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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 07:25

 

 

Après l’obéissance, la patience et le politiquement correct - une saveur au parfum du bonheur, stoïcien ! s’il vous plaît, nous arrive directement du Québec. Le goût très ancien, bien connu, classique, c’est vrai. Mais dans les écrits de Serge Provost, tout est toujours relié par de nombreux fils d’exemples clairs, simples, d’histoires bien vivantes, de références récentes - avec la vie ici et maintenant. Il nous fait voyager dans un passé lointain pour que nous puissions mieux nous retrouver dans le présent. bonheur vagues 

Le bonheur, si je veux? Je ne suis pas sûre qu’il dépende vraiment de ma volonté, ni qu’il soit atteignable. Je suis un peu fâchée depuis toujours avec le stoïcisme, avec cet ordre du monde statique, défini une fois pour toutes, qu’il faudrait accepter sous peine d‘être malheureux, tourmenté. Quand je pense que si tous les esclaves avaient ressemblé à Épictète, l’abolition d’esclavage n’aurait finalement jamais eu lieu. Mais il y a certainement des éléments à sauver dans ce courant philosophique, j’en suis de plus en plus convaincue.  

D’ailleurs, je soupçonne professeur Provost d’en être un adepte caché. Certains événements de la première moitié de cette année semblent m’avoir donné raison, et je dois avouer que cette attitude stoïque est impressionnante, intimidante, apaisante et un peu … contagieuse. Donc, en route vers « l’autonomie » grâce à la morale stoïcienne! L’Admiration, annoncée et promise, attendra.                


 

 

Le stoïcisme : le bonheur si je veux

 

« Quel genre d’homme veux-tu être ? » 

« L’homme invincible est celui que rien de ce qui ne dépend pas de sa volonté ne met hors de lui ». 

« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu'ils portent sur ces choses ». 

« Ne te demande pas que les choses arrivent comme tu les désires, mais qu'elles arrivent comme elles   arrivent, et tu couleras des jours heureux ». 

Épictète       

« Le destin guide ceux qui l’acceptent, il traîne ceux qui lui résistent ». 

Sénèque       

« Si tu embrasses ton petit enfant ou ta femme, dis-toi que tu embrasses un être humain : ainsi, s'il meurt, tu ne seras pas troublé ». 

Marc Aurèle    

      

stoicisme rafael 2

 

Le stoïcisme (mot qui vient du mot grec stoa voulant dire portique) est une des grandes morales classiques d'Occident.

Il s'agit d'une philosophie qui a pour but le bonheur humain, lequel ne s'obtiendrait que par une acceptation inconditionnelle de la réalité, c'est-à-dire l'acceptation de la réalité telle qu'elle est et non telle qu'on voudrait qu'elle soit. À ceux qui parviendront à établir une parfaite adéquation entre la réalité extérieure et leurs désirs, l'ataraxie, sera l'ultime récompense. 

Dans le langage courant, on appelle stoïque la personne qui parvient à conserver son calme et sa sérénité dans les moments difficiles de la vie. L'impassibilité et la maîtrise de soi caractérisent, il est vrai, la personnalité des adeptes du stoïcisme.

Dans ce texte, nous verrons comment et pourquoi les stoïciens d'hier et d'aujourd'hui parviennent à adopter un tel détachement salutaire.

 

 

Le stoïcisme, une histoire en trois temps

 

Contrairement à l'épicurisme, le stoïcisme n'est pas l'œuvre d'un seul individu. L'élaboration des fondements de cette doctrine s'étend sur plus de six siècles (du IIIe siècle av. J.C. jusqu'au IIIe apr. J.-C.). Différents auteurs, d'inégale importance, contribuèrent à en façonner les contours. C'est pourquoi les historiens divisent ce courant de pensée en trois étapes:

- le stoïcisme ancien, représenté par Zénon, Cléanthe et Chrysippe (IIe et IIIe siècle av. J.-C.),

- le stoïcisme moyen, véhiculé par Cicéron (I er siècle apr. J.-C.)

- et celui que nous étudierons particulièrement, le stoïcisme nouveau, défendu par Épictète, Sénèque et MarcAurèle (Ier et IIe siècle après J.C), qui fut une contribution philosophique majeure. 

 Avant d'aborder les grands principes de l'éthique stoïcienne, faisons connaissance avec ses figures de proue.

 

stoicisme-Zenon-2.jpgZénon : le fondateur

Le stoïcisme fut fondé par Zénon de Citium (322-264) qui avoua avoir été impressionné par la sérénité avec laquelle Socrate affronta la mort au terme d'un procès rocambolesque et inique (1). Le commun des mortels aurait été révolté. Pas Socrate. Juste avant de trépasser, après qu'il eut ingurgité le poison létal, il devisait calmement avec ses disciples. Zénon fut également interpellé par le mode de vie frugal du père de la philosophie occidentale. Toute sa vie durant, Socrate témoigna d'une indifférence altière envers les biens matériels censés être la condition sine qua non du bonheur. La fréquentation des philosophes cyniques, notamment le célèbre Diogène de Sinope (412-323) qui vivait nu dans un tonneau et se nourrissait de viande crue, acheva de convaincre Zénon : l'atteinte du bonheur et de la sagesse passe par le détachement des biens matériels et des honneurs.

Soyons clairs : Zénon ne valorise pas la pauvreté pour la pauvreté. Comme la plupart des gens, il lui préfère l'aisance si la vie la lui apporte. De même, la santé lui apparaît préférable à la maladie et le respect des autres vaut toujours mieux que leur haine. Or, rappelle-t-il, les conditions de vie idéales (jeunesse, santé, richesse) s'exposent toujours à l'aléatoire. Puisque nous sommes menacés à tout moment de les perdre, nous devons d'ores et déjà agir comme si nous les avions perdues. Non pour gâcher le plaisir qu'elles nous procurent, mais pour prendre conscience de la permanence de l'éphémère inhérente à toute vie humaine.

Il ne faut donc jamais organiser sa vie et sa pensée comme si on allait toujours en disposer. Il vaut mieux s'armer de vertus solides qui nous permettront de naviguer dans les jours de tempête. Les orgueilleux, les téméraires, les insensés, tous ceux qui nient la nécessité des vertus parce qu'ils s'estiment à l'abri des mauvais coups du sort forment toujours, rappellent les stoïciens, le premier contingent des naufragés existentiels. La contribution de Zénon demeure certes importante, mais le véritable rayonnement du stoïcisme revient à un triumvirat qui vécut quelques siècles plus tard sous l'Empire romain : Épictète, Sénèque, Marc-Aurèle.

