse italienne, ont été soumis à un chantage, si des laïcs ont des "preuves", peut-être des films ou des photographies pas très "catholiques". Si l'information était vraie, il pourrait s'agir de prélats qui maintiendraient un système de corruption au sein même du Vatican, système de corruption qui a été révélé par l'affaire du "Vatileaks", face à un chantage lié à leurs pratiques sexuelles. Car rappelons que l'Église condamne toute relation sexuelle en dehors du mariage, impose la chasteté aux évêques, et condamne fermement l'homosexualité. On est devant une contradiction flagrante qui frappe au cœur même du Vatican.

 

Adeline Fleury Cette contradiction peut-elle nuire à l'image de l'Église auprès des croyants?

Frédéric Lenoir : Une partie des fidèles sont choqués et s'éloignent de l'institution parce qu'ils perdent confiance ; d'autres sont dans le déni et mettent tout cela sur le dos de mensonges des médias. Une troisième partie des fidèles tolère le fait qu'il y ait des failles humaines chez les hommes d'Église. Cela ne les détourne pas de leur attachement à l'Église, même s'ils réprouvent ces pratiques et en souffrent.

 

Adeline Fleury Des observateurs qualifient ces révélations de fantasmes…

Frédéric LenoirLes affaires révélées ces dernières années, en matière de corruption, de liens avec la mafia et de scandales concernant la pédophilie, ne sont pas des fantasmes. La déliquescence au sein de la curie romaine est indéniable. L'affaire du "Vatileaks" a révélé les rivalités profondes entre les prélats qui veulent maintenir une opacité et ceux qui veulent une transparence. Ces derniers sont liés à l'ex-majordome du pape Paolo Gabriele, un homme très pieux, qui a sans doute agi par amour de l'Église et qui vient d'être gracié par le pape. Benoît XVI était au courant de bien des dérives, mais n'agissait pas. La démission de Benoît XVI est pour moi le signe qu'il n'avait plus la force de faire face à ces querelles intestines, à ces scandales à répétition.

 

Adeline Fleury Est-ce la fin du culte du silence, propre au Vatican?

Frédéric Lenoir : On a longtemps sacralisé l'institution, quitte à étouffer les scandales, à sacrifier les gens, les enfants même, avec les affaires de pédophilie. C'est un tournant historique de l'Église, on assiste à une désacralisation de l'institution : des laïcs pieux et certains prélats sont maintenant prêts à dénoncer publiquement les dérives de l'institution ou de certains hauts responsables du Vatican parce qu'elles sont en contradiction flagrante avec les principes évangéliques.

 

Adeline Fleury L'Église a toujours été confrontée à des scandales…

vatican photo-alexandre-marchiFrédéric LenoirLes dérives de pouvoir et financières, comme les scandales sexuels, ont émaillé son histoire. Durant le Haut Moyen Âge, prêtres et évêques se sont enrichis en vendant des sacrements. La simonie a été condamnée par la suite, durant la réforme grégorienne. Le pape Grégoire VII, au XIe siècle, a joué un rôle considérable pour réformer l'Église, qui faisait face à une double crise : d'une part, morale, avec la vente des reliques, des sacrements, et les mœurs dissolues du clergé; d'autre part, politique, avec sa dépendance étroite du pouvoir impérial. La réforme grégorienne, qui a duré plus de deux siècles, a remis de l'ordre dans tout cela : la fameuse querelle des investitures (nomination des évêques et des pères abbés) a finalement été gagnée par le pape contre l'empereur et elle a été accompagnée d'un fort sursaut spirituel, avec la réforme cistercienne, notamment. À partir du XIIIe siècle, s'est à nouveau ouvert une ère de décadence. L'Église s'est enrichie, des monastères sont devenus des lieux de corruption. Cela a débouché sur la réforme des ordres mendiants pour rappeler la nécessité de la pauvreté, jusqu'à la grande crise de la Renaissance, avec notamment la vente des indulgences par des prêtres (réductions de peines du purgatoire), la dissolution des mœurs du clergé, les papes corrompus qui nommaient leurs enfants cardinaux, etc. Cette décadence a débouché sur le schisme avec les protestants. Il s'en est suivi le mouvement de la Contre-Réforme, qui a renforcé la discipline ecclésiale et la spiritualité catholique. Tous les deux ou trois siècles, l'Église a ainsi connu de grandes crises qui ont débouché chaque fois sur un nouveau souffle.

