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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 17:53

 

Du 23 juillet au 24 août 2012, France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2011-2012 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 10e année,

Les consciences réfractaires : 

 Georges Politzer, Paul Nizan, Albert Camus et Simone de Beauvoir

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18/ LA GUERRE CIVILE D’UN AFRICAIN - 15.08.2012

Albert Camus et la guerre d’Algérie :

- contre tout nationalisme, toute torture, toute peine de mort : pas des indignations sélectives

- contre le régime colonial, pour le fédéralisme

- la fameuse phrase qui tue : « Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice »

      __________________________

 

 La réécoute et le podcast de cette conférence « gratuite » ne sont plus disponibles. La diffusion de 15 jours, ce n’était qu’une simple promotion commerciale? Vous êtes «libres» d’y consentir et acheter le produit vendu en coffrets, ou ne pas y céder en tant que consciences réfractaires. :~)   

Je vous propose également de consulter ma note en bas du synopsis, l’article « Tout ce qui n’est pas donné est perdu », ainsi que lire et écouter le propos de Michel Onfray sur la consommation éthique (à partir de la 46ème minute).

 

SYNOPSIS


1/. DECONSIDERER CAMUS AVEC L’ALGERIE

conf 2012 Camus mains sepiaa) Depuis 1830, l’Algérie est française - c’est un fait

b) Camus ne veut pas une Algérie française au sens colonial de l’OAS,  · Ni une Algérie algérienne au sens indépendantiste du FLN  · Mais une Algérie avec la France

c) Association sartrienne de Camus à l’Algérie française

d) L’OAS créée après la mort de Camus : 11 février 1961

e) déconsidération sartrienne de Camus :  · Henri Jeanson, mai 1952, Les Temps modernes, Albert Camus ou l’âme révoltée  · Sartre, Réponse à Albert Camus  · Jean-Jacques Brochier, Albert Camus, philosophe pour classes terminales, 1970.  a. Ramasse les thèses de Jeanson + Sartre et ajoute sur la guerre d’Algérie  - Violence, mauvaise foi, brutalité, procès d’intention, insultes, insinuations  b. Brochier : « Contrairement à ce que l’on a dit, Camus ne s’est pas tu sur la guerre d’Algérie, il n’a pas refusé de prendre parti, il a pris parti pour la guerre » (52).  c. Camus a publié d’innombrables textes sur la guerre d’Algérie pour s’y opposer :  - Condamne toutes les violences, d’où qu’elles viennent  - Celles du FLN : le massacre du village de Melouza (plus de 300 morts en 1957)  - Celles de l’armée française : la torture  - Il intervient 150 fois pour sauver de la guillotine les terroristes du FLN  - Il publie Actuelles III

d. Sartre & Brochier défendent la violence, la torture, les victimes innocentes  - Pourvu qu’elles soient le fait du FLN.

 

 

2/. CONTRE LES INDIGNATIONS SELECTIVES

a) Jamais de bonnes raisons de tuer un homme

b) Le FLN :  · 10 000 morts,  · 23 000 blessés et mutilés dans les affrontements avec le MNA  · Sartre, à conf 2012 guerre d'algérie 3Bizot, février 1972 : « La révolution implique la violence et l’existence d’un parti plus radical qui s’impose au détriment d’autres groupes plus conciliants. Conçoit-on l’indépendance de l'Algérie sans l'élimination du M.N.A. par le F.L.N. ? Et comment reprocher sa violence au F.L.N., quotidiennement confronté pendant des années à la répression de l’armée française, à ses tortures et à ses massacres ? Il est inévitable que le parti révolutionnaire en vienne à frapper également certains de ses membres. Je crois qu’il y a là une nécessité historique à laquelle nous ne pouvons rien »...  · Qui voulait la guerre, Sartre ou Camus ?

c) Camus est contre tout nationalisme :  · Sartre défend le nationalisme algérien  · Audin défenestré, une honte : Aussaresses est un bourreau nazi  · Djamila Boupacha posant une bombe et tuant des enfants et des innocents : une héroïne de la résistance

d) Camus contre toute peine de mort  · Bizot à Sartre : « Sans parler de combats de rue ou d’action à force ouverte, vous restez personnellement un partisan de la peine de mort politique ? ».  · Réponse de Sartre : « Oui. Dans un pays révolutionnaire où la bourgeoisie aurait été chassée du pouvoir, les bourgeois qui fomenteraient une émeute ou un complot mériteraient la peine de mort. Non que j’aurais la moindre colère contre eux. Il est naturel que les réactionnaires agissent dans leur propre intérêt. Mais un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas là d’autre moyen que la mort. On peut toujours sortir d’une prison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué et ainsi inconsciemment servi un retour à l'ordre, puis la Restauration ».

e) Usage du schéma 1939-1945 :  · Occupation, collaboration, résistance, libération, épuration  1. Camus ayant justifié la violence pendant la résistance Il devrait la légitimer en Algérie  2. L’Algérien de 1950 issu d’une famille française qui est là depuis 1830 = Soldat nazi de l’occupation  3. Nationaliste algérien qui égorge un enfant parce que son père travaille dans la ferme d’un blanc = Résistant français, Jean Moulin  4. Le poseur de bombe qui tue des enfants innocents = Le résistant qui fait dérailler des trains de soldats nazis  5. Le fonctionnaire de la poste = Un collaborateur : émasculation, égorgement = Brasillach fusillé pour intelligence avec l’ennemi

f) Comparaison n’est pas raison :  · Pas un seul exemple dans la résistance d’actes sciemment payés de la vie d’innocents.


3/. LA RESPONSABILITE DES INTELLECTUELS

a) Les sartriens poussent au crime dans leur bureau de St Germain  · Généreux avec le sang d’autrui...

b) Dans un ‘prière d’insérer’ des Justes (1955) :  · Qui paie de sa mort la mort qu’il inflige peut être défendable.


Le cas Brochier :

a) Brochier : dans cette guerre, on ne peut facilement distinguer bourreaux & victimes  · Et puis : ce sont les colons qui ont commencé  · Logique du talion et du péché originel

b) Brochier :  · Camus n’a pas compris la dialectique hégélienne  · N’a pas lu  · S’il a lu, a mal compris  · Camus ne sait pas ce qu’est l’histoire  · Il ignore ses lois  · Camus méconnaît le rôle accoucheur de la violence dans l’histoire  · Camus confond marxisme & stalinisme  · Camus est un moraliste de Croix rouge et d’Armée du Salut  · Il n’a aucun sens de la politique qu’il remplace par la charité  · Camus n’est pas un philosophe  · Il part de ses émotions et rend impossible tout dialogue  · Camus préfère sa mère à la justice, etc...  · Camus selon Brochier : « Sa position (…) était depuis longtemps un soutien aux tenants de l’Algérie française » (96).

c) Son ouvrage contre Camus :  · Un livre d’après Mai 68 pour redorer le blason de Sartre ‘has been’.


4/. ANTICOLONIALISTE AVANT-GUERRE

a) Camus aux côtés des algériens qui subissaient le régime colonial :  · Comptes rendus de procès dans Alger Républicain,

· Critique régulièrement :  - Le colonialisme, les colons, les blancs riches, les  propriétaires,  l’administration coloniale,  - Les gens de pouvoir, les élus municipaux  - La sous-préfecture,  - La charité pratiquée par la bourgeoisie algéroise.

· Prend fait et cause pour :  - Des ouvriers agricoles grévistes accusés par les colons de menées subversives organisées par leur soin  - L’employé d’une coopérative de grains qui refuse d’entrer dans les combines malhonnêtes que lui proposent de riches propriétaires.

· Critique le code de l’indigénat dans un texte intitulé Contre l’impérialisme - le 25 avril 1939.

b) Misère dans la Kabylie (1939) :  · Misère  · Surpopulation,  · Famine,  · Mortalité élevée,  · Chômage, salaires misérables.  · Critique :  - Les patrons exploiteurs  - La charité des officiels,   · Attaque le sous-préfet et les religieux,  · Fustige la police et la justice, les inspecteurs des impôts  · Dénonce le clientélisme politique  · S’indigne que l’administration métropolitaine distribue des médailles à des gens affamés  · Reproche les écoles prestigieuses dans les quartiers touristiques contre les campagnes,

c) Souhaite une autre politique :  · Accélérer l’émancipation citoyenne  · Augmenter le pouvoir d’achat  · Grands chantiers pour embaucher  · Résorber le chômage  · Supprimer la concurrence  · Créer une inspection du travail  · Contrôler les prix  · Promouvoir l’intégration  · Égalité du temps de travail, des salaires, des congés, de la protection sociale avec le continent  · Généraliser l’enseignement professionnel

d) « Si la conquête coloniale pouvait jamais (sic) trouver une excuse, c’est dans la mesure où elle aide les peuples conquis à garder leur personnalité » (IV.336).

e) Défend le douar-commune

f) Brochier : pour Camus « les arabes ne sont acceptables que dans la mesure où ils sont stupides et exploitables » (54).