 

Les trois grands stoïciens de l'Antiquité : Épictète, Sénèque, Marc-Aurèle

 

stoicisme-epictete-monnaie.gifÉpictète (50-130)

Le plus connu des stoïciens était l'esclave d'un maître particulièrement brutal et odieux, Épaphrodite - ne surtout pas confondre avec Aphrodite, la déesse de l'amour. Son nom rappelle, hélas, sa misérable condition d'opprimé. En grec, épictétos signifie « acquis récemment ». De ses années de captivité, retenons un événement tragique qui fit date et révèle aussi bien l'homme que sa pensée. Le propriétaire de la personne physique d'Épictète, un maître vil et sadique, décida un jour d'appliquer un appareil de torture à la jambe du philosophe. Ce dernier lui fit remarquer que l'attirail mutilant allait à coup sûr fracturer l'os. Le maîtrebourreau n'entendit rien et augmenta la pression sur le membre arc-bouté. Comme il fallait s'y attendre, le craquement fatal se fit entendre. Avec un sang-froid renversant, Épictète se contenta de répliquer laconiquement à son tortionnaire : « Ne te l’avais-je pas dit que tu allais la casser ? » Comment expliquer un tel contrôle de soi ? « L’homme invincible est celui que rien de ce qui ne dépend pas de sa volonté ne met hors de lui », écrit Épictète.

Après bien des misères, Épictète fut un jour affranchi. Exilé par Domitien, il se rendit à Nicopolis où il acquit une célébrité si grande que deux empereurs, Hadrien et Marc-Aurèle, vinrent lui demander conseil. N'ayant rien écrit, comme Socrate, son disciple et historien, Flavius Arrien, regroupa ses enseignements tachygraphiés qu'il regroupa dans deux ouvrages : Entretiens et Le Manuel d'Épictète. C'est à Épictète que nous devons la confusion populaire de la philosophie avec un certain art de vivre - devenir meilleur et plus sage. Confusion, soit dit en passant, à laquelle succombent tous les étudiants à leur arrivée au collégial. Qui le lui, qui le leur reprocherait ?

 

stoicisme seneque noir lilaSénèque (4-65)

Le deuxième grand stoïcien de l'histoire, Sénèque, fut sénateur et précepteur du jeune Néron. Devenu Empereur, Néron lui ordonna de se tuer en s'ouvrant les veines, car il devenait, à ses yeux, le critique gênant de ses nombreux crimes. Sénèque, en toute sérénité, consentit à cette folle demande. « Le destin guide ceux qui l’acceptent, il traîne ceux qui lui résistent » (2)., avait-il déjà écrit. Il mettait en pratique ce qu'il avait enseigné toute sa vie. Aux portes de la mort, il n'autorisait pas que des affections extérieures l'abattent. Même dans l'humiliation, la forteresse intérieure patiemment construite restait imprenable. Loin d'être inhumaine, son impassibilité est la marque d'une liberté intérieure qui ne se réduit pas à refléter les vicissitudes de l'existence. Sénèque est l'auteur de troi ouvrages : La vie heureuseDe la brièveté de la vie, Lettres à Lucilius.

 

stoicisme marc aurèle lumièreMarc Aurèle (121-180)

Le troisième grand stoïcien ne vient pas de la plèbe. Empereur romain, son règne se déroula au milieu des menaces des Barbares. Il écrivit un journal intime : Pensées pour moi-même. Dans cet ouvrage posthume, il témoigne d'un sentiment de solidarité universelle envers toutes choses, une soumission confiante à la Providence (le destin).

L'origine sociale des trois maîtres incontestés du stoïcisme démontre que cette philosophie transcende les cloisonnements socio-économiques traditionnels.

Quittons maintenant les biographies sommaires pour aborder l'éthique stoïcienne proprement dite.

 

 

Panorama de la morale stoïcienne

 

« Les hommes sont malheureux »

Le constat premier de la morale stoïcienne est le suivant : malgré une quête incessante de bonheur, les êtres humains sont fondamentalement malheureux. Ils sont sans cesse frustrés, angoissés, tiraillés, révoltés, inquiets, nostalgiques, déçus, rouspéteurs, revanchards. Ils vivent dans le malheur parce qu'ils cherchent aveuglément à acquérir des biens, des situations, des états qu'ils ne peuvent obtenir. Ils marinent dans la poisse, car ils essayent de fuir des souffrances qui restent, malgré leurs dénégations, incontournables. Incapables de vivre dans un état de paix durable, ils oscillent, tels des pantins manipulés, entre la joie et la tristesse. Sans gouverne personnelle, leur équilibre fragile flotte au gré des aléas du sort. Heureux lorsque le destin les favorise, démolis quand il les éprouve. Cet état de mal-être multiforme indique, de toute évidence, qu'ils ne disposent pas des moyens pour obtenir le bonheur et le conserver. Leur vulnérabilité chronique est la preuve d'une double absurdité : celle de leurs pensées et celle de leur mode de vie bancal. Les grands débarras philosophiques s'imposent.

 

La philosophie peut les aider à sortir du malheur

Comme l'épicurisme, le stoïcisme assigne à la philosophie une tâche thérapeutique. Il ne suffit pas de vivre, mais de bien vivre. Et la philosophie doit servir cette noble fin. Écoutons Marc-Aurèle : « La durée de la vie humaine ? Un point. Sa substance ? Fuyante. La sensation ? Obscure. Le composé corporel dans son ensemble ? Prompt à pourrir. L'âme ? Un tourbillon. Le sort ? Difficile à deviner. La réputation ? Incertaine. Pour résumer, au total les choses du corps s'écoulent comme un fleuve; les choses de l'âme ne sont que songe et fumée, la vie est une guerre et un séjour étranger; la renommée qu'on laisse, un oubli. Qu'est-ce qui peut la faire supporter ? Une seule chose, la philosophie ». (3)

En cela, le stoïcisme est un eudémonisme. Il doit guérir les nombreuses maladies de l'âme et permettre l'atteinte de la sagesse qui seule calmera les maux dont l'être humain s'afflige. La tâche thérapeutique que le stoïcisme attribue à la philosophie, précisons-le, diffère de celle de l'épicurisme. Dans La vie heureuse, Sénèque explique son opposition à l'idéal ataraxique d'Épicure. Pour ce dernier, la vertu consiste à s'affranchir des passions et des désirs personnels illusoires (les désirs naturels et non nécessaires tout comme les désirs non naturels et non nécessaires). C'est une vision plutôt pessimiste et déprimante. Pour Sénèque, la vertu est certes la condition du bonheur, mais elle ne réside pas dans l'extinction des désirs. Elle réside plutôt dans l'acceptation de la nécessité (synonyme de destin). C'est un point de vue optimiste et tonique.

 

 

Les quatre idées fondamentales de la morale stoïcienne

 

1) Soumets-toi à la nature et à la raison

La nature a ses lois. Rationnelles, elles sont. Pensons aux mouvements ordonnés des planètes et des marées. Les stoïciens nous invitent à connaître ces lois rationnelles, à les respecter et à nous en inspirer au plan éthique. Nous devrions, disent-ils, fonder notre agir moral sur ses lois. Ce que ne font pas les animaux et le troupeau des « insensés » qui ne s'en distinguent guère, précise Épictète. (4) L'être humain n'est pas en face, ni au-dessus de la nature. Il lui appartient. Si nous commettons des excès de nourriture et de boissons, notre corps, en tombant malade, nous signale nos dérogations inacceptables à l'ordre naturel. Ce qui s'applique à l'individu vaut aussi pour l'espèce et l'environnement. En ne respectant pas la nature en l'homme et la nature où vit l'homme, en créant des mégalopolis, on le détourne de sa voie au point de créer des situations propices à la violence.