 

Adeline Fleury Quelle est la dernière grande réforme?

Frédéric LenoirLe concile Vatican II (1962-1965), qui n'est pas la conséquence d'une crise des mœurs, car l'Église des XIXe et XXe siècles était plus morale que par le passé. Le problème de l'Église tenait à son intransigeance par rapport à la modernité, son refus de la liberté de conscience, son opposition à l'évolution de la société. Le concile Vatican II a eu pour visée de réconcilier l'Église avec le monde moderne, à accepter la liberté de religion, d'expression, à alléger la liturgie pour la rendre plus proche des laïcs… On aurait pu penser qu'après Vatican II, elle avait fait le ménage. Mais il restait un système corrompu et opaque au cœur même de l'institution. Reste une grande interrogation concernant la mort de Jean-Paul Ier, ce pape réformateur, qui a annoncé vouloir s'attaquer au scandale de la Banque du Vatican et qui est décédé quelques jours après, de manière énigmatique. La Curie a refusé que son corps soit autopsié et qu'une enquête soit ouverte.

 

vatican argentAdeline Fleury Sexe, pouvoir et argent semblent donc régir la curie romaine?

Frédéric Lenoir : Une partie de la curie. Mais ce sont là les trois grandes tentations humaines. Et les hommes d'Église cèdent parfois aussi, comme les autres hommes, à ces trois tentations!

 

Adeline Fleury Malgré l'Esprit saint…

Frédéric Lenoir : La théologie chrétienne nous dit que l'esprit saint ne peut pas faire grand-chose pour un homme qui est avide de pouvoir, d'argent, de luxure. Il ne peut entraver le libre arbitre. Cette corruption choque certains fidèles qui idéalisent la curie romaine. Ils imaginent que les hommes du Vatican sont les plus sains de tous. Je pense que c'est exactement l'inverse. Plus les prélats sont liés au pouvoir, plus ils sont soumis à de fortes tentations.

 

Adeline Fleury Assainir la curie romaine, cela sera la première mission du prochain pape?

Frédéric Lenoir : J'en suis convaincu. Le prochain pape devra faire une grande réforme de la curie. Cela pourrait aller jusqu'à remettre en cause l'État du Vatican, qui est un résidu des anciens États pontificaux. Il pourrait y avoir une décision historique de supprimer le Vatican comme État temporel et que le pape soit simplement un représentant spirituel. Ce serait une décision prophétique pour revenir à l'idéal du message évangélique. Mais je n'y crois pas trop. Un autre souci pour l'Église, c'est qu'aujourd'hui il n'y a plus de grandes figures de sainteté qui puissent polariser l'attention des fidèles vers des modèles positifs, comme l'abbé Pierre, mère Teresa, sœur Emmanuelle ou Dom Helder Camara… C'est comme s'il était beaucoup plus dur aujourd'hui de vivre de manière héroïque l'Evangile.

 

       

19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 21:17

 

onfray contre-histoire 9

Ingrid Galster, ancienne professeure de littératures romanes à l’Université de Paderborn en Allemagne, a publié aujourd’hui un article sur Le Huffington Post intitulé « Beauvoir : les pillages et les déformations de Michel Onfray ».

Bien que je ne partage pas ses points de vue exprimés dans l’introduction et surtout dans la conclusion de cet article, bien que son ton indigné et scandalisé m’ennuie, et bien que ses leçons données aux éditions Grasset et à France Culture concernant leur ligne éditoriale soient ridicules et teintées d’intolérance - je trouve sa critique d’un extrait du dernier tome de la Contre-histoire de la philosophie, Les consciences réfractaires de Michel Onfray et son argumentaire très intéressants. Selon Ingrid Galster, Michel Onfray s’était servi de son livre sur Simone de Beauvoir, faisant dire à l’auteure ce qu’elle n’a pas dit, déformant ses propos pour qu’ils correspondent à ses propres thèses établies bien à l’avance. Humain, trop humain…

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Certains intellectuels affirment, non sans raison, qu'en critiquant Michel Onfray on fait encore sa publicité et le conforte dans le rôle qu'il s'est choisi: celui du démystificateur solitaire persécuté par la cohorte des faussaires de l'histoire.

