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11 août 2012 6 11 /08 /août /2012 14:54

 

Du 23 juillet au 24 août 2012, France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2011-2012 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 10e année,

Les consciences réfractaires : 

 Georges Politzer, Paul Nizan, Albert Camus et Simone de Beauvoir

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15/ QUESTIONS - REPONSES (3/4) - 10.08.2012

 

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La réécoute et le podcast de cette conférence « gratuite » ne sont plus disponibles. La diffusion de 15 jours, ce n’était qu’une simple promotion commerciale? Vous êtes «libres» d’y consentir et acheter le produit vendu en coffrets, ou ne pas y céder en tant que consciences réfractaires. :~) 

Je vous propose également de consulter ma note en bas du synopsis, l’article « Tout ce qui n’est pas donné est perdu », ainsi que lire et écouter le propos de Michel Onfray sur la consommation éthique (à partir de la 46ème minute).

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1. Est-ce que la métaphore de Gulliver, dans l’esprit de Michel Onfray, était un aboutissement ou au contraire, une formule à partir de laquelle on pouvait penser une forme de politique libertaire?  (35 min.)

 

2. Pourrait-on résumer la pensée philosophique de Camus en cette phrase de « Noces« : « Le monde est beau, et hors de lui, point de salut »?  (25min.)

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conf 2012 question-reponse-3

 

Pourquoi les auditeurs posent-ils les questions si évidentes, allant totalement dans le sens de Michel Onfray, questions auxquelles on peut trouver des réponses dans ses livres, si on ne se contente pas d’être uniquement un auditeur? 

Est-ce que Michel Onfray, préoccupé par son monologue, en s’écoutant parler, ne le voit pas? 

 

« La politique que je propose suppose ce que je nomme le principe de Gulliver : chacun connaît l’histoire de Swift qui montre comment un géant peut être entravé par des Lilliputiens si, et seulement si, le lien d’une seule de ces petites créatures se trouve associé à une multiplicité d’autres attaches. Le comportement de Gulliver illustre à ravir la leçon de La Boétie : « Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres. » La domination n’existe que par le consentement de ceux qui ne l'acceptent. Si l’on refuse l’assujettissement, et que l’on est assez nombreux pour cela (leçon de l’association d’égoïstes de Stirner…), alors le pouvoir s’effondre de lui-même, car il ne tient sa force que de notre faiblesse, il n’a de puissance que de notre soumission.

Concrètement, il s’agit, d’une part, de ne pas créer les microfascismes du genre assujettissements, dominations, sujétions, dépendances, servitudes, pouvoirs, d’autre part, de ne pas y consentir. Car la logique domination/servitude n’existe que par la volonté de ceux qui dominent et par l’absence de refus de ceux qui subissent cet empire. Chaque microfascisme se désintègre par une microrésistance.

La révolution n’est donc pas affaire idéale, destinée à produire ses effets demain, en permettant aujourd’hui les pires exactions de la part de ces prétendus révolutionnaires animés la plupart du temps par le ressentiment doublé d’une forte passion pour la pulsion de mort, mais possibilité, hic et nunc, de changer les choses.

Cette perspective de révolution concrète libertaire, non autoritaire, opposée au sang et aux armes, à la violence et à la terreur, présente également l’avantage de mettre le prétendu révolutionnaire au pied du mur : il n’a pas le prétexte de la négativité hégélienne pour justifier l’injustifiable dans l’instant au prétexte qu’il prépare le bonheur de demain – qui n’arrive jamais, car demain, c'est toujours pour demain…

Avec un socialisme libertaire actionné selon la mécanique des microrésistances concrètes, on voit alors le féministe sur le papier, l’antiraciste sous les calicots, l’écologiste des banderoles, l’antifascistes au mégaphone, le révolutionnaire au slogan, tenus d’être féministes dans leurs relations amoureuses, antiraciste au quotidien, écologistes dans leurs habitudes, leurs comportements, leurs faits et gestes, antifascistes dans toutes leurs relations intersubjectives – avec leurs enfants, leurs proches, leurs familles, leurs voisins, leurs collègues de travail, leurs voisins de table, de transport en commun, leurs congénères dans la rue et toute autre situation concrète… [...]

La perspective du « devenir révolutionnaire des individus » – pour citer Deleuze – trouve ici sa vérité. En politique, l’hédonisme se résume à la vieille proposition utilitariste des Lumières : il faut vouloir le plus grand bonheur du plus grand nombre. Non pas demain, trop facile, trop simple, trop confortable, mais ici et maintenant, tout de suite. Cet impératif présente l’avantage de permettre un tri redoutable dans la masse des "Grands Diseux". A cette aune, nombre de révolutionnaires de papier se volatilisent comme une vesse… Restent les subjectivités dignes de considération. « 

 

Michel Onfray, Manifeste hédoniste, Editions Autrement, 2011, p.52-53  


«Manifeste hédoniste» sorti en 2011, c’est un court résumé de la pensée philosophique de Michel Onfray, comme «La puissance d’exister» (2006). Il est donc normal que l’on y trouve des répétitions, redites, reprises. Mais parfois, c’est un peu déroutant.

On vient de me signaler un texte publié en 2009 dans Le monde libertaire, l’hebdomadaire de la Fédération anarchiste : « Le principe de Gulliver : le post-anarchisme ici & maintenant ». L’extrait du «Manifeste hédoniste», que je vous ai proposé, est une copie presque parfaite, à quelques détails près, de la deuxième partie de cet article. Un petit recyclage pour aller plus vite? Je ne sais plus quoi en penser…

 

conf 2012 gulliver et lilliputiens

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Voir : Le résumé du cycle de vingt-cinq conférences, l’été 2012 

 


 

Chers internautes,


L’année dernière, nous étions fidèles au poste, et chaque jour pendant un mois, nous donnions bénévolement de notre temps et de notre énergie pour mettre à votre disposition sur ces pages : un lien vers France Culture, un podcast et un synopsis du cours. Cette année, j’ai décidé de renouveler l’expérience espérant tenir la cadence (mes « coéquipiers » sont les bienvenus pour prendre la relève).  

Pourquoi? Parce que ces conférences sont toujours passionnantes, contrairement à certaines interventions médiatiques de Michel Onfray, et j’aimerais qu’elles puissent être écoutées par toute personne susceptible de s’y intéresser, sans restriction aucune. Et enfin, je le fais pour remercier chaleureusement monsieur Patrick Frémeaux, grâce à qui je suis devenue un peu plus lucide.