 

 
La raison, et non l'obéissance aveugle aux instincts et aux passions, permet à l'être humain de choisir ce qui est bon pour lui. La raison humanise. La passion déshumanise. Les êtres en proie aux passions (du latin passio qui veut dire subir) sont les victimes de leurs instincts aveugles. C'est ce qui explique leurs nombreuses et dangereuses erreurs de jugement. Dangereuses pour eux d'abord, car ils les vulnérabilisent, dangereuses également pour tous ceux qu'ils côtoient parce qu'ils les victimisent tôt ou tard. Les passionnés ont perdu le contrôle sur leur existence. Tels des délirants, ils sont complètement menés par leur idée fixe. Leur sort est loin d'être enviable. (5) Comme en réponse à ce chaos indescriptible, ils placent leur idéal moral dans l'apatheia (traduit en français par le mot apathie [généralement péjoratif], alors que le sens véritable de ce terme serait - sens plutôt positif : impassibilité ).

 

2) Supporte et abstiens-toi 

« Supporte et abstiens-toi » est la devise de tous les stoïciens d'hier et d'aujourd'hui. Dans cette formule d'Épictète se trouve résumée l'attitude d'acceptation qui devrait être celle de l'être humain devant ce qui ne dépend pas de sa volonté. Épictète écrit : « Ne te demande pas que les choses arrivent comme tu les désires, mais qu'elles arrivent comme elles arrivent, et tu couleras des jours heureux ». « Supporte et abstiens-toi de changer ce qui ne peut l'être ». En plusieurs domaines, il nous faut, humblement, reconnaître notre impuissance. Des données comme la vie, la mort, la santé, la maladie, le plaisir, la souffrance, la beauté, la laideur, la taille, l'origine sociale (riche ou pauvre) ne dépendent pas de nous. C’est plutôt nous qui dépendons d’elles. Il ne sert strictement à rien de récriminer contre elles. Nous devons plutôt les accepter puisqu’elles sont voulues par le destin.

 

stoicisme portique

 

La morale stoïcienne se fonde sur l'acceptation du fatum (la fatalité du destin), lequel est voulu par les Dieux - dieux plus philosophiques que religieux, précisons-le. Celle-ci (la fatalité) découle en grande partie de sa cosmologie. Elle postule l'existence d'une force dominant l'univers à laquelle il vaut mieux obéir. « Ce qui doit arriver, quoi qu’on fasse, arrivera ». Personne n'y échappe. Les gagne-petit ainsi que les puissants infatués de leurs pouvoirs subissent son déterminisme absolu. L'un et l'autre microcosme, ils reflètent le macrocosme fini, ordonné et parfait obéissant à des lois inflexibles. Les principaux événements de nos vies figurent dans le grand livre de la destinée inéluctable. Les Dieux qui le tracèrent avec intelligence et parcimonie sont bons et rationnels. Il faut faire confiance à la Providence. « Souviens-toi que tu es acteur d'une pièce, longue ou courte, où l'auteur (Dieu) a voulu te faire entrer. S'il veut que tu joues le rôle d'un mendiant, il faut que tu le joues le mieux qu'il te sera possible. De même, s'il veut que tu joues celui d'un boiteux, celui d'un pauvre, celui d'un plébéien », affirme Épicète. (6)

Ceux qui acceptent le destin connaissent une vie plus agréable. Ils n'essaient même pas de s'y dérober. Ils s'y conforment au lieu de s'en plaindre et tentent d'en tirer le meilleur parti possible. Par contre, ceux qui lui résistent vivent angoisses et tourments de toutes sortes. Pourtant, leur refus ne change rien à l'ordre des choses. Pis : il les aggrave. Quand un drame survient, ils le transforment en tragédie par une attitude de refus irrationnel. Il faut au contraire rester impassible afin de conserver son humanité. N'est-ce pas dans la perte de contrôle de soi que la déshumanisation survient ? La colère, la passion et le ressentiment prennent alors possession de nous. De plus, chacun devient pour lui-même son pire ennemi lorsqu'il nourrit des désirs irréalistes ou poursuit des objectifs irréalisables. Prenons deux exemples pour illustrer cette affirmation.

On ne réinvente pas la roue ni le bouton à quatre trous lorsqu'on affirme que l'hiver québécois s'étire durant plusieurs mois. Pur délice pour les uns, affreux supplice pour les autres. J'aurais beau me plaindre de l'inhumanité de ce froid de canard, faire l'éloge dithyrambique des avantages climatiques des pays tropicaux, cela ne changera pas d'un iota la réalité hivernale de ce coin de pays nordique. La personne qui n'accepte pas l'hiver, dira le stoïcien, souffre deux fois. Elle souffre d'abord de la température froide qui l'horripile; elle souffre ensuite des idées négatives qu'elle a créées et qui l'assaillent durant toute la durée de cette saison. Pour le stoïcisme, il ne sert strictement à rien de dépenser de vaines énergies quand l'ordre des choses est immuable. Nous devons rester indifférents face à tout ce dont nous ne sommes pas les auteurs.

C'est une erreur de s'en prendre à ce que nous ne pouvons changer et c'est folie de s'acharner à transformer ce qui ne peut l'être. Pensons aux drames quotidiens vécus par les femmes fortes ou rondes qui s'adonnent à des régimes alimentaires draconiens et dangereux afin de s'approcher de l'idéal-minceur-top-model en vogue. Non seulement mettent-elles à mal leur estime de soi, elles hypothèquent de surcroît leur santé puisque la loterie génétique ne les prédisposait pas à ce gabarit. Le stoïcisme leur rappellerait que le bonheur humain réside dans l'ataraxie. Il faut réussir à être heureux indépendamment des conditions incontrôlables. « Ne te demande pas que les choses arrivent comme tu les désires, mais qu'elles arrivent comme elles arrivent, et tu couleras des jours heureux », écrit Épictète. (7) Il ne faut désirer que si l'on est certain que le désir se réalisera.

 

L'acceptation n'est pas la résignation

Lorsque l'être humain reconnaît l'extériorité objective des problèmes sur lesquels il n'a aucun pouvoir, il se place dans un état d'acceptation du destin. Acceptation sans résignation. Ne confondons pas l'acceptation avec la résignation. La première est positive, l'autre : négative. Les définitions de ces deux termes l'illustrent. Le mot acceptation signifie « consentir », « ne pas refuser ». Le mot résignation, par contre, renvoie à « une forme de soumission dépitée sans protestation ni réaction ». Pour le stoïcisme, il faut choisir l'attitude qui nous réconcilie avec le monde et non celle qui nous oppose à lui. Dans l'exercice quotidien de leurs métiers, les médecins et les infirmières sont à même d'observer ces deux manières radicalement différentes de négocier avec l'adversité. Il y aurait, selon eux, deux grandes catégories de patients. Ceux qui acceptent un diagnostic sévère avec tout ce qui s'ensuit (traitement, médication lourde, etc.) et les autres, effondrés, qui se résignent, faute de mieux, après être passés par une période d'apitoiement et de révolte. Ils ne condamnent pas moralement ce deuxième groupe de patients. Ils essaient plutôt de nous faire comprendre que cette dramatisation compréhensible nuit à la personne concernée, afflige les familles et, dans certains cas, compromet le succès des soins.

