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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 15:06

 

bartabas2
Dans Le Point du 02.12.2011, Michel Onfray signe un article sur Bartabas (Clément Marty), homme de passion, dresseur de chevaux, chorégraphe de spectacles équestres, créateur du théâtre équestre.       


                    « Penser comme un cheval »

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"J'aime Bartabas parce qu'il est un homme debout ; et il est un homme debout parce qu'il fait parler en lui toute une série d'animaux, pas seulement le cheval : la hyène au rire grinçant quand, homme de l'art équestre, comme chacun sait, il vante les mérites de la boucherie chevaline en disant qu'elle a sauvé l'animal ; le gorille quand il se rend dans un bureau du ministère de la Culture et saccage un peu, en passant, la cage du babouin fonctionnaire qui étrangle sa compagnie avec des décisions de bureaucrate ; le renard quand il fixe l'objectif du photographe qui le saisit dans un beau portrait avec un crâne de cheval composant ainsi une vanité dans un esprit baroque ; le chat quand il regarde autour de lui qui se trouve à sa table après le spectacle, et comment les lois de l'éthologie se trouvent respectées dans les agencements autour du mâle dominant qu'il est, ce qui lui fait friser l'oeil et retrousser les babines ; le loup quand il se meut dans l'espace d'Aubervilliers avec sa meute qui se déplace comme en dansant autour de ses phéromones ; l'ours quand il met la patte dans le plat en plein Festival d'Avignon pour faire exploser le politiquement correct qui règne en matière d'intermittence du spectacle ; le lion, roi des animaux, quand il chevauche. Cet homme est un zoo à lui tout seul?

cheveaux 3 Zingaro 1Je suis pourtant le plus mal placé pour parler de son art, car je ne suis jamais monté sur un cheval. Dès lors, dans ses spectacles, j'entends des "oh !" et des "ah !" qui ponctuent ses coups de génie équestres, mais sans savoir pourquoi il y a eu, là plutôt qu'ailleurs, matière à extase. Ainsi du galop arrière : enfant, j'avais l'habitude de voir des percherons dans les champs de ma campagne normande, et il me semblait qu'il suffisait de demander à un cheval de reculer pour qu'il s'exécute !

Holà ! Sacrilège. Le sommet de l'art se trouve dans cette reculade. Bien, bon, d'accord, entendu. Mais de la même façon qu'on n'a pas besoin d'être musicologue pour aimer Bach ou gynécologue pour aimer les femmes, on peut aimer Bartabas en ignorant tout de la technique équestre - même si j'imagine la qualité affûtée du plaisir qu'il y a à décoder la subtilité du dressage quand on est soi-même cavalier.

Ce qui me plaît dans ses spectacles, c'est la pensée qu'il y met. Depuis le début de Zingaro, ses créations ont été multiples et diverses. Du dépouillement maximal et de l'esthétique zen de la danse d'un homme avec son cheval et de ce centaure avec un acteur de butô dans Le centaure et l'animal, à la farce baroque d'une danse macabre dans Calacas, en passant par les contrepoints entre les chevaux et les musiques du monde dans Darshan ou Battuta, il n'existe qu'une seule substance diversement modifiée - comme dirait un spinoziste sachant monter...

 

Leçon épicurienne

chevaux mazereau 1De la pensée dans les spectacles de Bartabas ? Oui. De la pensée. Car penser avec des mots est une histoire récente avant laquelle il y eut des millénaires de pensées sans les mots. Il y eut de la pensée à Lascaux avec des peaux de bête tannées, tendues sur des cadres, frappées avec un bâton ou un os ; il y eut de la pensée sous les lueurs des torches à la graisse animale qui éclairaient un peu des danseurs probablement enivrés de lichens fermentés ou de liquides hallucinogènes ; il y eut de la pensée dans le cerveau d'un être qui recouvrit de pierres sèches le corps de son père mort ; il y eut de la pensée dans la main du premier graveur de tête de cheval dans une grotte préhistorique, etc. Bartabas est l'homme de cette pensée-là.