5/. SETIF, UNE GENEALOGIE

a) 8 mai 1945 : une vingtaine d’européens tués  · Émeutes partout dans les semaines suivantes  · Blancs massacrés, femmes violées, mutilées, bâtiments incendiés

b) 11 mai répression gaulliste :  · Marine de guerre, aviation, artillerie, blindés, infanterie, villages rasés, pilonnages massifs

c) Un sous-préfet arme une milice :  · Indigènes massacrés, brûlés à la chaux, enfouis dans une fosse commune  · Entre 8 000 et 15 000 morts indigènes ; 103 français

d) la guerre d’Algérie commence  · Les nationalistes s’organisent pour riposter  · 1er novembre 1954, série d’attentats planifiés : la Toussaint Rouge  · Un instituteur sorti du car et mitraillé  · 7 morts au total  · La suite ne sera qu’escalade de terreur.


6/. CONTRE LA MYTHOLOGIE MANICHEENNE

a) Camus part en guerre contre une mythologie :  · Contre les bons arabes musulmans exploités, unis, nationalistes  · Et les mauvais blancs colons, riches exploiteurs, pieds-noirs  · Vu d’Alger : riches propriétaires musulmans et nombre d’européens modestes  · Cf. son père & sa mère...

b) Les coupables ?  · Moins les blancs originaires d’Europe, les Français de la Métropole  · Que les gouvernants qui refusent depuis des années d’entendre la souffrance venue d’Algérie  · 10 millions d’Algériens = 9 millions d’Arabes + 1 million d’Européens  · Impossible d’expulser 1 million de gens...  · Condamnés à vivre ensemble  · La solution n’est pas la séparation mais la fédération

c) Camus en appelle à une droite et une gauche intelligentes :  · La droite intelligente lutterait contre l’inhumanité du régime colonial  · La gauche intelligente cesserait de justifier la violence.


7/. POUR UNE TREVE CIVILE

a) 10 janvier 1956, vient à Alger  · Réunion avec menaces de mort  · Souhaite que les populations civiles soient épargnées par le FLN et l’armée française

b) En appelle au dialogue : pense à l’après-guerre  · Le FLN laisse dire, encadre secrètement la réunion, mais persiste dans la voie violente

c) Mars 56 Guy Mollet vient en Algérie, il reçoit des tomates  · Nomme un gouverneur général qui opte pour la férocité de la répression

d) Roblès visite Camus à Paris  · Note ceci en rentrant chez lui : « Si un terroriste jette une grenade au marché de Belcourt que fréquente ma mère et qu’il la tue, je serais responsable dans le cas où, pour défendre la justice, j’aurais également défendu le terrorisme. J’aime la justice, mais j’aime aussi ma mère » (Lottman, 586).  · Un an et demi avant Stockholm. 

e) Pendant ces 18 mois :  · Les attentats d’Alger en septembre 1956  · Le Massacre de Melouza le 28 mai 1957  · Le FLN rédige un communiqué pour attribuer son forfait à l’armée française.


8/. SUR LA TORTURE

a) Les intellectuels français se mobilisent contre la torture  · Cf. Henri Alleg, La question, Minuit (1958)  · Mais se taisent sur les massacres du FLN

b) Sartre prétend que Camus n’a pas écrit contre la torture :  · D’elle, il écrit dans l’avant-propos à Actuelle III en 1958 : « Celle-ci a peut-être permis de retrouver trente bombes, au prix d’un certain honneur, mais elle a suscité du même coup cinquante terroristes nouveaux qui, opérant autrement et ailleurs, feront mourir plus d’innocents encore » (IV.299).

c) Camus fait son métier de philosophe et défend :  · La paix, le dialogue, l’écoute, la diplomatie, la négociation, la trêve, les civils, les pouvoirs de la raison, de l’intelligence, de la culture  · Sartre défend la violence, la brutalité, les crimes, les meurtres, les attentats, la torture, la guerre - pourvu qu’elle se fasse au nom de l’indépendance.


9/. PARTISANS DE LA DERNIERE HEURE

a) Dans Misère dans la Kabylie (1939)  · Camus condamne le régime colonial

b) Dans la préface à Actuelles III (1958) :  · « Le temps des colonialismes est fini, il faut le savoir seulement et en tirer les conséquences » (IV.302)

c) La position de Sartre :  · Dictionnaire Sartre : en 1956, Sartre « ne revendique pas encore (sic) l’indépendance pour l’Algérie. En plus, à cette époque, il se montre plutôt réservé à l’égard du Front National (FLN) conseillant à ses collègues des Temps modernes de ne pas aller trop loin dans leur soutien pour cette organisation, reflétant ainsi probablement l’influence du Parti Communiste français dont Sartre est proche à ce moment-là » (206).  · Le PCF : Sétif = menée subversive orchestrée par les hitlériens  · Il vote les pouvoirs spéciaux à de Gaulle pour mater les revendications nationalistes.  · Sartre ne défend l’indépendance de l’Algérie qu’en juillet-août 1959  · Soit 14 ans après Sétif, 5 ans après la Toussaint Rouge.


10/. HERITIERS DES JACOBINS

a) Le FLN pense avec les catégories héritées de la révolution française :  · L’Etat centralisé  · Le pouvoir jacobin  · La nation en armes  · L’hymne et le drapeau

b) Camus pense en girondin, post-national, fédéraliste, cosmopolite

c) Le FLN se réclame de l’islam et non de la laïcité  · Il sanctifie la guerre et la violence  · Les valeurs républicaines de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité, de féminisme  · Sont contradictoires avec celles de l’Islam : la charia.


11/. UNE ANARCHIE POSITIVE

a) Arrêt de toute violence  · Trêve civile  · Négociations  · Construction d’un fédéralisme

b) Dans Actuelles III : « Une Algérie constituée par des peuplements fédérés, et reliés à la France, me paraît préférable, sans comparaison possible au regard de la simple justice, à une Algérie reliée à un empire d’Islam qui ne réaliserait à l’intention des peuples arabes qu’une addition de misères et de souffrances et qui arracherait le peuple français d’Algérie à sa patrie naturelle » (IV.305).

c) Pour sa propagande, le FLN parle de nation algérienne :  · Pour Camus, elle n’existe pas : juste une mosaïque de peuples  · Ferhat Abbas : « J’ai beau scruter, interroger les cimetières algériens, nulle part je ne trouve trace de la nation algérienne »

d) Sur cette terre se trouve une majorité de musulmans  · Mais ils descendent :  1. Des Maures espagnols,  2. De Kabylie ou de Berbérie islamisées,  3. De l’Empire Ottoman (Grèce et Turquie),  4.Mais également une communauté d’européens :  - Alsace-Lorraine pour fuir l’occupation allemande,  - Suisse,  - Corse,  - Malte  - Sardaigne, des Pouilles,  - Andalousie, Majorque, Minorque, Ibiza,  - Italie  5. Des juifs présents depuis 3000 ans,  6. Ou venus de Livourne après la Reconquista par les Chrétiens des territoires  musulmans en Espagne et au Portugal.

e) Camus : « Si bien disposé qu’on soit envers la revendication arabe, on doit cependant reconnaître qu’en ce qui concerne l’Algérie, l’indépendance nationale est une formule passionnelle. Il n’y a jamais eu encore de nation algérienne. Les Juifs, les Turcs, les Grecs, les Italiens, les berbères, auraient autant de droit à réclamer la direction de cette nation virtuelle. Actuellement, les Arabes ne forment pas à eux seuls toute l’Algérie. L’importance et l’ancienneté du peuplement français, en particulier, suffisent à créer un problème qui ne peut se comparer à rien dans l’histoire. Les Français d’Algérie sont, eux aussi, et au sens fort du terme, des indigènes » (IV.389).

f) Le fédéralisme : seule formule politique du cosmopolitisme menacé par le monolithisme du FLN arabo-musulman.

g) Camus veut « une structure fédérale française qui réalisera le véritable Commonwealth français » (IV.393)  · Commonwealth = communauté  · La francisation selon Alain Rey Dictionnaire culturel en langue française :  · « Ensemble des Etats et territoires émancipés (sic) de l’ancien Empire britannique, liés entre eux par le seul serment d’allégeance à la Couronne britannique ».  · Soulignons : territoires émancipés.

h) Dans Actuelles III :  · Texte programmatique : Algérie 1958.  · En 3 pages, il précise les modalités de ce fédéralisme :  - Le scrutin,  - Les sections créées au parlement,  - La proportion d’élus dans les chambres,  - Les relations entre les deux chambres,  - Leurs affectations respectives, etc.  · Ceci dans un premier temps.

i) Ensuite, quelque chose de nouveau apparaîtrait : « En effet, contrairement à tous nos usages, contrairement surtout aux préjugés solides hérités de la Révolution française, nous aurions consacré au sein de la république deux catégories de citoyens égales, mais distinctes. De ce point de vue, il s’agit d’une sorte de révolution contre le régime de centralisation et d’individualisme abstrait, issu de 1789, et qui, à tant d’égards, mérite à son tour le titre d’Ancien Régime » (IV.393).

j) Commonwealth :  · D’abord entre la France et l’Algérie  · Ensuite cette fédération avec le Maghreb  · Puis les autres pays d’Afrique noire  · Et le reste du monde

k) On retrouve le projet de gouvernement universel  · D’abolition des frontières  · De fin des nations  · De suppression des Etats


