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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 11:29

onfray-Universite 3

 

Le philosophe bas-normand Michel Onfray a mis en place une université gratuite et ouverte à tous dans différents lieux de Caen. Elle fête ses dix ans, cette année.

Interview. Propos recueillis par Briac Trébert et publiés le 29.10.2011 sur le site Côté Caen


• Qu’est-ce que l’université populaire de Michel Onfray ? 
Michel Onfray :
 Vingt amis qui donnent gratuitement et bénévolement des cours interactifs de littérature, de philosophie, d’art contemporain, d’économie, de psychanalyse, de jazz, d’architecture, de cinéma, de bioéthique, d’histoire, de pensée arabe, etc. Nous sommes hébergés dans des lieux de Caen, le musée des beaux-arts, le Panta Théâtre, la Comédie de Caen à Hérouville, etc. Nous sommes en dehors de l’institution et distribuons des savoirs non pas pour entretenir la distinction sociale, mais pour réunir et rassembler.


• Quelles étaient vos motivations premières ? 
MO : Je souhaitais sortir le savoir des ghettos dans lequel il se trouve habituellement et faire de la culture un instrument de compréhension du monde et de construction de soi. Les idées servent parfois à asservir, dans le cas de l’UP (université populaire), elles servent à libérer, à se libérer.


• Quel regard portez-vous sur ces dix années ? 
MO : Tenir le cap pendant dix ans, il me semble que c’est notable… Dans un monde qui célèbre l’argent, qui fait de l’apparence sa vérité et du spectacle sa modalité, travailler sans être payé, proposer au débat un contenu sérieux (songeons que nous avons un séminaire de mathématique tout autant qu’un atelier de philosophie pour enfants…) et exister au quotidien loin des feux de la rampe médiatique, voilà matière à satisfaction.


• Quelles sont les nouveautés des programmes cette année ? 
MO :  Des séminaires de musicologie, d’histoire, d’architecture…

Marc  

19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 14:34

 

 

Un nouvel article de Michel Onfray sur l’élection présidentielle 2012, publié dans

Le Monde le 19.10.2011

«  Avec François Hollande, les vaches libérales seront bien gardées »


onfray noir et blanc mains

 

François Hollande sera donc le candidat dit "socialiste" à l'élection présidentielle. Voilà, nous aurons donc un candidat socialiste et libéral. François Mitterand n'aura pas à se retourner dans sa tombe. François Fillon non plus, lui qui fit savoir il y a peu au Parti socialiste, bel aveu, qu'il espérait résister aux sirènes "gauchistes" d'Arnaud Montebourg. Les vaches libérales seront bien gardées...

Je ne sais si le grand gagnant de cette primaire a été François Hollande, mais ce que je sais, c'est que la perdante a été Martine Aubry. Cette femme qui reprochait à François Hollande d'incarner une "gauche molle" en pensant que ça suffirait à faire d'elle la candidate d'une "gauche dure" n'a trompé personne.

Ces deux-là étaient bien l'avers et le revers d'une même médaille de gauche molle. Voilà pourquoi je ne suis pas allé voter au second tour de la primaire après avoir voté Arnaud Montebourg au premier tour, car il était le seul à porter un programme de gauche.

Contrairement à la première, la seconde consultation n'a pas été une affaire du peuple de gauche, mais une affaire de socialistes - et je n'en suis pas.

Martine Aubry aura donc réussi une belle performance : titulaire du poste de première secrétaire du parti au moment du lancement de la primaire, elle n'a obtenu aucun ralliement des autres candidats, qui se sont tous reportés, de l'aile droite de Manuel Valls à l'aile gauche d'Arnaud Montebourg, en passant par Ségolène Royal, candidate de la "socialitude", et Jean-Michel Baylet, porte-parole des fumeurs de "chichon", sur François Hollande.