 

3) Change ce qui dépend de toi

S'il est, comme nous venons de le voir, des événements, des situations et des états physiques qui ne dépendent pas de nous (un accident, le décès d'un proche, une grave maladie), en revanche, il en est d'autres où notre liberté d'action reste pleine et entière. Nous disposons vis-à-vis d'eux d'un réel pouvoir. Nos idées, nos valeurs, nos préjugés, nos interprétations, nos émotions, nos désirs, nos attitudes, nos opinions, nos habitudes, nos réactions dépendent entièrement de nous. « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu'ils portent sur ces choses », dit Épictète.

 

stoicisme tailleurs de pierres-copie-1

 

La fable des casseurs de pierre, attribuée au philosophe Charles Péguy, d’inspiration stoïcienne, l’illustre à merveille. La voici. [...] « En se rendant à Chartres, Charles Péguy aperçoit sur le bord de la route un homme qui casse des cailloux à grands coups de maillet. Les gestes de l’homme sont empreints de rage, sa mine est sombre. Intrigué, Péguy s’arrête et demande : 

 - « Que faites-vous, Monsieur ? »

- « Vous voyez bien », lui répond l’homme, « je casse des pierres ». Malheureux, le pauvre homme ajoute d’un ton amer : « J’ai mal au dos, j’ai soif, j’ai faim. Mais je n’ai trouvé que ce travail pénible et stupide ».

Un peu plus loin sur le chemin, notre voyageur aperçoit un autre homme qui casse lui aussi des cailloux. Mais son attitude semble un peu différente. Son visage est plus serein, et ses gestes plus harmonieux.

- « Que faites-vous, Monsieur ? », questionne une nouvelle fois Péguy.

- « Je suis casseur de pierre. C’est un travail dur, vous savez, mais il me permet de nourrir ma femme et mes enfants. »

Reprenant son souffle, il esquisse un léger sourire et ajoute : « Et puis allons bon, je suis au grand air, il y a sans doute des situations pires que la mienne ».

Plus loin, notre homme rencontre un troisième casseur de pierre. Son attitude est totalement différente. Il affiche un franc sourire et il abat sa masse, avec

enthousiasme, sur le tas de pierres. Pareille ardeur est belle à voir !

- « Que faites-vous ? » demande Péguy

- « Moi, répond l’homme, je bâtis une cathédrale ! » [...] (8)

Les jugements, qui incluent tout ce que nous énumérions à l'instant, peuvent être modifiés à volonté. Il nous appartient de les orienter vers ce qui fera notre bonheur. Il suffit parfois de changer sa façon de voir les choses pour être libéré de ce qui nous hantait la veille. À l’expérience, on s’aperçoit a posteriori que la réalité de la douleur est généralement moins douloureuse que la peur de la douleur elle-même. Les peurs diverses et variées que nous nourrissons envers la nouveauté, l’inconnu, les situations inédites, de nouvelles tâches à accomplir sont généralement des angoisses de notre fait. « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles », écrivait Sénèque.

Arrivé au terme de son règne, en l'an 180 de notre ère, l'empereur Marc Aurèle, épuisé, découragé, assailli de soucis familiaux, voyant l'empire menacé de tous côtés par les ennemis, et pressentant l'évidente incapacité de son fils à lui succéder dignement, rédige ces quelques mots dans son livret de pensées : «Aujourd’hui je me suis libéré de mes dernières chaînes, qui n’étaient pas extérieures, mais intérieures : c’étaient mes opinions. » C'est en marquant la distance par rapport à ses propres croyances qu'il parvient à la sérénité. Pour atteindre cette paix intérieure, qui dit qu'il faille nécessairement changer de pays, d'amis, d'occupations ? Il suffit de changer d'état d'esprit, lequel, presque miraculeusement, nous fait changer d'état existentiel, nous fait voir le monde avec un regard neuf et réconcilié. Mais la liberté intérieure n'est jamais donnée. Elle ne s'obtient pas comme un diplôme, un salaire à la fin de la semaine. Elle est l'œuvre personnelle du travail de soi sur soi, pour soi.

 

4) Carpe diem, quam minimum credula postero (Profite de ce jour et compte le moins possible sur demain)

Le film Le cercle des poètes disparus  (Peter Weir, 1989) raconte l'histoire d'un professeur de poésie excentrique venu bouleverser pour toujours la vie peinarde d'un groupe d'étudiants d'un collège huppé et très conservateur. Dans ce film, une scène célèbre nous montre l'acteur Robin Williams syllabant de façon martelée la formule stoïcienne célèbre : Carpe diem, quam minimum credula postero. (Profite de ce jour et compte le moins possible sur demain).

Le poète Horace (65-8 ) exprima cette idée dans une de ses célèbres Odes : « Pendant que nous parlons, voilà que le temps jaloux a fui : cueille le jour, sans te fier le moins du monde du lendemain ». Cette formule fut par la suite fréquemment reprise par les stoïciens. Elle illustre un principe moral qui leur est cher : la souveraineté de l'instant. Cette expression signifie que le bonheur se passe toujours hic et nunc, c'est-à-dire « ici et maintenant ». Jouir de l’instant présent, à l’instar des enfants qui jouent, entièrement absorbés dans le moment qui passe.

Le stoïcisme rappelle que le passé n'existe plus et le futur n'existe pas encore. Le verbe être, dans l'expression « être heureux », devrait toujours se conjuguer à l'indicatif présent. Pourquoi ? Parce que les gens nostalgiques souffrent du « bon vieux temps » ou passent leur temps à se dire qu'ils auraient dû agir autrement. Or, pour vivre pleinement le présent, il importe de « lâcher prise », comme le dit une formule contemporaine. Cette expression signifie qu'on cesse de s’accrocher à ces moments de bonheur uniques et précieux, mais qui comportent un désagrément aussi objectif qu’évident : ils ne sont plus. Pourquoi « lâcher prise » ? Pour devenir soi en s’autorisant d’être autre pour vivre à nouveau. De même, les « êtres à projet » entièrement tournés vers l'avenir, avec des « si » et des « peut-être » constamment à la bouche, ne profitent jamais de l'instant présent. Certains chrétiens poussent à l'extrême cette logique des lendemains qui chanteront. Pour eux, le bonheur est sans cesse différé, toujours ailleurs, car le paradis terrestre ne se situe pas dans ce bas monde, mais bien dans un lieu extraterrestre et par définition post-mortem. Pour un stoïcien, le report de ses espoirs dans une autre vie dévalorise immanquablement celle-ci. « Le monde où je suis est le meilleur possible. Dès lors, il s’agit d’y vivre, sans illusion, dans la beauté des choses. Tout est fruit pour moi de ce que produisent tes saisons, ô ! nature », écrit MarcAurèle. (9) De même sont malheureuses les personnes qui ruminent les malheurs qui leur sont arrivés et angoissent sur les drames qui pourraient survenir. Elles sont malheureuses d'avoir été malheureuses et malheureuses à l'idée qu'un hypothétique malheur pourrait survenir. Or, pleurer un être cher ne le ressuscitera pas; gémir d'avoir été floué en amour ne rend personne particulièrement aimable; regretter des biens qui nous furent volés ne nous les rendra pas. S'en faire avec demain n'influence en rien le cours des choses.