12/. LA JUSTICE EST SA MERE

a) 16 octobre 1957, Stockholm  · Questions : cinéma, objection de conscience, peine de mort, liberté d’opinion

b) Question d’un jeune homme sur l’Algérie :  · Lui reproche de n’avoir rien dit sur ce sujet

c) Or :  · Outre Misère dans la Kabylie  · 14 chroniques dans L’Express  · Son « Appel pour une trêve civile »  · D’autres textes parus dans 2 ou 3 supports  · Et plus de 150 interventions secrètes pour sauver de la mort des militants du FLN

d) « Je me suis tu depuis un an et huit mois, ce qui ne signifie pas que j’aie cessé d’agir. J’ai été et je suis toujours partisan d’une Algérie juste, où les deux populations doivent vivre en paix et dans l’égalité. J’ai dit et répété qu’il fallait faire justice au peuple algérien et lui accorder un régime pleinement démocratique, jusqu’à ce que la haine de part et d’autre soit devenue telle qu’il n’appartenait plus à un intellectuel d’intervenir, ses déclarations risquant d’aggraver la terreur. Il m’a semblé que mieux vaut attendre jusqu’au moment propice d’unir au lieu de diviser. Je puis vous assurer cependant que vous avez des camarades en vie aujourd’hui grâce à des actions que vous ne connaissez pas. C’est avec une certaine répugnance que je donne ainsi mes raisons en public. J’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément, dans les rues d’Alger par exemple, et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice » (Todd, 700).

e) Cette phrase va le tuer. Il ne le sait pas encore.

f) Il faut entendre :  · S’il faut choisir entre la justice des terroristes  · Et ma mère qui pourrait mourir de cette prétendue justice,  · Alors je choisis ma mère

g) Le journaliste du Monde téléphone à Beuve-Méry :  · « J’étais tout à fait certain que Camus dirait des conneries »

h) Traînée de poudre

i) Beauvoir dans La force des choses :  · « Devant un vaste public, Camus déclarera : ‘J’aime la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice’, ce qui revenait à se ranger du côté des pieds-noirs. La supercherie, c’est qu’il feignait en même temps de se tenir au-dessus de la mêlée, fournissant ainsi une caution à ceux qui souhaitaient concilier cette guerre et ses méthodes avec l’humanisme bourgeois » (406).


EPILOGUE

a)Camus meurt le 3 janvier 1960 (47 ans)  · Indépendance de l’Algérie en 1962

b)Ne verra pas l’expulsion d’un million de pieds-noirs  · La destruction de 150 000 harkis

c)Ne saura pas que le jeune homme de Stockholm regretta

d) Que Beauvoir écrira en 1972 dans Tout compte fait sa déception :  · 1/3 de la population masculine sous-employée  · 1/3 au chômage  · 1/2 million de travailleurs immigrés en Europe  · Pas de socialisme mais un capitalisme d’Etat  · Pas d’autogestion dans les entreprises  · Pas de politisation des masses :  - Ils les « ont incitées à revenir aux valeurs arabo-islamiques »  · Pas de contrôle des naissances  - Démographie galopante  - La population augmente plus vite que les ressources  · « La condition des femmes est déplorable »  - Privées d’éducation elles portent le voile  - Contraintes de vivre auprès des maris et des pères  · Fanon s’est trompé en croyant que leur rôle dans la guerre leur vaudrait l’égalité dans la nation nouvelle  · Politique étrangère nationaliste et réactionnaire

e)Beauvoir comprit un peu tard ce que Camus avait annoncé 35 ans en amont...

f) Il avait aussi écrit :  · « Il vient toujours un moment dans l’histoire où celui qui ose dire que deux et deux font quatre est puni de mort»  · Sartre et les sartriens l’avaient puni de mort · Mais il est des morts bien plus vivants que d’autres...


BIBLIOGRAPHIE

  • Simone de Beauvoir, Djamila Boupacha, Gallimard
  • Henri Alleg, La question, Jean Jacques Pauvert
  • José Lenzini, Les derniers jours de la vie d'Albert Camus, Actes sud
  • Eve Morisi, Albert Camus contre la peine de mort, Gallimard
  • Albert Camus, Réflexions sur le terrorisme, Nicolas Philippe
  • Eric Werner, De la violence au totalitarisme, Calmann-Lévy
  • Sylvain Boulouque, Les anarchistes français face aux guerres coloniales, Atelier de création libertaire
  • Lou Marin, Albert Camus et les libertaires, Egrégores éditions
  • Le don de la liberté : les relations d'Albert Camus avec les libertaires, Les Rencontres  Méditerranéennes

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Voir : Le résumé du cycle de vingt-cinq conférences, l’été 2012 

 



Chers internautes,


L’année dernière, nous étions fidèles au poste, et chaque jour pendant un mois, nous donnions bénévolement de notre temps et de notre énergie pour mettre à votre disposition sur ces pages : un lien vers France Culture, un podcast et un synopsis du cours. Cette année, j’ai décidé de renouveler l’expérience espérant tenir la cadence (mes « coéquipiers » sont les bienvenus pour prendre la relève).  

Pourquoi? Parce que ces conférences sont toujours passionnantes, contrairement à certaines interventions médiatiques de Michel Onfray, et j’aimerais qu’elles puissent être écoutées par toute personne susceptible de s’y intéresser, sans restriction aucune. Et enfin, je le fais pour remercier chaleureusement monsieur Patrick Frémeaux, grâce à qui je suis devenue un peu plus lucide.

 

Michel Onfray n’oublie jamais de souligner, lors de chacune de ses interventions, que ses cours à l’Up de Caen sont gratuits et accessibles à tous. Et c’est vrai. Ceux qui assistent aux séminaires en direct, au théâtre d’Hérouville-Saint-Clair chaque lundi, ne payent pas de billets d’entrée, bien évidemment. Ces cours sont ensuite diffusés gratuitement sur France Culture au mois d’août, l’auditoire devient encore plus large, et c’est tant mieux. 

Mais la gratuité et le bénévolat s’arrêtent là, et les enjeux financiers commencent. Jusqu’à l’année dernière, les conférences étaient disponibles pour les retardataires pendant six mois sur le site de l’émission de France Culture. A partir de cette année, « pour des raisons de droits de diffusion et d’utilisation des enregistrements de ces conférences, chaque numéro […] sera podcastable et réécoutable uniquement pendant 15 jours ». Après, ces conférences seront vendues en coffrets d’une valeur d’environ 80 euros chacun par l’éditeur phonographique de Michel Onfray. 

 

Jusqu’à l’année dernière, j’étais l’une de ces personnes qui achetaient les conférences « gratuites ». C’est moi, vous, c’est nous qui engendrons les bénéfices des ventes. Nous finançons qui, quoi?

Peut-être grâce à cet argent, les subventions publiques allouées à l’université populaire - subventions parfaitement légitimes et nécessaires bien évidement, mais insuffisantes, subventions fragiles que la folle et avide secte freudienne a voulu faire disparaître il y a deux ans - ont été augmentées et ont permis d’élargir les activités éducatives et culturelles de l’Up, stimulantes pour toute la région, suivies au niveaux national et international ; je l’ose espérer… 

Peut-être le train de vie de Michel Onfray - confortable et sans soucis financiers, parfaitement mérité - en dépend. C’est possible, mais il me semble que le philosophe est plutôt à l’abri du besoin, et d‘autre part, l’argent n’est absolument pas sa motivation première, c’est un homme passionné par son travail, son rapport à l’argent est très sain, il le répète souvent et je ne doute pas de sa sincérité : l’argent est là, c‘est très bien, il n’est pas là, c‘est très bien aussi. 

 

Que finançons-nous donc en achetant les fameux coffrets et qui tient à ces « droits de diffusion « au point de modifier la durée des podcasts et de la réécoute d’une émission sur France Culture? Je n’en sais rien.

S’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que les gens qui achètent ces coffrets ne sont pas forcement les plus aisés, au contraire,  parfois cet achat « superflu » représente un effort budgétaire conséquent. Je sais également que des conférences vraiment gratuites existent, si vous vous en souvenez, Constance avait déjà parlé du Pharmakon de Bernard Stiegler dans l’un de ses commentaires. J’aimais bien aussi la position du philosophe voyou Olivier Saint-Vincent concernant ses propres diffusions, qu’il avait exprimée dans un courriel, mais je ne peux pas tout répéter. :~) 

Et si vous utilisiez votre esprit critique envers tout le monde sans exception comme nous l’apprend si bien Michel Onfray… Vous pouvez donc vous abonner aux podcasts des conférences sur le site de France Culture (j’ai inséré le lien dans le titre de la conférence), les enregistrer tout à fait légalement et conserver dans vos documents dans votre ordi, transférer sur la clé USB, graver… Vous pouvez ensuite les prêter à des amis, envoyer  par courriel… Se débrouiller, s’entraider, créer des micro-résistances… Ça vous dit quelque chose? … 

Vous pouvez également les acheter, si vous en avez toujours envie. 

Bonne écoute!

