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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 17:43

 

clef de sol

Une rencontre de qualité a eu lieu entre Michel Onfray, Guillaume Durand et Philippe Tesson, dans l’émission  Culture club  sur Radio classique, le 08.01.2012.

Le thème de discussion était évidemment le dernier ouvrage du philosophe normand sur la vie et l‘œuvre du philosophe algérois : 

« L’ordre libertaire , la vie philosophique d’Albert Camus »

La sublime musique de Bach et Dominique Scarlatti accompagnait les réflexions des invités.


Pour écouter le podcast d’émission, cliquez sur la clef de sol  

Merci à Frédéric du blog pasfaux 

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Dans un marathon promotionnel comme celui-ci, il y a toujours beaucoup de redites et de raccourcis qui peuvent être frustrants, énervants, ennuyeux. Cela dépend essentiellement de la qualité d’interviewer. Et comme excellent François Busnel dans La Grande Librairie, Guillaume Durand et Philippe Tesson savent très bien mener leur barque pendant une heure. Je voudrais donc seulement attirer votre attention sur quelques points : la thématique abordée dans cette émission et pas ailleurs, les sujets traités de façon un peu différente, ou ceux qui m’ont paru les plus intéressants.


camus-algerie.jpgMORALE ET POLITIQUE


Tesson reproche à Onfray de ne pas expliquer dans son livre un phénomène très particulier concernant Camus, à savoir que s’il est aimé de façon universelle, c’est parce qu’il est davantage moraliste que philosophe.

Onfray répond : Pour moi, la philosophie c’est la morale, ou l’éthique plutôt, mais cela n’a rien à voir avec  la moraline, ni la morale moralisatrice.
Tesson persiste : Camus exploite la morale comme le système, il veut supprimer la politique et la remplacer par la morale, or, la morale ne suffit pas pour faire de la politique.
Onfray explique : La politique est une des modalités d’éthique. Camus a voulu finir avec la politique politicienne, la justice injuste au nom de la morale au sens suprême du terme. Cette distinction machiavélienne, voire machiavélique, entre la politique et la morale les place sur des registres différents et permet de justifier l’immoralité en politique. Les plus grandes politiques sont les plus morales. 


camus devant le théâtre
THÉÂTRE
 
La passion de Camus pour le théâtre (caractéristique pour cette époque) s’était manifestée très tôt et durait toute sa vie.
Selon Onfray, Camus aimait l’effet artistique immédiat et la mise à nu qui s’opère au théâtre : tout seul sur scène on ne peut pas mentir. 
Pour Tesson, il y a trois raisons essentielles pour lesquelles Camus aimait le théâtre. D’abord, parce que c’est un univers fascinant qui permet d’échapper au monde réel; puis, pour sa sensualité, le théâtre est un art où le corps triomphe; et enfin, puisque le théâtre c’est la plus belle des métaphores politiques.


camus_sartre.jpgCAMUS - SARTRE ?

Durand reproche à Onfray de ramener la bataille Sartre/Camus au XXIe siècle et de la transformer en affrontement Onfray/BHL. De la même façon que BHL utilise Sartre pour s’inscrire plus à gauche, Onfray utiliserait Camus pour s’orienter vers une carrière d’artiste et d’écrivain plutôt que celle de  
« contre-historien » de la philosophie. Tesson propose que le dialogue entre les philosophes d’aujourd’hui ait lieu « ici et maintenant », sur Radio Classique par exemple, et non par l’intermédiaire de Sartre et Camus.
Pour Onfray, le clivage Camus/Sartre va bien au-delà de ces deux philosophes. Il souhaite que L’ordre libertaire soit aussi l’instrument du combat d’aujourd’hui. Camus constitue pour lui une espèce de boîte à outils pour les questions contemporaines. Et enfin, Onfray dit oui au débat avec BHL et Badiou. Chiche!


