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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 11:41

 

Du 23 juillet au 24 août 2012, France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2011-2012 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 10e année,

Les consciences réfractaires : 

 Georges Politzer, Paul Nizan, Albert Camus et Simone de Beauvoir

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9/ LA PHILOSOPHIE DES CHIENS DE GARDE - 02.08.2012 

 

Paul Nizan 

 - contre la philosophie idéaliste, bourgeoise de Bergson dans « Les chiens de garde »

- pour la philosophie existentialiste, matérialiste d’Épicure dans « Les matérialistes de l’antiquité »

 

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La réécoute et le podcast de cette conférence « gratuite » ne sont plus disponibles. La diffusion de 15 jours, ce n’était qu’une simple promotion commerciale? Vous êtes «libres» d’y consentir et acheter le produit vendu en coffrets, ou ne pas y céder en tant que consciences réfractaires. :~) 

Je vous propose également de consulter ma note en bas du synopsis, l’article « Tout ce qui n’est pas donné est perdu », ainsi que lire et écouter le propos de Michel Onfray sur la consommation éthique (à partir de la 46ème minute).


 

 

SYNOPSIS


conf 2012 nizan cigarette

1/. LA SOTÉRIOLOGIE D’UN MARXISTE

a) Avant l’URSS : Les chiens de garde (1932) : 27 ans  · Dénonciation d’une certaine philosophie  · Contre l’idéalisme bourgeois, spiritualiste, bergsonien, néo-kantien  · Contre une philosophie théorétique et non existentielle

b) Après l’URSS : Les matérialistes de l’antiquité (1936) : 31 ans.  · Antidote philosophique  · Eloge d’Epicure et des épicuriens  · Souci de bien vivre et bien mourir

c) Ce que Marx n’offre pas, Nizan le donne : une sotériologie

 

 

conf 2012 nizan chiens de garde dessin 22/. « LES CHIENS DE GARDE »

a) Notes programme sur la philosophie, Bifur, décembre 1930 : 25 ans  · « Je dis simplement qu’il y a une philosophie des oppresseurs et une philosophie des opprimés »  · Fait entrer la lutte des classes dans la philosophie.

b) Sur l’humanisme (1935) :  · « Le temps revient de dire non pas les paroles de Platon, de Kant, mais celles d’Epicure : "La chair crie pour être sauvée de la faim, de la soif et du froid" ».

c) Les chiens de garde :  · Un coup de feu dans le monde (faussement) policé de la philosophie.

d) Adresse aux apprentis philosophes :  · On leur sert un vieux vin dans des outres neuves.

e) Les profs entretiennent leurs étudiants dans le mythe de la cléricature  · Croient au pouvoir des idées  · La philosophie n’existe pas  · Il n’existe que des philosophes avec leurs intérêts de classe.

f) La philo peut servir toutes les causes  · L’asservissement & la libération.

 

3/. UNE PHILOSOPHIE CONCRETE

a) Contre la philosophie sans le corps des philosophes  · Sans inscription historique  · Les historiens de la philosophie ne sont pas des philosophes  · La trivialité du monde est tenue à distance du Normalien.

b) Eloge des grecs, de leur souci de la sagesse pratique  · Le public n’est pas l’agrégatif mais « le passant »  · « La philosophie d’Epicure garde un ton quotidien dont nous avons perdu le secret »  · Nizan réclame « une véritable démocratie philosophique » avec la déconstruction épicurienne

c) La philo procède de conditions historiques à mettre à jour  · La vérité d’une pensée n’est pas dans la pensée  · Mais dans ce qui la rend possible en dehors d’elle et lui donne sens

d) Une idée ne tombe pas du ciel pour répondre à un questionnement idéal  · Elle est résolution concrète d’un problème existentiel tangible.

e) La philo institutionnelle ?  · « Un ouvrage de dames, une broderie de vieille fille stérile » (31)

 

4/. LES DEUX PHILOSOPHIES

a) Il existe deux types de philosophie :  · L’une se propose la connaissance du monde  - Elle prolonge et commente la science  · L’autre se soucie de l’existence des hommes  - Elle traite leurs problèmes concrets

b) La philo a beaucoup promis, peu tenu  · Ainsi la Guerre 14-18, soutenue par les philosophes officiels

c) La philo devra se soucier des véritables problèmes du temps :  · L’exploitation dans les usines  · Les saignées de la guerre  · L’avortement  · La honte coloniale  · Le suicide  · La question sociale  · Le chômage.

d) « Lorsque Démétrios assiégeait Athènes, Epicure marchait au milieu des Athéniens. Épicure prenait parti » (38)  · Démétrios de Phalère, un élève des aristotéliciens.

 

5/. ORGANISER LA DISPARITION DU RÉEL

A./ Satisfaits/Insatisfaits :

a) Les philosophes qui collaborent : des « satisfaits »  · Se contentent du monde comme il est  · Souhaitent ne pas le changer  · Les universitaires, les institutionnels, les profs à l’ENS  · Les libéraux qui défendent le capitalisme  · Leibniz, Brunschvicg, Bergson.

b) Les philosophes qui résistent : « insatisfaits »  · En veulent un autre  · Les penseurs rebelles, rétifs, révolutionnaires  · Les consciences réfractaires  · Epicure, Spinoza, Rousseau, Marx.

B./ Les objets philosophiques :

· Les penseurs bourgeois croient qu’il existe des objets philosophiques précis.  · Parlent de :  - Progrès dans l’Histoire  - De mouvements de la Raison  - D’incarnation de la raison dans l’Histoire  - De liberté abstraite  · Obscurcissent le monde avec une scolastique abstraite  · Contrairement aux usages marxistes  · Nizan fait de Hegel le penseur emblématique de la bourgeoisie  · Ne le cite pas, mais cite ses épigones français : Brunschvicg, Cousin.

C./ Exemple de façon de congédier le réel par le concept :

· La guerre, une Idée justifiable d’un point de vue éthique :  « La guerre ne fut point cette série de combats, d’incendies, cet entassement de morts répugnantes, de jours d’ennui et d’assassinats, ces vagues de gaz, ces couteaux des nettoyeurs de tranchées, cette vermine et cette crasse humaines que les combattants connurent, mais la lutte du droit contre la Force, mais la bataille de Descartes contre Machiavel, de M. Bergson contre la machine allemande. Non point un jeu sanglant au profit des fabricants d’armes mais une croisade philosophique, une bataille d’esprits » (63-64).

· Le concret, pulvérisé par la raison pure, devient un objet philosophique légitime.

· Même traitement pour la misère, l’exploitation, le colonialisme  - La vie disparaît, recouverte par l’Idée de Vie.  - Le jury d’agrégation n’interroge jamais sur le monde  - Mais sur l’idée du monde

 

6/. LA CONSTRUCTION DU POUVOIR DES CLERCS

a) La bourgeoisie salarie les philosophes qui argumentent en faveur de qui les appointe.  · Elle maintient cette aristocratie qui la légitime par :  - Le verrouillage des conditions d’accès à la philosophie - Sélection des individus issus du bon milieu social  - Etudes longues, donc coûteuses – loisirs et argent familial  - Multiplication des labyrinthes intellectuels.

b) Une fois parvenue au pouvoir :  · Cette élite active « une philosophie bourgeoise exotérique, qui est tournée vers le dehors, qui exprime en quelques formules réduites ce qu’on doit savoir de la Philosophie ».  · Celle-ci est une simplification de celle qu’elle se réserve, elle « est comme une image d’Epinal de la première, comme une simplification à l’usage de ces déshérités de l’intelligence qui forment ce que la bourgeoisie appelle le Peuple » (79).

c) Un catéchisme est produit à l’usage du peuple auquel on l’enseigne  · L’élite assène ses conclusions en assurant inutiles les démonstrations  · Sous prétexte d’un degré de complexité trop élevé.

d) Le mécanisme de la reproduction :  · L’Inspecteur général formule des pensées reprises par un corps enseignant soucieux de son avancement  · Au sommet de la hiérarchie universitaire : (i) Des professeurs assimilables à des « gardes mobiles » (93) rédigent des manuels  · La morale laïque devient le catéchisme républicain idéaliste, spiritualiste : 1. On défend l’ordre bourgeois  2. Respecter la patrie  3. Justifier la collaboration de classe  4. Culte du drapeau  5. Valeurs de la démocratie bourgeoise  6. Défendre l’ordre social.

e) La bourgeoisie livre au Peuple les vérités qu’elle lui fait ingurgiter  · Elle dit à l’homme du commun ce qu’il faut croire.