Ewa  - anarchiste anonyme, en association avec l’arrière-grand-père Démocrite, des pervers hérétiques freudiens et des consciences réfractaires

 

14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 18:24

 

Du 23 juillet au 24 août 2012, France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2011-2012 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 10e année,

Les consciences réfractaires : 

 Georges Politzer, Paul Nizan, Albert Camus et Simone de Beauvoir

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17/ UN SOCIALISME LIBERTAIRE - 14.08.2012

1. Quatre formules politiques libertaires d‘Albert Camus (communalisme, post-nationalisme, internationalisme, cosmopolitisme)

2. L’anarchisme dans « L’homme révolté » - contre Stirner, Bakounine, Robespierre,      - pour les Girondins, la Commune, Varlet, Proudhon, Pelloutier

3. Camus : socialiste libertaire, non social-démocrate

   

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La réécoute et le podcast de cette conférence « gratuite » ne sont plus disponibles. La diffusion de 15 jours, ce n’était qu’une simple promotion commerciale? Vous êtes «libres» d’y consentir et acheter le produit vendu en coffrets, ou ne pas y céder en tant que consciences réfractaires. :~) 

Je vous propose également de consulter ma note en bas du synopsis, l’article « Tout ce qui n’est pas donné est perdu », ainsi que lire et écouter le propos de Michel Onfray sur la consommation éthique (à partir de la 46ème minute).

 

 

      

SYNOPSIS


1/. POLITIQUE POSITIVE DE L’HOMME REVOLTE

a) Après la négativité contre le nihilisme de salon  · La positivité politique :

b) Une gauche libertaire :  · Contre :  - L’égotisme stirnérien  - La formule violente de Bakounine  · Pour :  - La démocratie directe de Varlet  - Le pragmatisme de Proudhon  - L’anarcho-syndicalisme de Pelloutier  - Le socialisme libertaire de la CNT espagnole


2/. GENEALOGIE D’UN LIBERTAIRE

 

conf 2012 1945-camus-big gim

A./ Une première formule libertaire en 1939 : le communalisme

a) Anarchiste depuis sa jeunesse :  · Juin 39 (26 ans), Alger républicain, Misère dans la Kabylie  · Dénonce le régime colonial  · Milite pour l’égalité des droits entre musulmans d’Algérie et blancs du Continent  · Souscrit au projet Blum-Viollette   · Défend les propositions généreuses du Front Populaire  · Mais n’a pas le tropisme jacobin

b) Défend le communalisme libertaire :  · Le douar-commune : le village tribal  · L’unité de base communale qui permet la révolution concrète  · Chacun connaît celui qu’il mandate  · Possibilité de retirer la confiance si le contrat n’est pas honoré  · Possibilité de grouper les douar-communes, créer des coopérations et des mutualisations  · Ces groupements groupés donnent des fédérations  · Ce grand rassemblement constitue « une petite république fédérative inspirée des principes d’une démocratie vraiment profonde » (III.326).  · La Kabylie créerait les conditions de son émancipation  · Formule de Proudhon du principe fédératif



B./ Une deuxième formule libertaire en 1943-44 : le post-nationalisme

a) Lettres à un ami allemand :  · Textes écrits pendant la guerre, publiés en revue clandestine  · Plaidoyer post-national pour la France et l’Europe

b) Deux façons de penser la nation :  · Agressive, attachée au sol et au sang des ancêtres  · Conquérante, intolérante, violente et brutale  · La façon germanique du IIIème Reich  · Spirituelle, ouverte, tolérante, accueillante Proudhon  · Construite sur les grandes individualités de l’art occidental  · La façon française

c) L’épée contre l’esprit  · Cf. Proudhon, La philosophie du progrès


C ./ Une troisième formule libertaire en 1946 : l’internationalisme

a) Troupes d’occupation en Allemagne  · Dans Combat, textes repris dans Actuelles  « Ni victimes ni bourreaux »

b) Dans Démocratie et dictatures internationales (1946) :  · Abolition des frontières et des nations  · Internationalisme : nous vivons dans un même monde  · Ce qui a lieu ici affecte la planète à l’autre bout du monde  · La vitesse relie les points jadis séparés  · Economie mondialisée  · Plus possible de vivre dans les limites de sa nation  · Impossibilité des solutions nationalistes, nationales

c) Il faut « un ordre universel » et « une révolution internationale » (II.447)  · Pour redistribuer équitablement les ressources en hommes  · Les matières premières  · Les richesses spirituelles

d) Soit cet ordre est voulu et imposé par le haut  · Il sera alors imposé par la Russie soviétique et/ou l’Amérique capitaliste  · L’unification se ferait par un pays contre l’autre  · La guerre serait inévitable  · Elle serait nucléaire : fin de la planète

e) Soit cet ordre est imposé par le bas par contrats  · La loi serait au-dessus des gouvernements  · Expression de la volonté générale  · Cristallisation dans un corps législatif  · Élections mondiales, parlement international

f) On évite les deux impérialismes :  · L’URSS : l’égalité sans la justice  · Les Etats-Unis : la liberté sans la justice

g) On conjure le risque de guerre mondiale nucléaire

h) On réalise une politique immanente

i) Contre le modèle jacobin des Etats-Nations  · Pour la modalité girondine de la Fédération des Peuples  · Cf. Proudhon, De la capacité politique des classes ouvrières


D./ Une quatrième formule libertaire en 1948 : le cosmopolitisme

a) Camus soutient Garry Davis en novembre 1948 :  · Ancien pilote de guerre, renonce à la nationalité américaine  · Demande asile aux Nations Unies lors de sa 3ème AG au Palais de Chaillot à Paris

b) S’était proclamé « citoyen du monde »  · Avait déposé un projet de gouvernement mondial à l’ONU

c) Camus : « Nous sommes avec Davis ! »  · Conférence de presse avec lui, articles,  · Meeting à Pleyel

d) Camus voulait « les Etats-Unis d’Europe » (IV.286)  · Plus faciles à réaliser que « les Etats-Unis du monde »


3/. L’ANARCHISME DANS L’HOMME REVOLTE


conf 2012 camus l'homme revolté lilaA/. Contre l’égoïsme stirnérien :

Thèses de L’Unique et sa propriété :  · Contre l’Etat, l’armée, la nation, la police, les curés, la religion, les impôts, la morale, l’école, la propriété  · Contre l’idéal libertaire aussi : liberté, égalité, fraternité, solidarité, sympathie, empathie, puis socialisme, anarchisme, communisme, proudhonisme  · Stirner n’aspire qu’à l’empire de son Moi sur le reste du monde  · Défend l’inceste, le crime, le meurtre, l’assassinat, le mensonge, la fourberie, le parjure de la parole donnée  · Camus dénonce son nihilisme satisfait


B./ Contre la violence révolutionnaire de Bakounine

a) La négativité hégélienne chez Bakounine :  · Détruire l’ordre bourgeois, le capitalisme, le pouvoir des propriétaires, du tsarisme, du christianisme

b) Bakounine veut une société libertaire, mais par des moyens autoritaires  · Invite à la guerre civile  · Consent à une dictature un temps  · Affirme que les chefs devront se moquer de la morale

c) Compagnonnage avec Netchaïev, Le catéchisme révolutionnaire  · Bakounine : un maillon dans la chaîne totalitaire

d) Polémique avec Gaston Leval, directeur du Monde libertaire  · Camus recule, à tort  · « Ce n’est pas que j’aie manqué d’admiration pour ce prodigieux personnage. J’en manquais si peu que la conclusion de mon livre se réfère expressément aux fédérations française, jurassienne et espagnole de la Ière Internationale, qui étaient en partie bakouninistes. J’en manque si peu que je suis persuadé que sa pensée peut utilement féconder une pensée libertaire rénovée et s’incarner dès maintenant dans un mouvement dont les militants de la C.N.T. et du syndicalisme libre, en France et en Italie, attestent en même temps la permanence et la vigueur » (III.410).  · Puis : « Bakounine est vivant en moi » (id.).  · Critique son immoralisme, son nihilisme, son éloge de la violence  · Garde et conserve la positivité

e) Il écrit à Leval : « Vous gardez le droit de penser, et de dire, que j’ai échoué dans mon propos et qu’en particulier je n’ai pas servi la pensée libertaire dont je crois pourtant que la société de demain ne pourra se passer. J’ai cependant la certitude qu’on reconnaîtra, lorsque le vain bruit qu’on fait autour de ce livre sera éteint, qu’il a contribué, malgré ses défauts, à rendre plus efficace cette pensée et du même coup à affermir l’espoir, et la chance, des derniers hommes libres » (III.411).