Cette femme qui fustigeait la "gauche molle" fut, Le Canard enchaîné nous le rappelle fort opportunément cette semaine, la préfacière d'un livre de l'ex-premier ministre britannique Tony Blair en 1997. Faut-il rappeler que cette gauchiste de choc fait alliance avec le MoDem dans sa ville ; qu'elle a réservé des horaires de piscine aux femmes musulmanes ; qu'elle a passé un pacte dit de Marrakech avec Dominique Strauss-Kahn ; que ce dernier a fait savoir qu'il avait voté pour elle à la primaire et que Bernard-Henri Lévy avait pris parti pour elle ; qu'Alain Minc est son ami, c'est dire combien son gauchisme était à craindre !

Ajoutons à cela que l'hypothèse fort probable d'un bourrage d'urnes pour priver Ségolène Royal de la direction du parti et, ceci expliquant cela, le soutien explicite d'un patron socialiste de ces grosses fédérations qui, avant la primaire, faisaient et défaisaient les rois et reines et s'est trouvé impliqué dans des malversations, ne plaidait pas même pour une gauche morale qui pourrait parfois faire avaler les couleuvres de la gauche libérale...

François Hollande, donc. Avec lui, le cap libéral sera bien gardé. Maastricht, l'Europe du père de Martine Aubry, l'euro, le mépris du peuple souverain qui a dit non à la réforme du traité constitutionnel et auquel on a fait l'affront d'envoyer les professionnels de la politique politicienne du Congrès contre lui comme d'autres envoient la troupe, voilà le passif politique de cet homme dont on dit qu'il n'a rien fait - il eût mieux valu...

Pour son futur - le même Canard nous l'apprend -, François Hollande a déjà rencontré François Bayrou  pour évoquer un programme commun de gouvernement après 2012.

Probable futur président de la République, il effectuera la synthèse, son talent le plus avéré, des chefs d'Etat de la Ve République : il aura le même professeur de maintien corporel et de diction que de Gaulle, le même génie politique que George Pompidou, le même accordéon que Valéry Giscard d'Estaing, le même gauchisme que François Mitterrand, la même Corrèze que Jacques Chirac qui, lui, a bien compris le personnage, et le même remariage radieux que Nicolas Sarkozy.

Et le peuple ? La misère ? Le chômage ? La pauvreté ? La laïcité ? La place de l'islam dans la République ? La privatisation de la santé ou de la retraite ? Autant de sujets habilement évités lors des différents débats. Et qui s'en emparera ? On ose à peine rappeler à ces socialistes-là que Marine Le Pen propose de s'en occuper puisque le PS y a renoncé depuis 1983 avec son virage libéral. On verra bientôt avec quels résultats...

Reste l'espoir soulevé par Arnaud Montebourg, qui a permis d'entendre une vraie voix de gauche au sein même du Parti socialiste. Il a souhaité gauchiser son parti en invitant les candidats à reprendre certaines de ses thèses : la VIe République, l'interdiction du cumul des mandats, la moralisation de la vie politique pouvaient être franchement et clairement repris sans danger par les deux finalistes pour leur ligne libérale. Il n'en fut rien...

Dès lors, responsable mais pas coupable, Arnaud Montebourg a signalé son choix personnel et précisé qu'il n'en faisait pas une invitation à l'imiter. Que fera-t-il ? Il est jeune, il a du talent, il suit une ligne claire depuis son refus de Maastricht. Si tout va bien, il a trois, voire quatre présidentielles devant lui. Que fera-t-il de ce capital ? J'ose espérer qu'on en saura plus dans moins de temps qu'il n'en faut à Nicolas Sarkozy pour faire un enfant...

Reste la constellation de la gauche antilibérale qui a ma faveur - mais qui me désespère par son ardeur à refuser toute union. Olivier Besancenot a jeté l'éponge du NPA finalement trotskiste au profit de Philippe Poutou - si j'étais lacanien, ce qu'à Dieu ne plaise...

Les "arlettistes" continueront d'incarner la pureté dans leur petit coin. Jean-Luc Mélenchon alternera avec talent la défense brillante de justes propositions et l'accumulation de bêtises en soutenant Fidel Castro, la politique chinoise au Tibet ou la vertu guillotineuse de Robespierre.

