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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 10:34

 

 

« Je sais la dette que j'ai contractée envers les vieilles féministes, maintenant dans leur tombe. Si, dans ma vie, j'ai pu poursuivre des études, faire ce que je voulais et comme je le voulais, si j'ai pu voyager seule autour du monde, si j'ai pu faire librement publier mes idées et même si je peux aujourd'hui parler à ce pupitre, je le dois à ces femmes, et il est peu de personnes que j'honore et respecte davantage. Je sais que pour obtenir de pareils biens au bénéfice des générations de femmes à venir, vous avez dû traverser bien des épreuves dans votre vie et renoncer à plus encore, qu'il vous a fallu supporter scandale et ridicule, et que, sans interruption, vous avez dû combattre préjugés et méfiance. »

Karen Blixen, Un discours de clôture avec quatorze ans de retard, conférence radio, 11 janv 1953, trad. Régis Boyer, Des femmes, 1987, p. 276-277

 

les-victimes-de-viol.jpg

On oublie trop souvent ce qu’on leur doit, à ces anciennes générations de féministes, ayant parfois cette impression bête et naïve que tout est normal, naturel et acquis.

8 mars - la Journée internationale des droits des femmes - c’est une nécessaire piqûre de rappel, le moment du bilan, l’occasion de faire le point sur la situation actuelle, sur les combats féministes passés et ceux qui restent à mener.

Très intéressant documentaire « Le procès du viol » diffusé hier sur France 3 dans Docs interdits retrace justement l’un de ces combats féministes à la fin des années 70, début 80 : combat juridique pour que le viol soit reconnu comme un crime et pas un délit mineur que les «hommes» s’octroient le droit de commettre pour se distraire et parce que les femmes le veulent bien et en demandent. On ne va quand même pas brimer la sacro-sainte sexualité masculine et le droit ancestral, viril et joyeux des mâles de «percer» les femelles mises à leur disposition, surtout lorsque non seulement elles refusent leurs avances, mais osent être homosexuelles? La satanique sexualité féminine n’a que pas exister, savoir subir et se taire.

"En 1978, à Aix-en-Provence, s'ouvre le procès de trois hommes soupçonnés d'avoir agressé sexuellement deux touristes belges dans les calanques de Marseille quatre ans plus tôt. Au terme de vifs débats - qui vont mobiliser le mouvement féministe comme lors de la bataille de l'IVG, Gisèle Halimi, l'avocate des jeunes femmes, fait modifier la législation. En 1980, est votée une loi qui définit le viol comme un crime et non plus comme un simple délit. Retour sur ce procès mémorable avec, entre autres, les témoignages des victimes Anne Tonglet et Aracelli Castellano."


Les trois criminels sont : Serge Pétrilli, Guy Roger et Albert Mouglalis. 

 

 

      -1-

  • (00:00)  -  « Une société qui ne veut pas entendre parler du viol, c’est une société qui a un regard sur ce qui est le corps de la femme comme si c’était un concept. » [Agnès Fichot, avocate]. Jusqu’à dans les années 1970 en France, la question du viol relève d’un tabou. Les victimes sont perçues comme consentantes ou du moins de moralité douteuse, c’est pourquoi le plus souvent, elles préfèrent se taire.
  • (6:40)  -  Avant les années 70, nulle part dans les médias on ne parle du viol, ou si l’on évoque, c’est pour mieux le relativiser. […] Finalement, s’il y a des victimes dans cette affaire, ce sont bien les hommes et non les femmes. Ce sont bien eux qui sont à plaindre, c’est en tout cas ce qu’explique maître René Floriot, l’un des plus grands avocats de l’époque : « Très souvent devant les tribunaux correctionnels ou devant les cours d’assises comparaissent des jeunes gens qui sont condamnés souvent à de lourdes peines qui brisent complètement leurs carrières, et qui commettent des sottises dont-ils n’aperçoivent pas la gravité. » Et ces sottises, au fond, ce sont les femmes qui en sont responsables, car elles provoquent les hommes. […] Les femmes sont donc des tentatrices, et si elles sont violées c’est qu’elles l’ont bien cherché. Elles n’avaient qu’à pas se croire libres et se pavaner devant les hommes, elles n’avaient qu’à pas… « Quand une femme est violée, on commence par dire, mais elle n’avait qu’à pas porter un jean collant, elle n’avait qu’à pas sourire, elle n’avait qu’à pas sortir, elle n’avait qu’à pas, elle n’avait qu’à pas, à la limite, elle n’avait qu’à pas exister en tant que femme. » [Gisèle Halimi]
  • (13:40)  -  « La juge d’instruction leur aura dit : vous aviez bien dû consentir à un moment, autrement, vous ne seriez pas là pour en parler. Donc, en fait, la seule façon dont elles auraient pu prouver qu’elles n’étaient pas consentantes, c’aurait été d’être mortes. »  [Christine Delphy, sociologue]

