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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 13:22

 


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« Aimons la neige ! Sinon, nous risquerions de briser notre équilibre poétique et d'oublier notre condition humaine. »

 Francis Bossus, La Forteresse               

 

 


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« La neige ne tombe pas à Paris : elle fond. »

Alain Schifres, Les Parisiens                  


neige sur arbres - ewa  neige sur arbres 2 - ewa

Dimanche matin. Un coup d’œil par la fenêtre. Émerveillée, je sors de mon igloo éblouie par la blancheur de la poudreuse légère et fraîche. 


champs-élysées_lido_métro_neige_ewa  chapms-élysées_virgin_ewa

La bouche de métro enneigée - antichambre d’Hadès - engloutit des âmes errant sur les Champs-Élysées et rêvant de voyages; et celle - aguichante et pulpeuse - de Lido, aspire méthodiquement les cars de touristes avides de sensations.

Moi, après avoir improvisé quelques pas de danse sur la patinoire devant Virgin Megastore, je suis happée par des lumières rouges menacées d’extinction. 


pigeons sur neige_ewa  neige fondue_paris_ewa

Sur une belle nappe blanche, j’offre le dernier repas de la journée aux pigeons affamés; et puis, j’enjambe une mêlasse brunâtre, fondante en essayant de ne pas me noyer dedans parce qu’on m’attend pour prendre le dernier repas de la journée à la pizzeria des champs…

 


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« L'artiste est un sculpteur de neige. »

Pierre Fresnay                          


Falat-Retour de la chasse

 Julian Fałat , Le retour de la chasse (1892), huile sur toile 


 Falat-Hiver à Cracovie

Julian Fałat, Hiver à Cracovie (1909)


Falat_Paysage d'hiver_ Bystra.jpeg

Julian FałatPaysage d’hiver (1915), huile sur toile 

 

Falat-paysage d'hiver

Julian FałatHiveraquarelle sur carton

      

Falat Hiver

Julian FałatPaysage d'hiver (Bystra), aquarelle sur carton

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 11:20

 

comedie-francaise 4Que le rideau se lève sur « Le jeu de l’amour et du hasard » de Marivaux, pièce jouée à la Comédie-Française de novembre 2012 aux premiers jours de janvier 2013, et diffusée sur France 2 mardi dernier. Rien d’original ni de révolutionnaire, tout ce qu’il y a de plus classique, juste les dialogues pétillants et l’excellent jeu d’acteurs. Mais, assister à des représentations du Français n‘est pas forcement accessible à tous, et bien connaître ses classiques, c’est pouvoir mieux apprécier et comprendre le théâtre contemporain. « Construire pour mieux détruire »…


ACTE I  

 

Résumé  : Silvia, fille de Monsieur Orgon, craint d’épouser, sans le connaître, Dorante, le jeune homme que son père lui destine. Elle décide de se travestir et d’échanger son habit avec sa femme de chambre, Lisette. Elle espère ainsi pouvoir mieux observer son prétendant. Mais Dorante a eu la même idée et se présente chez Monsieur Orgon déguisé en un serviteur nommé Bourguignon, alors que son valet, Arlequin, se fait passer pour Dorante. Monsieur Orgon et son fils, Mario, sont seuls informés du travestissement des jeunes gens et décident de laisser ses chances au «jeu de l’amour et du hasard».


Scène 1

SILVIA : Cette physionomie si aimable que nous lui voyons, n'est qu'un masque qu'il prend au sortir de chez lui.

           

Scènes 2-3-4

MONSIEUR ORGON : Eh bien, abuse, va, dans ce monde il faut être un peu trop bon pour l'être assez.


Scènes 5-6

SILVIA : Laissons là l'amour, et soyons bons amis.

DORANTE : Rien que cela : ton petit traité n'est composé que de deux clauses impossibles.

 

Scènes 7-8-9

ARLEQUIN : Je ferai encore mieux dans les suites, et puisque le sérieux n'est pas suffisant, je donnerai du mélancolique, je pleurerai, s'il le faut.