 

Michel Onfray n’oublie jamais de souligner, lors de chacune de ses interventions, que ses cours à l’Up de Caen sont gratuits et accessibles à tous. Et c’est vrai. Ceux qui assistent aux séminaires en direct, au théâtre d’Hérouville-Saint-Clair chaque lundi, ne payent pas de billets d’entrée, bien évidemment. Ces cours sont ensuite diffusés gratuitement sur France Culture au mois d’août, l’auditoire devient encore plus large, et c’est tant mieux. 

Mais la gratuité et le bénévolat s’arrêtent là, et les enjeux financiers commencent. Jusqu’à l’année dernière, les conférences étaient disponibles pour les retardataires pendant six mois sur le site de l’émission de France Culture. A partir de cette année, « pour des raisons de droits de diffusion et d’utilisation des enregistrements de ces conférences, chaque numéro […] sera podcastable et réécoutable uniquement pendant 15 jours ». Après, ces conférences seront vendues en coffrets d’une valeur d’environ 80 euros chacun par l’éditeur phonographique de Michel Onfray. 

 

Jusqu’à l’année dernière, j’étais l’une de ces personnes qui achetaient les conférences « gratuites ». C’est moi, vous, c’est nous qui engendrons les bénéfices des ventes. Nous finançons qui, quoi?

Peut-être grâce à cet argent, les subventions publiques allouées à l’université populaire - subventions parfaitement légitimes et nécessaires bien évidement, mais insuffisantes, subventions fragiles que la folle et avide secte freudienne a voulu faire disparaître il y a deux ans - ont été augmentées et ont permis d’élargir les activités éducatives et culturelles de l’Up, stimulantes pour toute la région, suivies au niveaux national et international ; je l’ose espérer… 

Peut-être le train de vie de Michel Onfray - confortable et sans soucis financiers, parfaitement mérité - en dépend. C’est possible, mais il me semble que le philosophe est plutôt à l’abri du besoin, et d‘autre part, l’argent n’est absolument pas sa motivation première, c’est un homme passionné par son travail, son rapport à l’argent est très sain, il le répète souvent et je ne doute pas de sa sincérité : l’argent est là, c‘est très bien, il n’est pas là, c‘est très bien aussi. 

 

Que finançons-nous donc en achetant les fameux coffrets et qui tient à ces « droits de diffusion « au point de modifier la durée des podcasts et de la réécoute d’une émission sur France Culture? Je n’en sais rien.

S’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que les gens qui achètent ces coffrets ne sont pas forcement les plus aisés, au contraire,  parfois cet achat « superflu » représente un effort budgétaire conséquent. Je sais également que des conférences vraiment gratuites existent, si vous vous en souvenez, Constance avait déjà parlé du Pharmakon de Bernard Stiegler dans l’un de ses commentaires. J’aimais bien aussi la position du philosophe voyou Olivier Saint-Vincent concernant ses propres diffusions, qu’il avait exprimée dans un courriel, mais je ne peux pas tout répéter. :~) 

Et si vous utilisiez votre esprit critique envers tout le monde sans exception comme nous l’apprend si bien Michel Onfray… Vous pouvez donc vous abonner aux podcasts des conférences sur le site de France Culture (j’ai inséré le lien dans le titre de la conférence), les enregistrer tout à fait légalement et conserver dans vos documents dans votre ordi, transférer sur la clé USB, graver… Vous pouvez ensuite les prêter à des amis, envoyer  par courriel… Se débrouiller, s’entraider, créer des micro-résistances… Ça vous dit quelque chose? … 

Vous pouvez également les acheter, si vous en avez toujours envie. 

Bonne écoute!

Ewa  - anarchiste anonyme, en association avec l’arrière-grand-père Démocrite, des pervers hérétiques freudiens et des consciences réfractaires


10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 08:18

 

Du 23 juillet au 24 août 2012, France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2011-2012 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 10e année,

Les consciences réfractaires : 

 Georges Politzer, Paul Nizan, Albert Camus et Simone de Beauvoir

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14/ UN NIETZSCHEEN DE GAUCHE - 09.08.2012


Albert Camus

1. Un grand oui à la vie - « Noces » (nietzschéisme)

2. Non à tout ce qui ne dit pas oui à la vie : tortures, camps, fascisme… - « L’homme révolté » (nietzschéisme de gauche)

3. Tout ce qui ne tue pas rend plus fort. Il faut imaginer Sisyphe heureux - « Le mythe de Sisyphe » (nietzschéisme humaniste?)

 

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La réécoute et le podcast de cette conférence « gratuite » ne sont plus disponibles. La diffusion de 15 jours, ce n’était qu’une simple promotion commerciale? Vous êtes «libres» d’y consentir et acheter le produit vendu en coffrets, ou ne pas y céder en tant que consciences réfractaires. :~) 

Je vous propose également de consulter ma note en bas du synopsis, l’article « Tout ce qui n’est pas donné est perdu », ainsi que lire et écouter le propos de Michel Onfray sur la consommation éthique (à partir de la 46ème minute).


 

 

SYNOPSIS

1/. NIETZSCHEEN DE GAUCHE ?

a) Qu’est-ce qu’un nietzschéen de gauche :  · Penser à gauche à partir de Nietzsche

b) Georges Palante, le premier d’entre eux :  · Professeur de philosophie à St Brieuc, Louis Guilloux surveillant  · Cripure et Le sang noir  · Souvenirs sur Georges Palante de Guilloux

c) Jean Grenier, Sallan dans Les Grèves

d) Camus cite La sensibilité individualiste de Palante dans L’homme révolté  · Quelques notes de lecture dans ses carnets

conf 2012 camus nietzsche sysiphe

2/. CAMUS NIETZSCHEEN

a) Dans Actuelles II (1953) :  « Je dois à Nietzsche une grande partie de ce que je suis » (III.397)

b) L’histoire d’amour commence tôt :

1) Au lycée :  · Dans Sud (19 ans) : Sur la musique, sur l’esthétique musicale de Nietzsche à partir de Schopenhauer  · Chez Schopenhauer : la musique permet d’échapper au vouloir - croit Camus  · Et d’entrer dans un monde de rêve  · En fait : elle est vouloir qu’on peut contempler mais auquel on ne peut échapper  · Pas de monde de rêve chez Schopenhauer ou Nietzsche  · Mais Camus a vécu la musique comme une échappatoire  · L’oncle Acault / la grand-mère  · Vient de découvrir Debussy et Stravinsky – défend le second contre le premier  · Bibliographie :  · # De Nietzsche :  - Ecce homo, Le cas Wagner, Nietzsche contre Wagner  · # Sur Nietzsche :  - Pierre Lasserre, Les idées de Nietzsche sur la musique  - Henri Lichtenberger, La philosophie de Nietzsche

2) Pendant l’occupation, au Panelier :  · Charles Andler, Nietzsche. Sa vie et sa pensée.