C./ Contre une révolution française robespierriste

a) Refuse la décapitation de Louis XVI et la guillotine  · Associe Rousseau, Robespierre et Saint-Just dans la Terreur

b) Mention de Varlet :  · Les enragés : Joseph Chalier, Jacques Roux, Jean Varlet

c) Varlet : orateur des faubourgs  · Auteur de Projet d’un mandat spécial et impératif :  · Rappelle aux députés qu’ils sont là par délégation  · Et qu’on peut les démettre

d) Ennemi des agioteurs, des accapareurs, des monopolistes, des spoliateurs  · Qui utilisent la révolution pour stocker, créer la pénurie, faire monter les prix, affamer les pauvres, enrichir les riches

e) Critique l’éducation privée réservée aux riches qui paient des précepteurs  · Souhaite une éducation nationale

f) Veut une démocratie directe  · Le pouvoir contrôleur du peuple  · Le mandat impératif  · Interdit le cumul des mandats  · Refuse qu’on paie les prêtres, mais veut pour eux une retraite décente  · Veut bien l’impôt, mais souhaite qu’on le légitime au peuple avant de le lever  · Défend la propriété privée  · Robespierre le fait arrêter en septembre 1793

g) Associe Proudhon à Varlet :  · « Les anarchistes, Varlet en tête, ont bien vu que gouvernement et révolution sont incompatibles au sens direct. « Il implique contradiction, dit Proudhon, que le gouvernement puisse être jamais révolutionnaire et cela par la raison toute simple qu’il est gouvernement » ». (III.151).


D./ Eloge des Girondins

a) Contre les Jacobins centralisateurs et parisiens  · Les Girondins, fédéralistes et provinciaux

b) Conférence à un meeting international d’écrivains :  · Les « éternels girondins », Le témoin de la liberté (II.495)

c) Furent opposés à la décapitation du Roi  · Au principe du Tribunal Révolutionnaire

d) Jacobins & Girondins :  · Socialisme autoritaire & socialisme libertaire,  · Révolution bolchevique de 1917 & révolution anarchiste espagnole de 1936  · Proudhon & Marx,  · Camus & Sartre


E./ Eloge de la Commune

a) Bibliographiquement pauvre par rapport à 1789  · Camus a 25 ans · Rend compte de La Commune d’Albert Ollivier dans le Salon de lecture d’Alger Républicain le 4 juillet 1939

b) 2 mois : entre le 18 mars et le 28 mai 1871  · 10 semaines

c) Une révolution sans guillotine,  · Sans Tribunal Révolutionnaire  · Sans décapitation  · Sans procès politique  · Sans intellectuels, mais avec les ouvriers, les artisans  · Sans utopie, mais avec pragmatisme

d) En 72 jours :  · Remise des loyers non payés  · Suppression des ventes du Mont-de-Piété  · Abandon des poursuites pour loyers non payés  · Allongement des délais pour le paiement des dettes  · Attribution de pensions pour les blessés, les veuves, les orphelins, les gardes nationaux tués au combat  · Réquisition des logements inhabités  · Création d’orphelinats  · Ventes publiques d’aliments aux prix coûtants  · Distribution de repas  · Instauration du mandat impératif  · Proclamation du droit sacré à l’insurrection  · Proclamation de la République universelle pour réaliser dans les faits l’abolition de l’esclavage votée en 1848   · Incendie de la guillotine place Voltaire  · Suppression de la peine de mort  · Attribution des ateliers abandonnés aux coopératives ouvrières après indemnités aux propriétaires  · Réduction du temps de travail à dix heures par jour  · Encadrement ouvrier dans les usines et les ateliers  · Interdiction du travail de nuit pour les enfants  · Égalité des salaires entre hommes et femmes  · Création d’un salaire minimum  · Reconnaissance de l’union libre  · Mariages par consentement mutuel  · Gratuité des actes notariaux  · Séparation de l’Eglise et de l’Etat  · Rupture avec le Concordat  · Suppression du budget des cultes  · Sécularisation des biens du clergé  · École gratuite et laïque  · Laïcisation des hôpitaux  · Liberté de la presse  · Reconnaissance de droit des enfants illégitimes  · Instauration d’une inspection des prisons  · Création d’écoles professionnelles...

e) Thiers fait 20.000 morts

f) Camus aime cette révolution impréparée  · Sans révolutionnaires professionnels  · Sans doctrinaires activistes fanatisés  · Faite par le petit peuple pour plus de fraternité

g) Révolution avec : doctrinaires inactifs, actifs sans doctrine  · Des proudhoniens et des bakouninistes  · « C’est ainsi que la première expérience de fédéralisme vrai a été aussi la dernière et que cette idée féconde qui eût pu être celle de l’avenir s’est desséchée sous les caillots de sang » (I.846)

h) Avril 1945 (31 ans), Combat  · De Gaulle a honoré la ville de Paris avec Croix de la Libération,  · Eloge gaulliste du lignage catholique des saints et des rois de France,  · De Jeanne d’Arc et Henri IV  · Mais il oublie 1830, 1848, la Commune qui débouche sur les barricades de la Libération de Paris

i) Dans L’homme révolté (37 ans) :  · Déplore la disparition de la tradition socialiste libertaire sous les coups du socialisme autoritaire :  · « La capacité révolutionnaire des masses ouvrières a été freinée par la décapitation de la révolution libertaire pendant et après la Commune. Après tout, le marxisme a dominé facilement le mouvement ouvrier à partir de 1872, à cause sans doute de sa grandeur propre, mais aussi parce que la seule tradition socialiste qui pouvait lui tenir tête a été noyée dans le sang ; il n’y avait pratiquement pas de marxistes parmi les insurgés de 1871. Cette épuration automatique de la révolution s’est poursuivie, par les soins des Etats policiers, jusqu’à nos jours » (III.246).  · Rôle de Sartre dans la destruction de cette tradition


F./ Eloge du syndicalisme révolutionnaire

a) Fernand Pelloutier :  · Contre le verbiage militant, l’action concrète  · Les ouvriers, artisans de leur propre bonheur  · 1895 : le syndicalisme, c’est l’anarchisme – et vice versa.

b) Le syndicat : une microsociété libertaire  · Pas de chef, ni ne patron  · Décisions prises en commun après débat  · Délégué nommé en début de séance

c) Pelloutier a lu Proudhon  · Comme lui, croit à l’éducation du peuple  · A l’autogestion  · A l’atelier comme alternative au gouvernement  · Au syndicalisme contre l’Etat  · Aux ouvriers contre leurs représentants

d) Invente les Bourses du Travail, ancêtres des syndicats  · Invite à « la culture de soi » :  · Qui suppose l’affranchissement libertaire, la liberté en acte, le gouvernement de soi  · Pour réaliser une société plus juste, plus humaine, plus fraternelle

e) Pour Camus : le syndicalisme révolutionnaire :  · Antidote au socialisme autoritaire qui ne libère pas le peuple mais l’asservit


4/. L’INSULTE SOCIAL-DEMOCRATE

a) Camus présenté habituellement comme social-démocrate

b) Insulte pour raisons polémiques

c) Réalité de son socialisme libertaire  · Mais difficulté des anarchistes à sortir de leur catéchisme

d) 1er texte : 29 novembre 1955, dans L’Express :  · A la faveur d’un accord entre syndicats et patronat chez Renault,  · Célèbre les résultats obtenus sans grève  · Car la grève entraîne des diminutions de salaires chez les ouvriers pauvres  · Les révolutionnaires qui veulent tout n’ont pas tout mais rien  · Les ouvriers font les frais de cette raideur doctrinale

e) La révolution ? un idéal vers lequel il faut tendre  · Mais ne pas nier pour autant les évolutions :  · « Nous ne devons ni mépriser les réformes, au nom d’une société encore lointaine, ni, à l’occasion des réformes, oublier le but dernier qui est la réintégration de la classe ouvrière dans tous ses droits par l’abolition du salariat. Tôt ou tard, la résistance des privilèges devra céder devant l’intérêt général. Mais ce sera plus tôt que plus tard si nous envisageons dès maintenant que les syndicats doivent participer à la gestion du revenu national » (III.1051).  · Depuis quand le social-démocrate aspire-t-il à l’abolition du salariat ?

f) Refuse d’être enfermé dans révolution ou réforme :  · Il veut les deux  · Non pas réforme au lieu de révolution  · Mais réforme en attendant la révolution à laquelle il faut travailler

g) Contre le refus de voter des anarchistes :  · L’augmentation du pouvoir d’achat,  · L’amélioration des conditions de travail,  · La réduction du temps de labeur dans une journée ou dans une vie,  · Un départ à la retraite à un âge décent,  · La sécurité sociale plus efficace,  · L’éducation gratuite pour les enfants  · Ou rien, ça n’est pas la même chose.

h) 2ème texte : Conférence en Angleterre en 1951 :  · « Avant toute chose, je trouverais malhonnête de cacher mes préférences. Bien que je ne sois pas réellement socialiste, ma forme de sympathie allant aux formes  libertaires du syndicalisme, j’ai souhaité que les travaillistes fussent vainqueur de ces élections » (III.1096).  · Elections générales dans le pays  · Guerre froide : ne veut choisir ni un camp ni l’autre  · Défend le travaillisme anglais ou le socialisme scandinave par pragmatisme :  - La brutalité capitaliste envoie vers le communisme soviétique  · La social-démocratie entrave le capitalisme et empêche les révolutions bolcheviques  · Une Europe social-démocrate accélérerait le processus de décomposition des nations

i) 3ème texte : L’Express  · Aux législatives du 2 janvier, votera Mendès-France  · Ni la droite gaulliste, ni le PCF  · Mais pour la gauche non marxiste :  · Coalition de radicaux, de socialistes et de républicains progressistes  · Contre l’abstentionnisme anarchiste  · Ecrit en même temps dans La révolution prolétarienne, une revue anarchiste