 

7/. CONTRE « LA VIE MUTILÉE »

a) Cette philosophie ne convient pas au prolétariat  · Adorno, Minima moralia. Réflexions sur la vie mutilée - notes entre 1944 et 1947  · Nizan utilise « vie mutilée » (81) pour caractériser l’existence malheureuse des ouvriers, manœuvres, gens à la chaîne, employés, chômeurs, et autres individus dévorés par les machines  · Hommes interdits de jouissance, privés de bonheur  · Pressurisés, abîmés par le Léviathan industriel  · Impossible de trouver secours dans la philosophie institutionnelle.

b) Cette philosophie-là « sert à détourner les exploités de la contemplation périlleuse pour les exploiteurs, de leur dégradation, de leur abaissement. Elle a pour mission de faire accepter un ordre en le rendant aimable, en lui conférant la noblesse, en lui apportant des justifications. Elle mystifie les victimes du régime bourgeois, tous les hommes qui pourraient s’élever contre lui. Elle les dirige sur des voies de garage où la révolte s’éteindra. Elle sert la classe sociale qui est la cause de toutes les dégradations présentes, la classe même dont les philosophes font partie. Elle a enfin pour fonction de rendre claires, d’affermir et de propager les vérités partielles engendrées par la bourgeoisie et utiles à son pouvoir » (83).  · Philosophie de chiens de garde, donc.

c) Nizan veut une philosophie utile aux plus modestes des hommes  · En finir avec la philosophie d’Etat – comme il y a pouvoir, justice, police d’Etat  · La cléricature laïque a remplacé l’Eglise d’hier :  · La philosophie de la bourgeoisie capitaliste assure la propagande spirituelle de l’Etat.

 

8/. CONTRE LA CRISE

a) Nizan diagnostique une crise en... 1932 :  · Augmentation du chômage  · Accroissement de la pauvreté  · Généralisation de la misère  · Répression des manifestations dans la violence  · Effondrement des banques  · Montée des périls  · Menace de guerre.

b) Dans cette configuration, la révolution russe est un espoir  · Silence des intellectuels sur cette révolution

c) Pour comprendre ce silence, Nizan propose une... contre-histoire :  · « Il faudrait constituer patiemment une anti-histoire de la philosophie » (110) !

 

9/. LES DEUX AVENIRS DE LA PHILOSOPHIE

a) L’une inscrira le fascisme dans son essence,

b) L’autre se recroquevillera sur des sagesses pratiques bourgeoises

c) Nizan propose une « nouvelle philosophie » (114) :  · Un ralliement à la pensée de Marx & Lénine :  - « Le type vers lequel tend le philosophe des exploités est celui du révolutionnaire professionnel décrit par Lénine »  · Il s’oppose « au clerc contemplatif établi par la pensée bourgeoise »

d) « Embrasser le parti terrestre des hommes » (120) au service des ouvriers.  · Etre l’homme d’un parti  · Plutôt l’assemblée syndicale que les Décades de Pontigny

e) Viser la pratique et l’action  · Dénoncer l’aliénation, l’exploitation  · Élaborer « patiemment les techniques de la libération »

f) Nizan le fait concrètement : vie de militant  · Thorez lui demande de travailler à séduire les Chrétiens en mai-juin 1935  · Rencontre Mounier, directeur d’Esprit  · Donne des conférences chez les dominicains  · Ecrit dans L’Humanité du 3 avril 1937 :  · Certains croient au ciel dans le ciel, d’autres au ciel sur terre  · Un compagnonnage est possible  · Célèbre « la collaboration de certains curés de banlieue avec des maires communistes »

 

10/. UN BOLCHEVISME EPICURIEN

a) 1936 : Les matérialistes de l’antiquité, Editions sociales internationales  · 6 000 exemplaires vendus  · Biographie plus anthologie  · Réserves sur Démocrite : prisonnier de la métaphysique de Parménide  · Critique feutrée de Lénine

conf 2012 nizan les materialistes de l'antiquitéb) Comment être communiste et épicurien ?

c) Silence sur ce livre :  · DES sur « Fonction du Meaning : mots, images et schèmes » (mention bien)

d) Epicure inscrit dans son histoire : Conditions historiques, sociologiques, économiques, politiques : 1. Pauvreté du milieu familial  2. Vie sur une ferme coloniale  3. Condition de réfugié de ses parents  4. Père maître d’école  5. Misère des siens  6. Aide qu’il apporte à sa famille  7. Implication dans la politique, puis retrait  8. Création du Jardin grâce à Léontéus et Idoménée  9. Voyages  10.Maladie, mort à 72 ans.

e) Nizan décrit l’époque... en 1936 :  · Effondrement d’une civilisation  · Preuves de cette décadence :  - Paupérisation,  - Colonialisme,  - Désordre et angoisse,  - Emeutes,  - Changements de gouvernants,  - Guerres entre les partis qui s’arrachent le pouvoir,  - Sièges à répétition de la ville,  - Insurrections noyées dans le sang,  - Suppression des allocations destinées aux gens modestes qui siègent aux séances de tribunal et à l’assemblée,  - Abolition de la démocratie,  - Timocratie et état censitaire,  - Législation en faveur des riches,  - Augmentation du prolétariat,  - Concurrence généralisée,  - Travail des esclaves,  - Chômage,  - Arrêt des chantiers publics,  - Arrêt du versement du traitement des fonctionnaires,  - Exportation de chômeurs devenus mercenaires,  - Développement d’un capitalisme de crédit,  - Nouveaux riches et nouvelles fortunes,  - Disparition des classes moyennes, des artisans, des petits propriétaires, des marchands,  - Débauches, prostitution organisée,  - Transformation en déesses des femmes avec qui le tyran Démétrios a couché,  - Dictatures,  - Violence politique,  - Rêve de socialisme ou de communisme utopique...  - « Le sang, les incendies, les meurtres, les pillages : monde d’Epicure » (8).

 

11/. PLATON OU EPICURE ?

a) Nizan : Platon : « Une sorte de grand Joseph de Maistre païen »  · Platon : aristocrate, élitiste,  · Enseignement ésotérique pour les gouvernants  · Monarchie d’un seul  · Philosophe oppresseur du peuple

b) 40 ans plus tard :  · Le jardin, anti-République de Platon  · Epicure accueille femmes et enfants  · Jeunes et vieux  · Esclaves et métèques · Salut personnel et non de la communauté  · Personne ne croit plus à justice, vertu, progrès, droit  · Nizan fait de ce moment un grand tournant et un repli dans la philosophie grecque  · La sagesse matérialiste d’Epicure passe par le corps  · Elle enseigne « le secret de ne pas mourir désespéré »  · Le matérialisme antique sauve là où le matérialisme dialectique ne sauve pas ?

 

12/. EPICURE MACHINE DE GUERRE ANTISOVIÉTIQUE

a) Contre la puissance de la logique (hégélienne)  · La puissance de la philosophie morale et pratique :  « Il y a la pensée qui guérit et celle qui ne guérit pas » (15)

b) Le matérialisme antique : un genre de Retour de l’URSS  · Pour un communisme français, épicurien  · Contre un communisme soviétique démocritéen

c) Nizan : on peut demander des comptes aux philosophes  · A Marx & Lénine impuissants sur le terrain existentiel ?  · Portrait d’Epicure en autoportrait :  « Epicure n’était pas distingué, il ne respectait pas les professeurs, il se moquait des règles du jeu, il nommait Nausiphane mollusque, illettré, tricheur, catin ; les platoniciens, il les traitait de flatteurs de Dionysos et Platon lui-même de « Tout-enOr ». Ils étaient vides, ils apportaient une vaine culture quand on voulait une science qui délivrât. Il fallait être fier d’être pur de leur faux savoir : la vie ne demande pas des idéologies vides, mais seulement la vie » (16).