3) Après-guerre :   1. Travaille exclusivement sur La volonté de puissance pour L’homme révolté   2. 1950, réunit ses chroniques 1944-1948 : Actuelles  - Cf. inactuelles  - Dédicace de Nietzsche :  - « Il vaut mieux périr que haïr et craindre ; il vaut mieux périr deux fois que se faire haïr et redouter ; telle devra être un jour la suprême maxime de toute société organisée politiquement » (II.374) - Voyageur et son ombre.   3. 1954, dans son appartement parisien, une photo de Nietzsche  - Char lui en demande une copie.   4. Discours pour la réception du Prix Nobel en 1957, hommage à ses maîtres :  - Nietzsche en fait partie.   5. 1960, le 3 janvier, dans l’accident :  - Le Premier homme.  - Et un exemplaire du Gai savoir.


PREMIÈRE PARTIE : LE GRAND « OUI » A LA VIE


1/. PHILOSOPHER COMME DIONYSOS

a) Noces (1939)  · Chef d’œuvre philosophique  · Chef d’œuvre nietzschéen  · Chef d’œuvre existentiel

conf 2012 camus noces peintureb) Domination du schéma deleuzien :  · Un philosophe crée des concepts et des personnages conceptuels  · Eviction de tous les philosophes existentiels  · Religion du néologisme, torture de la langue

c) Noces :

· Dans la tradition de la philosophie française :  1) Clarté de l’expression  2) Lisibilité des exposés  3) Propos existentiel  4) Subjectivité pour accéder à l’universel

· La phénoménologie :  - Jargon  - Jonglerie conceptuelle  - Démonstration de virtuosité idéelle   - Jeux de mots avec emboîtage de sens  - Création de formules  - Collision verbale  - Religion du tiret – « l’être-hors-de-soi-en-elle » de la Critique de la raison dialectique

d) Camus : une phénoménologie non philosophique du monde  · Description pure qui ne refuse pas la poésie, la littérature, le lyrisme  · Noces : 6 pages  · Cf. poèmes présocratiques sur la nature  · Evitement des proliférations institutionnelles et apolliniennes :  - Abus de concepts  - Chevillages rhétoriques  - Démonstrations sur le mode mathématique  · Usages dionysiens :  - Profusion d’images  - Juxtaposition de sensations  - Synesthésies lyriques  - Propositions affirmatives  - Art des rythmes, des cadences et de la musique littéraire  - Façon de faire nietzschéenne  - Zarathoustra, sa forme lyrique, incantatoire, musicale, wagnérienne  - Souci du réel concret au lieu du culte de l’idée, des mots, du verbe  - Contre l’accès cérébral au monde, un accès sensuel :  - Corps qui nage, bronze, jouit du soleil, se repaît de lumière, se déplie dans la vie  - Corps qui s’expérimente comme force, énergie, puissance  - Corps qui expérimente, goûte, touche, sent, voit avec toute sa peau  · Une narration pratique  · Restitution d’une expérience sensorielle


2/. VIVRE SELON NOCES

a) 6 pages qui changent une vie  · Expérience mystique, païenne d’un bain :  - S’éprouver fragment de cosmos  - Béatitude, jubilation  - Travaux pratiques du surhumain

b) Noces montre une façon d’être au monde dans laquelle  · La partie se vit comme une jubilation d’être fragment du tout

c) Camus entretient de la vérité concrète des choses :  · La brûlure du soleil,  · Le parfum des absinthes,  · La cuirasse d’argent de la mer,  · Les gros bouillons de la lumière,  · L’odeur des plantes aromatiques,  · Le soupir odorant et âcre de la terre d’été,  · Les bougainvillées rosat,  · Les hibiscus rouge pâle,   · Les roses thé épaisses comme de la crème,  · Les bordures d’iris bleu,  · Les lentisques et les genêts débordant des ruines,  · Les plantes grasses aux fleurs violettes, jaunes ou rouges,  · La laine grise des absinthes, la fermentation de leurs essences entêtantes,  · L’alcool de ces fleurs faisant vaciller le ciel,  · L’héliotrope blanc,  · Le géranium rouge sang,  · Le crépitement des pierres des bâtiments antiques,  · La mémoire des âmes mortes de ces romains retournés au néant,  · Le bruissement concertant des insectes,  · Les sarcophages vides de morts mais pleins de sauges et de ravenelles...

d) Puis des sensations corporelles :  · Plonger, nager, l’eau sur le corps,  · Expérimenter ses muscles dans le liquide  · Sortir de l’eau  · S’affaler dans le sable  · Expérimenter la brûlure du soleil, la morsure du sel  · Boire une menthe verte glacée  · Croquer dans une pêche  · S’habiller de lin

e) La Méditerranée est plus de l’eau :  · Elle est de l’histoire, de la mythologie, de la poésie, de la littérature, de la philosophie, de la géographie, de la politique.

f) Vivre comme Epicure nous y invitait : tel un dieu parmi les hommes. « Il n’y a pas de honte à être heureux. Mais aujourd’hui l’imbécile est roi, et j’appelle imbécile celui qui a peur de jouir » (I.108).

g) Nietzschéen, il critique :   · La culpabilité chrétienne  · La haine du corps · La damnation de la chair  · Le discrédit de la sensualité  · La faute, le péché  · Refuse qu’on fasse de ce bain une célébration de l’orgueil animal

h) Contre l’idéal ascétique chrétien  · Propose un paganisme : foi dans l’énergie de ce qu’on voit  · Panthéisme  · « A Tipasa, je vois équivaut à je crois » (I.109).


3/. UNE PENSEE PAÏENNE

a) 1956, entretien au « Monde » :  · Camus dit ne pas croire en Dieu, mais n’être pas athée  · Récupération chrétienne :  - La chute poserait le problème de l’impossibilité de la rédemption dans un monde sans Dieu  - Ayant fait son deuil de la grâce

b) Ce paganisme n’est pas réactivation des dieux du polythéisme grec  · Mais souscription à la jubilation panthéiste d’être au monde

c) Ce bain méditerranéen est un baptême païen  · Cf. paganus, religion des paysans,  · Culte de l’immanence qui organise les forces qui font et tiennent le monde  · Nietzsche condamnait tous les arrière-mondes  · On peut en appeler au cosmos qui n’est pas hors du monde puisqu’il est le monde

d) Dans L’été à Alger :  · En Algérie, le christianisme n’a pas eu raison de la naïveté et de la simplicité grecque  · Là-bas, quand on meurt, on sait ce que la mort nous enlève  · En Afrique, on aime la vie simple, la joie facile, le bonheur d’être au monde  · On ne se protège pas du monde en intercalant la culture entre lui et nous (comme en Italie)  · « Le contraire d’un peuple civilisé, c’est un peuple créateur » (I.124).  · Florence la civilisée contre Alger qui crée.

e) En Algérie on est nietzschéen sans avoir lu Nietzsche  · On vit sans mythes  · Sans consolations  · Sans gâcher le présent par la nostalgie d’un passé révolu  · Ni par la crainte d’un futur angoissant  · Insoucieux de ce qui advient  · On n’aime pas ce qui est stable : on préfère le mouvement, la vie  · Pas de talent pour les idées pures, les concepts, les discours  · On s’immerge tout entier dans le cours du monde  · Le péché chrétien n’a pas de sens  · Définition algérienne du péché ?  · La malédiction de ne pas savoir se contenter de ce monde-ci  · La bêtise d’espérer  · La sottise de passer à côté de cette vie qui est la seule.