Dans une perspective inspirée du stoïcisme, André Comte-Sponville affirme que ce n'est pas l'espoir, mais bien le désespoir qui est la condition d'un bonheur authentique. Par définition, espérer c'est ne pas être heureux, c'est vivre dans l'attente, le manque, la frustration et l'impuissance. Il écrit : « Espérer, c’est désirer sans jouir, sans savoir et sans pouvoir. » (10) Expliquons cette idée. « Sans jouir » puisque l'on espère une chose, une personne ou une situation qui nous manque. « Sans savoir » puisque l'espérance implique toujours une part d'ignorance quant à la réalisation de ce que l'on voudrait voir se réaliser. « Sans pouvoir » puisque l'espérance ne me donne pas la capacité de vivre ou de réaliser plus vite ce que j'attends avec empressement, ne me donne aucune emprise sur ce qui peut hypothétiquement arriver. Raison de plus de s’en méfier, l'espoir engendre sa propre crainte et vice-versa. « Comment ne pas voir qu'à force d'espérer quelque chose qui va venir, on finit par craindre que cela n'arrive pas, et qu'à force de craindre que cela n'arrive pas, on finit par espérer que cela arrive ». (11) Espérer n’induit pas l’action. Le terme lui-même tient de l’attente et de la passivité. C’est plutôt la volonté qui provoque le changement.

On retrouve, une fois de plus, le leitmotiv stoïcien : ce sur quoi nous n'avons pas de pouvoir ne devrait pas en avoir sur nous. L'espoir nous place en porte-à-faux; il nous empêche de profiter de l'instant, car il nous projette dans un futur hypothétique. Puisque que l'espoir est une douleur et le désespoir une béatitude, l'idéal stoïcien pourrait s'exprimer dans la formule suivante : « Je suis complètement désespéré, donc parfaitement heureux ». Aussi paradoxal que cela puisse sembler, la véritable sagesse consiste à ne pas espérer. La personne vivant dans l'espoir a des attentes, manifeste une tendance à embellir ce qui pourrait éventuellement se produire même si elle n'a aucune garantie quant à sa réalisation. Ce faisant, elle s'expose aux déceptions si les choses ne se déroulent pas selon le scénario anticipé. La personne désespérée, elle, n'attend rien et profite de l'instant présent. Le terme désespoir, précise André-Comte-Sponville, devrait d'ailleurs s'écrire en deux mots dés-espoir pour mieux faire ressortir l'absence salutaire d'espoir. Somme toute, vivre désespéré n'exclut pas la joie de vivre. Au contraire, ce mode de vie augmente la faculté de jouir de ce qui se passe parce que nous cessons d'être tiraillés entre nos attentes et ce qu'on nous offre pour les combler. Donc, un désespoir gai et volontaire.

 

 

Critique du stoïcisme

La morale stoïcienne, nous venons de le voir, est éminemment pratique. Cet aspect contribua de toute évidence à pérenniser sa doctrine, mais lui attira également de nombreuses critiques. Résumons celles qui lui sont le plus souvent adressées. 

Plusieurs lui reprochent de n'être qu'un art de vivre, une collection de conseils-clichés sur « comment trouver le bonheur » lancée par un directeur de conscience. Or, l'expérience ne démontre-t-elle pas que « les conseilleurs ne sont pas les payeurs » ?

philosopheAutre motif d'insatisfaction : son invitation à « lâcher prise » et à accepter ce qui ne dépend pas de nous. Ce conseil, pertinent à certains égards, risque d'être interprété par certains esprits fragiles ou confus comme une invitation au « décrochage ». D'autres déplorent sa position de spectateur volontairement indifférent face au monde, et Dieu sait combien il souffre de l'absence d'acteurs engagés. L'insensibilité le guette.

Autre défaut : le stoïcisme n'aurait pas fourni de vision d'ensemble de la société. Son approche reste indéfectiblement marquée par un individualisme foncier. Le sage, version stoïcienne, met à distance les responsabilités familiales ainsi que celles de la Cité. L'autonomie, dit-on, serait à ce prix. L'éthique stoïcienne reprend à son compte le « Je suis citoyen du monde » de Diogène, dont Zénon était le disciple, mais on dirait qu'elle se sert de cette maxime pour exprimer une certaine distance envers les devoirs inhérents à la vie de tout citoyen. Le stoïcien parle en termes fort abstraits de la nécessaire solidarité humaine, il nous rappelle que nous devons accomplir vertueusement nos devoirs sociaux, mais sans plus de développements.

D'aucuns trouvent plutôt sommaire et un tantinet conservatrice l'invitation à respecter l'ordre cosmique et social voulu par le destin. « Le tout est supérieur à la partie et la cité au citoyen », (12) écrivait Épictète.

L'écrivaine canadienne Nancy Huston se plaint aussi de l'approche stoïcienne : « Chacun sait qu'il est stupide de prendre ses désirs pour des réalités et tragique de renoncer à ses désirs au nom de la réalité, et vain d'espérer transformer tous ses désirs en réalités... mais alors quels sont les ponts qu'on peut chercher à jeter entre ces deux mondes ? » (13)

 

 

Actualité du stoïcisme

En dépit de ses failles et de ses insuffisances (quelle morale n'en comporte pas ?), de grands esprits de l'époque moderne comme Montaigne, Pascal, Descartes et Voltaire reconnaissent tous une dette intellectuelle envers le stoïcisme. Ils citent avec profusion et respect les maîtres de l'école dite du Portique. Le « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes » de Candide porte le sceau philosophique du stoïcisme. Quand Voltaire disait : « J’ai choisi d’être heureux, car c’est bon pour la santé », il parle encore en stoïcien.