 

Mais doit-on se taire quand on est directement concerné par les pillages et les déformations délibérées qu'il attribue aux autres? Voici l'honneur douteux dont je suis l'objet dans le t. 9 de sa "Contre-histoire de la philosophie" récemment paru. Il se réfère à un ouvrage que j'ai publié en 2007 chez Tallandier : Beauvoir dans tous ses états. beavoir dans tous ses états galster

"Le livre d'Ingrid Galster aborde les questions qui fâchent. Ses conclusions relèvent de l'histoire et font s'effondrer une partie de la légende : Sartre et Beauvoir ne constituaient pas un couple modèle, elle ne fut pas la résistante qu'elle dit, elle est évincée de l'Éducation nationale pour lesbianisme avec une élève et non pour fait de résistance, elle travaille à Radio Vichy, elle n'a moins fait le féminisme qu'elle n'a été faite par lui, les publications posthumes ont écorné l'image pieuse fabriquée par le couple, etc." (pp. 441-442)

Spécialiste de Sartre pour l'époque de l'Occupation et sous contrat chez un grand éditeur parisien pour une nouvelle biographie de Beauvoir que je n'ai finalement pas faite, j'ai creusé certains éléments de la vie et de l'oeuvre en les replaçant dans leurs contextes respectifs et en tenant compte de nouveaux documents apparus après la mort de Sartre et de Beauvoir. Il en est sorti parfois une image plus nuancée, plus complexe et plus étoffée que celle que l'on trouve dans l'autobiographie de Beauvoir, mais j'ai toujours pesé le pour et le contre et mes conclusions ne se réduisent aucunement à la version caricaturale qu'en donne Onfray.

beauvoir radio micro

Très souvent, il enfonce d'ailleurs des portes ouvertes. Quelle trouvaille, par exemple, que celle de Radio-Vichy puisque Beauvoir en parle elle-même dans La Force de l'âge ! Mon seul mérite était d'avoir déniché une partie des scénarios qu'elle a fournis à cette radio. J'explique aussi pourquoi elle a accepté ce travail et, là, Onfray s'exécute clairement en falsificateur pour faire correspondre l'histoire à ses propos paranoïaques.

 

 

En effet, je prouve précisément, documents à l'appui, que Beauvoir n'était pas "évincée de l'Education nationale pour lesbianisme avec une élève". 

simone-de-beauvoir-nueIl est vrai que la mère de son ancienne élève Nathalie Sorokine a porté plainte, en décembre 1941, contre Beauvoir pour incitation de mineure à la débauche (je reproduis le texte intégral de la plainte dans le livre en question). Mais l'enquête judiciaire qui s'ensuivit aboutit à un non-lieu et ne pouvait donc justifier l'exclusion de Beauvoir de la fonction publique. 

En revanche, le recteur de l'Académie de Paris fit valoir face à Abel Bonnard que Beauvoir faisait lire à ses élèves Proust et Gide considérés par l'État de Vichy - faut-il le rappeler ? - comme mauvais maîtres pour "l'esprit de jouissance" émanant de leurs oeuvres qui, pensait-on, avait mené la France à la débâcle. On allégua qu'elle leur recommandait des visites à l'hôpital psychiatrique Saint-Anne, donc qu'elle les poussait à s'intéresser aux forces instinctives et à la démence, ce qui allait dans le même sens. On souligna ses conditions de vie : célibataire, elle n'avait pas de foyer, dormait à l'hôtel, travaillait au café et vivait en concubinage notoire. Bref, conclut le recteur qui, à la Libération, fut inculpé pour son zèle pétainiste : maintenir Beauvoir (et Sartre, qui ne fut pas inquiété) dans l'Enseignement secondaire, "à l'heure où la France aspire à la restauration de ses valeurs morales et familiales", était "inadmissible", et cela d'autant plus que, professeur de khâgne au lycée Camille-Sée, elle formait de futures éducatrices. Contrairement aux propos qu'Onfray m'attribue, l'exclusion de Beauvoir était une mesure d'épuration de la part de Vichy. Je le dis haut et fort dans mon livre en mentionnant la loi du 17 juillet 1940 créée par le gouvernement de Pétain pour faciliter l'élimination du service public de tous les fonctionnaires censés ne pas contribuer efficacement à la "rénovation nationale", loi qui est citée, entre autres, dans l'arrêté du 17 juin 1943 sanctionnant la révocation de Beauvoir. Relevée de ses fonctions pour un délit de moeurs, elle n'aurait d'ailleurs pas pu se faire réintégrer à la Libération, ce qui fut pourtant le cas. Beauvoir méprise délibérément les consignes de la Révolution Nationale. "Résistance" est un grand mot, mais c'était sans conteste une forme d'opposition, perçue, on l'a vu, comme telle par les autorités.