4/. TIPASA, UN PERSONNAGE CONCEPTUEL ANTIFASCISTE

a) Avant-guerre :  · Le nietzschéisme comme une occasion de dépasser le nihilisme européen

b) A la publication de Noces (1939) :  · Fascisme en Italie, en Allemagne, en Espagne  · Tipasa : remède à Mussolini, à Hitler, à Franco,

c) L’Algérie (que Nietzsche aurait aimé visiter) :  · Une solution au nihilisme en Europe :  - Sa vitalité, sa force, sa santé, sa naïveté (étymologie)

d) Mais la libération des camps impose une relecture de Nietzsche.


DEUXIÈME PARTIE : LE GRAND « NON » AU GRAND « OUI »


1/. ETRE NIETZSCHEEN APRES AUSCHWITZ

conf 2012 camus l'omme revoltéa) Consacre un chapitre à Nietzsche dans L’homme révolté  · Ignore que La volonté de puissance est un faux  · Fabriqué par sa sœur pour en faire un belliciste, nationaliste, antisémite, raciste,  · Précurseur du fascisme et du national-socialisme

b) A 19 ans, Camus s’insurge contre les mauvaises lectures de Nietzsche.  · Il sait que Nietzsche :  - Diagnostique le nihilisme européen consécutif à la mort de Dieu  - Pense sur ce terrain métaphysique de la fin de la morale judéo-chrétienne  - Propose une éthique solaire, fidèle à la terre, au monde, amoureuse du réel.

c) A 39 ans soulève une autre erreur de lecture :  · L’immoralisme ontologique ne coïncide pas avec une amoralité pratique  · La fin du Bien et du Mal absolu n’empêchent pas un bon et un mauvais relatifs.

d) La récupération du surhomme par les nazis est fautive  · Mais Nietzsche est fautif de n’avoir rien écrit qui empêche cette récupération  · Camus parle d’« une responsabilité involontaire » (III.127)


2/. LA MORT DE DIEU

a) Nietzsche ne tue pas Dieu  · Il annonce la mise à mort de Dieu par l’Eglise :  - L’Eglise a trahi le message de Jésus qui était... nietzschéen !

b) Car Jésus invitait à accepter le monde tel qu’il est  · Il refusait qu’on le juge  · Il souhaitait que les hommes n’ajoutent pas du négatif au négatif  · Il proposait une éthique concrète pour ici et maintenant

c) En revanche saint Paul qui haïssait la chair, le corps, les femmes  · A perverti le message évangélique

d) Le christianisme s’est réclamé du Christ et non de Jésus  · Il a tout moralisé, tout calomnié  · Il a inventé le péché, le libre-arbitre, la culpabilité,  · Les punitions, les récompenses, les châtiments, l’enfer

e) Or le monde est ; il faut l’aimer comme il est.


3/. AMOR FATI ?

a) Théorie du surhumain nietzschéen :  · La volonté de puissance  · L’éternel retour des choses  · Amor fati et jubilation

b) Aux antipodes de la brutalité nazie...

c) Le révolté nie Dieu,  · Mais il ne devient Dieu qu’en renonçant à la révolte

d) Camus : amor fati ?  · Oui dit Nietzsche. guerre et paix, amour et guerre, bourreaux et victimes  · Aimer le cosmos sur nos têtes et les camps de la mort ?  · Les camps ont été un nombre infini de fois et reviendront  · Rien n’est possible contre...  · Voilà ce qui se nomme cruauté chez Nietzsche :  - Accepter la vie jusque dans ce qui semble la nier  · La pitié est inutile :  - Elle n’empêche pas ce qui est d’être et abîme celui qui la pratique  · Se rebeller contre la souffrance n’a pas de sens

e) Pour Camus, le marxisme-léninisme : une modalité du nietzschéisme  · L’URSS a pris en charge le projet de surhumanité  · L’histoire se substitue à la volonté de puissance  · Les marxistes consentent à ce que veut l‘Histoire  · Marx & Nietzsche : deux fatalismes ontologiques  · Dans les deux cas, les individus comptent pour rien  · Nietzsche proposait de vaincre le nihilisme ; il l’a accompagné  · Pas volontairement, mais rien n’interdit cette lecture chez ses disciples

f) Le grand « oui » n’est plus possible après les camps.


TROISIÈME PARTIE : CE QUI NE TUE PAS REND PLUS FORT


1/. UNE PENSEE DE LA DOULEUR

a) Autre proximité avec Nietzsche : la douleur  · Tuberculose à 17 ans  · Sait qu’il va mener une vie brève, régulièrement décadente, des rechutes

b) Nager, courir, jouer au foot, danser, faire la fête avec la mort dans ses poumons  · Visibilité au quotidien : essoufflement, crachats, sang, fièvre, transpiration, crises

c) Le mythe de Sisyphe, livre nietzschéen  · Commencé en 1936 (23 ans), publié en 42 (29 ans)  · Le journal de bord ontologique d’un malade

conf 2012 camus sysiphe coeurd) Le suicide, seul problème philosophique valable...  · A quoi bon vivre, puisqu’il faut mourir ?  · Juxtapose les analyses, les notes de lecture, change de thématique  · Développe comme pour lui  · Cisèle une formule, un aphorisme  · Cherche à comprendre pourquoi il lui faudra vivre une vie absurde

e) Ecrit : « Le système, lorsqu’il est valable ; ne se sépare pas de son auteur » (I.288). · Profession de foi nietzschéenne...