Qu'on soit d'accord ou pas avec ses analyses, une des grandes contributions du stoïcisme réside dans la formation du jugement moral des individus à partir de situations concrètes de la vie quotidienne. On ne les a pas baptisés « moralistes pratiques » pour rien. En leur temps, les stoïciens invitaient leurs disciples à anticiper leurs réactions à des maux dont ils auraient un jour à subir les rigueurs (Marc-Aurèle appelle ces exercices praemeditatio). Ils leur soumettaient quelques questions du genre : «Comment réagiriez-vous si advenait un revers de fortune, la perte de la santé, la mort d’un être cher». Ils posaient ces questions non pas uniquement dans le but d'amortir le choc, de toute façon inévitable, mais de les entraîner à l'adversité, de les pénétrer des grands principes fondamentaux dont nous avons trop brièvement traités dans ce texte.

stoicisme AA mainAujourd'hui, l'aspect thérapeutique de la démarche stoïcienne déborde le champ étroit de la philosophie académique. Le mouvement des Alcooliques Anonymes a repris à son compte l'esprit de l'éthique stoïcienne. Leur prière est : « Mon Dieu,  donnez-moi la sérénité d’accepter ce que je ne puis changer, le courage de changer ce que je peux et la sagesse d’en connaître la différence ». Cela vous dit quelque chose ? Nous avons ici résumé la quintessence du message stoïcien : la distinction des choses qui dépendent de nous et celles qui ne dépendent pas de nous, doublée d'une volonté ferme de réalisation de soi. Pour être sage, il faut à la fois vouloir savoir et savoir vouloir. « Quel genre d’homme veux-tu être ? », répétait Épictète à chacun de ses disciples. (14)

Dans son livre S'aider soi-même, (15) vendu à plus de 200 000 exemplaires au Québec, le psychologue québécois Lucien Auger, adepte de l'approche émotivorationnelle, écrit : « Il s’agit de reconnaître que la plupart des troubles émotifs ont pour cause les idées irréalistes que presque chaque personne nourrit dans son esprit, de les confronter ensuite rigoureusement avec la réalité afin de les expulser ». Cela vous dit quelque chose ? On enseigne aux chercheurs et aux scientifiques que les idées préconçues modifient la perception de ce qui est observé. Cela ne vous rappelle pas quelque chose ? Nombre d'études en  psychosomatique démontrent que, chez certains sujets, les idées négatives peuvent avoir plus de dommage sur le corps que la consommation de tabac et d'alcool. N'avez-vous pas déjà entendu cela quelque part ? Notre début de XXIe siècle n'en finit plus de redécouvrir les enseignements du stoïcisme.

 

 

Conclusion : sur la voie de l'autonomie

Ici se terminera notre panorama des grandes idées de l'éthique du stoa. Certains trouveront sans doute insupportable l'idée stoïcienne selon laquelle « il vaut mieux changer ses idées que le monde lui-même » quand celui-ci nous offre le spectacle désolant d'Auschwitz, du Rwanda et autres drames inimaginables qui les remplaceront. Dans certaines circonstances particulièrement humiliantes pour la condition humaine, n'est-il pas « plus moral » d'œuvrer, par la réforme ou la révolution, à la transformation du monde plutôt que de s'adapter unilatéralement à lui ? La question se pose. Cela dit, qui contestera la valeur humaine de ce projet éthique : abandonner les idées et les pratiques qui nous font souffrir pour retrouver enfin la voie de l'autonomie.

Serge Provost     

 Professeur de philosophie    

___________________________________

 

(1) Voir L'apologie  de Socrate  de Platon 

(2) Sénèque, Lettres à Lucilius, 107,11. 

(3) Marc-Aurèle, Pensées, Les Stoïciens, Bibliothèque de la Pléiade, nrf Gallimard 1962, <II (17),  p.1150 >.  

(4) Entretiens  (II, XIV,21-24).

(5) Pour une analyse plus développée de la passion amoureuse, voir mon livre De l'amour-passion au  plein 

amour, Stanké et les Éditions de L'homme, 1988, 234 pages (écrit en collaboration avec Jacques 

Cuerrier).

(6) Manuel d'Épictète, (XVIII).

(7) Extrait du Manuel d'Épictète, Garnier Flammarion, Paris, 1964

(8) cité  par  Boris  Cyrulnik, "Parler d’amour au bord du gouffre", Odile Jacob, 2004, p.35

(9) Pensées, IV, 23.

(10) Une éducation philosophique, P.U.F., 1989, Paris,p.349

(11) Bertrand Vergely, Les grandes interrogations morales, Les essentiels Milan, 1999, p 44. 

(12) Entretiens II, 10, 5)

(13) in Désir et réalités, Leméac, Montréal, 1995, p.13

(14) Entretiens, III, XXIII

(15) Les Éditions de L'Homme, 1972.


- Merci à G.D. de m’avoir fait découvrir Clogs. 

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 00:40

 

Nous vivons une crise de la cause sociale, une crise du désir des individus c'est-à-dire de leur inter-relation. Le désir est ce qui relie les Hommes entre eux. Force est de constater que nous sommes en manque.


Certains ont la volonté de créer un nouveau modèle de société.

Je vous invite à découvrir le Dernier Français, soufiste. Ma volonté est de présenter de façon objective, en évitant tout jugement, ce modèle prôné par Abd Al Malik dans un livre provocateur, sans pour autant partager cette vision religieuse de notre société. 

 

Gardons et unissons-nous autour de ces valeurs qui nous rassemblent, comprenons pour quelles raisons la religion continue à être un refuge, cherchons ces raisons, comprenons-les pour mieux les dépasser, offrons autre chose et gagnons le droit au sacré car comme le dit Michel Onfray, le sacré n'appartient pas aux religions.

Cet article est le dernier que je publierai, qu'il soit lu avec attention, juste cela.

Ce qui fait la beauté d'un être, ce n'est pas son intimité religieuse, c'est sa capacité à l'échange respecteux, au partage, à la gentillesse, à la bienveillance, c'est la grandeur de son âme.

Pourquoi parler de La société ? C'est oublier que Nous sommes la société.

                                         


Le dernier françaisToute sa vie il s'est fait une certaine idée de la France. Qu'importe d'où elles viennent et qu'impote qui les porte, les valeurs humaines sont à la fois bonnes fées et seuls juges. Car la pire des maladies qui soit dans la fin de cycle de cette Humanité, c'est le manque d'ambition humaine. Abd Al Malik rêve d'une nouvelle voie, celle de la liberté et de la véritable égalité, celle qui se met en marche vers son salut. Notre époque... une chance puisqu'elle permet de nous réinventer, corriger puis réecrire l'histoire collective.

Dans ce livre, quarante-neuf textes, l'indignation. A l'occasion de sa sortie, Rue 89 a interviewé Abd Al Malik.




 

Pour ceux qui n'ont pas trente minutes à consacrer au visionnage de cette vidéo, voici quelques passages importants :

- Une spiritualité est un comportement, elle se manifeste par le lien aux valeurs, être dans une démarche de sens dans les actes, de l'acceptation de l'autre dans l'échange et une attitude de non jugement.

  Moi, quelle est ma part de responsabilité au monde dans lequel je vis ?

- Ma manière de concevoir la spiritualité était pauvre. La spiritualité c'est ce qui nous dépasse, peut-on être rassasiés de ça ? 