 

13/. UNE POLITIQUE DE L’AMITIÉ

a) Epicure : ne pas faire de politique, sauvegarder son ataraxie  · Pas de mariage, pas de vote, pas de charges, pas de représentations  · Vivre pour soi en évacuant les troubles

b) On supprime les maîtres, mais on en installe d’autres

c) Sous couvert de Grèce :  « Les rêves de communisme ou de socialisme comportaient toujours le maintien de l’esclavage » (18).

d) Position d’Epicure : « moins antisociale qu’asociale » (19).  · Souci éthique du philosophe : éviter la peur de la mort

e) Epicure propose un naturalisme intégral :  · Les dieux sont matériels et insoucieux de ce qui advient aux hommes  · Il n’existe que des atomes en pluie dans le vide  · La connaissance passe par la sensation  · La science abolit les mythes  · L’âme matérielle se décompose après la mort  · Le bonheur est simple :  - Il ne passe ni par l’argent, ni par les honneurs, ni par le pouvoir,  - Mais par la maîtrise de soi qui suppose le bon usage de son corps et une savante arithmétique des désirs  - N’obéir qu’aux désirs naturels et nécessaires  - « Une sagesse matérialiste aujourd’hui ne serait pas fort différente par ses principes de celle d’Epicure » (33) écrit Nizan.

f) Dans Sur l’humanisme, Europe, (1933) :  « Il viendra un temps où les hommes pourront accepter leur destin. Leur vie ne sera qu’une profonde adhésion. Ils parleront peut-être d’un humanisme de la joie. Mais nous, aujourd’hui, nous ne parlons encore que d’un humanisme limité parce qu’il refuse le monde et comporte la haine, où la seule valeur qui annonce notre avenir est la fraternité volontaire des hommes engagés à changer la vie » (Brochier, 231).  · Accepter le destin,  · Créer les occasions de la joie,  · Viser la profonde adhésion : le communisme selon Nizan.

g) L’homme est né pour la joie  · La communauté la rend possible  · Refus de la grande politique chez Epicure  · Mais éloge de la petite politique  · Une communauté d’amis qui constitue « l’amorce d’un nouvel ordre humain »

 

14/. CONCLUSION

a) L’épicurisme a été un ferment révolutionnaire au travers des âges  · Contre le christianisme hier  · Contre le marxisme-léninisme aujourd’hui ?

b) Dans une note finale  · Nizan écrit sur l’usage d’Epicure dans l’Italie fasciste  · « Epicure n’a pas fini d’être regardé comme un libérateur » (44)


BIBLIOGRAPHIE

  • Paul Nizan, Les chiens de garde, Maspéro
  • Paul Nizan, Les matérialistes de l'antiquité,
  • Epicure, Lettres et maximes, puf
  • Annie Cohen Solal, Paul Nizan communiste impossible, Grasset
  • Francine Markovits, Marx dans le jardin d'Epicure, Minuit

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Voir : Le résumé du cycle de vingt-cinq conférences, l’été 2012 

 


 

Chers internautes,


L’année dernière, nous étions fidèles au poste, et chaque jour pendant un mois, nous donnions bénévolement de notre temps et de notre énergie pour mettre à votre disposition sur ces pages : un lien vers France Culture, un podcast et un synopsis du cours. Cette année, j’ai décidé de renouveler l’expérience espérant tenir la cadence (mes « coéquipiers » sont les bienvenus pour prendre la relève).  

Pourquoi? Parce que ces conférences sont toujours passionnantes, contrairement à certaines interventions médiatiques de Michel Onfray, et j’aimerais qu’elles puissent être écoutées par toute personne susceptible de s’y intéresser, sans restriction aucune. Et enfin, je le fais pour remercier chaleureusement monsieur Patrick Frémeaux, grâce à qui je suis devenue un peu plus lucide.

 

Michel Onfray n’oublie jamais de souligner, lors de chacune de ses interventions, que ses cours à l’Up de Caen sont gratuits et accessibles à tous. Et c’est vrai. Ceux qui assistent aux séminaires en direct, au théâtre d’Hérouville-Saint-Clair chaque lundi, ne payent pas de billets d’entrée, bien évidemment. Ces cours sont ensuite diffusés gratuitement sur France Culture au mois d’août, l’auditoire devient encore plus large, et c’est tant mieux. 

Mais la gratuité et le bénévolat s’arrêtent là, et les enjeux financiers commencent. Jusqu’à l’année dernière, les conférences étaient disponibles pour les retardataires pendant six mois sur le site de l’émission de France Culture. A partir de cette année, « pour des raisons de droits de diffusion et d’utilisation des enregistrements de ces conférences, chaque numéro […] sera podcastable et réécoutable uniquement pendant 15 jours ». Après, ces conférences seront vendues en coffrets d’une valeur d’environ 80 euros chacun par l’éditeur phonographique de Michel Onfray. 

 

Jusqu’à l’année dernière, j’étais l’une de ces personnes qui achetaient les conférences « gratuites ». C’est moi, vous, c’est nous qui engendrons les bénéfices des ventes. Nous finançons qui, quoi?

Peut-être grâce à cet argent, les subventions publiques allouées à l’université populaire - subventions parfaitement légitimes et nécessaires bien évidement, mais insuffisantes, subventions fragiles que la folle et avide secte freudienne a voulu faire disparaître il y a deux ans - ont été augmentées et ont permis d’élargir les activités éducatives et culturelles de l’Up, stimulantes pour toute la région, suivies au niveaux national et international ; je l’ose espérer… 

Peut-être le train de vie de Michel Onfray - confortable et sans soucis financiers, parfaitement mérité - en dépend. C’est possible, mais il me semble que le philosophe est plutôt à l’abri du besoin, et d‘autre part, l’argent n’est absolument pas sa motivation première, c’est un homme passionné par son travail, son rapport à l’argent est très sain, il le répète souvent et je ne doute pas de sa sincérité : l’argent est là, c‘est très bien, il n’est pas là, c‘est très bien aussi. 

 

Que finançons-nous donc en achetant les fameux coffrets et qui tient à ces « droits de diffusion « au point de modifier la durée des podcasts et de la réécoute d’une émission sur France Culture? Je n’en sais rien.

S’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que les gens qui achètent ces coffrets ne sont pas forcement les plus aisés, au contraire,  parfois cet achat « superflu » représente un effort budgétaire conséquent. Je sais également que des conférences vraiment gratuites existent, si vous vous en souvenez, Constance avait déjà parlé du Pharmakon de Bernard Stiegler dans l’un de ses commentaires. J’aimais bien aussi la position du philosophe voyou Olivier Saint-Vincent concernant ses propres diffusions, qu’il avait exprimée dans un courriel, mais je ne peux pas tout répéter. :~) 

Et si vous utilisiez votre esprit critique envers tout le monde sans exception comme nous l’apprend si bien Michel Onfray… Vous pouvez donc vous abonner aux podcasts des conférences sur le site de France Culture (j’ai inséré le lien dans le titre de la conférence), les enregistrer tout à fait légalement et conserver dans vos documents dans votre ordi, transférer sur la clé USB, graver… Vous pouvez ensuite les prêter à des amis, envoyer  par courriel… Se débrouiller, s’entraider, créer des micro-résistances… Ça vous dit quelque chose? … 

Vous pouvez également les acheter, si vous en avez toujours envie. 

Bonne écoute!

Ewa - anarchiste anonyme, en association avec l’arrière-grand-père Démocrite, des pervers hérétiques freudiens et des consciences réfractaires 


1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 18:12

 

      Du 23 juillet au 24 août 2012, France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2011-2012 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 10e année,

Les consciences réfractaires : 

 Georges Politzer, Paul Nizan, Albert Camus et Simone de Beauvoir

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8/ LE PETIT SOLDAT COMMUNISTE - 01.08.2012 

 

Paul Nizan - militant et journaliste communiste engagé.

Le voyage en URSS suivi du silence et la critique du « Retour de l’URSS » de Gide.

 

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La réécoute et le podcast de cette conférence « gratuite » ne sont plus disponibles. La diffusion de 15 jours, ce n’était qu’une simple promotion commerciale? Vous êtes «libres» d’y consentir et acheter le produit vendu en coffrets, ou ne pas y céder en tant que consciences réfractaires. :~) 

Je vous propose également de consulter ma note en bas du synopsis, l’article « Tout ce qui n’est pas donné est perdu », ainsi que lire et écouter le propos de Michel Onfray sur la consommation éthique (à partir de la 46ème minute).


 


SYNOPSIS

A) D’ADEN A BOURG-EN-BRESSE

conf 2012 nizan portraita) août 27. Retour d’Aden :  · Carnets : « Je passe ma révolte sur le plan social »  · Retrouve l’ENS.

b) Fiancé à Londres sous la statue de Peter Pan  · Épouse Rirette en 1927  · Veille du mariage : appendicite, opération différée d’un jour  · Embolie pulmonaire

b’) Prend sa carte au Parti printemps 1927, début ou fin 28 (21 ou 22 ans)

c) Le couple s’installe chez les parents de Rirette  · Nizan passe son DESS

d) Père de famille en 28

e) Prépare l’agrégation, l’obtient en juillet 29

f) Service militaire : secrétaire du colonel à Clignancourt  · Libéré en octobre 1930  · Fait paraître dans Bifur : Notes programmes sur la philosophie  · Sa bio alors : « Philosophe, voyageur et communiste. 25 ans. Prépare un livre sur l’Arabie et des essais contre la philosophie ».  · Conseiller littéraire de Bifur, entre au comité directeur

g) 1930 : père pour la deuxième fois

h) Janvier 31 : Aden Arabie  · Signe un contrat pour : Discours aux jeunes hommes  · Le futur Les chiens de garde

i) Professeur au Lycée de Bourg-en-Bresse.