Résumé  : Dès la fin du premier acte et au cours de l’acte II, les rencontres entre maîtres et valets déguisés sont autant de surprises de l’amour et de quiproquos. En effet, Silvia et Dorante s’étonnent d’être sensibles aux charmes d’une personne d’un rang social inférieur. Lisette et Arlequin, de leur côté, s’émerveillent et profitent de leur pouvoir de séduction sur celui ou celle qu’ils prennent pour un maître ou une maîtresse. Lorsque Silvia apprend enfin de Dorante sa véritable identité, elle éprouve un vif soulagement. Toutefois, sans se dévoiler, elle décide de poursuivre le jeu à sa guise.


Scènes 1-2-3

LISETTE : Jusqu'ici je n'ai pas aidé à mes appas, je les ai laissé faire tout seuls ; j'ai ménagé sa tête, si je m'en mêle, je la renverse, il n'y aura plus de remède.


Scènes 4-5-6-7

LISETTE : Donnez-vous le temps de voir ce qu'il est, voilà tout ce qu'on vous demande.

SILVIA : Je le hais assez sans prendre du temps pour le haïr davantage.

 

Scènes 8-9-10

SILVIA : C'est par générosité que je te parle, mais il ne faut pas que cela dure, ces générosités-là ne sont bonnes qu'en passant, et je ne suis pas faite pour me rassurer toujours sur l'innocence de mes intentions, à la fin, cela ne ressemblerait plus à rien.


Scènes 11-12-13

SILVIA : Tâche de m'estimer sans me le dire, car cela sent le prétexte.




Résumé  : Silvia veut en effet obtenir de Dorante qu’il lui donne une très haute preuve de son amour : elle aimerait l’amener à lui offrir le mariage alors qu’il la croit encore une femme de chambre. Aidée de son frère Mario qui pique la jalousie de Dorante, Silvia triomphe finalement de celui-ci et c’est seulement dans la dernière scène qu’elle lui révèle qui elle est. Arlequin et Lisette, eux aussi démasqués au dénouement se jurent, malgré leur déception, un amour éternel.

 

Scènes 1-2-3

DORANTE : Elle est si aimable, qu'on aurait de la peine à ne lui pas parler d'amour.


Scènes 4-5-6
SILVIA : Je serai charmée de triompher ; mais il faut que j'arrache ma victoire, et non pas qu'il me la donne.

Scènes 7-8

ARLEQUIN : Vos petites manières sont un peu aisées, mais c'est la grande habitude qui fait cela.


Scènes 8-9

DORANTEVous m'aimez donc ?

SILVIA : Non, non ; mais si vous me le demandez encore, tant pis pour vous.

DORANTE : Vos menaces ne me font point de peur.


12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 12:28

 

soler jean qui est dieu +photo

 

Le livre « Qui est Dieu? » (Éditions de Fallois, Paris, 2012) du philosophe et historien des religions, Jean Soler, a suscité une violente polémique en juin 2012, polémique amplifiée par l’intervention enthousiaste de Michel Onfray en sa faveur, suivie des attaques de la meute de ses détracteurs « professionnels «, strictement obnubilés par la figure du philosophe normand, mais dotés d’une parfaite ignorance des travaux de l’historien du Roussillon, le mot d’ordre : antisémite, leur suffisait largement.

 

Il serait peut-être intéressant d’y revenir, une fois la tempête médiatique passée, pour voir comment le principal intéressé explique, éventuellement corrige ou approfondit ses propos. C’est exactement ce que propose Daniel Salvatore Schiffer dans un entretien avec Jean Soler « De quoi Dieu est-il le nom ?« publié le 2O décembre 2012 sur son blog Mediapart. Jean Soler y maintient ses positions, les argumente brillamment en tant que historien, critique du monothéisme et non croyant; élargit son discours en se référant à d’autres ouvrages dont l’essai « Qui est Dieu?« n’était qu’une synthèse; démêle patiemment et démontre clairement : malentendus, incompréhensions, jugements hâtifs, saintes indignations apeurées...

