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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 07:38

 

Du 25 juillet au 26 août 2011, France Culture diffuse les conférences de Michel Onfray données en 2010-2011 dans le cadre de l’UP de Caen :

Contre-histoire de la philosophie - 9e année - Le freudisme hérétique : Otto Gross, Wilhelm Reich et Erich Fromm

                                       

 

 6/ CÉLÉBRATION DU DÉGÉNÉRÉ - 01.08.2011

france culture podcasts onfray

"Michel Onfray, suivant une analyse de l’ouvrage autobiographique d’Otto Gross « Révolution sur le divan », sonde les fondements de la dégénérescence à travers les prismes de la névrose parentale, de la psychopathologie et du génie."

Cliquez sur le logo (le podcast pour ceux qui naviguent avec Google) ou ici (pour ceux qui préfèrent d'autres navigateurs)

 

SYNOPSIS : revolution-sur-le-divan.jpg

A./ COLLAGES ET ORIGINALITÉ

    1) Collages : a) Emprunts à Nietzsche : • Refoulement toxique du dionysisme individuel par l’apollinisme social • Nécessaire transmutation des valeurs b) Emprunts à Freud : • Déterminisme de l’inconscient • Abréaction produite par la méthode cathartique c) Emprunts à Kropotkine : • Darwinisme de gauche • Morale communautaire à venir 2) Originalité : L’oeuvre comme confession autobiographique : • Réplique colérique à ce que son père veut faire de lui • Refus d’être un fils cloné, Otto se vit en double inversé de Hans

 

B./ DU PÈRE

    1) Hans : une vie placée sous le signe du surmoi : • Haine du ça, passion pour le surmoi • Juge d’instruction, criminologue, juriste • Auteur de manuels faisant autorité • Époux monogame, père de famille, bourgeois avec ses attributs. 2) Otto : une vie placée sous le signe du ça : • Haine du surmoi, passion pour le ça • Drogue, vagabondage, libertinage, folie, asile, désintoxication • Anarchisme, révolution • Bohème • Insouciance séminale • Polygamie, immoralisme sexuel.

 

C./ LA VIOLENCE PARENTALE

 

Otto publie en 1908 un article :

1. Violence parentale • Sous couvert d’un cas, son propre cas : jeune fille de 19 ans, conduite par son père sculpteur à l’hôpital psychiatrique pour une maladie qu’elle n’a pas, ce que certifie Gross : il la suit comme neurologue.
2. Otto inverse la causalité : son père l’envoie à l’hôpital en la prétendant malade, elle devient malade  parce qu’on l’envoie à l’hôpital, c’est l’hôpital qui rend fou : Généalogie 1 : thèse anti-psychiatrique
3. Elle a, dit Gross : « une grave névrose conflictuelle » Une opposition entre son intimité pulsionnelle, douée, originale, forte personnalité et ce que lui impose sa famille (parents rigides, sévères), répression, refoulement, névrose, trouble.
4. Comment guérir ? Méthode freudienne, bons résultats, recouvre assez rapidement la santé, séparée de ses parents, vivant dans une autre ville, recouvre la santé mentale
5. Ses parents lancent un mandat d’arrêt pour la récupérer, Gross poursuit clandestinement la thérapie. Il la retrouve dans sa maison de repos. Le père la récupère et la fait interner en hôpital psychiatrique où elle va sombrer définitivement.
6. Étiologie freudienne orthodoxe : scène primitive, copulation parentale, masturbation, etc. Contre cette étiologie métapsychique : une étiologie sociologique : « La véritable source des facteurs conflictuels refoulés qui exercent un effet pathogène est l’opposition, qui domine toute l’enfance, entre les orientations innées du développement individuel et les tendances formatrices de l’éducation qui agissent de l’extérieur »
7. Étiologie de Gross : conflit entre intériorité vivante, pulsionnelle, instinctive, libidinale (une force assimilable à la volonté de puissance) et une extériorité castratrice, refoulante, répressive, autoritaire, tyrannique
8. Autoportrait thérapeutique : rôle castrateur du père, poids de la société, mère protectrice 1. Gross : les individualités les plus originales, les plus subtiles, les plus fines, les plus fortes intellectuellement subissent prioritairement la toxicité de cette « névrose de conflit » 2. Gross croit que, comme Élisabeth, il fait partie des « individus d’une indestructible originalité » qui doivent composer avec « l’incroyable abus de pouvoir parental ». 3. De ce cas, Gross extrapole une loi : la névrose est le produit du conflit entre monde pulsionnel individuel et brutalité répressive sociale qui passe par la famille