e’) Un autoportrait dans ce livre :  · Camus a connu la tentation du suicide  · Perdu son père jeune dans une guerre absurde  · A vu sa grand-mère morte  · Porte en lui la maladie  · A séduit des femmes  · Joué la comédie sur les planches   · S’est habillé et comporté en dandy  · Thématiques du livre

f) L’absurde n’est pas en soi  · Il naît de la comparaison et du décalage  · Absurde l’attaque d’une batterie de mitrailleuses au couteau  · Absurde dans l’inertie d’un corps mort  · Absurde du don juan qui cherche à fuir l’absurdité du monde et en accélère le mouvement  · Absurde le comédien qui transforme le paraître en être  · Absurdes le conquérant, le créateur – dévots de la cause absurde

g) Lit et cherche des raisons de vivre chez les philosophes :  · Jaspers, Chestov, Kierkegaard, Scheler, Nietzsche, Husserl, Dostoïevski, Kafka, Plotin  · Ne les analyse pas, les convoque pour illustrer son propos

h) Dans Le mythe de Sisyphe, un chapitre au titre éponyme  · Fonctionne comme une chute dans une nouvelle  · Raconte l’histoire de Sisyphe  · Le rocher qui tombe sans cesse : l’éternel retour  · Conclusion du texte : Sisyphe « juge que tout est bien » (I.304).  · Face à l’absurde, il n’y a qu’à l’aimer  · « Il faut imaginer Sisyphe heureux »


2/. LE PHILOSOPHE-ARTISTE

a) N’est pas normalien, institutionnel, agrégé comme Sartre  · Nietzsche est hors institution, un philosophe-artiste  · Pas créateur de concepts  · Mais inventeur de nouvelles possibilités d’existence  · Il veut une éthique esthétique – dionysienne

b) Dans Le mythe de Sisyphe, Camus écrit : pour Nietzsche « un philosophe, pour être estimable (doit) prêcher l’exemple » (I.221).  · La philosophie n’est pas une posture.


CONCLUSION

a) Conférences en Italie en 1954  · Camus est allé sur les lieux nietzschéens  · Turin, 6, via Carlo Alberto, le lieu de la folie.

b) Avoue n’avoir jamais lu ce récit sans pleurer

c) A plusieurs reprises, Carnets et Discours à Uppsala :  · Nietzsche, après la rupture douloureuse avec Lou, allumait des incendies de feuilles sèches et de branches sur les hauteurs du golfe de Gênes  · Conclut : « Leur lueur a dansé derrière toute ma vie intellectuelle ». (IV.1180).


BIBLIOGRAPHIE

  • Camus, Noces, Folio
  • Camus, Le mythe de Sisyphe, Folio
  • Roger grenier, Albert Camus soleil et ombre, Folio
  • Alain Vircondelet, Albert Camus fils d'Alger, Fayard
  • Deleuze & Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ? Minuit
  • Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire, Fayard
  • Michel Serres, Eloge de la philosophie en langue française, Fayard
  • Jean-François Mattéi, Philosopher en français, puf

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Voir : Le résumé du cycle de vingt-cinq conférences, l’été 2012 

 



      Chers internautes,


L’année dernière, nous étions fidèles au poste, et chaque jour pendant un mois, nous donnions bénévolement de notre temps et de notre énergie pour mettre à votre disposition sur ces pages : un lien vers France Culture, un podcast et un synopsis du cours. Cette année, j’ai décidé de renouveler l’expérience espérant tenir la cadence (mes « coéquipiers » sont les bienvenus pour prendre la relève).  

Pourquoi? Parce que ces conférences sont toujours passionnantes, contrairement à certaines interventions médiatiques de Michel Onfray, et j’aimerais qu’elles puissent être écoutées par toute personne susceptible de s’y intéresser, sans restriction aucune. Et enfin, je le fais pour remercier chaleureusement monsieur Patrick Frémeaux, grâce à qui je suis devenue un peu plus lucide.

 

Michel Onfray n’oublie jamais de souligner, lors de chacune de ses interventions, que ses cours à l’Up de Caen sont gratuits et accessibles à tous. Et c’est vrai. Ceux qui assistent aux séminaires en direct, au théâtre d’Hérouville-Saint-Clair chaque lundi, ne payent pas de billets d’entrée, bien évidemment. Ces cours sont ensuite diffusés gratuitement sur France Culture au mois d’août, l’auditoire devient encore plus large, et c’est tant mieux. 

Mais la gratuité et le bénévolat s’arrêtent là, et les enjeux financiers commencent. Jusqu’à l’année dernière, les conférences étaient disponibles pour les retardataires pendant six mois sur le site de l’émission de France Culture. A partir de cette année, « pour des raisons de droits de diffusion et d’utilisation des enregistrements de ces conférences, chaque numéro […] sera podcastable et réécoutable uniquement pendant 15 jours ». Après, ces conférences seront vendues en coffrets d’une valeur d’environ 80 euros chacun par l’éditeur phonographique de Michel Onfray. 

 

Jusqu’à l’année dernière, j’étais l’une de ces personnes qui achetaient les conférences « gratuites ». C’est moi, vous, c’est nous qui engendrons les bénéfices des ventes. Nous finançons qui, quoi?

Peut-être grâce à cet argent, les subventions publiques allouées à l’université populaire - subventions parfaitement légitimes et nécessaires bien évidement, mais insuffisantes, subventions fragiles que la folle et avide secte freudienne a voulu faire disparaître il y a deux ans - ont été augmentées et ont permis d’élargir les activités éducatives et culturelles de l’Up, stimulantes pour toute la région, suivies au niveaux national et international ; je l’ose espérer… 

Peut-être le train de vie de Michel Onfray - confortable et sans soucis financiers, parfaitement mérité - en dépend. C’est possible, mais il me semble que le philosophe est plutôt à l’abri du besoin, et d‘autre part, l’argent n’est absolument pas sa motivation première, c’est un homme passionné par son travail, son rapport à l’argent est très sain, il le répète souvent et je ne doute pas de sa sincérité : l’argent est là, c‘est très bien, il n’est pas là, c‘est très bien aussi. 

 

Que finançons-nous donc en achetant les fameux coffrets et qui tient à ces « droits de diffusion « au point de modifier la durée des podcasts et de la réécoute d’une émission sur France Culture? Je n’en sais rien.