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  • Daniel Salvatore Schiffer : Votre dernier essai, «Qui est Dieu ?», se présente comme une sorte de condensé pédagogique, bien qu’enrichi d’apports significatifs, de votre œuvre principale : la critique du monothéisme. Pouvez-vous expliquer le sens de cette démarche intellectuelle ? 
  • Jean Soler : C’est parce que la grande presse persistait à garder le silence sur mes livres que j’ai cru bon d’en donner un récapitulatif, en adoptant une manière plus elliptique et plus incisive, au risque de paraître sommaire, quoique je renvoie toujours dans des notes aux essais précédents. Mon but était de gagner de nouveaux lecteurs. Je n’avais pas prévu que Michel Onfray allait m’y aider énergiquement, en montant au créneau avec tout le poids de sa notoriété et toute sa force de conviction, pour engager à me lire. Hélas ! mal lui en a pris. Ses détracteurs coutumiers se sont rués sur lui pour cracher leur venin, sans se préoccuper de ce que disent au juste mes livres. Les attaques contre nous ont été d’un niveau misérable : la hargne y tenait lieu d’arguments ! 


soler jean invention du monothéisme 2soler jean la loi de moïse blancsoler jean vie et mort dans la bible

  • Schiffer : Votre précédente critique du monothéisme avait pour titre général «Aux origines du Dieu unique» : une recherche historique que vous avez subdivisée en trois volumes :                             1) «L’Invention du monothéisme» (2002),  2) «La Loi de Moïse» (2003),  3) «Vie et mort dans la Bible» (2004). Pourquoi ce triptyque ?
  • Soler : 1) Le premier volume est relatif à la théologie des Hébreux, à leur métaphysique. J’explique comment ils sont passés du polythéisme au monothéisme, et pourquoi. Le seul fait d’intituler ce livre «L’invention du monothéisme» laisse entendre que c’est un incroyant qui s’exprime. Je relève aussi les difficultés de la croyance en un seul Dieu, une divinité manifestement masculine, décrite comme un Père Tout-Puissant, quand il s’agit de donner un statut à la Femme ou pour rendre compte du Mal.  2) Le deuxième tome analyse la morale des Juifs de l’Antiquité. Leur éthique ne vise pas à l’universel, elle ne se soucie pas du destin de l’humanité. Elle constitue un remarquable dispositif destiné à assurer l’unité du peuple en vue de sa survie. J’examine ensuite l’articulation problématique entre la Loi biblique et la Loi talmudique, celle du judaïsme de notre ère. Je mets enfin en lumière la présence dans la Bible de deux livres hors-la-Loi, deux chefs d’œuvre subversifs par rapport à l’idéologie officielle, «L’Ecclésiaste» et le «Cantique des Cantiques».  3) Quant au troisième volume, il analyse les comportements rituels des Hébreux, en ciblant mon étude sur l’usage symbolique de la nourriture dans les interdits alimentaires - mon premier travail, considéré aujourd’hui comme classique -, dans les jeûnes, domaine inexploré, et dans les sacrifices animaux offerts au dieu : ce sont, dit la Bible, son «aliment». J'explique en quel sens il faut interpréter ce terme. 
  • Schiffer : Vous parlez aussi, je crois, des sacrifices humains ?
  • Soler : Je n'écarte pas cette question délicate. Il est nécessaire de l'élucider si l'on veut comprendre le dogme chrétien du «sacrifice du Christ» et le rite du «sacrifice de la messe». J’aurais pu intituler ma trilogie «Essais d’anthropologie biblique». J’ai préféré «Aux origines du Dieu unique» parce que mon apport principal, à mes yeux, est d’avancer une hypothèse non confessionnelle et sans complaisance sur les raisons d’être de cette révolution culturelle qui devait connaître, par les hasards de l’histoire - la naissance du christianisme et plus tard de l’islam -, un avenir aussi extraordinaire qu’imprévisible.

 