 

conf 2012 nizan communisteB) LE MILITANT ET LE PERMANENT

a) Petit soldat du PCF :  · Le parti lui demande :  - de lâcher la revue marxiste de Politzer & Co, pas assez orthodoxe - automne 29  - de noyauter Bifur en septembre 30 – s’exécute, mais échoue  - d’écarter Barbusse du Monde en mars 31 dirigé de façon trop libertaire – sans succès  - de se présenter aux législatives :  - Il paie la campagne, milite, tracte, recrute, anime des réunions  - Soutient un comité de grévistes  - Se rend au conseil municipal  - Met sur pied un comité de chômeurs

b) La presse l’insulte « chômeur en gants de chamois »  · Les parents   · L’inspection académique  · On lui interdit le discours de remise des prix  · Muté à Auch  · Récolte moins de 3%

c) Le PC le récompense : il devient permanent 

d) Responsable de la librairie de L’Humanité :  · Classiques du parti  · Textes fondateurs du marxisme-léninisme imprimés en URSS

e) Rirette l’aide aux tâches ménagères.

 

C) LE JOURNALISTE

a) Compte-rendus chaque semaine  · Plus de 800 articles

b) Toute littérature réaliste, soucieuse du peuple, de révolution, de progrès, d’histoire, de dénonciation du capitalisme est bonne.

c) Proust, Céline, Drieu La Rochelle, Malraux, Surréalistes, Giono, Martin du Gard, Gide  · Assassinats : Berl, Richaud, Romains, Lacretelle, Montherlant, Kessel, Maurois, Yourcenar  · Mauriac : « Voilà un homme qui sera sans doute quelques jours de l’Académie des généraux, des ambassadeurs et des penseurs flics » 10 mars 1933

d) Le cas Lacan :  · Ami du couple  · Lacan n’a pas 30 ans  · Chronique De la psychose paranoïaque dans L’Humanité du 10 février 1933  · Rirette vivait dans une maison d’architecte avec œuvres d’art, parle de l’intérieur de Lacan :  · « Le côté vieillot semblait mal cadrer avec la psychanalyse, science toute nouvelle alors en France »  · Lacan « se donnait les allures d’un vieux professeur »  · Selon Nizan : dans les limites de la thèse, on trouve chez Lacan « une influence très certaine et très consciente du matérialisme dialectique » !  · Puis : « Le docteur Lacan n’a pas encore clarifié toutes ses positions théoriques mais il réagit fortement contre les divers idéalismes qui corrompent actuellement toutes les recherches de psychologie et de psychiatrie »  · Ce livre annonce « un combat scientifique important »...  · Nizan n’imagine pas que son ami maurassien évoluera vers la philosophie idéaliste brocardée dans Les chiens de garde  · Ce texte de complaisance fera beaucoup pour faire de Lacan un progressiste dans le milieu intellectuel.

 

D) LE VOYAGE EN URSS

a) Décembre 33 : parution d’Antoine Bloyé, Grasset  · 1 voix au Goncourt – celle de Descaves  · Malraux primé pour La condition humaine

b) Partent en URSS en janvier 1934  · Accueilli par les apparatchiks  · Travaille pour l’édition française de La littérature internationale  · Support de propagande pour rallier les intellectuels  · Prépare le Congrès de l’Union des Ecrivains d’août

c) Avant de partir, en mai 33, dans Russie d’aujourd’hui, l’URSS :  · Seule force vivante du monde  · Grande santé face à la décadence du monde capitaliste  · Réponse socialiste à la barbarie capitaliste  · Millions d’hommes galvanisés par le génie de Marx et Lénine  · « Quiconque ne se range pas aux côtés de l’URSS est contre elle »  · Ne pas défendre la Russie soviétique c’est soutenir le fascisme européen !  · Parle et écrit comme un croyant qui a la foi... Démission de la raison...

d) Voyage dans le pays :   · Leningrad, Asie centrale, Caucase  · Caviar en quantité au petit déjeuner, profusion de nourriture  · Prend du poids dans un pays où règne la famine   · Visite les kolkhozes  · Loges officielles aux spectacles avec militaires et officiels du Parti  · Enfants chaudement habillés de fourrures  · Immeubles qui sortent de terre tous les jours  · Fleurs partout  · Gens heureux  · Magasins avec produits nouveaux  · Discours devant des assemblées choisies  · Portraits de Marx, Lénine   · Textes de propagande  · Wagons de luxe  · Voitures officielles  · Repas gastronomiques

e) Prépare le Congrès de l’Union des écrivains soviétiques  · 16 mai 1934, invite Gide en URSS  · 14 juin 1934 accueille Malraux et sa femme

f) Juillet : parution de Morceaux choisis de Marx en France avec Norbert Guterman et Henri Lefebvre  · Nizan s’est occupé de la partie philosophique  · Document de base, Marx n’étant pas traduit

g) Dans Littérature internationale (N°2-3, 1933), publie Notes sur la littérature soviétique :  · « La littérature soviétique est la littérature la plus stimulée du monde. (...) Sa plénitude est la conséquence de l’édification socialiste. Les vastes exigences culturelles de la classe ouvrière de l’URSS et le désir de servir sa cause est si grand chez les écrivains soviétiques, qu’il n’est pas de précédent comparable dans l’histoire de la littérature mondiale » (Articles littéraires et politiques, 1, 218).   · Auteur soviétique = rouage de la mécanique d’Etat socialiste  · Vante le travail du Comité Central du Parti sur la littérature...  · Liste interminable d’auteurs en phase avec le régime

h) 17 août -1er septembre 1934 : Congrès de l’Union de Ecrivains Soviétiques à Moscou :  · Bloch, Aragon, Triolet, Malraux.

i) Fin septembre : Nizan rentre en France  · N’a écrit aucune ligne critique sur l’URSS...

 

E) GIDE, L’ANTI-NIZAN

a) Voyage au Congo, en revient anticolonialiste  · Juin 1927 : Voyage au Congo.

b) Compagnonnage avec le PC par goût de la justice  · Lit le Capital, les Morceaux choisis,  · Les discours de Staline,  · Les rapports officiels  · Condamne la propriété privée, le capitalisme  · Célèbre la collectivisation et le machinisme  · Dès 1932, défend l’URSS

c) Pas manichéen :  · Reconnaît que le paradis n’est pas réalisé  · Demande qu’on laisse le temps à l’URSS qui a déjà beaucoup fait depuis octobre 17  · L’abolition du tsarisme nécessite des moments de destruction  · L’arrivée de Hitler au pouvoir fait de Staline le premier antifasciste  · 1935, à la Mutualité, Gide parle de la « pureté intérieure » de Staline4

d) Or, dès décembre 1934, Jean Schlumberger lui fait lire un article qui dénonce :  · Les camps  · Les agissements de la Guépéou  · La police politique  · Les mensonges et la propagande

e) Cherche à se renseigner, part sur place le 16 juin 1936

 

F) VOYAGE DE GIDE EN URSS

a) Wagons spéciaux  · Voitures de luxe

b) Suites dans les hôtels  · Personnel à disposition

c) Foules en liesse  · Porté en triomphe  · Cortèges monumentaux

d) Photographes  · Hauts parleurs  · Photos dans les journaux

e) Fleurs, gerbes

f) Visites :  · Kolkhozes, usines, crèches, sanatoriums, universités, parcs,  · Théâtre, cinéma, opéra, musées · Bolchevo, ville d’anciens délinquants  · Rencontre d’écrivains  · N’est pas dupe...

 

G) LE « RETOUR DE L’URSS »

conf 2012 gidea) De retour le 25 août 1936, rédige Retour de l’URSS

b) Ses amis ont été déçus, mais se taisent – Guilloux

c) Dénonce les vices du système :  1. Files d’attente interminables  2. Marchandises rebutantes  3. Laideur des constructions nouvelles  4. Produits de mauvaise qualité  5. Fruits et légumes immangeables  6. Absence de choix  7. Étalages pitoyables  8. Vitrines consternantes  9. Uniformisation dans tous les domaines  10. Disparition de l’art populaire dans les textiles au profit de la standardisation  11. Peu de rendement au travail  12.Mensonges rabâchés par La Pravda  13. Formatage idéologique des Russes dès le plus jeune âge  14.Interdiction de communiquer avec quiconque en dehors des frontières  15.Ignorance de ce qui se passe au-delà du rideau de fer  16. Propagande sur l’Occident présenté comme un enfer  17.Interdiction de toute critique  18.Mépris de l’étranger doublé d’un complexe de supériorité  19.Inégalité des salaires  20. Existence d’une classe bourgeoise marxiste  21. Lutte contre l’avortement  22. Déportation des homosexuels  23.Idéologie familialiste  24.Réhabilitation de l’héritage  25. Embourgeoisement d’une aristocratie de l’argent  26. Grand nombre de pauvres  27. Obséquiosité du personnel avec les gens du régime  28.Culte de la personnalité et prolifération des portraits de Staline  29. Transformation en contre-révolutionnaire de quiconque demande à revenir à l’idéal de la révolution  30. Non pas la dictature du prolétariat mais celle d’un homme  31. Nature fantoche du pouvoir des soviets  32. Suppression de toute opposition  33. Domesticité des artistes  34.Collaboration des écrivains  35.Insulte de formalisme contre quiconque ne souscrit pas au dogme du réalisme socialiste qui est pure propagande  36. Disparition de la liberté de penser.  37. Gide écrit : « La moindre protestation, la moindre critique est passible des pires peines, et du reste aussitôt étouffée. Et je doute qu’en aucun pays aujourd’hui, fut-ce dans l’Allemagne de Hitler, l’esprit soit moins libre, plus courbé, plus craintif (terrorisé), plus vassalisé » (Pléiade, 774)...

d) 150.000 exemplaires vendus  · 9 tirages en une année  · Une quinzaine de traductions

e) Presse de gauche : partialité, trahison  · Presse de droite : applaudit  · Gauche non communiste : approuve  · Trotski salue...  · Les communistes des Amis de l’URSS : « Gide, agent de la Gestapo »

f) Juin 37, réponse aux critiques :  · Retouches à mon retour de l’URSS ou le refus des bâillons.