CONCLUSION

a) Pauwels et Sartre attaquent L’Homme révolté :  · Camus aurait donné avec ce livre une bonne conscience à l’humanisme bourgeois

b) « C’est mentir aussi que de passer sous silence, comme tout le monde d’ailleurs, ma référence explicite au syndicalisme libre. Car il existe heureusement une autre tradition révolutionnaire que celle de mon examinateur. C’est elle qui a inspiré mon essai et elle n’est pas encore morte puisqu’elle lutte toujours, pour ne donner qu’un exemple, dans les colonnes d’une revue qui s’appelle : La révolution prolétarienne. Bien des gens dont vous avez parlé, et dont je comprends qu’ils se sentent seuls à la lecture de la presse parisienne, reprendraient un peu de confiance s’ils la connaissaient cette courageuse revue ouvrière » (III.399).

c) Social-démocrate Camus ?

d) Une cinquième proposition libertaire avec le fédéralisme franco-algérien en 1954


BIBLIOGRAPHIE

  • Albert Camus, Actuelles, Gallimard
  • Albert Camus, Lettres à un ami allemand, Gallimard
  • Stirner, L'unique et sa propriété, Stock
  • Gaston Leval, La pensée constructive de Bakounine, Spartacus
  • Proudhon, Du principe fédératif, Romillat
  • Gaetano Manfredonia, Les anarchistes et la révolution française, Editions du monde libertaire
  • Maurice Dommanget, 1793. Les enragés contre la vie chère, Spartacus
  • Patrick Kessel, Les gauchistes de 89, 10/18
  • Jacques Julliard, Fernand Pelloutier et les origines du syndicalisme d'action directe, Seuil
  • Fernand Pelloutier, Histoire des bourses du travail, Alfred Costes
  • Gaston Leval, Espagne libertaire, Editions Tops/H. Trinquier
  • Rudolf Rocker, Théorie et pratique de l'anarchosyndicalisme, Aden
  • Albert Ollivier, La commune, Idées Gallimard

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Voir : Le résumé du cycle de vingt-cinq conférences, l’été 2012 

 



      Chers internautes,


L’année dernière, nous étions fidèles au poste, et chaque jour pendant un mois, nous donnions bénévolement de notre temps et de notre énergie pour mettre à votre disposition sur ces pages : un lien vers France Culture, un podcast et un synopsis du cours. Cette année, j’ai décidé de renouveler l’expérience espérant tenir la cadence (mes « coéquipiers » sont les bienvenus pour prendre la relève).  

Pourquoi? Parce que ces conférences sont toujours passionnantes, contrairement à certaines interventions médiatiques de Michel Onfray, et j’aimerais qu’elles puissent être écoutées par toute personne susceptible de s’y intéresser, sans restriction aucune. Et enfin, je le fais pour remercier chaleureusement monsieur Patrick Frémeaux, grâce à qui je suis devenue un peu plus lucide.

 

Michel Onfray n’oublie jamais de souligner, lors de chacune de ses interventions, que ses cours à l’Up de Caen sont gratuits et accessibles à tous. Et c’est vrai. Ceux qui assistent aux séminaires en direct, au théâtre d’Hérouville-Saint-Clair chaque lundi, ne payent pas de billets d’entrée, bien évidemment. Ces cours sont ensuite diffusés gratuitement sur France Culture au mois d’août, l’auditoire devient encore plus large, et c’est tant mieux. 

Mais la gratuité et le bénévolat s’arrêtent là, et les enjeux financiers commencent. Jusqu’à l’année dernière, les conférences étaient disponibles pour les retardataires pendant six mois sur le site de l’émission de France Culture. A partir de cette année, « pour des raisons de droits de diffusion et d’utilisation des enregistrements de ces conférences, chaque numéro […] sera podcastable et réécoutable uniquement pendant 15 jours ». Après, ces conférences seront vendues en coffrets d’une valeur d’environ 80 euros chacun par l’éditeur phonographique de Michel Onfray. 

 

Jusqu’à l’année dernière, j’étais l’une de ces personnes qui achetaient les conférences « gratuites ». C’est moi, vous, c’est nous qui engendrons les bénéfices des ventes. Nous finançons qui, quoi?

Peut-être grâce à cet argent, les subventions publiques allouées à l’université populaire - subventions parfaitement légitimes et nécessaires bien évidement, mais insuffisantes, subventions fragiles que la folle et avide secte freudienne a voulu faire disparaître il y a deux ans - ont été augmentées et ont permis d’élargir les activités éducatives et culturelles de l’Up, stimulantes pour toute la région, suivies au niveaux national et international ; je l’ose espérer… 

Peut-être le train de vie de Michel Onfray - confortable et sans soucis financiers, parfaitement mérité - en dépend. C’est possible, mais il me semble que le philosophe est plutôt à l’abri du besoin, et d‘autre part, l’argent n’est absolument pas sa motivation première, c’est un homme passionné par son travail, son rapport à l’argent est très sain, il le répète souvent et je ne doute pas de sa sincérité : l’argent est là, c‘est très bien, il n’est pas là, c‘est très bien aussi. 

 

Que finançons-nous donc en achetant les fameux coffrets et qui tient à ces « droits de diffusion « au point de modifier la durée des podcasts et de la réécoute d’une émission sur France Culture? Je n’en sais rien.

S’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que les gens qui achètent ces coffrets ne sont pas forcement les plus aisés, au contraire,  parfois cet achat « superflu » représente un effort budgétaire conséquent. Je sais également que des conférences vraiment gratuites existent, si vous vous en souvenez, Constance avait déjà parlé du Pharmakon de Bernard Stiegler dans l’un de ses commentaires. J’aimais bien aussi la position du philosophe voyou Olivier Saint-Vincent concernant ses propres diffusions, qu’il avait exprimée dans un courriel, mais je ne peux pas tout répéter. :~) 

Et si vous utilisiez votre esprit critique envers tout le monde sans exception comme nous l’apprend si bien Michel Onfray… Vous pouvez donc vous abonner aux podcasts des conférences sur le site de France Culture (j’ai inséré le lien dans le titre de la conférence), les enregistrer tout à fait légalement et conserver dans vos documents dans votre ordi, transférer sur la clé USB, graver… Vous pouvez ensuite les prêter à des amis, envoyer  par courriel… Se débrouiller, s’entraider, créer des micro-résistances… Ça vous dit quelque chose? … 

Vous pouvez également les acheter, si vous en avez toujours envie. 

Bonne écoute!

Ewa  - anarchiste anonyme, en association avec l’arrière-grand-père Démocrite, des pervers hérétiques freudiens et des consciences réfractaires

 

13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 18:10

 

Du 23 juillet au 24 août 2012, France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2011-2012 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 10e année,

Les consciences réfractaires : 

 Georges Politzer, Paul Nizan, Albert Camus et Simone de Beauvoir

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16/ GUERRE A SAINT-GERMAIN-DES-PRES - 13.08.2012

Albert Camus contre le nihilisme de salon.

La destruction des valeurs et des idoles des germanopratins dans « L’homme révolté » :

Sade, Baudelaire, Lautréamont, Rimbaud, des surréalistes, Hegel, Marx, Stirner, Nietzsche, Dostoïevski, Netchaïev…

 

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La réécoute et le podcast de cette conférence « gratuite » ne sont plus disponibles. La diffusion de 15 jours, ce n’était qu’une simple promotion commerciale? Vous êtes «libres» d’y consentir et acheter le produit vendu en coffrets, ou ne pas y céder en tant que consciences réfractaires. :~) 

Je vous propose également de consulter ma note en bas du synopsis, l’article « Tout ce qui n’est pas donné est perdu », ainsi que lire et écouter le propos de Michel Onfray sur la consommation éthique (à partir de la 46ème minute).



SYNOPSIS


A./ SOCIALISME LIBERTAIRE/SOCIALISME AUTORITAIRE

a) Nietzschéen après Auschwitz  · « L’acceptation de ce qui est, signe de force ? Non, la servitude s’y trouve. Mais l’acceptation de ce qui a été. Dans le présent, la lutte » (Carnets, IV.1107).  · Oui à la vie et ce qui augmente la puissance d’exister  · Non à ce qui la contredit – ce qui nomme la révolte  · Et cette révolte est libertaire.

b) Mythe de Sisyphe : « On ne découvre pas l’absurde sans être tenté d’écrire quelque manuel du bonheur » (I.303).  · Ce traité existe, mais dissimulé dans L’homme révolté.

c) Dénoncer les camps, quels qu’ils soient  · Les raisons des camps de gauche :  - Bonheur du prolétariat,  - Salut de l’humanité,  - Réalisation et achèvement de l’histoire

d) La critique du socialisme césarien prend beaucoup de place dans L’homme révolté  · L’éloge du socialisme libertaire y est plus diffus.

e) L’opposition Sartre /Camus rejoue l’opposition Marx/Proudhon.

 

conf 2012 camus l'homme revolté poing rouge


B./ GUERRE AU NIHILISME DE SALON

a) Autodidacte et libre, Camus détruit toutes les idoles de Saint-Germain

b) La culture fut chez lui un acquis, pas un donné de classe  · Le français à acquérir comme une langue étrangère,  · Importance des livres et de la culture,  · Prendre les livres au sérieux,  · Ne pas jouer avec les idées.