- Les actes parlent plus fort que les mots. La croyance religieuse et l'athéisme font partie de l'identité française. Savoir ce qu'est l'islam c'est aussi savoir qui je suis, même si je ne suis pas musulman. Nous autres musulmans existons dans la société française non pas en tant que tels mais comme citoyens : nous avons des droits mais on ne parle jamais assez de nos devoirs. 

- Quand je parle de foi je ne parle pas de croire en Dieu mais de la foi en des valeurs, en des principes, avoir une vision humaniste, quelque chose qui nous lie tous et qui nous dépasse. Croire en soi, en l'autre, en son pays, en la possibilité du changement en devenant une pierre de cet édifice. Le maître mot de tout cela c'est la foi. 

- Onfray disait dans une interview que la sacralité n'appartient pas nécessairement à ceux qui croient en Dieu et je suis d'accord. L'Homme est important avec ou sans Dieu.

- On ne peut pas faire fi de la chose politique.

                                                 

 

Abd Al Malik propose la construction d'un nouveau monde en cinq points :

1/ Une société de l'homme de foi : La source de l'identité française est le refus d'asservissement. Il est à l'origine de nos valeurs fondatrices, la liberté, l'égalité, la fraternité. Aujourd'hui, nous devons nous élever et refuser l'asservissement à la société financiarisée tournée vers une vie matérialiste et consumériste, société dont le message est celui d'un bonheur et d'un accomplissement nécessairement matériels. Retrouvons la foi en l'aventure intime, en l'émerveillement et en la possibilité d'illumination.

2/ Le renouveau : Transcendance et vie spirituelle dans le cadre de notre laïcité et de nos valeurs fondatrices. Redéfinir l'identité française. Récréer un lien entre vie économique et intérêt général.

3/ Laïcité et foi : Reconnaissance de tous les croyants, érection de lieux de cultes et de formations (via notament les écoles privées sous contrat). Une école publique qui se tourne vers une culture religieuse et ce afin de comprendre l'histoire des civilisations liées au sacré. Excellence du modèle laïc et républicain. La religion doit devenir l'allié majeur de la République.

4/ Identité nationale : Intégration dans notre identité nationale de grandes figures multiculturalistes qui promeuvent les plus hautes valeurs humaines, les plus beaux destins, les plus nobles causes.

5/ Economie, finance et bien commun : Qu'à l'économie prédatrice et injuste se substitue une économie philanthropique qui aime l'homme et ambitionne de le servir via le mécenat. Cette médiation philanthropique sous-tend une révolution culturelle, sociétale, basée sur une réorganisation (je dirais même un inversement) des valeurs de la société financiarisée.

 

                                 

 

Abd Al Malik propose un avenir religieux. Il est le verso de notre foi, ne voulant voir que ce que peut la religion, nous ne voyons que son poids. Construire une France telle qu'il la propose est une France plus belle, rien ne peut arriver de grand sans espoir, je crois que nous sommes portés par le même que lui.

Vous souvenez-vous de ceci, Dieu n'est pas, point à la ligne ? Peut-être qu'en effet il n'est pas, dépouillons la foi.

                                                                                                            Constance

 

                                                    

Je remercie Frédéric qui a trouvé une très belle représentation de ce qui fait une partie de mon utopie, ainsi donc Pierre Rabhi


Et pour ceux qui désirent aller plus loin, la sobriété heureuse, Ecologie et spiritualité comment vivre de façon responsable.
Published by Constance - dans Goût des autres
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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 07:02

        

journaux libé femme en robe

 

Pendant que les idéalistes qui tiennent à avoir les mains propres, d'aucuns lepénistes, les nihilistes et jemenfoutistes votent blanc ou s’abstiennent (ce qui revient au même), les féministes font leur choix entre le pire et le moins pire. Puisque le monde idéal, la politique et la démocratie idéales n’existent pas et n’existeront jamais, on se retrouve très souvent à devoir faire ces choix-là.

Avec François Hollande, les vaches libérales seront bien gardées, certes, mais moins bien qu‘avec Nicolas Sarkozy. Et avec Hollande, les pâturages seront peut-être un peu plus propices à la floraison des micro résistances...

Le 25 avril 2012 Libération a publié le texte de 150 féministes appelant à voter pour la gauche au second tour de la présidentielle. Parmi les signataires : Sylviane Agacinski, Laure Adler, Axel Kahn, Caroline Fourest, Isabelle Alonso, Philippe Torreton, Gisèle Halimi, Annette Wieviorka, Pap Ndiaye, Françoise Héritier, Philippe Meirieu…



« Les droits des femmes passent par la gauche »

 

"Nous sommes féministes. Le 6 mai prochain, nous voterons pour la gauche rassemblée, nous voterons pour François Hollande.

 

Nous voterons pour la gauche car elle est notre famille politique. Son histoire, son moteur, son identité, c’est de placer l’intérêt général avant les intérêts privés, la raison au-dessus des croyances ou des préjugés, c’est de faire reculer les oppressions et de construire une société où les dominations de toutes sortes n’auront plus leur place. La gauche est une alliée intrinsèque de la lutte des femmes pour leur libération parce qu’elle a pour but l’émancipation de chaque individu.

 

Ces cinq dernières années, le lien social a été affaibli, les inégalités se sont développées. Les femmes ont payé le prix fort des mesures libérales mises en œuvre par Nicolas Sarkozy : réforme des retraites, fermetures de centres IVG, recul de la parité, augmentation de la précarité du travail, féminisation de la pauvreté… Il est temps de changer de politique, pour les femmes comme pour la société toute entière.

 

L’amélioration réelle de la vie des femmes passe par des mesures spécifiques mais aussi par des politiques publiques qui visent le progrès social, par une plus juste répartition des richesses, le maintien et l’amélioration des services publics. A de nombreuses reprises, la gauche a soutenu les mobilisations féministes. Elle a prouvé qu’elle pouvait mettre en œuvre des politiques progressistes et favorables à l'égalité entre les sexes et à la liberté des femmes.

 

L’arrivée de la gauche au pouvoir est une condition importante de l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais nous savons aussi que les mécanismes de domination, multimillénaires, d’invisibilité des femmes et de résistance à leur émancipation et à leur libération, sont puissants. Le candidat de gauche devra les combattre. Nous comptons sur lui. Nous serons là pour lui rappeler ses engagements, le soutenir quand il voudra lutter contre le patriarcat, et le bousculer si les vieux démons reprennent le dessus.

 

La promesse de François Hollande de rétablir le ministère des Droits des Femmes, dans un gouvernement paritaire, est un engagement majeur. Ce ministère, en travaillant avec les associations féministes, devra être un outil politique déterminant pour faire reculer les inégalités et inventer une autre société.

 

Nous affirmons la dimension profondément politique du féminisme. Nous attendons une remise en cause de cette organisation sexuée de la société qui crée et perpétue des inégalités intolérables entre les femmes et les hommes. Voter à gauche, c’est refuser l’assignation à des rôles pré-établis, c’est parier sur la raison et la capacité de chacune et chacun à s’extraire de sa condition pour devenir maître de sa vie. Voter à gauche, c’est parier pour un monde nouveau, dans lequel les droits des femmes passeront des textes de lois à la réalité.