Précisons. Pendant des millénaires, l'homme et la nature ne se pensaient pas séparément. Le nuage, l'arbre, le vent, l'animal, l'homme, l'insecte, le soleil, la pluie étaient un seul et même monde. La décadence vint avec le monothéisme, qui mit à bas le paganisme et le panthéisme pour lesquels les dieux n'étaient pas séparés du monde puisqu'ils étaient le monde. Dans ces temps où la raison ne se nourrissait pas de mots et de concepts, mais d'intuitions et d'esprits, de souffles et de murmures, l'animal et l'homme, la pierre et la plante étaient, pour l'homme, parcourues d'une même énergie. Bartabas montre cette énergie fossile dans un monde qui en a perdu le sens et l'usage. Voilà la pensée de Bartabas. Il convoque pour ce faire des oies et des chiens, des dindons et des ânes, des chevaux aussi, bien sûr, ou des cygnes avec lesquels il obtient des résultats chorégraphiques stupéfiants.

bartabas3Ce qui a lieu sur la piste du cirque suppose une longue conversation entre l'homme et la bête, preuve que la communication est possible entre le règne animal et le règne humain, qui ne sont qu'artificiellement séparés. Même remarque avec le règne végétal ou le minéral. La force qui détermine l'indéfectible agencement des cristaux de quartz et celle qui anime le cheval dans le rond de lumière, autant que la posture du cavalier qui le monte, sont une seule et même vitalité.

Il y a peu d'êtres qui font de cette force un matériau à sculpter - Bartabas est l'un de ceux-là. Ses démonstrations offrent une quintessence du génie équestre français en même temps qu'un cristal de communication non verbale entre le cavalier et sa monture. En sortant du manège, les genres se mêlent : le cheval a montré tant d'humanité que l'homme sent en lui cette bestialité - autrement dit : sa participation au monde animal.

Et l'on en vient même à se demander si cette intelligence animale que nous avons perdue n'est pas plus grande que l'intelligence livresque qui l'a recouverte depuis des millénaires. Nous croulons sous le poids des mots, des livres, des bibliothèques, des paroles. Le silence des bêtes nous ramène à l'essentiel : Bartabas nous y mène avec un doigté de chaman.

La pensée de Bartabas est une éthique : elle montre ce qui peut être obtenu moins quand on brime la part animale pour l'humaniser que quand on l'humanise en l'animalisant, autrement dit : quand on rappelle à l'Homo sapiens sapiens qu'il est aussi, et peut-être surtout, une énergie à sculpter, une force à conduire, un chaos à ordonner. Bartabas montre la voie - il est le seul aujourd'hui, avec le médium insolite de l'art équestre, à nourrir l'âme de corps, alors qu'un millénaire de formatage spirituel a produit l'inverse.

cheveauw 7Calacas constitue une étape nouvelle dans cette leçon de sagesse équestre. Baroque, foutraque, dionysiaque, bachique, endiablée, sarcastique, comique, cette pompe funèbre fait du cercueil un tapis volant. Les chevaux se partagent la sciure avec les squelettes qui dansent, sautent, frétillent, rigolent à mâchoire déployée pour nous offrir une leçon épicurienne : la mort n'est pas à craindre puisque nous sommes là ; quand elle sera là, nous n'y serons plus.


Théologie

Dès lors, les corbillards roulent à tombeau ouvert, conduits par des chevaux fous, les os sont la chair des morts qui chevauchent des animaux musclés comme des apollons, les anges secs montrent leur sacrum et leur coccyx en volant comme des spectres au-dessus des spectateurs, Éros embrasse Thanatos sur la bouche, le tout sur la croupe d'un cheval qui redouble celle de l'écuyère, la peau d'une cavalière est de tissu, la pointe de ses seins se fripe d'étoffe, la chair est donc plus fausse que l'os, dur et vrai comme une pierre tombale.

chevaux Calacas danse macabreLa musique est une fanfare céleste. La cavalcade est celle des morts qui jouent à la vie dans un ciel non pas des idées mais de chair et de sang, où on lutine, boit, rit, danse et chante. Bartabas, qui nous livre sa pensée depuis des années, nous a fourni une éthique, une sagesse, une éthologie ; le voilà qui nous donne à présent une théologie. Dieu que la pensée est une douce chose quand elle économise la parole ! Dans ce cas, et seulement là, elle est la plus noble conquête de l'homme."