camus NobelRAISONS DU SUCCES

D’après Onfray, les raisons de la grande popularité de Camus jusqu’à aujourd’hui (L‘homme révolté,  Mythe de Sisyphe sont toujours lus par des « gens d’en bas »)  se situent dans le fait qu’il n’était jamais un homme de parti; il était un philosophe soucieux du réel et des gens, intéressé par la vie et non par l’élaboration de concepts; ses écrits sont particuliers et universels en même temps (par exemple, Caligula c'est à la fois un personnage historique et l’incarnation de tout pouvoir).
Pour Tesson, c’est le mélange des genres (de la littérature et de la philosophie) qui est la raison du succès de Camus auprès du grand public et la raison du mépris du monde universitaire.
A la question -  est-ce qu’il existe l’équivalent de Camus sur la scène littéraire française d’aujourd’hui ? - Onfray répond oui : Patrick Modiano, Le Clézio, les jeunes auteurs des Éditions de Minuit. D’après Tesson, depuis Camus, aucun philosophe ni écrivain n’était jamais autant préoccupé de la condition humaine que lui. Albert Camus c’est un philosophe qui aide l’homme à exister.

photo onfray 2AUTOPORTRAIT ?

Durand et Tesson soutiennent la même « thèse » que Busnel : c’est Onfray que l’on découvre à travers Camus. Il y a une sorte d’affinité, de parenté entre les deux philosophes non agrégés de l’école normale prétendue supérieure  : enfance, province, nietzschéisme, hédonisme, pensée libertaire et proudhonienne, sensualité… A cette dimension  dionysiaque d’Onfray, il ne manquait que le soleil d’Alger.
Onfray ne réfute pas du tout cette thèse.  « Je suis tombé amoureux de cet homme », dit-il, et ajoute : « en gardant la lucidité «.

 

  Ewa  

 

10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 15:17

 

 

DSC00207.JPGDans Le Point du 05.01.2012, Franz-Olivier Giesbert décrit son voyage avec Michel Onfray, en novembre 2011, en Algérie, sur les traces de Camus.

Vous pouvez lire ce récit de « pèlerinage » en écoutant une belle chanson kabyle. 

En bas de l’article vous trouverez les trois mini reportages vidéos tournés par Le Point en Algérie.  

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Il n’y a pas à tortiller, Camus est l’affaire de sa vie : j‘ai vu Michel Onfray le teint blême; submergé par l’émotion, à Alger, au 93 de l’ancienne rue de Lyon, aujourd’hui rue Mohamed Belouizdad, là où habitait dans sa jeunesse l’auteur de « L’étranger ».

onfray fait photo DSC00238Le trouble d’Onfray, difficile de ne pas le partager : la grande meule du temps a tout broyé dans l’ex-rue de Lyon, elle n’a laissé aucune trace du séjour de Camus ici-bas. Tout a été refait. L’escalier et les murs intérieurs du petit immeuble.

Rien à voir avec le lieu de culte ou de pèlerinage que ce devrait être. Il est vrai que le propriétaire de l’appartement n’est pas souvent sollicité pour montrer la petite chambre qu’Albert Camus partageait avec sa mère et son frère. Il se prête à l’exercice en bougonnant un peu, pour le principe, parce qu’il a autre chose à faire.

Faut-il croire que l’Algérie, pas reconnaissante, aurait enseveli Camus dans la fosse commune des ultras, des colonialistes, des malfaisants et des mal-pensants? Ce serait une erreur. En sortant du 93, Onfray tombe sur des octogénaires du quartier qui le reconnaissent. Ils ne se souviennent pas d’avoir rencontré Devant le domicile d’Albert Camus    personnellement Camus, mais ils l’ont lu et en ont entendu parler comme d’une gloire de Belcourt. Un jeune sportif sans le sou, qui ne la ramenait pas. « On a su qui c’était quand il est devenu célèbre, dit l’un d’eux. Avant, on ne faisait pas attention. »

Dadi Houari, un ami algérien qui voue un culte à Camus raconte que la mère et la grand-mère du philosophe allaient au marché Belcourt après 10 heures et demie du matin, quand les commerçants commençaient à remballer, juste avant que les services municipaux aspergent au grésil les étals de sardines pour rendre impropres à la consommation des poissons qui, après avoir passé plus de deux heures au soleil, ne sentaient déjà plus la rose.