 

Nous appelons toutes celles et ceux qui veulent que les droits des femmes retrouvent le chemin du progrès à se rassembler dans un vote de gauche, à voter François Hollande." 

 



 

Dans l’émission d‘Hervé Gardette, « Du grain à moudre », diffusée le 25.04.2012 sur France Culture, les quatre invités (Barbara Cassin, Martin Legros, Stéphane Rozès et Nicolas Baverez) s’interrogent sur le déroulement du premier tour de la présidentielle : 

« La campagne a-t-elle été assez féminine? »

 



 

Philosophie Magazine n°59 (mai 2012) consacre un dossier composé de six articles à la question :

« Les femmes sont-elles plus morales que les hommes? »

 

philo mag couve 59 - 2

"Pour la plupart des féministes de la première génération, la remise en cause de la domination masculine et la conquête de l'égalité des droits ont conduit à critiquer toute différence de nature entre homme et femme. C'est ce qui a amené notamment à distinguer le sexe – donnée biologique – et le genre – construction sociale de l'identité sexuelle. Or voilà qu'une nouvelle vague féministe venue des États-Unis renverse cet égalitarisme et revendique la supériorité des valeurs morales féminines. C'est le care, ou la sollicitude, l'ouverture à autrui et le dialogue qui sont mis en avant, contre le goût du rapport de force et le solipsisme jugés trop masculins.

À l'heure où le « deuxième sexe » conquiert la première place – aux États-Unis, les salaires des femmes sont désormais supérieurs à ceux des hommes –, la question se pose avec une acuité particulière : si les femmes prennent le pouvoir, en feront-elles un meilleur usage que les hommes avant elles ?"

____________

«  Quand on interroge les femmes politiques, elles dénient en bloc l’idée qu’elles feraient de la politique autrement, au féminin. Mais l’inverse saute aux yeux dès qu’on entre dans les détails : elles affirment alors être porteuses de valeurs différentes dans un monde d’hommes. Elles se différencient notamment par une appréhension modeste de leurs compétences, un sens revendiqué du concret, une plus grande proximité avec les citoyens, un rapport au temps et à la parole plus efficace… Quand un homme politique prend la parole trois fois pour dire la même chose et sans avoir grand-chose à défendre, une femme ne parle que si elle a quelque chose de précis et d’élaboré à dire, ce sont des femmes politiques qui l’affirment ! […]

Peu de femmes politiques portent la cause des femmes, surtout lorsqu’elles sont haut placées dans la hiérarchie. Certaines m’ont même dit avoir le sentiment qu’il leur fallait rejeter le féminisme si elles voulaient, en tant que femmes, réussir en politique. »

Camille Froidevaux-Metterie, professeure de sciences politiques

__________________

"Observons d'abord les faits : selon le ministère de la Justice français, 85 % des homicides et 98 % des crimes sexuels y compris sur mineurs sont commis par des hommes, 96,8 % de la population carcérale (au 1er janvier 2011) est masculine, 84 % des victimes de crimes conjugaux sont des femmes. « Dans aucune espèce vivante, constate l'anthropologue Françoise Héritier, les mâles tuent leurs femelles, parce que cela mettrait en péril la reproduction et la survie de l'espèce… sauf chez les hommes. Battre et tuer sa femme n'est donc pas un acte bestial mais bien l'exception du mâle humain ! » Et ne comptons pas les guerres, qui sont décidées et livrées majoritairement par des hommes ; ni les risques inconsidérés pris par des traders shootés à la testostérone qui provoquent les crises économiques mondiales. Si, donc, on considère quantitativement les infractions à la loi ou les manquements à la morale publique (ce qui ne saurait être le tout de la vie morale) et qualitativement la gravité des actes, la majorité masculine est écrasante. Empiriquement, les hommes sont plus souvent du côté de la violence, surtout physique, les femmes plus souvent du côté des victimes. Cela suffit-il à faire d'elles des êtres plus moraux ?"

 


 

“Les femmes ont pendant des siècles servi aux hommes de miroirs, elles possédaient le pouvoir magique et délicieux de réfléchir une image de l’homme deux fois plus grande que nature.”

Virginia Woolf - Une chambre à soi   

 


"Font leur pipi contre les murs, - Quelquefois mêm' sur leurs chaussures, - Pisser debout ça les rassure, - Les z'hommes, - Z'ont leur p'tit jet horizontal, - Leur p'tit siphon, leurs deux baballes, - Peuv' jouer a la bataill' navale, - Les z'hommes, - Z'ont leur p'tit sceptre dans leur culotte, - Leur p'tit périscop' sous la flotte, - Z'ont le bâton ou la carotte, - Les z'hommes, - Et au nom de ce bout d'bidoche - Qui leur pendouille sous la brioche, - Ils font des guerres, ils font des mioches, - Les z'hommes...

Ils se racontent leurs conquêtes, - Leurs péripéties de braguette, - Dans des gros rir' à la buvette, - Les z'hommes, - Ils se racontent leur guéguerre, - Leurs nostalgies de militaires, - Une lalarme à la paupière, - Les z'hommes, - Virilité en bandoulière, - Orgueil roulé en band' moll'tières, - Agressivité en oeillères, - Les z'hommes, - Ils te traiteront de pédé, - De gonzesse et de dégonflé, - A moins qu'tu n'sort' dehors si t'es - Un homme...

Z'aiment les femmes comme des fous, - C'est si pervers et c'est si doux, - "Enfin quoi ! c'est pas comm' nous, - Les z'hommes". 

Z'aiment les femmes à la folie, - Passives, muett' et jolies - De préférence dans le lit, - Des z'hommes, - Au baby-room ou au boudoir, - A la tortore ou au trottoir, - Z'aiment les femmes sans espoir, - Les z'hommes, - Prostituées ou Pénélopes, - Apprivoisées ou antilopes, - "Toutes les femm' sont des salopes" - Pour les z'hommes...

C'est en quatre vingt treiz', je crois - Qu'ils ont tué la femme du roi - Et la déclaration des Droits - De l'Homme, - C'est depuis deux mille ans, je pense, - Qu'ils décapitent en silence - Les femmes d'ailleurs et de France, - Les z'hommes, - Z'ont abattu les Thibétaines, - Z'ont fricassé les Africaines, - Z'ont indigné les Indiennes, - Les z'hommes, - Z'ont mis le voile aux Algériennes, - La chasteté aux châtelaines - Et le tablier à Mémène, - Les z'hommes... 

Excusez-moi, mais ell' me gratte, - Ma pauvre peau de phallocrate, - Dans la région de la prostate - Des z'hommes, - Excusez-moi, mais je me tire, - Sans un regret, sans un soupir, - De votre maffia, votre empire - Des z'hommes, - A chacun sa révolution, - Aurais-je seul'ment des compagnons - Qui partagent l'indignation - D'un homme ?"

Henri Tachan                                 

(Merci à Monica pour la chanson)    

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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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