Michel Onfray  

 

 

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Constance - Ewa   

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commentaires

Ewa 19/09/2013 11:03


Je crains que vous ayez raison… 


Ce qui est rédhibitoire pour moi, c’est la défense de la boucherie chevaline. 


D’ailleurs, aucune boucherie n'est défendable. 

Guillaume 18/09/2013 23:31


et bien moi je n'aime PAS bartabass. Il est violent, rustre et misogyne. Il "maltraite" ses chevaux et les exploitent pour gagner du pognon au nom d'un art qui ne les regardes pas. Imaginez une
bestiole grégaire, fasconné pour la liberté depuis 50 millions d'années cloitré au sous-sol d'un théatre pendant un mois? Où est le respect? On ne peut pas tout ce permettre au nom de
l'art... et ses spectacle se font au prix d'un "dressage" qui demande force contrainte et violence pour arriver à ce résultat. 


Ses chevaux finissent mal... très mal. 

aec 18/01/2012 19:12


 


LUTTE CONTRE L'HIPPOPHAGIE


 


NON ! UN CHEVAL CA NE SE MANGE PAS !


 


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AEC


Résidence La Pléiade


98, rue de Canteleu


59000 LILLE


 


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Merci aussi de visiter les sites :


 


http://aec89.site.voila.fr


 


http://www.feracheval.com/petitions.php


 


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Rejoignez la groupe sur :


 


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Amitiés.


 


AEC.

monica 13/12/2011 12:54


Oui, oui, Jean-Claude, vous avez raison : exultons, chacun à notre façon ; c'est ce qui fait le piment de l'existence : les différences chez les êtres.


Ce que l'un apporte à l'autre, et réciproquement et le mélange des deux si possible (il n'y a pas que des experts en matière de sexe), est une belle façon d'avoir et de donner
du plaisir.


Comme je ne tombe pas amoureuse, à la chaque fois que l'on m'aime, mais que j'aime l'art d'aimer, je fais comme je peux, et tâche de le faire bien.


Avec toute mon amitié,


 

Jean-Claude 13/12/2011 08:41


Chère Monica  j'ai visionné ce tango où 2 êtres s'entendent à merveille ... je n'ai pas cette science car pas attiré par ce type de danse .. intellectualié ( peut-être trop ?) je préfère
celle des mots ... la danse des mots accompagnant celle des mains , des lèvres , des pieds et bien d'autres parties du corps quand dans un corps à corps long et tendre deux êtres donnent et se
donnent pour une merveilleuse "divagation" ...


"il faut bien que le corps exulte " J. Brel ... mais sans trahison ...vieux jeu je crois à la fidélité et à la durabilité de l'amour ... il suffit d'être deux sincères :-)))


Carpe Diem

Jean-Claude 13/12/2011 08:19


Pas d'accord chère Monica sur le resserrement de sens que vous donnez à la divagation


trop long pour la rapporter je vous renvoie à la définition du Petit Robert et son exemple de "la rivière qui divague en sortant de son lit " et aussi ici
http://revueinvariance.pagesperso-orange.fr/divagation.html


ne sortez -vous pas de votre corps et de votre esprit pour atteindre l'autre au cours de ces longs errements ?


et un et un font plus que deux mais  un tout amoureux et heurex car pet dit hem ;-)

monica 13/12/2011 07:46


"divaguer" : errer ça et là


Mais, cher Jean-Claude, où avez-vous vu que nous divaguions ! Non, c'est très sérieux, au contraire. Point de divagation avec notre langue et nos petites mains (et mêmes les petits pieds sont
utiles, sans oublier...). Le seul moment où je raisonne, c'est quand je m'emploie à donner du plaisir avec toutes les parties de mon corps.


La subtilité, le meilleur, l'apogée, c'est lorsque l'on ne se sert de rien au moment où l'on danse : le corps à corps dans la vague du tango argentin... juste l'écoute de ce que l'homme
désire que l'on fasse, et l'espoir pour lui que nous allons nous laisser aller à danser, autonome, dans ses bras, comme s'il n'existait plus...


http://youtu.be/6SiXSHf0C7s

Jean-Claude 12/12/2011 22:59


Délicatesse et non vulgarité ... subtilité et non bestialité ... tendresse et non violence .. quand la parole fleurit les gestes l'acte d'amour est source de jouissance pour les êtres se
rencontrant , se trouvant et se perdant l'un dans l'autre ...