 

Elle n'a moins fait le féminisme qu'elle n'a été faite par lui, dirais-je encore, selon Onfray. Là aussi, il m'attribue une thèse que je n'ai pas soutenue. En travaillant sur Le Deuxième Sex  beauvoirle-deuxieme-sex-anglais.jpgpour préparer un colloque à l'occasion du cinquantième anniversaire du livre en 1999 ainsi que sur l'histoire du féminisme français, j'ai découvert une sorte de navette de la théorie féministe entre la France et les États-Unis en cinq temps entre 1947 et 2000, navette dont se trouve une ébauche dans mon livre et qui constitue, selon Michelle Perrot, "un véritable chapitre de l'histoire intellectuelle à développer".

Je soutiens, entre autres, que la plupart des féministes françaises des années 70 n'avaient pas lu Le Deuxième Sexe, propos d'ailleurs confirmé par Beauvoir elle-même qui militait avec elles: ces militantes étaient plutôt influencées par le féminisme nordaméricain qui était en avance, mais dont les protagonistes les plus en vue (Betty Friedan, Kate Millett) s'étaient inspirées, elles, du livre de Beauvoir, sans le signaler. Une fois établi en France, le féminisme a revendiqué Le Deuxième Sexe comme livre fondateur, comme bible. Il s'agit, comme souvent, de processus de réception et d'influences réciproques dont la dynamique compliquée n'intéresse pas Onfray mais dans lesquels il cherche exclusivement des éléments qu'il peut détourner pour son oeuvre "démystificatrice".

 

sartre gerassi 3Pour mener à bien cette oeuvre, il se sert, dans le cas de Beauvoir et de Sartre, le plus souvent des livres de Gilbert Joseph et de John Gerassi. Le premier a le mérite d'avoir découvert le dossier de l'affaire Sorokine aux archives de la Préfecture de Police, mais, historien amateur et ancien résistant du Vercors plein de ressentiment contre les intellectuels à l'égal d'Onfray, il est incapable d'interpréter les sources dans le contexte de Vichy: on a dit à juste titre qu'il adopte l'optique de la police des moeurs. Le second rend prétendument ses conversations avec Sartre en état brut. Quelle aubaine pour attraper Sartre en flagrant délit: il montre enfin son vrai visage! En comparant le texte publié avec les CD se trouvant à l'Université de Yale, on voit pourtant que les répliques de Sartre ne lui appartiennent pas, mais que c'est Gerassi qui les formule. J'ai eu l'occasion de le montrer dans la Neue Zürcher Zeitung et dans une revue historique espagnole, mais la publication de mon compte rendu en français est repoussée depuis un an par une revue parisienne.

 

Vu de l'étranger, on se demande bien quels sont les besoins de certains secteurs de la société française qui sont assouvis tous les ans à nouveau avec les produits de ce "philosophe" dans toutes les formes médiatiques, produits qui pullulent du reste d'erreurs factuelles. Le vrai scandale, c'est que Grasset publie cette charlatanerie, que des journalistes comme F.-O. Giesbert la défendent et que France Culture se prête à la diffuser tous les étés.

 Ingrid Galster    

 

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  • quatuor
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc

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