Le PCF, en Janus menacé de torticolis, une maladie chronique chez lui depuis le pacte germano-soviétique, parlera à gauche contre les socialistes et agira avec eux pour déféndre ses permanents, ses élus, ses cadres. Et la paupérisation continuera de plus belle...

Je n'aime pas François Mitterrand, on le sait. Mais il faut lui reconnaître l'incroyable génie d'avoir uni la gauche, ce qui permit de fédérer autour de sa personne un pharmacien radical-socialiste, un communiste stalinien ancien du STO et, surtout, leurs électeurs. Avec Robert Fabre et Georges Marchais, il partait d'aussi loin, on le voit, qu'un homme politique qui voudrait aujourd'hui renouveler l'exploit de l'union de la gauche. Rien n'est donc perdu...

Dans la mécanique électorale de la Ve République, la gauche antilibérale ne parviendrait au pouvoir que solidement unie. Tant qu'elle ira au combat désunie, elle se fera pulvériser. Il faut un stratège semblable au François Mitterrand des années 1970. Pourquoi ne pas demander à Arnaud Montebourg ce qu'il en pense ?

 Michel Onfray


Réactions : 

Rebel With A Cow (Libérale), Sébastien Fontenelle, Politis.fr, le 19.10.11

Michel Onfray pourfend le social-libéral Hollande, J-F Launay, Deblog notes, le 19.10.11

Arnaud Montebourg tente de rassurer ceux qu’il a déçus, Raphaëlle Bacqué, Le Monde, le 20.10.11

Michel Onfray en intellectuel de gauche papillonnant, Antoine, bellaciao.org, le 20.10.11 

 

 Montebourg crée un mouvement politique pour la Nouvelle France - interview, JSL, le 25.10.11

"Je vais construire un mouvement politique à partir du mouvement "Des idées et des rêves". J'ai décidé de bâtir un think tank [réservoir à idées] qui organisera la discussion avec les intellectuels qui m'ont apporté leur soutien (Emmanuel Todd, Michel Onfray et beaucoup d'autres). Je vais aussi lancer une université populaire itinérante qui animera ces débats et fera vivre des idées qui ont toute leur place, auourd'hui, dans le débat public."

 

Nos articles sur ce sujet :

Arnaud Montebourg, le seul antilibéral,, Michel Onfray, Le Monde, le 22.10.11

Montebourg est le seul à se soucier du peuple, Michel Onfray, Libération, le 23.08.11

Visite de Montebourg à Argentan, - vidéos, photos, presse,  le 23.08.11

Ewa      

13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 13:47

 

Michel Onfray a rencontré la rédaction du journal Metro - le quotidien gratuit, pour parler, entre autres, du dixième anniversaire de l’Université populaire de Caen. 

« J’ai voulu faire descendre la philo dans la rue »

Propos recueillis par Jennifer Gallé et publiés le 13.10.2011 sur le site metro.fr


onfray métro

Photo : Nicolas Richoffer

Les dix ans de votre université populaire, ça se fête, non ?
Je ne pensais pas que cela durerait aussi longtemps ni que cela serait aussi réjouissant ! Aujourd’hui, nous sommes une vingtaine à donner des cours et des milliers d’auditeurs nous ont suivis.

Comment vous est venue cette idée ?
D’abord, j’avais fait le tour de l’Education nationale. Et puis, chaque fois que je donnais des conférences, les gens me disaient que c’était trop court, qu’il faudrait continuer. Je sentais qu’il y avait un besoin. Ensuite, je me disais qu’il fallait faire de la philo hors de l’institution. Puis est survenu le déclencheur : Le Pen au second tour de la présidentielle, en 2002. Je me suis dit qu’il fallait donner aux gens les moyens intellectuels de décoder les choses. Au XIXe, Georges Deherme pensait, dans l’esprit de la Révolution française, que l’on peut changer les choses grâce à l’éducation populaire et gratuite. Je me suis alors dit que c’était la bonne formule. Je voulais renouer avec ce qu’avait été la philosophie pendant des siècles, quand elle se pratiquait sur l’agora. On y rencontrait des poissonniers, des charpentiers et pas seulement des doctorants. La philosophie confisquée par les professionnels, ça me fatigue ! J’ai voulu faire descendre la philo dans la rue sans la mettre sur le trottoir. Le propre de l’université, comme nous la connaissons, n’est pas d’inciter à vivre en philosophe mais à obtenir un diplôme. L’université populaire invite, elle, à la vie philosophique.