 

H) « RETOUCHES À MON RETOUR DE L’URSS »

a) Les critiques reprochaient l’approximation,  · Le mouvement d’humeur  · Le dilettantisme  · Un parti pris infondé

b) Cite des articles de presse  · Chiffres, pourcentages, preuves, convoque des faits  · Répond aux insultes, aux injustes  · Mais également aux critiques de bonne foi : cite Nizan

c) Ajoute une nouvelle série d’accusations :  1. Augmentation de l’échec scolaire  2. Progression de l’illettrisme, y compris chez les enseignants  3. Pourcentage considérable des ratages dans la production  4. Absence de versement des salaires des enseignants  5. Interdiction de se déplacer dans l’URSS, l’existence d’un passeport intérieur  6. Impossibilité d’habiter ou de travailler là où on le souhaite  7. Obligation de s’inscrire au parti pour réussir  8. Impossibilité de le quitter sans subir de représailles  9. Délation utilisée comme un moyen d’avancement social  10. Peur des amis, des voisins, des enfants éduqués dès le plus jeune âge à trahir  11. Obligation de moucharder, sous peine d’accusation de complicité  12.Retour du religieux chez le peuple trahi par la bureaucratie  13. Stakhanovisme qui asservit le travailleur plus qu’il ne le libère6  14. Dictature de la bureaucratie sur le prolétariat  15.Impossibilité d’un syndicalisme libre  16. Nomination des délégués par le Parti  17.Bureaucratie constituée d’une armée de médiocre sur lesquels Staline appuie son pouvoir ;  18.Misère du peuple et délires pharaoniques des projets architecturaux de palais des soviets  19. Pauvreté des ouvriers et des paysans  20. Existence de taudis...

d) Gide parle de « ceux que l’on fait disparaître » (836)  · Ou « des déportés par milliers » (id.).  · Puis : « Penser par soi-même, c’est aussitôt devenir contre-révolutionnaire. On est mûr pour la Sibérie » (818).

e) Gide s’en prend aux communistes français :  · « Il est grand temps que le Parti Communiste de France consente à ouvrir les yeux ; grand temps qu’on cesse de lui mentir. Ou, sinon, que le peuple des travailleurs comprenne qu’il est dupé par les communistes, comme ceux-ci le sont aujourd’hui par Moscou » (Souvenirs de voyage, 830).

f) Critique l’usage de la dialectique hégélienne :  « Mais, lorsque je m’indigne, vous m’expliquez (et au nom de Marx encore !) que ce mal certain, indéniable (je ne parle pas seulement des déportations, mais de la misère des ouvriers, de l’insuffisance des salaires ou de leur énormité, des privilèges reconquis, du sournois rétablissement des classes, de la disparition des Soviets, de l’évanouissement progressif de tout ce que 1917 avait conquis), vous m’expliquez savamment que ce mal est nécessaire, que, vous intellectuel et rompu aux arguments (aux arguties) de la dialectique, vous l’acceptez comme provisoire et devant mener à un plus grand bien. Vous, communiste intelligent, vous acceptez de le connaître, ce mal ; mais vous estimez qu’il vaut mieux le cacher à ceux qui, moins intelligents que vous, pourraient s’en indigner peut-être » (837).

g) Retouches à mon retour de l’URSS frise les 50.000 exemplaires  · 2 tirages dans l’année  · En 1937, qui veut savoir peut savoir...  · Le PCF collaborateur de cette nomenklatura bourgeoise soviétique  · Cf. la vie de Thorez…

 

I) NIZAN LECTEUR DE GIDE

a) Nizan dans Vendredi, 29 janvier 1937 :  · « Un esprit non prévenu. Retour de l’URSS par André Gide »  · Evite de discuter l’essentiel, pointe des erreurs factuelles  · Dénonce paralogismes, erreurs de logique, sophismes, fautes rhétoriques...  · Gide écrit que l’URSS est en formation  · Mais la juge comme si elle était finie  · Gide aborde le problème sous l’angle psychologique  · Nizan souhaite que ça le soit sous l’angle politique  · Gide déplore ce qui n’a pas été fait  · Nizan convoque le vieil argument de l’héritage  · Gide se trompe sur la date de création de Bolchevo  · Nizan invalide toute l’analyse  · Gide dénonce une chose  · Nizan dit que la traduction a été mal faite...  · Gide dénonce la pauvreté dans le pays  · Nizan affirme qu’elle est moindre qu’avant  · Gide attaque radicalement le totalitarisme soviétique7  · Nizan prélève une phrase de Gide : « Ceci reste acquis : il n’y a plus en URSS l’exploitation du plus grand nombre pour le profit de quelques-uns. C’est énorme »  · Et conclut : « Mais qui donc en demanda jamais d’avantage, pour commencer ? »

b) Rien sur le totalitarisme, la tyrannie, le stalinisme, le culte de la personnalité, le régime policier  · Le croyant communiste évacue l’histoire qui le gêne au profit d’une légende qui le sécurise...

 

J) LA MORT SOLUBLE DANS LE COMMUNISME ?

a) Nizan côté pile :  · Positif, optimisme, volontariste, militant convaincu  · Communiste ayant la foi  · Croit ce qu’on lui montre plus que le réel  · Renonce au jugement et à la raison  · Intellectuel aux ordres  · Journaliste sans état d’âme

b) Nizan côté face :  · Rirette dans Libres mémoires :  · « Pendant près de trois mois, pas un mot. Pas un regard, pas un geste » (179).  · Elle se demande si ce mutisme est en rapport avec ce qu’il a vu :  - Enfants estropiés  - Pauvres en haillons  - Confidences de tel ou tel

c) Rirette : « Nizan, il en était certain - ou peut-être voulait-il simplement s’en persuader -, allait trouver en URSS une société capable de donner aux hommes de vraies raisons de vivre, celles qui rendent la mort acceptable, naturelle » (180).

d) Le jeune normalien a cru que le communisme résoudrait ses angoisses existentielles  · Le militant vivant en URSS constate que ça n’est pas le cas...

e) Meeting à Rouen avec Sartre & Beauvoir :  · Nizan confesse qu’« il avait effectué une enquête auprès de tous les hommes et toutes les femmes rencontrés et qui croyaient profondément au communisme. Les camarades soviétiques avaient tous répondu que, bien sûr, ils avaient peur de la mort, que face à la mort chacun est toujours seul » (180).

f) Sartre écrivit dans sa préface à Aden Arabie : « Il fit un long voyage en URSS. En partant, il m’avait dit son espoir : Là-bas, peut-être, ces hommes étaient immortels » (45).

g) Simone de Beauvoir, dans La force de l’âge : « Il s’était demandé si la foi socialiste aidait à conjurer la mort. Il l’espérait et il avait longuement interrogé à ce propos les jeunes Soviétiques : ça lui avait porté un coup de savoir que là-bas, comme ici, chacun mourait seul et le savait ».

h) Brice Parain le rencontre après ce voyage  · Nizan lui parle surtout de Heidegger et de la mort...

i) Déçu, on peut comprendre qu’il en ait voulu à l’ENS de l’avoir ainsi formaté  · C’est Epicure qui lui apportera le salut  · Avec le communisme...