S’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que les gens qui achètent ces coffrets ne sont pas forcement les plus aisés, au contraire,  parfois cet achat « superflu » représente un effort budgétaire conséquent. Je sais également que des conférences vraiment gratuites existent, si vous vous en souvenez, Constance avait déjà parlé du Pharmakon de Bernard Stiegler dans l’un de ses commentaires. J’aimais bien aussi la position du philosophe voyou Olivier Saint-Vincent concernant ses propres diffusions, qu’il avait exprimée dans un courriel, mais je ne peux pas tout répéter. :~) 

Et si vous utilisiez votre esprit critique envers tout le monde sans exception comme nous l’apprend si bien Michel Onfray… Vous pouvez donc vous abonner aux podcasts des conférences sur le site de France Culture (j’ai inséré le lien dans le titre de la conférence), les enregistrer tout à fait légalement et conserver dans vos documents dans votre ordi, transférer sur la clé USB, graver… Vous pouvez ensuite les prêter à des amis, envoyer  par courriel… Se débrouiller, s’entraider, créer des micro-résistances… Ça vous dit quelque chose? … 

Vous pouvez également les acheter, si vous en avez toujours envie. 

Bonne écoute!

Ewa  - anarchiste anonyme, en association avec l’arrière-grand-père Démocrite, des pervers hérétiques freudiens et des consciences réfractaires

 

8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 18:57

 

 

Du 23 juillet au 24 août 2012, France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2011-2012 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 10e année,

Les consciences réfractaires : 

 Georges Politzer, Paul Nizan, Albert Camus et Simone de Beauvoir

______________

 

13/ GENEALOGIE D’UN TEMPERAMENT LIBERTAIRE - 08.08.2012

Albert Camus :

l’héritage des parents et l’enseignement des maîtres - Louis Germain et Jean Grenier 

 

_________________________
 

La réécoute et le podcast de cette conférence « gratuite » ne sont plus disponibles. La diffusion de 15 jours, ce n’était qu’une simple promotion commerciale? Vous êtes «libres» d’y consentir et acheter le produit vendu en coffrets, ou ne pas y céder en tant que consciences réfractaires. :~)   

Je vous propose également de consulter ma note en bas du synopsis, l’article « Tout ce qui n’est pas donné est perdu », ainsi que lire et écouter le propos de Michel Onfray sur la consommation éthique (à partir de la 46ème minute).


 

 

SYNOPSIS

L’exercice d’une psychanalyse existentielle non freudienne :


conf 2012 albert-camus jeune 2

1/. FILS D’UN PERE PERDU

a) Second fils

b) Albert Camus est né le 7 novembre 1913 à Mondovi (Algérie)  · Arrière-grand-père paternel venu de Bordeaux depuis 1830  · Grand-père maternel natif d’Alger en 1850

c) Père ouvrier agricole dans une ferme viticole :  · Il meurt à 29 ans en septembre 1914 après 10 mois de mobilisation  · Camus a 11 mois, son frère 4 ans.

d) Sa mère, sans emploi, devient femme de ménage  · Ne sait pas lire, mutique  · La famille s’installe chez la grand-mère violente

e) Orphelin, pupille de la nation.

 

 

conf 2012 camus LouisGermain2/. FILS D’UN PERE CHOISI

a) Louis Germain  · Anticlérical, républicain, laïc, mais pas prosélyte  · Lecture une fois par trimestre : Les croix de Bois de Dorgelès

b) 45 ans plus tard, Camus lui rend visite  · Mr Germain s’était engagé contre Hitler  · Veuf, vit avec un canari en cage  · L’appelle toujours « Petit »

c) Lui offre le livre : « Tu as pleuré le dernier jour, tu te souviens ? Depuis ce jour ce livre t’appartient » (IV.832).

d) Le concours des bourses :  · « Le lycée vous ouvre toutes les portes. Et j’aime mieux que ce soit des garçons pauvres comme vous qui entrent par ces portes » (IV.838-839).  · Convaincre la grand-mère  · « Ne vous inquiétez pas, il m’a déjà payé »

e) Le jour du concours : « Va mon fils » (IV.841).  · Il fut reçu ; on connaît la suite...

f) Discours de Suède, dédicace à Louis Germain.


3/. FILS D’UN PERE MORT

Père mort. Eclats d’obus envoyés. Rangés dans une boîte à gâteaux.

PREMIÈRE LEÇON : MORT À TOUTE PEINE DE MORT

a) Première leçon « léguée comme seul héritage évident et certain » (IV.789) :  · L’exécution capitale d’un ouvrier agricole ayant massacré ses maîtres et ses trois enfants  · L’un d’entre eux a écrit le nom du criminel avec son sang

conf-2012-Camus-pere-2.jpgb) La thématique de l’exécution capitale hante l’œuvre complète :  1) Révolte dans les Asturies se termine avec le geste de révolte du poing levé d’un homme qu’on va fusiller  2) L’envers et l’endroit, dans la nouvelle « Entre oui et non » : le condamné à mort ne paie pas sa dette, mais on lui tranche le cou  3) L’étranger, Meursault commet un crime qui l’envoie à l’échafaud  4) Caligula, la parole de l’Empereur décide de la vie et de la mort  5) Lettres à un ami allemand, un adolescent est conduit au peloton d’exécution en camion, il s’évade, le curé le rattrape pour qu’il soit tué  6) Dans La Peste, Tarrou raconte une exécution capitale par fusillade  7) Dans Les Justes, l’un des terroristes, Stepan, finit pendu  8) Dans L’Homme révolté :  - La décapitation de Louis XVI  - L’usage de la guillotine par les Révolutionnaires  - Les camps de concentration soviétiques  9) La condamnation à mort par les terroristes algériens dans L’hôte  10) La guillotine de l’Etat français et le couteau de l’égorgeur du FLN renvoyés dos- à-dos dans Actuelles, III  11) L’expérience de son père dans Le Premier homme  12) L’ensemble converge vers les Réflexions sur la guillotine  13) Réflexions annexes sur la mort infligée :  - Le suicide dans Le Mythe de Sisyphe  - Le crime dans Le Malentendu  - L’attentat terroriste dans Les Justes  - L’indifférence à la désespérée qui se jette d’un pont dans La Chute  - Le meurtre dans la nouvelle de L’Exil et le royaume intitulée « Le renégat ou l’esprit confus ».