 

1. Le cas du Marquis de Sade

a) Pas seulement un romancier,  · Mais aussi un philosophe qui cite abondamment la philosophie

b) Légende fabriquée par Apollinaire et dupliquée par les intellectuels parisiens :  · Libérateur du sexe, · Féministe,  · Révolutionnaire opposé à la peine de mort,  · Ami du genre humain,  · Athée radical,  · Précurseur de Freud,

c) Biographie et correspondance :  · Phallocrate,  · Psychopathe content de lui,  · Monarchiste, sans-culotte opportuniste,  · Partisan d’une tyrannie absolue,  · Défend la religion pour le peuple,

d) Les 120 journées de Sodome :  · Un roman d’idées qui préfigure les camps de la mort nazis  · Rafles de victimes par une milice,  · Incarcérations dans une forteresse,  · Tonte et tatouage des victimes,  · Association de morceaux de tissus de couleur au destin des futures victimes,  · Raffinement des tortures,  · Assassinats et crimes de masse,  · Comptabilité des morts sur un registre,  · Orgies des bourreaux,  · Usage sexuel des victimes,  · Jouissance dans la pulsion de mort.  · « Deux siècles à l’avance, sur une échelle réduite, Sade a exalté les sociétés totalitaires au nom de la liberté frénétique que la révolte en réalité ne réclame pas. Avec lui commence réellement l’histoire et la tragédie contemporaine » (III.100).

e) Philosophie de cette furie génocidaire :  · Il existe un ordre dans la nature,  · Pas de libre-arbitre,  · Impossibilité de choisir : ni le bourreau ni la victime n’ont choisi,  · Ni bien ni mal,  · Déterminisme et fatalisme métaphysique,  · La nature a fait les victimes et les bourreaux – le directeur de camp et le déporté

f) Dans la vie et l’œuvre de Sade, la barricade sépare :  · Les pauvres, les femmes, les faibles, les employés, les paysans, les prostituées, les domestiques  · Et les riches, les nobles, les aristocrates, les hommes, les propriétaires, les forts, les puissants.  1. Ici : la chômeuse raflée dans la rue,  2. Là : le magistrat, le duc, l’évêque réunis pour commettre leurs forfaits.

g) Célébration de l’idéologie de la féodalité par l’avant-garde parisienne  · Qui se présente comme le fer de lance de la lutte pour la libération de l’humanité  · La gauche révolutionnaire de St Germain célèbre un penseur de l’extrême-droite comme l’un des leurs.

h) Camus : Sade « a souffert et il est mort pour échauffer l’imagination des beaux quartiers et des cafés littéraires. Mais ce n’est pas tout. Le succès de Sade à notre époque s’explique par un rêve qui lui est commun avec la sensibilité contemporaine : la revendication de la liberté totale, et la déshumanisation opérée à froid par l’intelligence » (III.100).

i) Contre la liberté sans frein  · Contre le triomphe de la pure intelligence  · Contre la lecture exclusivement cérébrale  · Propose de lire le texte et de le comprendre  · De s’insurger qu’on fasse de cet homme une référence éthique et politique.


2. Le cas des poètes

a) Sade fait partie du panthéon des surréalistes  · Camus attaque :  - Le satanisme de Baudelaire  - Le nihilisme de Lautréamont  - La révolte de papier de Rimbaud

b) Contre Baudelaire :  · Le dandy joue sa vie sans jamais la vivre  · Esthétise son existence pour en faire un objet décadent  · Aristocrate, solitaire, se croit au-dessus des autres  · Défend un pur stoïcisme, mais a besoin du regard des autres  · Revendique de Maistre comme maître lui ayant appris à raisonner :  - Croit en Dieu, au diable, au péché originel,  - Croit à la fatalité du mal et à la rédemption par la vie chrétienne, la prière, le sacrifice  · Le dandysme est une impasse éthique : il nourrit le nihilisme

c) Contre Lautréamont :  · Jouissance du poète dans la narration de scènes de cruauté  · Beauté du crime, excellence du meurtre  · Jubilation dans l’assassinat, plaisir de tuer, massacrer, découper, déchirer, déchiqueter  · Jouissance de la méchanceté, passion de maltraiter, goût de nuire  · Embrasse la joue d’un enfant : envie de la découper au rasoir  · Associe l’écriture de Lautréamont à la corvée d’un exercice scolaire : « Les Chants de Maldoror sont le livre d’un collégien presque génial » (III.130).  · Conformisme éthique, banalité morale, nihilisme généralisé

d) Contre Rimbaud :  · Poète emblématique de l’adolescence révoltée  · Sa vie montre que sa poésie était posture  · Correspondance : marchands d’armes, trafiquant d’esclaves,  · Insupportable voisin : empoisonneurs d’une centaine de chiens  · Porte son or gagné par des trafics dans une ceinture qui lui détraque les intestins  · Aspire à un beau mariage  · Donne des indications à la police  · Le génie n’est jamais si l’on renonce un jour au génie  · Rimbaud enseigne l’accablement nihiliste

e) Contre les surréalistes :  · Les tirs contre Baudelaire, Rimbaud, Lautréamont atteignent les surréalistes  · Dans l’Anthologie de l’humour noir, 1939, réédité en 1950 :  - Sade : génie de l’humour noir libérateur de l’humanité par le crime  - Baudelaire : dandy génial qui couche avec des naines de foire  - Lautréamont : poète qui a compris que le sadisme est le moteur de l’histoire  - Et qu’il faut l’activer de manière frénétique  - Rimbaud : l’humoriste né, le « dieu de la puberté » dont il faut oublier la seconde partie de vie

f) Contre le Second manifeste du surréalisme (1930)  a. Camus : « L’acte surréaliste le plus simple (consiste) à descendre dans la rue, revolver (sic) au poing, et à tirer au hasard dans la foule »  · Breton écrit « revolvers au poing » et « tirer tant qu’on peut »  b. Critique l’invitation permanente au suicide  · Et l’absence de passage à l’acte chez Breton  c. Critique leur soutien à Violette Nozières  · Criminelle ayant empoisonné sa mère et son père qui en mourra  d. Critique l’éloge des coups de poing dans les réunions  e. Les insultes envers un mort (Anatole France)  f. Leurs éloges de la beauté de l’agression et de la destruction  g. Critique leur éloge de la peine de mort  h. Critique leur éloge de l’appel à écraser l’occident sous les hordes sauvages de barbares  i. Critique leur éloge de la destruction de la raison  · Au profit des médiums, des spirites, de l’occultisme, de l’alchimie, de la parapsychologie, de la psychanalyse  j. Critique leur invitation à détruire la syntaxe classique au profit de l’écriture automatique  k. Camus se moque de l’homme qui détruit tout  · Mais célèbre le salut par l’Amour  l. Le surréalisme : une révolte de papier qui augmente le nihilisme  · Fait de la pulsion de mort et ses variations  · (détruire, massacrer, tuer, incendier, ravager, frapper, insulter, assassiner)  · Un axe éthique et révolutionnaire

g) Contre Hegel :  a.  Jean Grenier, Essai sur l’esprit d’orthodoxie : « Nos temps sont voués à Hegel, comme ils le sont au cancer et à la tuberculose » (150)  b.  Sa conception de la dialectique : la négativité  c. Sa religion de l’histoire : luthérianisme : Dieu = Providence  · Concept, Idée, Raison, Logos, Vérité, Esprit = Dieu  d. Son éthique désespérante :  · Impossible de vouloir autre chose que ce qui est  e. Sa destruction de la transcendance :  · Le vouloir de Dieu est pure immanence  f. Son idéalisme transcendantal  g. Sa théorie de la fin de l’histoire,  h. Sa théorie du maître et de l’esclave :  · Toute intersubjectivité vise la mise à mort d’autrui  i. Cette pensée nourrit le nihilisme :  · Fatalisme, déterminisme, légitimation du négatif, impossibilité d’agir  j. Marx sera le bras armé de cette théorie

h) Contre Marx :

A. Pour Marx :  a. Éloge de son analyse du capitalisme  b. De l’aliénation  c. Les dernières notes de Marx témoignent d’un Marx non marxiste  · En URSS on interdit la traduction de son œuvre complète  · Marx : la situation de la Russie tsariste n’est pas révolutionnaire  · Une révolution (celle de 17) serait condamnée avant l’heure  d. Éloge de son éthique :  · Marx pense la misère, la souffrance du prolétariat  e. Eloge de son analyse de la division du travail · De l’humiliation et de la déchéance de la classe ouvrière  f. Eloge de sa défense de l’homme total  · Ce Marx est revendiqué par les libertaires