 

BIBLIOGRAPHIE

  • Paul Nizan, Articles littéraire et politiques, Joseph K.
  • James Steel, Paul Nizan : un révolutionnaire conformiste ? Presse de la fondation nationale des sciences politiques
  • Youssef Ishaghpour, Paul Nizan. L'intellectuel et le politique entre les deux guerres, La différence
  • Paul Nizan. Intellectuel communiste. Ecrits et correspondance, édition Jean-Jacques Brochier, Maspero
  • Gide, Voyage au Congo, Retour de l'URSS, Retouches au retour de l’URSS, Souvenirs et voyages, Pléiade, Gallimard
  • Annette Wieviorka, Maurice et Jeannette. Biographie du couple Thorez, Fayard

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Voir : Le résumé du cycle de vingt-cinq conférences, l’été 2012 

 



Chers internautes,


L’année dernière, nous étions fidèles au poste, et chaque jour pendant un mois, nous donnions bénévolement de notre temps et de notre énergie pour mettre à votre disposition sur ces pages : un lien vers France Culture, un podcast et un synopsis du cours. Cette année, j’ai décidé de renouveler l’expérience espérant tenir la cadence (mes « coéquipiers » sont les bienvenus pour prendre la relève).  

Pourquoi? Parce que ces conférences sont toujours passionnantes, contrairement à certaines interventions médiatiques de Michel Onfray, et j’aimerais qu’elles puissent être écoutées par toute personne susceptible de s’y intéresser, sans restriction aucune. Et enfin, je le fais pour remercier chaleureusement monsieur Patrick Frémeaux, grâce à qui je suis devenue un peu plus lucide.

 

Michel Onfray n’oublie jamais de souligner, lors de chacune de ses interventions, que ses cours à l’Up de Caen sont gratuits et accessibles à tous. Et c’est vrai. Ceux qui assistent aux séminaires en direct, au théâtre d’Hérouville-Saint-Clair chaque lundi, ne payent pas de billets d’entrée, bien évidemment. Ces cours sont ensuite diffusés gratuitement sur France Culture au mois d’août, l’auditoire devient encore plus large, et c’est tant mieux. 

Mais la gratuité et le bénévolat s’arrêtent là, et les enjeux financiers commencent. Jusqu’à l’année dernière, les conférences étaient disponibles pour les retardataires pendant six mois sur le site de l’émission de France Culture. A partir de cette année, « pour des raisons de droits de diffusion et d’utilisation des enregistrements de ces conférences, chaque numéro […] sera podcastable et réécoutable uniquement pendant 15 jours ». Après, ces conférences seront vendues en coffrets d’une valeur d’environ 80 euros chacun par l’éditeur phonographique de Michel Onfray. 

 

Jusqu’à l’année dernière, j’étais l’une de ces personnes qui achetaient les conférences « gratuites ». C’est moi, vous, c’est nous qui engendrons les bénéfices des ventes. Nous finançons qui, quoi?

Peut-être grâce à cet argent, les subventions publiques allouées à l’université populaire - subventions parfaitement légitimes et nécessaires bien évidement, mais insuffisantes, subventions fragiles que la folle et avide secte freudienne a voulu faire disparaître il y a deux ans - ont été augmentées et ont permis d’élargir les activités éducatives et culturelles de l’Up, stimulantes pour toute la région, suivies au niveaux national et international ; je l’ose espérer… 

Peut-être le train de vie de Michel Onfray - confortable et sans soucis financiers, parfaitement mérité - en dépend. C’est possible, mais il me semble que le philosophe est plutôt à l’abri du besoin, et d‘autre part, l’argent n’est absolument pas sa motivation première, c’est un homme passionné par son travail, son rapport à l’argent est très sain, il le répète souvent et je ne doute pas de sa sincérité : l’argent est là, c‘est très bien, il n’est pas là, c‘est très bien aussi. 

 

Que finançons-nous donc en achetant les fameux coffrets et qui tient à ces « droits de diffusion « au point de modifier la durée des podcasts et de la réécoute d’une émission sur France Culture? Je n’en sais rien.

S’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que les gens qui achètent ces coffrets ne sont pas forcement les plus aisés, au contraire,  parfois cet achat « superflu » représente un effort budgétaire conséquent. Je sais également que des conférences vraiment gratuites existent, si vous vous en souvenez, Constance avait déjà parlé du Pharmakon de Bernard Stiegler dans l’un de ses commentaires. J’aimais bien aussi la position du philosophe voyou Olivier Saint-Vincent concernant ses propres diffusions, qu’il avait exprimée dans un courriel, mais je ne peux pas tout répéter. :~) 

Et si vous utilisiez votre esprit critique envers tout le monde sans exception comme nous l’apprend si bien Michel Onfray… Vous pouvez donc vous abonner aux podcasts des conférences sur le site de France Culture (j’ai inséré le lien dans le titre de la conférence), les enregistrer tout à fait légalement et conserver dans vos documents dans votre ordi, transférer sur la clé USB, graver… Vous pouvez ensuite les prêter à des amis, envoyer  par courriel… Se débrouiller, s’entraider, créer des micro-résistances… Ça vous dit quelque chose? … 

Vous pouvez également les acheter, si vous en avez toujours envie. 

Bonne écoute!

Ewa -  anarchiste anonyme, en association avec l’arrière-grand-père Démocrite, des pervers hérétiques freudiens et des consciences réfractaires  

 

31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 13:48

 

Du 23 juillet au 24 août 2012, France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2011-2012 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 10e année,

Les consciences réfractaires : 

 Georges Politzer, Paul Nizan, Albert Camus et Simone de Beauvoir

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7/ PAUL NIZAN AVEC ET SANS SARTRE- 31.07.2012

Paul Nizan

1. « Sartrisé » - décrit par Sartre comme une figure idéale de communiste pur 

2. « Tel quel » - il passe par les périodes de dandysme, nihilisme, fascisme, communisme, "épicurisme"...

 

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La réécoute et le podcast de cette conférence « gratuite » ne sont plus disponibles. La diffusion de 15 jours, ce n’était qu’une simple promotion commerciale? Vous êtes «libres» d’y consentir et acheter le produit vendu en coffrets, ou ne pas y céder en tant que consciences réfractaires. :~) 

Je vous propose également de consulter ma note en bas du synopsis, l’article « Tout ce qui n’est pas donné est perdu », ainsi que lire et écouter le propos de Michel Onfray sur la consommation éthique (à partir de la 46ème minute).



SYNOPSIS

 

PREMIERE PARTIE : NIZAN SARTRISE 

I/. Un Nizan selon Sartre

conf 2012 nizan sartre rosea) Mars 1960, préface de Sartre à Aden Arabie pour Maspero  · Année de la mort de Camus  · Voyage à Cuba avec pages dithyrambiques  · Critique de la raison dialectique :  - Eloge de la violence malgré le caractère inéluctable de la révolution

b) Cette préface : un autoportrait selon Contat et Rybalka  · Thèse de Merleau-Ponty dans Signes

c) En fait : un texte opportuniste de Sartre  · Nizan sartrisé :  - Même âge, mêmes écoles (Henri IV, ENS), mêmes concours (agrégation)  - Vie de patachon : alcool, femmes, sorties, plaisanteries (préservatifs)  - Révisent la traduction de Psychopathologie générale de Jaspers  - Louchent, mais pas dans la même direction  - Sartre témoin de mariage avec Aron  - « Nitre et Sarzan »

d) Dans cette préface la gauche = « grand cadavre à la renverse »  · Gauche officielle, celle de Guy Mollet qui soutient la guerre conf 2012 sartre nizan 4d’Algérie  · Célèbre la gauche autoritaire,  · Défend Castro qu’il trouve « timide » dans Revolucion

e) En fait Nizan est l’antipode de Sartre :  · Nizan est politiquement engagé très tôt :  - Il meurt à la guerre le 23 mai 1940  · Sartre apolitique jusqu’à l’après-guerre : il fait carrière après-guerre.

f) Nizan otage de Sartre :  · Sartre s’en sert pour créer une figure de communiste pur, idéaliste, romantique  · Condamné par le PCF après sa démission pour cause de Pacte.

g) Contre le PCF et sa position sur l’Algérie :  · Sur Sétif, L’Humanité du 19 mai 1945 :  - « Ce qu’il faut, c’est punir comme ils le méritent les tueurs hitlériens ayant participé aux événements du 8 mai et les chefs pseudo-nationalistes qui ont sciemment essayé de tromper les masses musulmanes, faisant ainsi le jeu des cent seigneurs dans leur tentative de rupture entre les populations algériennes et le peuple de France «  · Toussaint Rouge du 1er novembre 1954 :  - Le 12 mars 1956 : le PCF vote les pouvoirs spéciaux pour mater la rébellion algérienne :  - 455 voix pour dont 146 communistes  - 76 contre, pas un seul communiste

h) Sartre est passé à côté de la Résistance  · Se rattrape avec le schéma :  - Occupation /collaboration / résistance /libération /épuration...