Dans sa biographie de Camus, Olivier Todd écrit que, rue de Lyon, dans les années 20 ou 30, « voix françaises, arabes, espagnoles, italiennes se mêlent » et que « ça sent la cannelle, l’anis, le safran, l’eau de Javel et le poivron caramélisés. » Les odeurs n’ont pas changé depuis, mais les gens, si. Il n’y a plus  rien de cosmopolite ici. Il ne reste que la misère et la débrouille.

Les Camus étaient pauvres. Touché à la tête par des éclats d’obus lors de la bataille de la Marne, le père d’Albert Camus fut l’un des 1357000 Français morts pour la patrie pendant la Première Guerre mondiale et sa veuve de mère faisait des ménages, notamment chez le boulanger du quartier, pour assurer la subsistance de la famille.

Camus n’a jamais oublié ses origines. Un jour, il a écrit un peu naïvement vouloir « arracher cette  famille pauvre au destin de l’Histoire, qui est de disparaître sans laisser de traces », mais, devant sa mère mutique et à moitié sourde, il a observé fièrement : « Je sens que je suis d’une race noble, celle qui n’envie rien. »


DSC00231.JPGLa misère étant, comme dit l’autre, moins pénible au soleil, Camus allait souvent à Tipasa, non loin d’Alger, s’abandonner aux joies du farniente et se baigner dans la mer « vivante et savoureuse », sous le mont Chenoua, qui ressemble à une femme enceinte allongée sur le dos. 
C’est-ce paysage qui a inspiré à Camus « Noces », l’un de ses plus beaux textes de jeunesse. Onze pages superbes qui résument une philosophie en exaltant « les dieux qui parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent… ». C’est là qu’il dit avoir exercé son « métier d’homme » en savourant, dans une ivresse              Albert Camus et l’art de jouir
sans fin, l’orgueil de vivre et de jouir que tout, sous ce ciel, conspirait à lui donner.
En avalant à grandes goulées l’haleine tiède de la mer à Tipasa, Onfray commente : « Noces » est un grand texte panthéiste au rebours de la phénoménologie, qui complique tout avec des néologismes. Il fait de la métaphysique sans en avoir l’air, avec des mots simples. » Des mots qui, partis d’ici, on fait le tour du monde.
L’ombre de Camus plane toujours sur Tipasa et ses ruines romaines, dont il était l’enfant comme il était du quartier pauvre de Belcourt. L’auteur de « Noces » y a même son monument. Une stèle qui surplombe la mer avec cette citation inscrite dessus : « Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure ».
Le nom de Camus est à demi effacé. « Les sartriens sont passés par là », plaisante Onfray. A moins que ce ne soient les islamistes…