D./ CÉLÉBRATION DU DÉGÉNÉRÉ

1) 1909, Des infériorités psychopathologiques • Réponse au texte de son père : Dégénérescence et déportation

 2) Hans illustre le darwinisme social de l’époque : la nature sélectionne les plus aptes et élimine les autres, la culture les sauve en leur donnant la possibilité de se reproduire et cette récupération culturelle des déchets naturels occasionne la dégénérescence de la race. Hans le déplore ; Otto s’en réjouit

 3) Hans propose une « psychologie »  Des gitans : xénophobe ( vaniteux, vulgaires, dépourvus d’intelligence, rusés, fourbes, serviles, insolents, de mauvaise foi, manquant de pudeur, immensément paresseux, lâches, etc.) •  Moralisatrice : part en guerre contre les « dégénérés » (prostitution, pornographie, homosexualité, perversions, littérature décadente, fustige les femmes virilisées, les hommes efféminés, attaque vagabonds et voleurs, cloue au pilori : anarchistes, révolutionnaires) • Politique : propose de les déporter en Afrique du sud ou dans des îles des mers australes, s’en débarrasser pour assainir la civilisation.

 E./ LE DÉGÉNÉRÉ EST À L'AVANT-GARDE

1) Définition du génie : « Le génie est la variante dans la constitution et le fonctionnement du cerveau qui assure une rentabilité supérieure des fonctions psychiques, rentabilité inaccessible au genre humain dans son ensemble » (112).

2) Anormal au moment de son apparition mais matrice de la norme à venir. Généalogie 2 : Naissance de la folie comme modèle de santé mentale

3) Pour Hans : la lie de l’humanité est à déporter pour sauver la race

4) Pour Otto : cette prétendue lie est le ferment d’une nouvelle civilisation. La sélection naturelle isole l’élément fonctionnel dans le style dit anormal. Ce qui semble anormal, pathologique, annonce ce qui va advenir. Le fou, le criminel, le révolutionnaire, l’anarchiste, le tzigane, l’homosexuel annoncent la norme à venir. Dans le coeur de la dégénérescence se trouve la régénérescence. Otto cite un psychiatre : « Les dégénérés sont le sel de la terre ». Dans la société sauvage, le dégénéré disparaît tout de suite. Dans la société civilisée, la sélection est plus invisible, elle est plus lente, aléatoire, avec un moindre succès. Otto développe un darwinisme de gauche optimiste et progressiste contre la doctrine pessimiste et fixiste de Freud. Comme : Avec l’opposition dionysisme individuel et apollinisme collectif/ Avec l’étiologie sociale des névroses/ Avec la sélection naturelle par les dégénérés. Otto parle de lui…

F./ LA MÈRE, REMÈDE AU PÈRE

a) Jung à Freud (4 juin 1909) : le problème de son patient est « un cas de lutte contre le père »

 b) La positivité de Otto c’est la négativité de Hans : la doctrine du père dessine en creux celle du fils. Les cibles d’Otto, l’autorité, l’ordre, la famille, la monogamie, le patriarcat, la fidélité, la conjugalité, la religion, la loi, le capitalisme, l’école.

 c) Absence de la mère et présence du père partout, reste son seul prénom : Adèle

d) Hypothèse : dans l’oeuvre, le portrait de LA mère, c’est le portrait de sa mère

e) Trois essais sur le conflit intérieur (1920) : • Conflit et relation • De la solitude • A propos de la folie

f) Cette trilogie fait sens autobiographique : • Sa généalogie : conflit entre son individualité et la société •Sa vérité existentielle : solitude, isolement, mise au ban de la société • Son destin : la folie

g) De la solitude s’ouvre avec cette histoire (apocryphe ?) : Frédéric II de Hohenstaufen se demande ce que deviendraient des enfants qui n’auraient jamais entendu parler. Propose, dans un orphelinat, de créer deux groupes pour expérimenter : groupe 1 : les meilleurs soins du monde, mais sans paroles, groupe 2 : avec paroles, ceux du groupe 1 sont tous morts… Gross : « Sans amour, un enfant ne peut pas vivre »

h) Sur l’hospitalisme : maladie qui affecte les enfants privés de nourritures affectives (perte d’appétit, retards de croissance, troubles digestifs, phénomènes nerveux, agitations, insomnies, tendances à la bronchite, inflammation ganglionnaire).