 

      -2-

  • (1:35)  -  « La sexualité de la femme a été considérée comme l’appoint de la sexualité de l’homme. […] Ce qui est scandaleux, ce n’est pas de dénoncer le viol, ce qui est scandaleux c’est le viol lui-même. »  [Gisèle Halimi, avocate]
  • (4:50)  -  Le scandale, c’est cette société indulgente à la violence masculine, le scandale, c’est le bâillon imposé aux femmes.
  • (7:00)  -  Pour Françoise Giroud, la secrétaire d’État à la condition féminine, c’est la révolte du gibier contre le chasseur. « Il y a toujours eu des chasseurs, les hommes ont chassé les femmes, et de même il y a des chasseurs qui vont dans la forêt et qui chassent les lièvres. C’est tout à fait normal. Imaginez que brusquement, les lièvres, au lieu de courir se retournent et disent : monsieur, si vous continuez, j’appelle mon avocat. Eh bien, c’est ça, la situation. Alors les chasseurs disent : mais qu’est-ce que c’est que ça? De quoi elles se mêlent? Elles sont insupportables, elles sont folles, ces femmes! Mais c’est le lièvre qui m’a provoqué. S’il n’y avait pas de lièvres dans la forêt, je ne tirerais pas dessus. »
  • (9:56)  -  Jusqu’ici en matière du viol le huis-clos est la norme. Réclamé par les accusés, il est prononcé par les magistrats qui estiment que les débats peuvent porter attente aux bonnes mœurs. Mais pour les féministes il n’y a pas de honte à être victime. Le déshonneur est du côté du violeur. Il faut que ces affaires soient jugées au grand jour. […] Certains magistrats comme le président de la cour d’assises de Paris, font de la résistance. […] En prétendant défendre la pudeur des femmes, ce magistrat ne fait en réalité qu’entretenir la honte que la société fait peser sur elles. Il ne peut même pas imaginer que les victimes puissent vouloir déchirer leurs bâillions.


      -3-

  • (1:55 ) -  « Progressivement est passée l’idée qu’il fallait que le viol soit réprimé parce que c’était une atteinte intolérable à la dignité des femmes. » [Monique Pelletier, Ministre]
  • (3:00)  -  Non, le viol ce n’est pas une violence comme une autre, et ce qu’il révèle, c’est une société où les femmes sont traitées en inférieures, en dominées, en proies.
  • (3:45)  -  On ne l’avait jamais dit jusqu’ici, mais le viol c’est une blessure profonde, une douleur qui vous ronge des années durant, c’est une forme de destruction, de ravage.
  • (5:15)  -  L‘enjeu dépasse de loin la condamnation de trois violeurs. […] « L’enjeu est très important. L’enjeu c’est changer fondamentalement les rapports entre les hommes et les femmes. Il ne peut pas y avoir de société où le couple, au plan de l’amour, soit basé sur un rapport de force physique. C‘est quasiment du fascisme. [Gisèle Halimi]
  • (7:00)  -  En ce qui concerne la lutte contre le viol, une partie de l’extrême gauche critique la stratégie des assises et accuse les femmes de tomber dans le piège de la répression bourgeoise. […]  « Si vous voulez supprimer la prison pour tout le monde comme système, nous signons des deux mains, mais si vous commencez à la supprimer uniquement quand il s’agit du viol, eh bien, c’est une indication qui est grave et qui signifie que vous considérez que c’est une chose banale, anodine; » [Gisèle Halimi]

 