La mystique camusienne sur fond de plotinisme, se retrouve chez Onfray, qui, contrairement à la légende, ne manifeste aucune gêne dans les églises. Je l’ai même vu très à l’aise dans la basilique d’Alger, où Camus aimait se recueillir : Notre-Dame d’Afrique qui, perchée sur sa colline, toise celle de Marseille, Notre-Dame-de-la-Garde, de l’autre côté de la Méditerranée.
DSC00223.JPGNotre-Dame d’Afrique est protégée par la police vingt-quatre heures sur vingt-quatre, afin de dissuader les islamistes qui auraient de mauvaises intentions. La basilique est tenue par une belle personne, le père Bernard, que l’on dirait sorti d’un roman de Bernanos et qui donne une messe tous les jours à 18 heures. Arabophone, il est l’incarnation vivante de la prière en grandes lettres au-dessus de l’abside de la basilique : « Notre-Dame d’Afrique, priez pour les chrétiens et pour les musulmans. »
Il a beau avoir écrit le très célèbre et très anticlérical « Traité d‘athéologie », Onfray n’en fraternise pas 
    Michel Onfray à Notre-Dame d’Afrique           moins avec les prêtres de ce genre. Il signe donc sans se faire prier, sur l’autel, le livre d’or du père Bernard avant de résumer, sur le parvis, le credo de Camus : « Un syncrétisme mystique qui n’a rien à voir avec le christianisme vaticano-européen, indexé sur la pulsion de mort, mais qui appartient à la tradition du christianisme africain et panthéiste. » 
Si l’Algérie lui doit beaucoup, Camus doit aussi beaucoup à l’Algérie. C’est sur cette terre et au milieu de son peuple qu’il a construit son antisystème : celui d’un philosophe qui ne veut parler que de ce qu’il a vécu et entend manger la pomme d’Ève jusqu’au trognon. Il n’y a pas de mal ni de honte à être heureux…
Franz-Olivier Giesbert  
 
Devant le domicile d'Albert Camus 


Albert Camus et l'art de jouir. A Tipasa


Michel Onfray à Notre-Dame d’Afrique   
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Ewa    
  
9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 21:28



C'est chez Dominique Souchier que ce poursuit l'itinéraire de Michel Onfray à l'occasion de L'ordre libertaire, quinze minutes sur Europe 1.


SOUCHIER-DIMANCHE
 Cliquez sur l'image pour réécouter Michel Onfray, à partir de la quinzième minute

 

D.S. - Camus, et les classes de terminale ?

D.S. - Camus disait : "Je ne suis pas philosophe, je ne sais parler que de ce que j'ai vécu".

M.O. - Oui, c'est ce qui fait pour moi les vrais philosophes, au contraire. Montaigne aussi disait qu'il n'était pas philosophe. A l'époque de Camus, la philosophie c'est l'existantialisme. Camus dit que si la philo c'est ça, alors il n'est pas philosophe.


D.S. - Qu'est-ce la vie philosophique d'Albert Camus ?

M.O. - C'est une vie dans laquelle on met en perspective ses idées et sa pratique. Les idées doivent produire des effets dans la vie, la vie doit être pensée, donc produire des effets dans les idées. C'est ce perpétuel aller-retour entre théorie et pratique qui fait la vie philosophique.


D.S. - Camus était contre la peine de mort. Vous dites que la mort infligée est le thème central de l'oeuvre de Camus. Pourtant, à la libération, il la tolère, cette peine de mort, il va même jusqu'à la justifier.

M.O. - Oui, Camus est un homme qui parle tout haut, qui a des sentiments et des émotions. Il a perdu quelques-uns de ses amis les plus chers et à la libération, il se demande quoi faire de ceux qui ont rendu possible l'abattage, les camps, les tortures, etc. Il ne veut pas la peine de mort mais il comprend ceux qui la demandent. Après quelques mois de réflexion, il revient sur cette idée et dit que la peine de mort n'est pas défendable.


D.S. - Cette année 2012 va être marquée par l'anniversaire des accords d'Evian. Vous revenez sur son discours du Prix Nobel : "Je condamne un terrorisme qui s'exerce dans les rues et qui un jour peut frapper ma famille et ma mère. Je crois en la justice mais je défendrais ma mère avant la justice".

M.O. - Détruire un homme juste avec une phrase. En réalité, Camus dit, entre cette justice qui suppose des bombes pour être réalisée et ma mère qui pourrait mourir de cette prétendue justice, c'est ma mère que je choisis.


                                                                                                                                 

 

Dominique Souchier fait également le choix durant cette interview (à partir de la 24ème minute) de parler de la polémique "Michel Onfray sioniste" et de la dernière chronique mensuelle "Sioniste et pro-palestinien".

                                                                                                         Constance


                      Vous pouvez consulter nos articles sur le même sujet :

 

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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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