i) Soins : • Une amère aimante, portrait idéal, prodigue sourires et caresses, chants et berceuses, comptines pour favoriser l’endormissement, prendre son enfant dans les bras dès les premiers gémissements, cajoler avec la voix, donner la tétée avant la faim. • Retrouver les enseignements de la nature recouverts par 3 millénaires de scories culturelles.

G./ DÉTRUIRE UN ENFANT, CONSTRUIRE UNE NÉVROSE

a) Si le défaut d’amour produit la mort, la prodigalité d’amour entraînera la vie surabondante.

b) D’où une pédagogie pour une civilisation nouvelle, les névroses découlent d’une répression de la vie pulsionnelle par les exigences sociales. L’éducation relaie ces exigences dans le plus jeune âge. Supprimons les névroses en agissant sur leurs causes, révolutionnons ce qu’on enseigne.

c) L’enfant est fragile. La civilisation le castre dès le plus jeune âge. Parents, éducateurs dressent au refoulement pour construire l’édifice social. L’éducation autoritaire fabrique des névrosés. Le besoin d’être aimé et protégé des enfants en fait une proie facile aux suggestions adultes.

d) Dans La symbolique de la destruction, l’enfant n’a pas d’autre réponse à son angoisse existentielle que cette injonction : « Vis seul ou deviens comme nous ». Si tu ne te plies pas à nos commandements, tu seras abandonné. Tu ne veux pas être abandonné ? Alors plie-toi à nos commandements.

e) Voilà le chantage des parents, des éducateurs. Si l’enfant plie, il est payé en affection et en symbolique. S’il refuse, il connaît la solitude et l’angoisse. La peur de la solitude force les enfants à s’adapter

f) L’enfant n’a pas le choix. Voici la généalogie de la servitude volontaire : • Renoncer à ses désirs • Obtenir une sécurité affective • Le payer de sa liberté pulsionnelle

g) Puisqu’ils ont refoulé leur libido, ils deviennent comme leurs parents, ils éduqueront leurs enfants sur ce même principe.

h) Chacun de nous a assimilé une volonté étrangère qu’il a faite sienne. Nous ne sommes jamais nous-mêmes, mais un autre : les autres. Ainsi naît l’exécrable unidimensionnalité contre laquelle Gross se bat. L’enfant qui refuse et se rebelle le paie du prix fort : La névrose - ou l’anormalité

CONCLUSION : QUE FAIRE ?

a) Cf La solitude. Une prophylaxie des névroses par une nouvelle éducation qui célèbre passions, pulsions, instincts : « L’amour doit être prodigué à l’enfant absolument sans condition et sans aucun lien avec une exigence de quelque ordre qu’elle soit, comme une approbation de l’individualité pour elle-même dans toute son originalité naissante » (136).

b) Contre la loi castratrice du Père, contre son autorité tyrannique, contre sa puissance apollinienne lancée contre le dionysisme.

c) La loi prodigue de la Mère, sa douceur sensuelle, sa tendresse architectonique d’une vie saine

d) Détruire le patriarcat, fonder un nouveau matriarcat.

  BIBLIOGRAPHIE :

· Otto Gross, Révolution sur le divan, Solin
· Boris Cyrulnik, Les nourritures affectives, Odile Jacob
· Peter Singer, Une gauche darwinienne ? Évolution, coopération et politique, Cassini
· Réseau alternative à la psychanalyse, Collectif international, 10/18 

Constance   

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commentaires

Frédéric 03/08/2011 15:48



"Vis seul ou deviens comme nous". Voilà un nouvel argument rempart ! Joie ! 


C'est en fait l'histoire de toute ma vie, résumée en six mots. Et c'est ce qui me pousse souvent à la solitude. Pour me retrouver. Problème : quand je sors de la solitude, je redeviens comme eux.
Où trouver le juste équilibre ? 


J'aimerais que ma fille ait d'autres choix que celui-ci. 



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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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