      -4-

  • (00:00)  -  « Ces trois mecs avaient baisé deux salopes. C’était ça, le climat. »  Éprouvées, les mères de deux jeunes filles sont obligées de quitter le tribunal par la porte dérobée. […]  Il faudra finalement escorter les plaignantes et leurs avocates jusqu’à leur hôtel car les amis des violeurs les suivent et les insultent. […] « … on a craché sur les avocates, on les a menacées de mort, on a essayé de l’empoigner, on nous a protégées tant bien que mal pour arriver jusqu’à la voiture, et là, Gisèle Halimi a dit : demain, c’est protection !» […]
  • (1:05)  -  Claude Serillon, envoyé spécial du journal d’Antenne 2 ne revient pas de cette violence : « Des injures, des crachats, des obscénités, des coups - à chaque sortie de l‘audience les mêmes scènes.[…] Forcement, on est touché, on est pris, il y a une charge émotionnelle très forte. Vous avez une haine, un ressenti, vous avez une violence verbale, des crachats, des jets de choses différentes et variées, et puis en face, vous avez quelqu’un qui vient défendre le droit, dire ce qui va être la justice. «
  • (2:15)  -  Sur le marché du palais, le professeur de médecine Alexandre Minkovski que le président a empêché de témoigner se désole de cette violence : « Dans cette région de la Méditerranée, il y a une espèce de consensus sur le fait que, comme on dit, on perce les femmes, et finalement, l’espèce de complicité masculine me paraît une insulte pour les hommes et pour la conception que nous avons de l’amour. »
  • (10:50)  -  « Les choses changent lentement, mais elles ont quand même changé, un peu… »  [Christine Delphy, sociologue]

 

 

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8 mars 2014 à Paris.

 

 

Published by Ewa - dans Nausée
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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 11:56

 

 

zero-macho.jpg

 

Par pure coïncidence, c’est le deuxième manifeste auquel ce blog s’associe pleinement et sans réserve en très peu de temps. Il a été publié sur le site zéromacho. 


_________________________________

 

« La prostitution est-elle un « droit de l’homme » ? Une « liberté des femmes » ? Une réalité inévitable pour répondre aux « besoins irrépressibles » des hommes ? 

NON ! Finissons-en avec cette propagande ! 

 

zero machos

 

Nous, signataires de ce manifeste, hommes de tous âges, origines et conditions, refusons de vivre notre sexualité au travers de rapports marchands. Pour nous, la sexualité est avant tout une relation humaine, vécue dans l’égalité et le respect de l’autre, de sa liberté et de son désir.

Nous vous invitons à agir avec nous et à dire publiquement : 

LA PROSTITUTION : PAS NOUS ! PAS EN NOTRE NOM ! 

NON à ce marché de la misère qui pousse les plus vulnérables à louer leur bouche ou leur vagin ! 

NON à la culture machiste qui utilise la sexualité pour dominer et avilir !

NON à des bordels, même homologués par l’État, où des femmes, asservies et exploitées par des proxénètes, sont parquées au service d’hommes !

OUI à la liberté sexuelle ! OUI au désir et au plaisir partagés !

zéromacho« Libre de se prostituer », entend-on dire. Mais qui « choisit » d’avoir chaque jour plusieurs actes sexuels non désirés avec des inconnus ?

Qui est libre dans la prostitution ? Qui a le choix ? Qui recherche son plaisir sans se soucier de l’autre ? Seulement celui qui a le pouvoir de l’argent. 

La liberté que revendiquent des personnes prostituées est illusoire, car elle est contrainte par des proxénètes, par la drogue, par des violences.

Chaque année, le système prostitueur détruit la vie de millions de nouvelles victimes, surtout des femmes et des enfants, souvent parmi les plus pauvres. 

 

Tout homme peut s’affirmer sans nier l’autre, et s’assumer sans dominer.

En application du principe de l’égalité femme-homme, nous demandons aux pouvoirs publics de : 

Cesser de pénaliser les personnes prostituées ; développer des actions de prévention sociale, éducative et sanitaire, ainsi que des alternatives à la prostitution, afin de rendre effectif le droit de n’être pas prostitué-e.

Réprimer le proxénétisme en cessant toute complaisance envers ses diverses formes (prostitution de rue, bordels, salons de massages, bars à hôtesses, camionnettes, escortes, sites Internet, petites annonces, etc.)