Qu’est-ce que ça fait de changer la vie des gens grâce aux idées ?
J’ai fait de la philo pour ça. Je sais d’où je viens, d’un milieu pauvre, et où je suis aujourd’hui. Ce passage s’est fait par la philosophie grâce à mon vieux maître Lucien Jerphagnon qui s’est éteint récemment. C’est ce qu’on appelait jadis, avant que le christianisme s’en empare, une conversion. J’ai connu ça avec mon maître et je me suis dit que si je pouvais rendre cela à quelqu’un, alors j’aurais mérité d’exister. Je suis sidéré, touché, ému par tous ces gens qui me disent que j’ai contribué à changer leur vie.

Les philosophes sont souvent très critiques à l’égard des médias. Or, on vous voit souvent à la télévision, dans les journaux...
J’y suis présent par militantisme ! Les médias, comme ils fonctionnent, défendent l’idéologie libérale. Il n’y a aucune raison de laisser à ceux qui s’y trouvent le monopole du discours libéral. Je veux faire entendre une autre voix, dire et montrer que les philosophes ne sont pas tous obscurs, ne sont pas tous des gens qui vont dîner chez le président de la République, qu’ils n’écrivent pas tous des livres pour faire des best-sellers. Je défends des idées de gauche et je pense que ce n’est pas une posture. Il y a deux erreurs : être partout dans les médias ou n’y être jamais ! Il s’agit, pour moi, d’occasions de porter une parole différente.

L’hédonisme est au cœur de votre œuvre. En deux mots, qu’est-ce que c’est ?
Il y a en nous des pulsions de vie et des pulsions de mort. Il y a ceux qui veulent élargir la vie, qui sont généreux. D’autres qui optent pour la destruction, la perversion, le cynisme. Nous sommes tous porteurs de ces deux pulsions. L’hédoniste, c’est celui qui dit ‘Mort à la pulsion de mort’. C’est celui qui fait savoir que tout ce qui augmente la vie est bon. L’hédonisme, c’est un mode d’être au monde. C’est jouir de la beauté d’une lumière, du sourire d’un ami... Autant de micro-situations qu’il faut choisir de construire. Il n’y a pas de formule idéale, c’est à chacun de trouver la sienne. L’hédonisme, c’est un vouloir.

Vous parlez souvent de ce génie colérique qui vous habite... Qu’est-ce qui, dernièrement, vous a profondément révolté ?
J’étais arrêté à un stop, il y avait une poubelle qui débordait de vomi, de cochonneries et j’ai vu cet homme qui cherchait à manger là-dedans... Dans quel monde vit-on ?

Un seul mot pour qualifier l’époque ?
Décadente.

Un temps auquel vous auriez aimé vivre ?
L’Antiquité romaine !

Vous évoquez votre attachement à la Normandie. Etre français, est-ce aussi important pour vous?
Je persiste à croire qu’on n’a pas fait la Révolution française pour rien. Que liberté, égalité, fraternité et les ajouts de la Commune, du Front populaire, de Mai 68, comme la laïcité et le féminisme, ce sont des valeurs. Pour moi, partager cela, c’est être français.

Après Freud, que vous avez fait tomber de son piédestal dans Le Crépuscule d’une idole, quelle sera votre prochaine victime ?
Jean-Paul Sartre, dans mon prochain ouvrage qui portera sur Albert Camus.

Si on ne devait lire qu’un seul de vos livres, lequel serait-ce ?
La Puissance d’exister.

Ewa  

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  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc
  • Le blog de 4 amis réunis autour de la philosophie de Michel Onfray qui discutaient de la philosophie, littérature, art, politique, sexe, gastronomie et de la vie. Le blog a élargi son profil depuis avril 2012, et il est administré par Ewa et Marc

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