 

II/.Sartre, PCF et guerre d’Algérie

a) En 1956 Sartre est contre l’indépendance de l’Algérie  · Se montre réservé à l’égard du FLN  · Conseille à ses amis des Temps modernes de ne pas soutenir  · Juillet-août 1959 dans « Vérité-Liberté », « Jeunesse et guerre d’Algérie » :  - Sartre : « La gauche française doit être solidaire avec le FLN. Leur sort est d’ailleurs lié. La victoire du FLN sera la victoire de la gauche ».  · Sartre entre en guerre d’Algérie milieu 59 :  - 14 ans après Sétif  - 5 ans après la Toussaint Rouge  - 3 ans avant la fin d’une guerre qui a duré 8 ans.

b) 1960 : année du Manifeste des 121 qui appellent à l’insoumission :  · Blanchot, Duras, Breton, Leiris, Maspero  · PCF et CGT critiquent cet appel.

c) Ligne du PCF = ligne de Moscou :  · 1945 : défense de la répression de Sétif  · 1954 : condamnation des attentats du FLN  · Exclusion des communistes qui soutiennent le FLN  · 1956 : refus de l’indépendance, vote des pouvoirs spéciaux  · 1960 : critique du Manifeste des 121  - Priorité à la lutte contre l’impérialisme américain  - Abolition de la lutte anticolonialiste  - Le PCF soutient l’Algérie française  - Sartre, non.

d) Pour se démarquer du PCF, Sartre fait l’éloge de Nizan

 

III/. Nizan sartrisé

a) Sartre en anti-Nizan :  · Sartre défend le Pacte germano-soviétique – en mai 1971 avec Gerassi :  « Je n’avais pas d’objections contre ça en soi – après tout, à Munich, les puissances occidentales avaient abandonné la Russie »  · Défend cette thèse dans la préface à Aden Arabie...  · Or Nizan démissionne pour cause de Pacte  · Jugement de Sartre :  · « Aujourd’hui, nous connaissons mieux les circonstances, les documents, nous comprenons les motifs de la politique russe : j’incline à penser qu’il fit un coup de tête, qu’il n’eût pas fallu rompre avec ses amis, avec sa vraie vie ; s’il eût vécu, je me dis que la Résistance l’eût ramené, comme tant d’autres, dans le rang » (48).

b) Sartre passe à côté de la vraie nature de Nizan :  · Sa rectitude : il n’aurait pas souscrit au cynisme préconisé par Sartre  · Sa nature : il était communiste pour des raisons métaphysiques – pas politiques.

c) Sartre a été fâché 10 ans avec Nizan (mort à 35 ans)  · Prétend ne plus se souvenir de la raison...

d) Tempérament angoissé de Nizan : peur panique de la mort.  · Dandysme, cynisme, alcool, femmes, dépressions, voyages,  · Compagnonnage avec le fascisme,  · Désir de se convertir au protestantisme,  · Fugues, complicité avec les clochards  · Tout cela cesse avec l’entrée au PCF à 27 ans.

e) Sartre : « Nizan avait de l’amitié pour Epicure dont, plus tard, il parla fort bien : celui-là s’adressait à tous, aux putains comme aux esclaves et ne leur mentait point » (36).   · Ajoute un intérêt pour Rousseau : trace d’enfance virgilienne et bucolique.  · Puis évacue Epicure : « Mais laissons l’épicurisme et Rousseau. Ce serait pousser à l’extrême des indications fuyantes et rapides ».  · Or, tout est là...  · Cf. Les matérialistes de l’antiquité.

f) Nizan et le quadruple remède :  · La mort n’est pas à craindre,  · Les dieux non plus,  · La souffrance est supportable,  · Le bonheur est possible.

g) Le communisme est variation sur ce thème

 

DEUXIEME PARTIE : NIZAN TEL QUEL

I/. Du dandysme au fascisme

conf 2012 nizan pipea) Paul-Yves Nizan naît le 7 février 1905 à Tours  · Père chef de dépôt au chemin de fer  · Mère au foyer

b) Son père dirige le dépôt de Périgueux en 1914 :  · Malfaçon dans la livraison d’obus  · Sanctionné puis muté et rétrogradé  · Le père s’enfoncera dans une dépression  · Arrivée du père en banlieue : le fils entre à Henri IV.

c) Normale Sup avec Sartre  · Léon Brunschvicg comme professeur  · 1924 : Rencontre Henriette, sa future femme, au bal de l’ENS  · Dépression, quitte la France pour se soigner en Suisse.

d) Dandysme : vêtements, monocle, anglophilie, snobisme  · Avec Sartre, s’étaient proposé d’être des surhommes.  · Phrase inaugurale d’Aden Arabie :  - « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie »

e) A 20 ans, chez Valois  · De décembre 1925 à mars 1926  · Lit Lénine, Russell, Sorel, Proudhon, Valois.

f) Valois :  · Syndicaliste révolutionnaire tendance anarchiste  · 20 ans monarchiste à l’Action Française  · Création du « Faisceau » fascisant.

g) Dans Libres mémoires, Rirette cite Valois :  · « Le fascisme rend pied à la fois à gauche et à droite, car il est à la fois un acte d’autorité et une organisation de la liberté. Mais il est beaucoup plus près de ce qu’on nomme la gauche ».

h) Après le Pacte, Valois prédit une bolchevisation de l’Allemagne dans Prométhée vainqueur (1940)  · Avec l’entrée d’Hitler en URSS, Valois prédit la fin de l’URSS dans La fin du bolchevisme (1941)

i) Le 18 mai 1944 la Gestapo arrête Valois pour faits de Résistance  · Déporté à Bergen-Belsen, il y meurt en février 1945.

 

II/.D’Aden au communisme via l’ENS

a) Mélancolie, désespoir, angoisse, dégoût, dépression :  · Dans sa préface, Sartre détaille ces moments dans la vie de Nizan

b) Cf. thématique sartrienne : facticité, contingence, angoisse, nausée, pratico-inerte  · Situation, engagement, choix, authenticité  · Portrait ontologique de Nizan dans L’être et le néant

c) Sartre évacue le souci de la mort chez Nizan... « La mort ne valait pas une pensée » (19)

d) Névralgies faciales, multiplication des antalgiques.


A./ ADEN

a) Part à Aden  · Congé de l’ENS sans bourse en octobre 26  · Embarque en Ecosse pour Aden le 25 octobre  · Revient en France en avril 27  · Séjour de moins de 6 mois

b) En rapporte le matériau d’Aden :  · Un essai qui mélange :  - Récit de voyage  - Exercice d’écriture lyrique  - Pamphlet philosophique  - Confession autobiographique  - Méditation libre  - Libelle politique  - Travail d’introspection

c) Au-delà de la première phrase :  · Déréliction personnelle et civilisationnelle :  - Pourriture, ruine, chaos, confusion, désordre, pourriture, débris, dissipation, maladie, mort, etc


B./ A L’ENS

a) Se trouve à l’ENS par hasard  · Y reste parce que nourri, logé, payé  · Mais dégoûté par ce qu’on y enseigne

b) Découvre la philosophie institutionnelle :  « On y dresse une partie de cette troupe orgueilleuse de magiciens que ceux qui paient pour la former nomment l’Elite et qui a pour mission de maintenir le peuple dans le chemin de la complaisance et du respect, vertus qui sont le Bien. Il y règne l’esprit de corps des séminaires et des régiments : on y arrive aisément à faire croire à des jeunes gens que leur faiblesse privée incline à l’orgueil collectif, que l’Ecole Normale est un être réel qui a une âme - et une belle âme - une personne morale plus aimable que la vérité, la justice et les hommes. Dans ce lieu habité par des entités transparentes, comme le Jardin de la Rose, Hypocrisie est reine » (56-57).  · Ecole dite Normale et prétendue Supérieure...  · Oubli du Concret, célébration des Idées  · Lieu de préparation des carrières de la reproduction  · Elite, beaux mariages utiles pour les carrières  · Evitement des pensées dangereuses qui remettraient le monde en question

c) La philosophie est affaire de revues, de thèses, de publications, de postes, de colloques  · Nizan oppose ce monde confiné des Idées à celui, concret, des travailleurs à la chaîne, aux conditions de travail dans les colonies.

d) L’école enseigne des idoles majuscules, mais 14-18 a détruit tout ça :  · Devoir, morale, bien & mal, famille, argent, patrie, respect  · Les pères absents jouent un rôle majeur dans le destin de cette génération  · Chacun vit une vie qu’il n’a pas envie de vivre.

e) Comment supporter ce nihilisme ?  · Alcool, femmes, cinéma, nuit, bars, prostituées  · Religion, romantisme, poésie, ironie, fuite, suicide


C./ A ADEN

a) Aventure, voyages en dehors de l’Europe – Rimbaud en modèle  · Stevenson, Gauguin  · On aspire au paradis perdu :  · Sur place on découvre l’enfer :  a. L’empire des missionnaires  b. La tyrannie du commerce  c. Le marché des filles de joie  d. Les ravages de la syphilis  e. L’exploitation capitaliste  f. Les trafiquants divers

b) Précepteur d’un fils de famille noble :  · Cours, sieste, boy, tennis, équitation, plage privée, voiture du patron  · Travaille à son diplôme d’Etudes Supérieures  · Monsieur Besse a envie de l’associer à son affaire : ne refuse pas...

c) Pas anticolonialiste  · Esthète, dandy :  - A Rirette : « Je ne suis pas fâché d’aller voir comment les autres hommes sont faits, et s’ils ont gardé des recettes pour conserver la joie » (18 août 1926).

d) Dans Aden Arabie, Monsieur Besse devient un bourgeois détestable :  · Venimeux, mélomane ridicule, capitaliste exécrable, pitoyable humain faux homme d’action, négrier, menteur à lui et aux autres.  · Devenu communiste il écrit : « Ce sont les maîtres des hommes qu’il faut combattre et mettre à bas ».