Instaurer ou renforcer dès l’école une éducation sexuelle et affective non-sexiste, dans le respect de l’autre, de sa liberté, de ses choix et de ses désirs.

Instituer contre les « clients-prostitueurs » une sanction pénale graduée, comme en Suède où cette politique a démontré son efficacité.

Refuser de nommer « clients » ces hommes, qui sont plutôt des prostitueurs.


zéromacho

 

Payer pour avoir accès au sexe, au corps, à l’intimité d’une personne qui n’en ressent aucun désir, n’a rien d’un contrat, lequel se fonde sur la liberté et l’égalité. Ici, la liberté est illusoire et l’égalité bafouée.

Construisons ensemble un monde où personne n’imaginera d’acheter l’accès au corps d’autrui, et où les plaisirs du sexe ne seront liés ni à l’argent ni à la violence !

Ce monde est possible, et sa construction a déjà commencé.

En 1999, après un demi-siècle d’éducation égalitaire à l’école, la Suède a été le premier pays à pénaliser l’achat de « services sexuels » par les prostitueurs – mais sans réprimer les personnes prostituées. En 2009, la Norvège et l’Islande ont fait de même. Quelques dizaines d’hommes ont été condamnés à des amendes, et l’État aide les personnes prostituées à préparer un autre avenir. 

Cette politique est progressiste : les réseaux de prostitution se sont détournés de ces destinations devenues moins rentables (rapport officiel suédois, 2010, voir traduction française sur ce site : Évaluation de l’interdiction de l’achat de services sexuels), les enfants apprennent qu’on n’achète pas le corps d’autrui.

Au contraire, en Allemagne et aux Pays-Bas, où les bordels sont légaux, les garçons savent que des femmes seront mises à leur disposition. Comment peuvent-ils dès lors reconnaître les filles comme des égales ?

Pour nous, le modèle scandinave, gage d’humanité et de démocratie, représente l’espoir d’un monde sans prostitution.

Quelle Europe allons-nous construire ? Dans quel monde voulons-nous vivre ? »

 

zéro macho signez

Pour signer cliquez sur le stylo. Réservé uniquement aux hommes !

1967 signataires au 1er novembre 2013. 

 

 

 

 


A consulter également :

 

Published by marc - dans Nausée
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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 09:54

 

 

 

Voici un troupeau d’oies blanches qui attend le prince charmant, une sorte de Bachelor qui arrive une rose entre les dents. Chacune glousse : Ah, choisis-moi! Donne-moi la rose! Je saurai te servir, mon maître! Je connais ma place de servante que dieu m’a donnée. Tu vois comme je suis souriante, élégante, paisible, lisse, insignifiante et complémentaire? Fais de moi ta chose, ta pute privée et sacrée, tu me laboureras quand et comme tu voudras. Je te donnerai des fils. Je vivrai à travers toi et nos enfants. Je n’existerai pas.

Dignité, respect, féminité.


C'est ça, les filles de Civitas, la puissance reproductive de la nation. Toutes prêtes à se faire féconder comme la Vierge Marie. Ça sourit bêtement et artificiellement comme Miss France, ça avalait le manche à balai tellement c’est raide et pas naturelle, ça ne sait même pas lire correctement le texte que l’on leur avait écrit, de le réciter par cœur, je n’en parle même pas. L’un de leurs postulats : se réaliser en tant que femme grâce à la religion, et un autre, dicté certainement par l’amour du prochain, c’est renvoyer les Femen ukrainiennes dans leur pays. Quel courage! Quelle avant-garde! Et ça se veut Antigone!  Sophocle et Jean Anouilh se retournent dans leurs tombes…, ou peut-être pas, le mythe d'Antigone, ça leur va pas mal en fin de compte. 

Telle était ma première réaction à cette vidéo que j’ai découverte grâce à PhDams, le postier. :~)


Maintenant, posons-nous la question : pourquoi cette vidéo a été enregistrée?