ATHENES ET JERUSALEM

  • Schiffer : A ce triptyque s’ajoute un livre important, paru en 2009, portant l’explicite tire de «La Violence monothéiste». Est-ce à dire que le monothéisme déboucherait fatalement sur l’extrémisme religieux, le fondamentalisme idéologique et l’intolérance philosophique ? 
  • Soler : Je ne pense pas que le monothéisme doive déboucher «fatalement» sur l’extrémisme et sur des actes de violence, mais qu’il a une pente qui y prédispose. Quand on est convaincu que la soler jean la violence monothéisteVérité est une et le Bien un, comme le Dieu unique qui se trouve à leur source, on est enclin à considérer que ceux qui professent d’autres croyances sont dans l’erreur ou qu’ils ne veulent pas reconnaître où est la Vérité véritable et le vrai Bien. Et par suite on peut estimer qu’on a le droit, pour certains c’est même un devoir, de les contraindre par divers moyens, dans leur propre intérêt, à abandonner leur voie mauvaise. Mais pour que cette pensée intolérante se traduise par des actes de violence, il faut que le religieux fasse alliance avec le politique. C’est ce qui s’est passé quand le christianisme est devenu, après la conversion de l’empereur Constantin, au début du IVe siècle, la religion officielle de l’Empire romain. Il en est ainsi, depuis Mahomet, chez les musulmans, comme chez les Juifs d’Israël, aujourd’hui, ou chez les protestants fondamentalistes des Etats-Unis qui ont poussé Bush II, l’un des leurs, à déclencher une guerre contre l’Irak, pour répliquer à des attentats islamistes qui visaient les «Croisés» américains, complices des «Sionistes». Tous ces événements se situent dans l’horizon du monothéisme. Rien d’équivalent ne se rencontre dans une civilisation polythéiste comme celle des Grecs. Il n’est pas question d’oublier les guerres entre cités grecques mais aucune de ces guerres n’a été entreprise au nom d’un dieu et aucune n’a revêtu le caractère totalitaire de la conquête de Canaan telle qu'elle est racontée sans le moindre remords par les rédacteurs de la Bible: comme un fait historique accompli pour obéir à l'ordre du dieu de massacrer tous les habitants des trente cités conquises, sans épargner les vieillards, les femmes, les enfants ni même les animaux qui vivaient avec eux. Dans «La violence monothéiste», j’ai comparé l’univers mental des deux peuples et j’ai brossé un «Parallèle entre Athènes et Jérusalem» que je crois éclairant pour l’une et l’autre culture. 
  • Schiffer : Le penseur laïc que vous êtes se dit par ailleurs favorable à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, de la sphère temporelle et du domaine spirituel !
  • Soler : Oui. Dans les conclusions de ce livre, je me dis effectivement en accord avec les principes de la laïcité à la française, qui sépare radicalement le religieux et le politique, de manière qu’aucune religion ne puisse orienter les décisions que les élus ont à prendre dans l’intérêt général du pays. La laïcité ne proscrit pas pour autant les religions ; elle autorise, conjointement, la croyance et l’incroyance, la pratique de toutes les religions et la critique de toutes les religions, en application de la liberté de pensée. Et je ne saurais accepter l’interprétation dévoyée de la laïcité qui voudrait empêcher, au nom de la liberté des cultes, la critique de telle ou telle religion.

 