DEUXIÈME LEÇON : S’EMPÊCHER L’INHUMAIN

a) Père Zouave au Maroc à 20 ans en 1905  · Relève de la garde au clair de lune, découvre les cadavres  · Le père de Camus affirme que ce ne sont pas des hommes  · Son binôme comprend les massacreurs  · Colère du père : « Non, un homme, ça s’empêche – voilà ce qu’est un homme, ou sinon... » (IV.779)  · Ajoute que : orphelin, pauvre, placé dans une institution,  · Faisant la guerre malgré lui, il pourrait, lui aussi...

b) La boussole de « un homme, ça s’empêche » :  · S’empêcher l’inhumain  · Antifascisme des années 30  · Combat antinazi des années 40  · Condamnation :  - Des totalitarismes des années 50  - Du franquisme  - De l’épuration  - De l’exécution de Rebatet & Brasillach  · Refus du terrorisme algérien et de la torture française  · 150 interventions discrètes en faveur de militants du FLN


conf-2012-Camus-mere.jpg4/. LE FILS D’UNE MERE MUTIQUE

a) Première filiation : l’instituteur et le père

b) Deuxième filiation : la mère et le professeur

c) La mère : Catherine Sintès  · Celle qu’il préférera à la justice expéditive sartrienne... 

d) Brune, petite, 2ème d’une famille de 9, originaire d’Espagne  · Toujours en noir · Veuve à 32 ans  · Silencieuse sans qu’on en sache les raisons  · Un peu demeurée de naissance ?  · Méningite mal soignée ?  · Traumatisée à la mort de son mari ?  · Douce, passive, soumise, obéissante  · Fait des ménages  · Pendant la guerre, protection de l’Etat : usine d’armement

e) Un temps amoureuse  · L’amoureux rossé par son frère

f) Quand la grand-mère cravache Albert  · Demande qu’elle ne tape pas sur la tête...

g) Dans L’envers et l’endroit, parle d’une veuve silencieuse  · A quoi tu penses ? « A rien »...  · « Elle était infirme, pensait difficilement » (I.49).

h) Travailleuse  · Donne l’argent à sa mère  · S’abîme dans le néant : fixer une rainure du parquet  · Quand son fils rentre, ne le regarde pas, ne lui parle pas, ne le touche pas.  · Sourde, elle ne l’entend pas  · Camus a pitié d’elle – est-ce l’aimer se demande-t-il ?  · Il se sent « étranger » (I.49).

i) Carnets, 1950 :  · « Près d’eux ce n’est pas la pauvreté, ni le dénuement, ni l’humiliation que j’ai sentis. Pourquoi ne pas le dire : j’ai senti et je sens encore ma noblesse. Devant ma mère, je sens que je suis d’une race noble : celle qui n’envie rien » (IV. 1091).  · Quand il a le Nobel, il pense à sa mère.  · Lorsqu’il travaille à ce qui deviendra son dernier livre, Le Premier homme, il le lui dédicace ainsi : « A toi qui ne pourra jamais lire ce livre » (IV.741).

j) Dans une lettre au poète Jean Amrouche qui a choisi de soutenir la cause du FLN, Camus dit de sa mère : elle « est la plus grande cause que je connaisse au monde » (IV.1309).

k) Quelle cause ?  - Les pauvres, les sans voix, les misérables, les oubliés...  - Les gens tétanisés par les mots  - Les gens qui n’ont pas les mots pour le dire  - Les privés de parole  - Les infirmes qui pensent peu, pas ou mal  - Les exploités qui ne sauront récriminer  - Les damnés de la terre soumis à ceux qui parlent, vocifèrent

l) Cette fidélité au peuple fera de Camus l’ami de Guilloux, Martin du Gard, Char.


conf 2012 camus Jean-Grenier5/. LE FILS ELU D’UN PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE

a) Terminale en 1930  · Tuberculose, ne vient plus au lycée  · Visite de Jean Grenier à Belcourt  · Camus mutique mais touché

b) Grenier corrige ses copies  · Conseille La Douleur d’André de Richaud  · Choc pour lui : l’histoire pourrait être la sienne  - Mort du père  - Intrusion d’un tiers dans le couple  - Regard des autres sur cette histoire d’amour  - Résolution des conflits dans le drame

c) Grenier lui fait découvrir : Chestov, Nietzsche, Pascal, Tolstoï, Dostoïevski

d) Lui prête des disques

e) Lui commande un texte pour Sud  · Ecrit sur Verlaine, Rictus  · Sur Nietzsche, Schopenhauer et la musique  · Sur Bergson :  - L’auteur des Deux sources de la morale et de la religion l’a déçu...  · Camus a 18 ans, avoue être déçu... et passe son bac en 1932.

f) Grenier publie Les îles (1933) : coup de foudre  · Préface en 1959 (ne verra pas le texte publié)  · Construction d’une légende  · Piété filiale d’un disciple qui a dépassé le maître mais dit sa dette  · Gide, Les nourritures terrestres :  - Il enseigne ce que savaient déjà les adolescents qui aiment le soleil, la vie, la mer  · Grenier ajoute une dimension philosophique :  - Le spectacle du monde est ravissement  - La beauté ravit l’âme et saisit le corps  - La méditerranée : une eau païenne lustrale  · Mais la vie est courte, il faut en profiter  · Nous allons mourir ; profitons de la beauté du monde  · D’où un éloge des « instants du oui » (I.622) :  - Donner pleinement son assentiment au monde, au soleil, à la lumière, à la mer, au cosmos  · Première leçon nietzschéenne  · Ce livre le décide à écrire  · Rencontre auprès de la poste :  - Orphelin, fils de pauvre, boursier, mère illettrée, grand-mère violente  - Peut-il écrire ? oui dit Grenier  · Gratitude que Camus aura toujours


6/. LE FILS SILENCIEUX SUR LA LEGENDE

a) Il y a une légende  · Mais la relation pose problème

b) 1935, Grenier a publié des textes anti-marxistes  · Lucide sur l’URSS  · Démonte le rôle néfaste de Hegel  · Dénonce l’usage de la dialectique  · Montre le caractère religieux du marxisme  · Mais lui conseille d’adhérer au marxisme

c) D’autant que Jean Grenier travaille sur Sextus Empiricus  · La philosophie orientale, le taoïsme

d) Grand écart entre l’estrade du professeur et la pratique du philosophe...  · Premier accroc : Camus s’est senti trompé

e) Grenier, philosophe du non-agir, a vécu une Occupation active  · Cf. son journal « Sous l’occupation »  - Aime Maurras  - Rencontre le gratin des philosophes, fait le compte des juifs  - Peste contre les francs-maçons  - Rencontre Drieu La Rochelle et n’exclut pas d’écrire dans sa NRF  - Devient chroniqueur à Comoedia : un texte par mois de 42 à 44  - Pense que Pétain résiste aux allemands  - Distingue le Maréchal de son entourage  - Si Pétain ne gouvernait pas, ce serait pire  - A la Libération, achète fort cher un drapeau français, accueille les libérateurs

f) A la Libération, Camus lui propose une rubrique « théâtre » dans Combat  · Refuse : ne veut pas sortir le soir  · Puis : pas été le Résistant qui justifierait qu’il en soit  · Camus propose l’art – il accepte  · Sortir le soir lui posait plus de problème que de n’avoir pas été résistant...

g) Grenier était jaloux, envieux du succès de Camus  · Son « Journal » témoigne...

h) Carnets de Camus, 1949 :  · « Parlant d’un maître (Grenier ?) : ‘Rencontrer cet homme aura été un grand bonheur. Le suivre aurait été mauvais, ne jamais l’abandonner sera bien’ » (IV.1057).

i) Ne l’abandonnera pas :  - Dédicace L’envers et l’endroit  - Puis la nouvelle « Le désert » dans Noces  · Mais pas de trace de Grenier dans Le premier homme  · Quand il dédicace son Discours de Suède, c’est à Louis Germain...