Il paraît que les Antigones voulaient parler d’urgence avec les Femen samedi 25 mai 2013, mais « l’important cordon de CRS les en a empêché ». Pourtant, sur les images (00:22), pas de trace d’Antigone à l’horizon, surtout « bloquée » par des CRS... On voit seulement quelques CRS (on dirait, filmés de la fenêtre), ce qui n’est pas étonnant, vu que le siège des Femen est constamment menacé par les fous de dieu de Belleville qui voudraient aider Allah dans l’accomplissement de sa sacrée tâche d’extermination des « sales putes féministes ».

antigone voilée à la maryline monroeLes Antigones ont certainement contacté les Femen avant, par mail ou par téléphone, pour prendre le rendez-vous, et les Femen ont refusé. Pourtant, pas de trace de la moindre conversation…

Alors, les courageuses Antigones dans leurs robes de première communion ont trouvé vite un local pour enregistrer ce message de paix et d’amour contre les autres femmes. Un exploit! Que dieu les bénisse!


Les gros machos très pieux applaudissent; les islamistes, grands féministes devant l’Éternel, qui rêvent de couper les seins des Femen et prient pour que Allah les anéantisse, retrouvent l’Occident moins détestable grâce à des soumises Antigones. Il faudrait peut-être cacher les jambes et les bras nus, les cheveux, et puis, un petit grillage devant les yeux et paf! la nouvelle belle Antigone serait née. Mais, ne chipotons pas, l’idée fondamentale de la place des femmes dans la société résultante des lois divines et naturelles s'y trouve déjà.


 
 
 
 
 
arabe guerrier a répondu à votre commentaire surMessage des Antigones aux Femen.
Pour répondre, cliquez ici. Pour voir tous les commentaires sur cette vidéo, cliquez ici.
 
TA GUEULE ET JE PREFERE LES ANTIGONES QUE C TRUIE PUANTE DE FEMERDE .SI ELLES ON DES SEIN C TRUIE DE FEMEN QUEL VON FAIRE SE QUEL FON AU SOUDAN OU EN AFGANISTAN SALE PUTE LES FEMEN
 
 
 
   
 
 
©2013 YouTube, LLC 901 Cherry Ave, San Bruno, CA 94066
 


 

 

Très intéressante analyse du mouvement d’Antigones dans l’article de Tina, publié le 1 juin 2013 sur le site La Horde et intitulé :

 « Antigone doit mourir ! » - Les Antigones décryptées . 

 

 

Antigones 

Les Antigones, apolitiques ? Pourtant, autour de la banderole, on reconnait :

- Sixtine Jeay (A), ancienne du Renouveau français, passée chez les nationalistes-révolutionnaires du MAS (Mouvement d’Action Sociale), et qui fricote avec les identitaires toulousains ; Marie Charlotte Beauregard (B) et Jade Reynaud-Fourton (C), militantes chez les Identitaires cannois, entourées de quelques autres militantes de Génération identitaire; Elodie Jaskolska (D), qui se définit elle-même sur son profil Facbook comme « entièrement européenne, catholique, militante identitaire à Rebeyne & Génération Identitaire » ; Eva Ferré (E), sympathisante identitaire.


"Fidèles à elle-même, la mouvance identitaire, assistée de quelques éléments issus du Renouveau français (cf. photo), s’est lancée dans une nouvelle aventure médiatique. Seraient-ils arrivé à faire l’unité au sein de l’extrême droite radicale ? Pas exactement, car «ils» sont en fait des femmes issues de ces différents milieux, qui se sont associées et nous ressortent un vieux serpent de mer : un groupe de femmes à l’extrême droite. Prétendument actives et pas seulement décoratives (pourtant elles tiennent les banderoles lors des manifs), elles veulent, dans un mouvement pernicieux, faire croire à l’opinion publique que des femmes se mobilisent à droite sur le modèle des mouvements féministes d’émancipation. Mais c’est une imposture, car il n’y a dans ce mouvement aucune valeur d’émancipation, seulement un plaidoyer réactionnaire en faveur du rôle traditionnel de la femme.

Depuis quelques jours, on peut ainsi lire dans la presse mainstream des articles faussement naïfs qui présentent les Antigones, un groupe de jeunes femmes prétendument apolitiques, pas forcément catholiques (mais leur porte-parole si), et surtout sages et calmes. Elles sont souriantes, jeunes et avenantes (pas forcément belles, leur but n’est pas de faire fantasmer tout le monde), maquillées discrètement d’un soupçon de rouge à lèvres et vêtues d’un blanc virginal. Inutile de détailler le « message » politique qu’elles vendent à la presse ; il est bien plus intéressant de creuser leurs références et leurs valeurs, telles qu’elles apparaissent dans leur marketing politique.