COMMUNISME ET NAZISME 

  • Schiffer : Vous soutenez, dans «Qui est Dieu ?», que le monothéisme aurait directement influencé,soler jean qui-est-dieu 1 dans ses dérives les plus extrêmes, ce que vous considérez être à juste titre comme «les deux grands fléaux du siècle passé» : le nazisme et le communisme. Qu’est-ce à dire ? 
  • Soler : Le communisme et le nazisme, si l’on étudie leurs assises conceptuelles dans le «Manifeste du parti communiste» de Marx et «Mein Kampf» d’Hitler - ce que j’ai fait dans «La violence monothéiste» et résumé dans «Qui est Dieu ?» -, se révèlent tributaires de la vision du monde issue de la Bible hébraïque par le relais du christianisme. Sans pouvoir entrer dans trop de détails, je me contenterai de vous répondre que pour les fondateurs des deux idéologies, il existe une vérité unique qui rend compte, elle seule, du sens de l’Histoire, et que ses tenants ont le devoir de la faire triompher en s’appuyant sur un parti, unique également, qui n’hésitera pas à recourir à la violence pour que l’humanité puisse accoucher d’une ère où tous les conflits seront abolis. Cette vision moniste et messianique est tout à fait étrangère aux Grecs, pour qui la vérité est plurielle à l’égal du monde divin, pour qui l’Histoire n’a pas de sens déterminé, pour qui les libres débats démocratiques et la persuasion sont préférables à la contrainte, quand il s’agit de prendre des décisions dans l’intérêt d’une cité et non pas de l’humanité. Dans cette optique, le recours à la violence peut être un mal nécessaire, comme dans les guerres défensives face à l’invasion des Perses, ou une erreur tragique, comme dans la guerre d’Athènes contre Sparte, selon l’analyse qu’en fait Thucydide, son historien. La violence n’est un bien pour aucun penseur grec.
  • Schiffer : Il y a, dans «Qui est Dieu ?», une phrase qui a fait réagir très négativement, à votre propos, bon nombre de commentateurs, dont certains n’ont pas hésité à vous taxer d’«antisémitisme». Cette polémique assertion est la suivante : «Si le communisme selon le ‘Manifeste’ est le modèle hébraïque auquel il ne manque que Dieu, j’ajouterai, au risque de passer pour un ‘antisémite notoire’, que le nazisme selon ‘Mein Kampf (1924) est le modèle hébraïque auquel il ne manque même pas Dieu.». Pourriez-vous vous expliquer sur cette problématique, voire provocatrice, sentence à partir du moment où Hitler même semblerait ainsi issu, à vous suivre, de Moïse ? Moïse-Hitler : même combat, donc ? 
  • Soler : «Moïse-Hitler : même combat», je récuse ce raccourci. Ce qui m’a frappé, quand j’ai découvert «Mein Kampf», un livre dont tout le monde connaît le titre mais que personne ne lit, c’est qu’Hitler s’y présente en croyant, certes détaché du catholicisme dans lequel il a été élevé, mais persuadé que Dieu existe et qu’il a choisi autrefois les Juifs pour être son «peuple élu». La conviction qu’il exprime dans ce livre, qui sera appelé «la Bible du peuple allemand», c’est que les Juifs ont failli à leur mission depuis qu’ils ont condamné à mort Jésus et qu’ils sont devenus un peuple apatride, matérialiste, complotant pour dominer le monde grâce à la finance internationale et à la doctrine du «juif Marx». Pour Hitler, Dieu a désormais fait choix d’un autre «peuple élu», celui des Allemands, et il est clair qu’il ambitionne d’être son «guide», comme Moïse a été celui des Juifs. Pour le nouveau «peuple élu», c’est une obligation impérative d’éliminer l’ancien, «car il ne peut y avoir, dit Hitler, deux peuples élus». Voilà ce qu’il faut lire derrière la citation de «Mein Kampf» qui m’a été beaucoup reprochée, comme si j’en étais l’auteur : «C’est pourquoi je crois agir selon l’esprit du Tout-Puissant, notre Créateur, car : En me défendant contre le Juif, je combats pour défendre l’œuvre du Seigneur».

 

MOÏSE, ANCÊTRE D’HITLER ? 

  • Schiffer : Ne voyez-vous pas là une paradoxale et dangereuse dérive idéologique à faire ainsi du judaïsme la préfiguration du nazisme, et de Moïse l’ancêtre d’Hitler, comme si le Dieu des Juifs était l’inventeur du premier génocide de l’Histoire ? 
  • Soler : Pour connaître mon point de vue, il suffit de lire le commentaire que je fais de la phrase d'Hitler : «Ainsi, c’est au nom du Dieu des Juifs qu’Hitler a voulu écarter les Juifs de la route du peuple allemand !». Que ce soit délirant, vertigineux, sans aucun doute, mais refuser de voir jusqu’où a pu aller ce que j’appelle «la violence monothéiste» relève d’un aveuglement volontaire. 
  • Schiffer : Est-il légitime de réduire ainsi le judaïsme contemporain, largement inspiré des lectures consenties par la libre interprétation du Talmud, au judaïsme antique, exclusivement basé, quant à lui, sur une lecture littérale, et donc forcément archaïque, de la Torah ?
  • Soler : Le Talmud est en effet le livre de référence, plutôt que la Bible, pour le judaïsme de notre ère, celui de la Diaspora. Son principe, qui est de juxtaposer sans hiérarchie entre elles des opinions différentes et parfois divergentes de rabbins de diverses époques sur le même fragment de la Torah, a donné au peuple en exil une meilleure adaptabilité à des environnements nouveaux et difficiles. Ce judaïsme talmudique, que l’on dit aussi rabbinique, je l’ai qualifié de «pacifique» dans «Qui est Dieu ?» (page 101). Mais si l’on observe l’évolution de l’Etat juif après la divine surprise qu’a été sa victoire éclair dans la guerre des Six Jours, et plus encore, après l’arrivée au pouvoir, en 1977, de la droite alliée aux religieux nationalistes, on constate - je sais de quoi je parle pour avoir vécu huit ans en Israël, deux fois quatre ans, avec un intervalle de vingt ans entre mes deux séjours - le retour en force de l’idéologie biblique, sur les lieux où le Livre a été écrit, et la réactivation de la mythologie du «peuple élu» et de la «Terre promise», qui légitime le recours à la violence sous diverses formes à l’encontre des Palestiniens, assimilés sans toujours le dire aux Cananéens de jadis.