B. Contre Marx :

a. Le contraire du Marx de la dictature du prolétariat  · De l’expropriation violente des propriétaires  · De la justification de la guerre civile  · De la violence accoucheuse de l’histoire

b. L’URSS a soviétisé Marx en exacerbant :  · Non pas le penseur de l’économie  · Ni le philosophe de l’aliénation

c. Mais le prophète du messianisme révolutionnaire  · Le croyant dans le millénarisme apocalyptique  · L’homme de la religion de l’histoire  · De la théologie du progrès  · Du paradis sur terre

d. Cette pensée philosophique a été transformée en religion politique  · raison, argumentation, débat sont impossibles  · Foi, croyance, acte de foi font la loi  · Le militant croit au dogme  · Il s’y soumet et renonce à son esprit critique

e. Si le réel donne tort à Marx, c’est le réel qui a tort

f. Le marxisme duplique le schéma contre révolutionnaire de Maistre :  · Revendication du réalisme politique  · Recours à la sévérité de la discipline  · Eloge de la force  · Défense de la peine de mort  · Le bourreau : instrument de la providence  · Séparation du monde en ennemis/amis  · Schémas du paradis perdu susceptible d’être recouvré par la soumission aux dogmes

g. Droit d’inventaire :  · Contre son économisme  · Son recyclage de la dialectique hégélienne  · Sa croyance à la révolution comme nécessairement inscrite dans l’histoire  · Sa foi dans l’autophagie du capitalisme

h. Marx s’est trompé  · Il a cru que le capital se concentrerait de plus en plus  · Or il s’est dilué chez les petits possédants  · Il a échafaudé une théorie de la paupérisation mise en relation avec le devenir inéluctable de la révolution  · Or la classe moyenne s’est développée de façon impressionnante rendant caduque la téléologie révolutionnaire  · Il a prophétisé la disparition des nations au nom de l’internationalisme prolétarien  · Mais jamais les guerres nationales n’ont commis autant de victimes depuis lui  · Il a cru que seule la révolution résoudrait le problème de la misère  · Or le syndicalisme non révolutionnaire a obtenu pourtant plus de changements en faveur du peuple que les révolutions marxistes  · Il a annoncé la fin du taylorisme  · Or les tâches sont devenues de plus en plus spécialisées et aliénantes  · Il a imaginé sa doctrine libératrice  · Or elle sert à asservir le prolétariat dans des usines soviétisées où l’exploitation a augmenté à cause du pari industriel des dirigeants  révolutionnaires.  · Le marxisme n’est pas un matérialisme scientifique  · Mais un idéalisme utopique coûteux en vies humaines.  · Marx a eu tort,  · Mais le pire de Marx se trouve chez Lénine auquel on doit le « système concentrationnaire » (III.266).


3./ LE MAGASIN DE PORCELAINE GERMANOPRATINE

a) Ajoute d’autres figures à son jeu de massacre :  · Stirner, Nietzsche, Dostoïevski, Netchaïev

b) Attaque toutes les valeurs du tout-Paris.

c) La Peste : « Il vient toujours une heure dans l’histoire où celui qui ose dire que deux et deux font quatre est puni de mort » (II.125).

d) Dommages collatéraux de L’homme révolté :

1. Contre Sade :  · Camus attaque Blanchot, Klossowski et Bataille,  · Mais aussi Breton et ses amis surréalistes.

2. Contre Hegel :  · Camus énerve Jean Hyppolite,  · Le traducteur de la Phénoménologie,  · L’auteur de Genèse et structure de la Phénoménologie de l’esprit  · Et surtout Alexandre Kojève, auteur d’un cours fameux  · qui deviendra Introduction à la Phénoménologie de Hegel.  · Sur le banc de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes où ce cours est donné se pressent :  - Lacan & Bataille,  - Caillois & Aron,  - Paulhan & Klossowski,  - Jean Wahl & Levinas,  - Leiris & Koyré,  - Merleau-Ponty & Breton,  - Queneau & Eric Weil, le même Hyppolite...

3. Contre Marx :  · Camus fâche Sartre et Beauvoir, Merleau-Ponty  · La bande des Temps Modernes,  · Jeanson le premier,  · Mais aussi tous les intellectuels de seconde zone du PCF, les Kanapa, Daix, Desanti.

4. Camus écrit : « Recrutement. La plupart des littérateurs manqués vont au communisme. C’est la seule position qui leur permet de juger de haut les artistes. De ce point de vue, c’est le parti des vocations contrariées. Gros recrutement, on s’en doute » (IV.1006).  · Soit une trentaine de personnes aux places majeures du dispositif intellectuel français.


BIBLIOGRAPHIE

  • Albert Camus, Carnets, Gallimard
  • Albert Camus, L'homme révolté, Folio
  • Jean-Yves Guérin, Dictionnaire Albert Camus, Robert Laffont
  • Françoise Laugaa-Traut, Lectures de Sade, Armand Colin
  • Eric Marty, Pourquoi le XX° siècle a-t-il pris Sade au sérieux ?, Seuil

_______________

 

Voir : Le résumé du cycle de vingt-cinq conférences, l’été 2012 

 



Chers internautes,


L’année dernière, nous étions fidèles au poste, et chaque jour pendant un mois, nous donnions bénévolement de notre temps et de notre énergie pour mettre à votre disposition sur ces pages : un lien vers France Culture, un podcast et un synopsis du cours. Cette année, j’ai décidé de renouveler l’expérience espérant tenir la cadence (mes « coéquipiers » sont les bienvenus pour prendre la relève).  

Pourquoi? Parce que ces conférences sont toujours passionnantes, contrairement à certaines interventions médiatiques de Michel Onfray, et j’aimerais qu’elles puissent être écoutées par toute personne susceptible de s’y intéresser, sans restriction aucune. Et enfin, je le fais pour remercier chaleureusement monsieur Patrick Frémeaux, grâce à qui je suis devenue un peu plus lucide.

 

Michel Onfray n’oublie jamais de souligner, lors de chacune de ses interventions, que ses cours à l’Up de Caen sont gratuits et accessibles à tous. Et c’est vrai. Ceux qui assistent aux séminaires en direct, au théâtre d’Hérouville-Saint-Clair chaque lundi, ne payent pas de billets d’entrée, bien évidemment. Ces cours sont ensuite diffusés gratuitement sur France Culture au mois d’août, l’auditoire devient encore plus large, et c’est tant mieux. 

Mais la gratuité et le bénévolat s’arrêtent là, et les enjeux financiers commencent. Jusqu’à l’année dernière, les conférences étaient disponibles pour les retardataires pendant six mois sur le site de l’émission de France Culture. A partir de cette année, « pour des raisons de droits de diffusion et d’utilisation des enregistrements de ces conférences, chaque numéro […] sera podcastable et réécoutable uniquement pendant 15 jours ». Après, ces conférences seront vendues en coffrets d’une valeur d’environ 80 euros chacun par l’éditeur phonographique de Michel Onfray. 

 

Jusqu’à l’année dernière, j’étais l’une de ces personnes qui achetaient les conférences « gratuites ». C’est moi, vous, c’est nous qui engendrons les bénéfices des ventes. Nous finançons qui, quoi?

Peut-être grâce à cet argent, les subventions publiques allouées à l’université populaire - subventions parfaitement légitimes et nécessaires bien évidement, mais insuffisantes, subventions fragiles que la folle et avide secte freudienne a voulu faire disparaître il y a deux ans - ont été augmentées et ont permis d’élargir les activités éducatives et culturelles de l’Up, stimulantes pour toute la région, suivies au niveaux national et international ; je l’ose espérer… 

Peut-être le train de vie de Michel Onfray - confortable et sans soucis financiers, parfaitement mérité - en dépend. C’est possible, mais il me semble que le philosophe est plutôt à l’abri du besoin, et d‘autre part, l’argent n’est absolument pas sa motivation première, c’est un homme passionné par son travail, son rapport à l’argent est très sain, il le répète souvent et je ne doute pas de sa sincérité : l’argent est là, c‘est très bien, il n’est pas là, c‘est très bien aussi. 

 

Que finançons-nous donc en achetant les fameux coffrets et qui tient à ces « droits de diffusion « au point de modifier la durée des podcasts et de la réécoute d’une émission sur France Culture? Je n’en sais rien.

S’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que les gens qui achètent ces coffrets ne sont pas forcement les plus aisés, au contraire,  parfois cet achat « superflu » représente un effort budgétaire conséquent. Je sais également que des conférences vraiment gratuites existent, si vous vous en souvenez, Constance avait déjà parlé du Pharmakon de Bernard Stiegler dans l’un de ses commentaires. J’aimais bien aussi la position du philosophe voyou Olivier Saint-Vincent concernant ses propres diffusions, qu’il avait exprimée dans un courriel, mais je ne peux pas tout répéter. :~) 

Et si vous utilisiez votre esprit critique envers tout le monde sans exception comme nous l’apprend si bien Michel Onfray… Vous pouvez donc vous abonner aux podcasts des conférences sur le site de France Culture (j’ai inséré le lien dans le titre de la conférence), les enregistrer tout à fait légalement et conserver dans vos documents dans votre ordi, transférer sur la clé USB, graver… Vous pouvez ensuite les prêter à des amis, envoyer  par courriel… Se débrouiller, s’entraider, créer des micro-résistances… Ça vous dit quelque chose? … 

Vous pouvez également les acheter, si vous en avez toujours envie. 

Bonne écoute!

Ewa  - anarchiste anonyme, en association avec l’arrière-grand-père Démocrite, des pervers hérétiques freudiens et des consciences réfractaires

 

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  • quatuor
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc

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