D./ LA PSYCHÉ DE NIZAN :

a) Basse continue : la mort  « Je n’arrive pas à comprendre le néant, mon propre néant futur, mon néant, bien que le néant jure avec l’idée de sa possession : je me vois donc mort, mais incomplètement, je me représente une existence dégradée. (...) Je trouve cet état horrible, la mort me dégoûte si elle est vraiment cela, si elle est moins la négation de tout ce qui va venir qu’une disposition encore humaine comme la maladie, le froid, la douleur physique. Je me sens mort : l’indifférence est mûre. Je ne peux pas appeler ces semaines que je vis autrement que : mort, c’est tout ce qu’un vivant peut penser quand il veut approcher d’aussi près qu’il le peut de la signification du néant. La véritable mort est ce qu’elle est, ce que la vie n’est pas, ce qu’est l’état d’un homme quand il ne pense rien, quand il ne se pense pas, quand il ne pense pas que les autres le pensent. Je n’en suis pas là : au fond rien n’est perdu. Mais mon illusion est effrayante » (123).  · « Je hais cette vie » (128)  · Rentre en France : à Marseille, une Eglise, une prison.  · Haine de la France des patrons, des bourgeois, des intellectuels, des propriétaires  · La France qui méprise les ouvriers


E./ CONTRE « L’HOMO ECONOMICUS » :

a) Contre l’Homo Economicus qui supplante l’homme concret  · Banquier, commerçant, industriel, rentier, joueur en bourse, petit propriétaire, fonctionnaire  · Vit, mange, dort, travaille – mais par automatisme  · Comme homme il est mort ; comme homo economicus, il tue.

b) Cet homme paie des gens pour l’entretenir dans l’illusion qu’il existe :  · Romanciers, historiens, philosophes  · L’ENS fournit le gros contingent de ces gens-là

c) Nizan veut le détruire  · Avec l’aide... d’Epicure.

d) Célébration d’Epicure le démocrate contre Platon l’aristocrate :  · « L’heure me presse de détruire et de dénuder ces mannequins de peau, d’ossements et de calculs, que je prenais pour d’invincibles démons. C’est le moment de faire la guerre aux causes de la peur. De se salir les mains : il sera toujours temps d’avoir des frères. Je suis dans la position de faire la guerre pour être complètement délivré de la peur qui m’atteignit comme une flèche, jusqu’en Arabie, quand j’avais le droit de me croire dans un lieu écarté et enfin pacifique » (155).  · « Il n’existe plus que deux espèces humaines qui n’ont que la haine pour lien. Celle qui écrase et celle qui ne consent pas à être écrasée » (156)  · Il s’agit maintenant de détruire le vieux monde...  · Nizan veut une guerre sans noblesse, une lutte dans laquelle mépriser l’ennemi  · Guerre totale  · « Je leur dois du mal : ils ont failli me perdre »  · Le communisme donnera une forme à cette haine.  · Mais toujours avec, en arrière-plan, le désir d’être délivré du mal : la peur du néant

 

BIBLIOGRAPHIE

  • Paul Nizan, Aden Arabie, Maspero
  • Pascal Ory, Paul Nizan, Ramsay
  • Henriette Nizan, Marie-José Jaubert, Libres mémoires, Robert Laffont
  • Pierre Bourdieu, Homo academicus, Minuit
  • Alain Peyrefitte, Rue d’Ulm. Chronique de la vie normalienne, Flammarion

_______________

 

Voir : Le résumé du cycle de vingt-cinq conférences, l’été 2012 

 


 

Chers internautes,


L’année dernière, nous étions fidèles au poste, et chaque jour pendant un mois, nous donnions bénévolement de notre temps et de notre énergie pour mettre à votre disposition sur ces pages : un lien vers France Culture, un podcast et un synopsis du cours. Cette année, j’ai décidé de renouveler l’expérience espérant tenir la cadence (mes « coéquipiers » sont les bienvenus pour prendre la relève).  

Pourquoi? Parce que ces conférences sont toujours passionnantes, contrairement à certaines interventions médiatiques de Michel Onfray, et j’aimerais qu’elles puissent être écoutées par toute personne susceptible de s’y intéresser, sans restriction aucune. Et enfin, je le fais pour remercier chaleureusement monsieur Patrick Frémeaux, grâce à qui je suis devenue un peu plus lucide.

 

Michel Onfray n’oublie jamais de souligner, lors de chacune de ses interventions, que ses cours à l’Up de Caen sont gratuits et accessibles à tous. Et c’est vrai. Ceux qui assistent aux séminaires en direct, au théâtre d’Hérouville-Saint-Clair chaque lundi, ne payent pas de billets d’entrée, bien évidemment. Ces cours sont ensuite diffusés gratuitement sur France Culture au mois d’août, l’auditoire devient encore plus large, et c’est tant mieux. 

Mais la gratuité et le bénévolat s’arrêtent là, et les enjeux financiers commencent. Jusqu’à l’année dernière, les conférences étaient disponibles pour les retardataires pendant six mois sur le site de l’émission de France Culture. A partir de cette année, « pour des raisons de droits de diffusion et d’utilisation des enregistrements de ces conférences, chaque numéro […] sera podcastable et réécoutable uniquement pendant 15 jours ». Après, ces conférences seront vendues en coffrets d’une valeur d’environ 80 euros chacun par l’éditeur phonographique de Michel Onfray. 

 

Jusqu’à l’année dernière, j’étais l’une de ces personnes qui achetaient les conférences « gratuites ». C’est moi, vous, c’est nous qui engendrons les bénéfices des ventes. Nous finançons qui, quoi?

Peut-être grâce à cet argent, les subventions publiques allouées à l’université populaire - subventions parfaitement légitimes et nécessaires bien évidement, mais insuffisantes, subventions fragiles que la folle et avide secte freudienne a voulu faire disparaître il y a deux ans - ont été augmentées et ont permis d’élargir les activités éducatives et culturelles de l’Up, stimulantes pour toute la région, suivies au niveaux national et international ; je l’ose espérer… 

Peut-être le train de vie de Michel Onfray - confortable et sans soucis financiers, parfaitement mérité - en dépend. C’est possible, mais il me semble que le philosophe est plutôt à l’abri du besoin, et d‘autre part, l’argent n’est absolument pas sa motivation première, c’est un homme passionné par son travail, son rapport à l’argent est très sain, il le répète souvent et je ne doute pas de sa sincérité : l’argent est là, c‘est très bien, il n’est pas là, c‘est très bien aussi. 

 

Que finançons-nous donc en achetant les fameux coffrets et qui tient à ces « droits de diffusion « au point de modifier la durée des podcasts et de la réécoute d’une émission sur France Culture? Je n’en sais rien.

S’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que les gens qui achètent ces coffrets ne sont pas forcement les plus aisés, au contraire,  parfois cet achat « superflu » représente un effort budgétaire conséquent. Je sais également que des conférences vraiment gratuites existent, si vous vous en souvenez, Constance avait déjà parlé du Pharmakon de Bernard Stiegler dans l’un de ses commentaires. J’aimais bien aussi la position du philosophe voyou Olivier Saint-Vincent concernant ses propres diffusions, qu’il avait exprimée dans un courriel, mais je ne peux pas tout répéter. :~) 

Et si vous utilisiez votre esprit critique envers tout le monde sans exception comme nous l’apprend si bien Michel Onfray… Vous pouvez donc vous abonner aux podcasts des conférences sur le site de France Culture (j’ai inséré le lien dans le titre de la conférence), les enregistrer tout à fait légalement et conserver dans vos documents dans votre ordi, transférer sur la clé USB, graver… Vous pouvez ensuite les prêter à des amis, envoyer  par courriel… Se débrouiller, s’entraider, créer des micro-résistances… Ça vous dit quelque chose? … 

Vous pouvez également les acheter, si vous en avez toujours envie. 

Bonne écoute!

Ewa -  anarchiste anonyme, en association avec l’arrière-grand-père Démocrite, des pervers hérétiques freudiens et des consciences réfractaires 

   

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  • quatuor
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc

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