 

Antigone : un mythe

Accompagnant leur logo (une femme qui semble tendre les mains dans un geste de supplication, comme une antigone 6318vierge à l’enfant, mais sans l’enfant), elles se sont affublées d’un (pré)nom évocateur : celui de la vierge martyre de Sophocle, qui se réclame des lois « divines, non écrites et intangibles ». Et les voilà aux prises avec un mythe controversé depuis qu’Anouilh l’a monté à sa sauce sous l’Occupation : ces militantes d’extrême droite, qui veulent s’opposer aux FEMEN, ont choisi cette figure de la mythologie grecque pour se présenter comme les incarnations d’une rébellion féminine qui ferait la peau au féminisme.

Or leur choix est révélateur : Antigone, c’est l’Antiquité grecque, comme un pendant à la sempiternelle Jeanne d’Arc. On se renouvelle à peu de frais, on fait semblant de s’éloigner des carcans catholiques en reprenant les classiques étudiés en classe. C’est donc aussi le choix d’une certaine jeunesse bourgeoise, celui d’adolescentes qui aiment à s’identifier à une fière rebelle issue d’une famille royale. On reconnaît là aussi la patte des Identitaires et leurs figures mythiques un poil transgressives (les apaches parisiens) ; le sanglier quant à lui reste plus difficile à expliquer (Asterix…)

Mais Antigone, c’est celle qui souffre d’être la fille d’un couple incestueux et qui ne sait pas quelle est son identité (dur, pour des Identitaires). C’est la femme qui n’existe pas pour elle-même, qui ne se révolte pas pour ses semblables, mais pour les hommes de sa famille ; celle qui ne se solidarise pas avec l’autre figure féminine de son entourage, sa sœur Ismène, à qui elle interdit de l’accompagner dans sa révolte. C’est la femme qui ne veut exister que par l’homme, son père, son frère, son époux, son fils à venir.

Alors, certes, Antigone va au bout de son engagement : elle brave le pouvoir, mais ce n’est pas elle qui affronte un destin tragique, ce n’est pas elle qui endosse la démesure de la révolte. Sa révolte est sans objet, elle est tournée vers la mort, pas vers les vivants et surtout pas vers ses sœurs les femmes.

 

Antigones : le mythe de l’engagement féminin à l’extrême droite

Au pluriel, les Antigones ont les mêmes caractéristiques : ce qui leur importe, c’est que la femme reste à sa place comme complément de l’homme. Elles mettent en avant l’idée de complémentarité, qui sape par avance toute idée d’émancipation, toute solidarité féminine. On est en pleine schizophrénie : elles se regroupent entre femmes pour promouvoir non pas leur liberté à conquérir mais pour rappeler qu’elles veulent rester à leur place, comme avant. Leur rébellion face au pouvoir vient appuyer celles de leurs pères, de leurs maris, de leurs frères, de leurs fils à venir ; peu leur importe ce qui peut arriver à leurs futures filles, à leurs sœurs, amies très chères ou mères. Elles cherchent désespérément leur place dans la société qu’elles veulent réactionnaire, ce pour quoi, tournées vers le passé, elles sont prêtes à se révolter. On retrouve ici les caractéristiques de la révolution conservatrice, passéiste et traditionaliste, assorties de ce qui leur donne un petit frisson : la copie de l’engagement des femmes qui travaillent ensemble à leur émancipation, et des méthodes d’infiltration qu’elles voudraient dignes des James Bond girls. Sauf que… la chère Yseul aurait pu être sympa et prévenir ses potes fafs qu’ils allaient se faire ridiculiser par les FEMEN le 12 mai, non ? 

 

 03:10 « Les Femen en Ukraine! » - scandent les Antigones 


Mais qu’elles n’oublient pas ! La vierge de Sophocle va au bout de son combat absurde : elle se pend dans le tombeau où l’a enfermé le pouvoir… comme d’autres sont venus en finir à Notre-Dame."

 

 

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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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