 

CONTRESENS

  • Schiffer : Vous relevez, dans «Qui est Dieu ?», sept importants contresens, ou idées reçues, quant au Dieu de la Bible. Quels sont-ils, en résumé ? 
  • Soler : Dans le premier chapitre de «Qui est Dieu ?», j’ai voulu porter à la connaissance du grand public des acquis de la recherche contemporaine qui remettent en question ce qui est enseigné en milieu juif, chrétien ou musulman et qui s’écrit encore dans des livres d’histoire ou des manuels scolaires. En bref, le monothéisme ne remonte pas à Abraham ni même à Moïse, qui aurait vécu au XIIIe siècle avant notre ère, mais au IVe siècle. Le dieu de la Bible n’est pas le Dieu unique mais un dieu parmi d’autres nommé Iahvé. Moïse n’a pu écrire les cinq premiers livres de la Bible, comme la Bible elle-même l’affirme, parce que les Hébreux n’ont pas écrit leur langue avant le IXe ou le VIIIe siècle. Si Moïse a existé, il n’a pas conduit tout un peuple dans un désert pendant quarante ans, sinon les archéologues en auraient retrouvé des traces. Pas de traces certaines non plus du glorieux royaume de David et de Salomon. L’idée que les Juifs de l’Antiquité avaient une vocation à l’universel ne repose que sur des versets sortis de leur contexte ou traduits de façon erronée. Ils avaient le souci au contraire de se tenir à l’écart des autres peuples, considérés comme «impurs». Même quand ils ont adopté le dogme qu’il n’y a qu’un Dieu, ils n’ont pas cherché à diffuser cette croyance auprès des autres nations. Du temps de Jésus encore, le Temple de Jérusalem était interdit aux non-Juifs sous peine de mort, comme l’atteste une inscription en deux exemplaires découverte par des archéologues. 
  • Schiffer : Celui que les trois grandes religions monothéistes appellent «Dieu» ne serait, au départ, qu’une divinité parmi d’autres, au sein du monde antique juif, portant le nom de «Iahvé». Il s’agirait donc là du dieu national du seul peuple juif. Comment est-on passé alors, sur le plan généalogique, de ce dieu exclusiviste des juifs au dieu universel des chrétiens ?
  • Soler : Ce sont les premiers chrétiens qui ont voulu ouvrir la religion des Juifs aux autres peuples. Saül de Tarse, que nous appelons Paul ou saint Paul, Juif converti au christianisme, a dit et redit dans ses lettres pastorales que, s’il n’y a qu’un Dieu, il est nécessairement le Dieu de tous les hommes et non pas des seuls Juifs. Mais à partir du moment où le trône et l’autel ont fait alliance dans l’Empire romain, des préoccupations nationalistes ont pris le dessus. De même pour l’islam : les musulmans ont diffusé le monothéisme dans une vaste partie du monde mais leur religion reste marquée par le peuple arabe qui l’a conçue.A vrai dire, je pense que l’idée de religion universelle est un leurre. Est un leurre aussi l’idée d’une morale universelle. Il ne peut y avoir dans ce sens que des lois adoptées par une instance internationale, au nom des «droits de l’homme», eux-mêmes en cours d’élaboration. Encore faudra-t-il trouver le moyen de faire appliquer ces lois par toutes les nations, ce qui suppose de restructurer complètement l’ONU, d’abroger le veto dont disposent certains pays, et de doter l’Organisation d’une force propre. Pour plus tard, beaucoup plus tard, rêvons d’une laïcité au niveau mondial !

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Merci à Cathy de m’avoir signalé cet article. ;~)


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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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