7/. CONCLUSION

1. De Lucien Camus :  a. L’exigence d’humanité : rester digne  b. Ne jamais légitimer la mort infligée : guerre, torture, terrorisme, les camps...  c. Les réflexions sur la guillotine lui reviennent

2. De Catherine Sintès :  a. L’empathie pour les pauvres, les oubliés de l’histoire, les victimes des puissants  b. Les trois volumes d’Actuelles lui reviennent

3. De Louis Germain :  a. La passion pour les livres et la culture pour comprendre le monde  b. Le savoir que la connaissance libère,  c. Le savoir émancipe  d. Le premier homme lui revient

4. De Jean Grenier :  a. Le goût de la Méditerranée   b. L’esprit libre  c. Le salut par l’écriture  d. Noces doit aux Iles  e. L’homme révolté à L’essai sur l’esprit d’orthodoxie


BIBLIOGRAPHIE

  •  Albert Camus, Le premier homme, Gallimard
  • Jean Grenier, Les îles, Gallimard
  • Jean Grenier, Essai sur l'esprit d'orthodoxie, Idées Gallimard
  • Jean Grenier, Albert Camus, Gallimard
  • Jean Grenier/Albert Camus, Correspondance, Gallimard
  • Jean Grenier, Journal, Seghers
  • Jean Grenier, Sous l'occupation, éditions Claire Paulhan
  • Toby Garfitt, Jean Grenier. Un écrivain et un maître, La part commune

_________________

 

Voir : Le résumé du cycle de vingt-cinq conférences, l’été 2012 

 


 

Chers internautes,


L’année dernière, nous étions fidèles au poste, et chaque jour pendant un mois, nous donnions bénévolement de notre temps et de notre énergie pour mettre à votre disposition sur ces pages : un lien vers France Culture, un podcast et un synopsis du cours. Cette année, j’ai décidé de renouveler l’expérience espérant tenir la cadence (mes « coéquipiers » sont les bienvenus pour prendre la relève).  

Pourquoi? Parce que ces conférences sont toujours passionnantes, contrairement à certaines interventions médiatiques de Michel Onfray, et j’aimerais qu’elles puissent être écoutées par toute personne susceptible de s’y intéresser, sans restriction aucune. Et enfin, je le fais pour remercier chaleureusement monsieur Patrick Frémeaux, grâce à qui je suis devenue un peu plus lucide.

 

Michel Onfray n’oublie jamais de souligner, lors de chacune de ses interventions, que ses cours à l’Up de Caen sont gratuits et accessibles à tous. Et c’est vrai. Ceux qui assistent aux séminaires en direct, au théâtre d’Hérouville-Saint-Clair chaque lundi, ne payent pas de billets d’entrée, bien évidemment. Ces cours sont ensuite diffusés gratuitement sur France Culture au mois d’août, l’auditoire devient encore plus large, et c’est tant mieux. 

Mais la gratuité et le bénévolat s’arrêtent là, et les enjeux financiers commencent. Jusqu’à l’année dernière, les conférences étaient disponibles pour les retardataires pendant six mois sur le site de l’émission de France Culture. A partir de cette année, « pour des raisons de droits de diffusion et d’utilisation des enregistrements de ces conférences, chaque numéro […] sera podcastable et réécoutable uniquement pendant 15 jours ». Après, ces conférences seront vendues en coffrets d’une valeur d’environ 80 euros chacun par l’éditeur phonographique de Michel Onfray. 

 

Jusqu’à l’année dernière, j’étais l’une de ces personnes qui achetaient les conférences « gratuites ». C’est moi, vous, c’est nous qui engendrons les bénéfices des ventes. Nous finançons qui, quoi?

Peut-être grâce à cet argent, les subventions publiques allouées à l’université populaire - subventions parfaitement légitimes et nécessaires bien évidement, mais insuffisantes, subventions fragiles que la folle et avide secte freudienne a voulu faire disparaître il y a deux ans - ont été augmentées et ont permis d’élargir les activités éducatives et culturelles de l’Up, stimulantes pour toute la région, suivies au niveaux national et international ; je l’ose espérer… 

Peut-être le train de vie de Michel Onfray - confortable et sans soucis financiers, parfaitement mérité - en dépend. C’est possible, mais il me semble que le philosophe est plutôt à l’abri du besoin, et d‘autre part, l’argent n’est absolument pas sa motivation première, c’est un homme passionné par son travail, son rapport à l’argent est très sain, il le répète souvent et je ne doute pas de sa sincérité : l’argent est là, c‘est très bien, il n’est pas là, c‘est très bien aussi. 

 

Que finançons-nous donc en achetant les fameux coffrets et qui tient à ces « droits de diffusion « au point de modifier la durée des podcasts et de la réécoute d’une émission sur France Culture? Je n’en sais rien.

S’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que les gens qui achètent ces coffrets ne sont pas forcement les plus aisés, au contraire,  parfois cet achat « superflu » représente un effort budgétaire conséquent. Je sais également que des conférences vraiment gratuites existent, si vous vous en souvenez, Constance avait déjà parlé du Pharmakon de Bernard Stiegler dans l’un de ses commentaires. J’aimais bien aussi la position du philosophe voyou Olivier Saint-Vincent concernant ses propres diffusions, qu’il avait exprimée dans un courriel, mais je ne peux pas tout répéter. :~) 

Et si vous utilisiez votre esprit critique envers tout le monde sans exception comme nous l’apprend si bien Michel Onfray… Vous pouvez donc vous abonner aux podcasts des conférences sur le site de France Culture (j’ai inséré le lien dans le titre de la conférence), les enregistrer tout à fait légalement et conserver dans vos documents dans votre ordi, transférer sur la clé USB, graver… Vous pouvez ensuite les prêter à des amis, envoyer  par courriel… Se débrouiller, s’entraider, créer des micro-résistances… Ça vous dit quelque chose? … 

Vous pouvez également les acheter, si vous en avez toujours envie. 

Bonne écoute!

Ewa  - anarchiste anonyme, en association avec l’arrière-grand-père Démocrite, des pervers hérétiques freudiens et des consciences réfractaires

 

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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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