"jouir et faire jouir sans blesser ni humilier"


alors utilisez tout ce dont dame nature vous a equipé pour parvenir à cette divagation du corps et de l'esprit


Carpe diem...


 

monica 10/12/2011 08:10


"Cette chose vivante, remplie de papilles, avec laquelle on fait sept tours" ! c'est délicieux ! N'oublie pas l'autre chose vivante qui a une soeur, remplie de délicats petits muscles et
bordée de petites griffes non blessantes,  avec laquelle on fait ainsi font font font les petites marionnettes...

constance 09/12/2011 20:21


les manipulant, voyons... non, justement je ne vois pas... avec quoi ?


C'est pas l'histoire d'une chose vivante, remplie de papilles, avec laquelle on fait sept tours ?

monica 08/12/2011 12:30


même réflexion pour les hommes : les aimer c'est si bien connaître leur intimité, qu'il est possible de leur faire connaître l'extase en les "manipulant" avec précaution et amour. Ce n'est
pas si simple...

monica 08/12/2011 12:27


Il me semble qu'aimer les femmes c'est aussi connaître leur intimité, l'apprécier, et ne pas en faire un "mystère"...

Marc 08/12/2011 09:19


J'aime beaucoup cette partie: "Il n'y a pas besoin d'être gynécologue pour aimer les femmes!"


Hum, j'ajouterais même, "C'est parce que nous ne sommes pas gynécologue que nous aimons les femmes"...


Pas par irréspect pour la mécanique intime, mais comme dans les spectacles de Bartabas, ce qui compte, c'est le rêve, la féérie et le mystère...

monica 08/12/2011 07:46


Il y a aussi du plaisir à "décoder la subtilité" d'une partition de musique...


Je n'aime pas le cirque et ne suis pas tentée par les spectacles de Bartabas.


Le dressage des animaux et en particulier ce dressage très particulier des chevaux de cet artiste est loin de ce que j'aime dans le rapport avec l'animal.


J'avais lu, en son temps, que MO appréciait cet artiste. Il ne me surprend pas qu'un homme comme Michel Onfray voit de la noblesse, de l'éthique, de l'humain, là où moi je n'en vois pas.
C'est ainsi que l'on devient tolérant, que l'on grandit soi-même et que l'on respecte ce qui ne vous ressemble pas, sans forcément changer d'avis.


Michel Onfray est aussi un esthète. Je dois admettre que les spectacles de Bartabas doivent être magnifiques.


 

Thomas 07/12/2011 01:52


"Il se trouve plus de différence de tel homme à tel homme que de tel animal à tel homme"


Montaigne, Essais 

Jean-Claude 06/12/2011 22:46


Merci pour cette image forte car explicite sur la tauromachie: la perversité humaine peut s'exprimer face à l'inconscience du reste du monde animal il restera toujours des voix humaines pour
rappeler que de telles activités rabaissent l'humain en lui otant sa dignité qu'implique la conscience .


Quant au chasseur écologique régulant avec discernement les populations sur numéraires ( lapins par exemple) faute de prédateurs naturels il faut malheureusement constater que ce n'est pas le
modèle standard


N'étant pas chasseur , hormis les dictateurs sanguinaires , je ne souhaite la mort d'aucun de mes semblables ...


Carpe diem

Ewa 06/12/2011 12:16


J’aime « l’animalité » de ce papier d’Onfray, je ne suis pas fan du cirque pour autant.


J’en profite pour dire à un barbare qui s’est abonné à la chaîne Dailymotion banquet avec onfray (Marc l’a déjà bloqué), qu’il nous oublie et retire nos vidéos de sa chaîne pourrie
remplie d’images de corrida. Ce qui me soulage un peu c’est d’imaginer cette ordure comme ça :





Au cas où un chasseur se trouverait dans les parages, j’ai aussi un message pour lui : chaque fois qu’un chasseur tue un chasseur, c’est l’occasion pour moi d’ouvrir une bouteille de champagne
pour fêter ça. Soyez à l’origine de ma joie! 

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  • quatuor
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
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